La Cigale, II. se. IX, p. 81 et passim
5. Voir plus haut, p. 320, n. 1. Cf. l'aposti-ophe sévère, mais juste, de Dumas fils aux heureux auteurs d'opérette. Préface du Fils naturel (Th.. III), p. 21.
6. La Grande-Duchesse de Gérolstein, I, sc.vm. xi ; et surtout XII, p. 44. « Non, il n'a pas le droit! » — « Il faut être officier supérieur! » — « II faut être noble. — >■ etc. Cf. Henri III et sa Cour, II, se. IV, p. 155.
mari fou; Fanny Lear, qui a commis beaucoup de fautes, et encore celle d'épouser un gentilhomme ruiné, enferme son Noriolis atteint de folie... On voit l'analogie, et les ressemblances inévitées. Quand ces auteurs auront à se débarrasser de Froufrou, petite fille d'Adèle, ils la feront mourir de la j)oitrine, comme Henri Muller et la dame aux Camélias. Je n'incrimine point; je note à quel point 1' « industriel » fournit de matière l'industrie du drame moderne. Et, à mesure que j'avance en cette direction, le nom et les pièces d'Alexandre Dumas fils se trouvent plus fréquemment sous ma plume.
Vingt ans après, Dumas père fait, de son œuvre, fascine à Dumas fils. Il tâche à s'adapter à la société qui évolue. Entre 1840 et 1855, son idéal dramatique se transforme. C'est toujours le même homme (mêmes muscles, même imagination, même allégresse dans l'exécution), qui n'observe pas beaucoup davantage, qui procède encore par intuitions, et chez qui l'instinct est du génie. Toutefois, pendant que les actes s'ajoutent aux actes, les tableaux aux tableaux, que les romans se muent en drames, et les anecdotes de l'histoire en drames-romans; pendant que se déroulent et se succèdent les images innombrables de la lanterne magique et que s'allongent indéfiniment les soirées des théâtres du boulevard, — alors, par intervalles, Dumas se reprend; il tâte le public; il s'oriente au milieu des mœurs qui changent; il s'écarte de la légende; il s'accroche résolument à la réalité d'où son imagination prend son essor. La vie moyenne s'insinue dans le Chevalier cVliarmental^ avec la contagion et les bals de l'Opéra. Dans ses machines le plus hâtivement expédiées, un drame raccourci, poignant se glisse : drame de petites gens et de la vie bourgeoise. Ses adaptations du théâtre étranger sont des indices. Vingt ans auparavant, il tra-
duit Fiesquc; à présent V Intrigue et l'Amour, « drame intime ». Même Halifax, qui est une doublure du Figaro de Beaumarchais, pétille de l'esprit familier et avisé, qui va éclater dans la Dame aux Camélias : passavant des plus réalistes audaces dans le Demi-Monde ou Francillon. Il y a beaucoup de cette verve prophylactique au II" acte d'Halifax, comme au I d'Angèle.
Le 22 mai 1854, Dumas donne au Vaudeville le Marbrier, drame en trois actes. Déjà la Dame aux Camélias et Diane de Lys étaient représentées. Mais Dumas ne subit pas encore l'influence « d'Alexandre », ne croyant pas encore en lui. Le Marbrier n'est point une pièce de qualité littéraire; mais serrée, ramassée, domestique, significative. N'était la fantaisie mélodramatique de cet Américain, qui vient demander pour son fils la main d'une jeune fille, et, après lettre du jeune homme qui se dégage, s'enthousiasme au point de faire la demande pour lui-même (voir les Corbeaux de M. Henry Becque, dont les rares moyens ne sont décidément ni vraisemblables ni neufs); n'était ce trou que creuse avec sans gêne l'invention romanesque, on y prévoit le tour de main qui enlèvera les trois actes de la Princesse Georges et de Francillon. Le marbrier qui vient prendre les ordres; tableau d'une famille en deuil; le fils désolé simplement, sans grands mots ni gestes; préparations indiquées lestement, de scène en scène : c'est déjà l'exécution ramassée, haletante, sinon logique, de Dumas fils. La parenté est manifeste. L'idée même de la pièce, cette jeune fille qui a pris la place de la morte pour éviter au père longtemps absent une douleur qui peut être mortelle, cet enfant supposé qui est « un faux perpétuel et vivant * » dans la maison, nous sert d'un passage au drame juridique et passionnel