‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 206 sur 309 · Lettres inédiles · texte numérisé non relu

Lettres inédiles

298 LE DU ami: D ALEXANDRE DUMAS.

Partie! Vois donc : les phrases sont comme la vie; la même peut servir à exprimer la peine et la joie. Qui dira ce qui s'est écoulé entre ces deux mots? Quelles émotions sont nées et se sont éteintes?^ » Qu'il nous suffise de le constater : des émotions et sensations, sans plus. Il ne s'agit guère d'autre chose. Dumas n'est ni un André del Sarto, ni un Rosemberg -, ni un Lorenzaccio : chaud à l'imaginer mais prompt à l'action. Les subtiles inerties de Musset le déconcertent. L'amour en buste ne lui sert que d'un prélude ou d'une amorce de l'autre. SI on lui reproche de se trop plaire à l'autre, il a une réponse toute prête : « ... Crois bien que je ne l'aime autant que parce qu'il semble nous lier davantage encore. Les moments de repos qui le suivent sont délicieux, et plus suaves que lui peutêtre. » Et il ajoute sans perdre haleine : '< ... Crois que je sais aussi savourer de l'amour tout ce qu'il a de délicat, comme je sais éprouver tout ce qu'il a de délirant ^ ». Pourvu qu'il y ait du délit là dedans, le gaillard est un gourmet.

Et un habile homme. A^^ant affaire à une Egérie frottée de littérature, il pare de belle phraséologie métaphysique sa vigoureuse sensualité. Nous touchons à l'éternelle comédie des femmes savantes, a qui le pédantisme vient comme une passion, comme un à peu près de chaleur des sens, que l'infini tourmente, et qui couvrent de l'intérêt de la science leurs discrètes j)àmoisons. Dumas ne s'y trompe point : il pousse sa pointe entre Trissotin et Bellac *. Au lieu du spiritualisme, il affecte le scepticisme, qui est en faveur. Jeune,

Page 1