Anton y, IV, se. vi, p
4. Catherine Hon-ard, III, tabl. v. se. i, p. 275 : « Qui viendra maintenant me parler de crime et de vertu ? A moi que la fièvre dévore, à moi qui vais où le tourbillon m'entraîne, où Dieu veut que j'aille, poussée par un souffle invisible, comme la poussière de la terre, comme le nuage du ciel?... »
OÙ tout lui est ouvert. Faites sauter le masque : l'homme paraît, le canon du type moderne. Didier est rêveur et chante la romance ; cette inertie poétique n'est pas le fait d'Antony. Il entre dans son époque, botté, la cravache en main, et résolu à tourner au profit de ses exigences, qui ne sont pas modestes, les plus immédiates conséquences des « grands principes «.
Il est (ils de la Révolution, c'est-à-dire d'on ne sait pas qui, du hasard. De cette naissance obscure il souffre dans son orgueil d'individu lésé*. Il sent (il le croit du moins) qu'il y a en lui l'étoffe d'un personnage. Richard Darlington ne se refroidira point sur ce sentiment; et Halifax aura la même intrépidité d'opinion, reprenant à son compte les paroles du barbier-tribun *. Antony supporte mal son anonymat; plus passionné que sensible, et plus orgueilleux que passionné, s'il recherche sa mère, c'est pour se faire un état civil, et parce que cette énigme originelle le gêne pour parvenir. Déjà percent quelques ridicules de parvenu : faute de pouvoir étonner le monde par sa naissance, il a recours à la singularité du costume^;
1. Il admire en lui-même le mot d'Hamlet : « Il vaudrait mieux que ma mère ne m'eût pas mis au monde ». Hanilct, III, se. I, p. 247. Mais il commente aussi la philosophie de Figaro : «... Il est probable que j'arriverai comme les autres, après un certain nombre de pas, au terme d'un voyage, dont j'ig-nore le but, sans avoir deviné si la vie est une plaisanterie bouffonne ou une création sublime »... {Antony, II, se. iv, p. 181.)
2. « Quant à la noblesse, c'est autre chose, attendu que, comme je n'ai jamais connu mon père ni ma mère, j'ai autant de chances pour être gentilhomme que pour ne l'être pas. >■ [Halifax, Th., VIII. — I, se. vu, p. 31.) Voir tout le reste du rôle, et principalement, I, se. vin, p. 37.
3. Mes mémoires, t. VIII, ch. cxcviii, p. 104 : « Il devait y avoir, vu l'excentricité du personnage, quelque chose de particulier dans la mise de la cravate, dans la forme du gilet, dans la coupe de l'habit, et dans la taille du pantalon. J'avais, d'ailleurs, donné là-dessus mes idées à Bocage... »
il se fait une tète, coiiiine les « Jeune France » à la première de Hernnni. L'excentricité sent son (ils de bourgeois et son petit génie.
Au reste, toujours prêt à l'action et bondissant. Tous moyens lui sont bons . Il arrête les chevaux emportés; il casse les vitres; il est gaillard et énergique à toute réquisition. Il ne dément pas la race de l'Horatius Coclès du Tyrol. Musset a beau plaisanter ' : il a toute sorte d'esprit, sauf celui d'Hercule. Antony compte d'abord sur cet esprit-là. Il y a dans .son amour une frénésie de possession, un déchaînement des sens, et une superbe de l'animal conquérant, une gloire de l'assaut, qui ne se repaît ni de dilettantisme ni d'analyse. L'imagination française ne répugne pas à ces triomphes ; et je pense que ce ne fut pas la moindre cause de l'enthousiasme qui salua Antony, même aux loges de balcon ^. Aux yeux de Dumas, c'était la plus belle victoire de l'individualisme ^.
Antony a d'autres mérites, et aussi d'autres illusions, qui sont propres à notre siècle. Il a étudié les arts, les langues, la science; il est jeune, et il a « tout étudié, tout appris * ». Le Fils naturel ne le lui cédera point.
1. Voir plus haut, p. 312. noie 2. — On pourrait établir un parallèle dans les règles, entre Octave de la Confession d'un enfant du siècle et Antony. Tous deux sont fous et torturent une malheureuse femme; tous deux s'acharnent, mais l'un à la possession, et l'autre à l'analyse. Nés dans une même atmosphère d'imagination, ils diffèrent d'abord par le tempérament.
"2. Théophile Gautier, Histoire du romantisme, p. 167.
3. Voir les Morts vont vite, t. H, .\lfred de Musset, pp. 85 sqq., où il est manifeste que Dumas est dans un continuel étonnement en présence du cas psychologique de Musset. Cf. Mes mémoires, t. YII, ch. CLXXV, pp. 182-186, où il s'étonne tout autant des communions spirituelles de Vigny avec Dorval, et des « petites élévations ».