L'Ecole romantique en France, p
il fit maint effort d'artiste, et dans un sens qu'il faut préciser, si l'on ne veut pas tomber dans l'erreur commune à ceux qui n'ont lu ni ne connaissent tout son théâtre.
Oui, quand il eut extrait d'Anio/ii/ toute la substance, il continua. Il continua, au hasard des collaborations et des entreprises, à jeter dans ses drames ou parmi ses énormes machines historiques des gaillards découplés, musclés, friands de la lame et de l'amour, et dont les passions dirigent et illuminent l'histoire ou la vie à leur gré. Lorsqu'Antony se fut apaisé en d'Artagnan, il continua à peupler la scène d'Antony et de d'Artagnan, et de ces faibles femmes sensibles et sensuelles, héroïques et moites, soucieuses de leur réputation plus que de leur vertu, et qui se fondent en des langueurs au son de la voix des hommes. Il continua, peignant les mêmes figures populaires, à enrichir la scène de situations dramatiques souvent neuves, et à éprouver tous les ressorts nécessaires au drame de ses successeurs.
M. Victorien Sardou ne le contestera point, qui a écrit Patrie, un chef-d'œuvre à la façon de Dumas, qui a vingt fois à Dumas juxtaposé Scribe, et qui, poussant à bout la conception du drame historique selon le genre d'Henri III et de Caligula, a enfermé, pour le plaisir du public et les exigences nouvelles de l'érudition, l'intrigue passionnelle de Theodora dans les minutieuses splendeurs du décor archéologique. Ni Emile Augier ne fut rebelle à l'influence de cet inventeur de situations*, ni
1. Il est plus près de Scribe mais, dans les scènes dramatiques, il lui arrive de se rappeler Dumas. J'ai indiqué plus haut,, p. .319, n. 1, la scène de la pendule à l'acte II ài'Antony et celle de Maître Guerin, IV, se. vi, p. 157. La scène de Poirier décachetant la lettre de son gendre, III, se. vii, p. 98, est analogue à celle de Deluunay dans Teresa, IV, se. x, pp. 214 sqq. On trouvera dans le Chevalier d Harmental un premier dessin de la Contagion.
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même MM. Meilhac et Halév}', qui par leurs fines railleries, n'ont pas peu contribué à le démoder*. Il me plaît d'entendre Piquillo, dans le cachot des maris récalcitrants, s'écrier : « Femme de toutes les voluptés ^! » et cet acte de la prison est une impayable parodie de celui de la Tour de Nesle. Je me réjouis du roi Ménélas imitant son ancêtre Louis le Hutin *, et les exclamations d'Antony : « Adèle! mon Adèle! » font un plaisant écho dans la Cigale^. Et j'aime aussi la Belle Hélène qui craint pour sa réputation^, comme la duchesse de Guise, sans compter la Grande-Duchesse qui élève Fritz jusqu'au grade de général, aussi lestement qu'un Henri III anoblit un Saint-Mégrin". Cette ironie me délecte par sa qualité, et par ce qu'elle dénote d'ingratitude. Pendant que MM. Meilhac et Halévv s'amusent de la phraséologie de Dumas, ils recueillent les situations de ses drames, et au besoin les personnages. La Cigale même, je la reconnais. Cigale ressemble fort à la Ketty de Kean et à Rose de Noël des Mo/iicans de Paris. Quant à Fanny Lear, vous en trouverez le sujet et les scènes principales dans Paul Jones, drame en cinq actes et en prose d'Alexandre Dumas père, remis au goût du jour par MM. Meilhac et Halévy. La marquise d'Auvray, qui a commis une faute, pour sauver son bon renom chambre son