Mes mémoires, t. Il, ch. LV, p
3. Mes Mémoires , t. I, ch. xxiv. Paragraphe important : m ... A tout cela j'ai dû un grand respect pour les choses saintes, une grande foi dans la Providence, un grand amour en Dieu. Jamais, dans le cours d'une vie déjà assez longue, je n'ai eu, aux heures les plus douloureuses de cette vie, ni une minute de doute, ni un instant de désespoir (cf. Antony); je n'oserais pas dire que je suis sûr de l'immortalité de mon âme, mais je dirai que je l'espère. Seulement, je crois que la mort, c'est l'oubli du passé sans être la renonciation de l'avenir... » Cf. Préface du Comte Hermann : « ... Celui qui écrit ces lignes, appuyé sur les deux croyances qui ne l'ont jamais quitté — sa foi en Dieu et sa foi dans l'art... » (Théâtre, t. XVI, p. 197.)
4. Mes mémoires, t. III, ch. lxx, p. 101. Prédiction de la somnambule.
14 LE Dit A ME D AI-EXANDUE DUMAS.
et très laborieux, au jour le jour. Son désordre a imposé à son génie de rudes labeurs et de pitoyables corvées, qu'il accomplissait le sourire sur les lèvres. Il a été la plupart du temps un terrible improvisateur, avec jovialité, toujours dispos. Il s'est plu aux pires besognes; il s'est beaucoup amusé en de meilleures. Cette allégresse continue de la production, qui est peut-être la seule unité qu'il ait mise dans sa vie, en eût fait déjà un favori de la foule. Joignez-y d'incessantes et retentissantes frasques : c'était de quoi former une légende autour de son nom. Dumas a eu sa légende, sa légende à lui, à lui tout seul, comme son théâtre, son château de Monte-Cristo, sa poudrière de Soissons : et sa copieuse jactance, et sa truculente imagination en ont exulté. Il voyageait pour la propager; il eût fait le coup de poing pour la rétablir. Le moyen qu'un pareil homme ne fût pas populaire ?
Il n'entra pas à l'Académie ; cette consécration lui manqua, si elle est nécessaire; il ne l'eut point, si elle n'était pas indispensable à sa renommée. Non, certes, qu'il s'y soit aisément résigné. Il ne dit pas tout à fait ce qu'il pense, quand il l'affirme ^ Il brûla plus d'une fois d'un vif désir d'en être. Enfin, il n'en fut point. Mais il fut de tous les théâtres de drame, qu'il fournit de matière pendant quarante ans. Quarante années
1. Voir Uistoire de mes bétes. th. i, p. 3. Cf. CL. Glinel. op. cit., ch. V, pp. 363, 372, 389. M. Glinel a soigneusement noté les différentes tentatives de candidature : après Mademoiselle de BeUe-Iste, lettre à Buloz : ■< Parlez donc de moi dans la Revue, pour l'Académie et demandez-vous à vous-même comment il se fait que je ne sois pas sur les rangs, quand A... (Ancelot?) se présente »; lettre à Ch. Nodier, janvier 1841, et au baron Taylor en 1842 — ces deux dernières inédites sont entre les mains de M. Glinel; — et enfin en 1843, lettre au Siècle, après la mort de Casimir Delavigne. Cf. Début du Discours académique d'Alexandre Dumas fils.
durant, il surmena cette colossale musculature, cette imagination ardente, cette sensibilité à la fois exubérante et tendre. Il usa dans le roman, le feuilleton, le journal, la causerie, cette popularité même qui semblait bâtie à chaux et à sable ainsi que l'homme. Après tant d'actes égrenés sur tant de scènes, il fallut attraper le dénoùraent. La faveur publique se refroidit; les forces manquèrent; la flamme de l'invention s'éteignit; le sentiment s'hébéta; et cette vie de travail et de hasards, de triomphes et de puflisme, de passions, de fictions, de visions s'acheva dans l'inconscience. « Un jour, écrivait son {ils, la plume lui est tombée des mains, et il s'est rais à dormir K »
Il mourut le 6 décembre 1870, vers la lin de cette année terrible, qui portait, pour un temps, un coup funeste à l'imagination française, déjà fort apaisée depuis le milieu du siècle. La France nouvelle n'était plus aux héros de cape et d'épée, ni au génie d'aventures — chevaleresques, s'entend.