Le Mari de la débutante, la Boule, la Cis:ale
LES SUITES d' (f ANTOXY ». 365
révéler cette promiscuité égalitaire de la naissance, de la finance, de la politique et de la scène, derrière le rideau.
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(U ne Chaîne, Mon S leur Alj}/ionse, La morale dramixtiq^aedesDumas.)
Le G février 1832, Dumas avait donné, en collaboration avec Anicet Bourgeois, un drame en cinq actes, Teresa, qui n'était pas bon. L'œuvre manque manifestement d'originalité : le principal personnage est tiré de l'École des Vieillards; Paolo est une doublure de Paula de Cliristine. Mais à l'acte III et au début du V, l'auteur avait trouvé une situation prise à la mesure des mœurs de son temps et du nôtre, quoique renouvelée de Tartufe '. Comme il ne laisse pas ses
1. Voir Tartufe, IV, se. iv. La pièce n'était pas sans analogie avec la Mère et la Fille de Mazères et Empis, à la première représentation de laquelle avait assisté Dumas (1830, Odéon; voir Mes mémoires, t. VII, ch. cLxxiv, p. 161). Granier de Gassagnac ajoutait dans un des articles du Journal des Débats déjà cités, l"' nofcmbre 1833 : « Dans Teresa, il n'y a que deux belles scènes, celle où Delaunay découvre l'adultère de sa femme, el celle où il provoque Arthur. La première est dans la Conjuration de Fiesijue, acte I, scène x, la seconde est dans les Brigands, acte I, se II... » — Dans la scène de Fiesque, à laquelle se réfère l'auteur de cet article, Verrina apprend de sa fille qu'elle a été outragée. Dans Teresa (IV, se. xi et xii, pp. 215-217), Delaunay découvre par des lettres que le fiancé de sa fille a séduit sa femme. Ni la situation, ni les scènes n'ont de rapport. Quant à la scène ii de l'acte I des Brigands que ce critique allègue, elle ne présente aucune ressemblance ni proche ni lointaine avec la situation de Teresa (IV, se. xiii, p. 221. Cf. l'Ecole des Vieillards, IV, se. VII, pp. 348 sqq.). Nous avons déjà vu plus haut le peu de fonds qu'il faut faire sur la méthode de ce polémiste et la sincérité de ces articles, qui firent beaucoup de bruit en 1833 et 1834.
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idées en friches, l'année suivante il reprend cette situation, toujours avec Anicet, et la relie aux Suites d'Antony. Angèle est un drame de premier ordre, et Alfred d'Alvimar le modèle des hommes forts à venir (28 décembre 1833). Cette fois, Dumas mettait à découvert les générations nouvelles, et posait nettement la question de la femme moderne. Et, du même coup, il rejetait le masque de Werther. Antony apparaissait au naturel '.
L'inspiration en fut si heureuse et l'œuvre si adroitement taillée en pleine évolution de la société, qu'elle a été refaite à chaque étape du xix^ siècle. Elle est devenue successivement la Closerie des Genêts, Claudie, une Chaîne, Montjoie, Monsieur Alphonse, Denise *, etc. L'idée était assez forte et pleine de réalité contemporaine pour porter tous ceux qui s'y sont essayés; car aucune des pièces que j'ai citées n'est médiocre. INIême en 1889 il a suffi à M. Alphonse Daudet d'adapter Angèle, et de mettre sous le couvert de Herscher et de Darwin, et non plus sous la protection de Gœthe, de Schiller de Byron ou de Chateaubriand, son « petit féroce », pour animer sur le théâtre la Lutte pour la vie. Au reste, les procédés sont analogues et les souvenirs transparents, au point qu'il semble d'abord que M. Daudet n'ait eu que la peine de faire la transposition des milieux et du langage. Paul Astier et Alfred d'Alvimar sont pareillement délibérés et cyniques; ils ont compris que la femme, enivrée des encens qu'on lui brûle et du culte
1. Dumas suit ici une autre tendance de sa génération. « Dans notre jeunesse, dit Mérimée, nous avions été choqués de la fausse sensibilité de Rousseau et de ses imitateurs. Il s'était fait une réaction exagérée, comme c'est l'ordinaire. Nous voulions être forts, et nous nous moquions de la sensiblerie. » {Por- Iraits historiques et littéraires^ Victor Jacqueniont, p. 69.)
2. A. Dumas fils, Théâtre complet, t. YII, Notes sur Denise. p. 252.
bourgeois dont elle est l'idole, devient un excellent appoint dans le jeu de la fortune et de l'existence. On retrouvera dans la Lutte pour la vie jusqu'à la bonne tante Angélique, qui chaperonne sa nièce; et s'il est vrai que le soupirant naïf et sincère n'est ni médecin ni malade de la poitrine, comme Henri MuUer, du moins est-il bègue et chimiste, presque pharmacien. La Lutte pour la vie, c'est Richard Darlington et c'est Angèle vus à l'autre bout du siècle : la dernière Suite à!Antony.
Ce fils du Hasard jouait du pathos pour être distingué par l'imagination et le cœur de la femme convoitée. Alfred d'Alvimar utilise de sang-froid cette musique et les femmes qui y sont sensibles. Il veut refaire sa vie; il vient après la seconde révolution. Les appétits excités par la première, déçus par l'autre, n'en sont que plus aigus. Prenons garde que le flegme de celui-ci cache peut-être plus de violence que les exclamations de l'amant d'Adèle. h'Antonisine s'exaspère, mais il s'oriente dans la pratique. Adèle ou Ernestine, la maîtresse d'hier est déjà de l'ancien régime. Alfred se tourne vers Angèle, une toute jeune fille bien née, et d'un mérite solide, c'est-à-dire monnayé. La mère survient, qui est une femme de tête et d'avenir; il se retourne vers la mère, veut l'épouser, l'épouse, — n'était le passé qui soudain reparaît : Echelle de femmes ^. Antony en poursuivait une, Richard en a deux, Alfred trois. S'il vous plaît de chercher l'échelle d'hommes, retournez la situation : c'est le Demi-Monde, l'ambitieuse Suzanne entre le marquis de Thonnerins et Olivier, qui sont le passé, et de Nanjac, qui représente le lendemain consolidé. Est-ce assez montrer la qualité réaliste de l'idée à' Angèle"^