‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 192 sur 309 · La Tour de .\esle, V, tabl. ix, se. iv, p · texte numérisé non relu

La Tour de .\esle, V, tabl. ix, se. iv, p

2. Il ne faut jurer de rien, I, se. i, p. 336 (Œuvres compl., t. IV, Charpentier éditeur, 1881).

œuvre. Mais il a eu du monde fictif qui fascinait la fantaisie de ses contemporains les mêmes visions que l'auteur de la Comédie humaine allait avoir de la vie réelle. L'un aboutit à l'autre. Il y a beaucoup d'imagination dans le réalisme de Balzac, et une part de réalisme moderne dans les types légendaires de la Tour de Nesle. Brantôme, Jean Second ont inspiré notre homme ; le xiv^ siècle lui est apparu entre les portants d'un décor de drame de cape et d'épée. Mais examinez de près les personnages qui s'y agitent, pressezles : ils sont à la fois imaginaires et réels, friands de la rapière, mais au fond tout exultants des prétentions de Figaro. La légende se moque de l'histoire, ou plutôt c'est une histoire plus contemporaine qui se mêle à la fantasmagorie de la légende. Voilà pourquoi ces types ont remué d'emblée les couches profondes de la nation.

Louis le Hutin est « un drôle de corps » *, pas encore roi d'opérette, mais déjà un bon roi de révolution, je veux dire contre lequel il serait plaisant de soulever l'émeute. Il est doué du genre d'esprit politique qui réjouit les clubs et fait sortir du sol les barricades. Au reste, entouré à souhait. Gaultier d'Aulnay n'a pas la fermeté de Saint-Mégrin; Chérubin plus âgé, sans la gi^âce indécise, sans le continuel frisson, il rôde dans le quartier des femmes, il aime passionnément, et à crédit; il est le type du favori, du haïssable favori de la reine; jeune cavalier, presque un page et déjà capitaine, et que les révolutions de cour peuvent placer d'un jour à l'autre à la tête de la Champagne, à moins qu'il ne meure de son amour. Car on en meurt en 1830.

Personne ne niera que Marguerite soit une mère

1. Lettre de Harel à Dumas. Mes mcinoires, t. IX, ch. ccxxxiv,

27ti LE D U A M E U A L E \ A M) U E DUMAS.

très coupable. Mais d'abord elle est une reine : absolue dans ses caprices, ses volontés, et ses débauches. Elle est un « vampire » ; elle est « la femme de toutes les voluptés ». On trouvera dans la Comtesse de Charmj et le Chevalier de Maison-Rouge le commentaire peu flatteur de cet état de reine sur les lèvres des gens du faubourg. Le citoyen Rocher et la veuve Tison ne jugeront pas autrement l'Autric/iienne. Marguerite de Bourgogne, grande dame vicieuse, subit la revanche de l'imagination populaire. Le cri suprême de Philippe : « ^largucrite de Bourgogne! reine de France » *, elle le paye chèrement. Capable de tous les forfaits, puisqu'elle a tous les pouvoirs : voilà le lot de l'infâme. « Poursuivie par le remords, je me suis réfugiée dans le crime... j'ai voulu étouffer dans le sang et les plaisirs cette voix de la conscience qui me cinait incessamment : Malheur ! Autour de moi, pas un mot pour me rappeler à la vertu, des bouches de courtisans qui

me souriaient 2 » On le voit : la royauté est du

même coup flétrie. Marguerite a commencé par l'échelle de soie de Juliette; elle ne peut Unir que comme Messaline. Un jour la place de Grève retentira du refrain de la Carmagnole, et ce sera grande liesse parmi les truands... J'exagère à peine. Quand Marguerite répond à Buridan : « Une reine de France peut-elle sortir seule à cette heure ? ' » il la renvoie à la Tour de Nesle; et si, au cabaret d'Orsini, elle réclame les témoignages de déférence dus à son rang : « Je te parlerai debout et découvert, réplique le capitaine, parce que tu es femme, et non parce que tu es reine *. » C'est la démagogie chevaleresque, où aspirait déjà Beaumarchais, sans s'en rendre exactement compte.

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