‹ Le drame d'Alexandre DumasChapitre 47 sur 309 · Histoire de mes bêtes, ch. ii, p · texte numérisé non relu

Histoire de mes bêtes, ch. ii, p

Bocage ou un Mélingue accompli. « Son front sombre et surnaturel est couvert d'un noir capuchon. L'éclair que lance parfois son regard farouche n'exprime que le souvenir d'un temps qui n'est plus; quelque changeant et vague que soit son regard, il effraye souvent celui qui ose l'observer. On y reconnaît ce charme qui ne peut se définir et dont l'ascendant est irrésistible^. » Voilà l'homme fatal : et c'est bien lui, son regard, et son attitude, à l'écart, dans un salon mondain, qui a bouleversé l'imagination et les sens d'Adèle. En voici un autre encore plus fatal, exotique, et moderne. Il est selon Devéria, ou Devéria selon lui. «... Conrad n'avait rien qu'on pût admirer dans ses traits, quoique son sourcil noir protégeât un œil de feu; robuste, sa force n était pas comparable à celle d'Hercule, et il y avait loin de sa taille commune à la stature d'un géant; mais, sur le tout, celui qui le regardait plus attentivement distinguait en lui ce quelque cliose qui échappe aux regards de la foule, ce quelque chose qui fait regarder encore et excite la surprise sans qu'on puisse s'expliquer pourquoi. Le soleil avait bruni ses joues; son front large et pâle était ombragé par les boucles nombreuses de ses cheveux noirs. Le mouvement de ses lèvres révélait des pensées d'orgueil qu'il avait peine à contenir... Le froncement de ses sourcils, les couleurs changeantes de son visage causaient un indéfinissable embarras à ceux qui l'approchaient, comme si cette âme sombre renfermait quelque terreur et des sentiments inexplicables... Il y avait dans son dédain le sourire d un démon qui suscitait à la fois des émotions de rage et de crainte; et là où s'adressait le geste farouche de sa colère, l'espérance s'évanouissait, et la pitié fuyait en

1. Le Giaour, p. G3, col. 1. Traduction Pichot. Paris, Ed. Ledentu. 1838.

soupirant^. y) Ce sourire amer, rebelle, athée, qui rappelle celui de Méphistophélès et nous rapproche du Franz des Brigands, ce sourire s'est imprimé dans l'imagination de Dumas, et peut-être pourrons-nous dire : des Dumas. Fatal ou ironique, démoniaque ou un peu hautain, c'est celui d'Antony, de d'Alvimar et de Buridan, comme aussi, modifié et transformé par le temps et les mœurs, le petit sourire supérieur, dédaigneux, avec une nuance d'incrédulité, qui arme les lèvres d'Olivier de Jalin, de l'ami des femmes et de M. Alphonse. Tout de même la contrariété est piquante de ces héros de Dumas à la fois pâles et flamboyants, avec leur rictus satanique et leur sensibilité déchaînée, qui sont tout expansion et tout explosion, et qui affectent les regards, les postures, les gestes empreints d'une fatalité mystérieuse. Pourtant ils ne font mystère ni de leurs passions, ni de leurs désirs, ni de leurs appétits, oh! non. Mais ils ont jugé la vie, la société, ils en détestent les entraves, les contraintes, ils se redressent contre le cant français, dont il ne semble ])as qu'ils aient trop à se plaindre. Ils « habitent dans leur désespoir », et surtout dans celui des autres, qu'ils trouvent plus confortable; leur existence est « une convulsion^ », mais naturelle et douce, et ils y prennent volontiers leur agrément. L'angoisse de Manfred est écrite sur leur visage; ils sont des « lions », mais non pas « seuls comme le lion ^ » ; aux heures où la grimace et les paroles deviennent superflues, alors ils se reprennent à vivre furieusement, ils ne semblent plus du tout des « citoyens ennu3^és du monde ^ ». Au fond, ils ont foi

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