Mes mémoires, t. VI, oh. cl, p
3. Mes mémoires, t. VI, ch. CLiv-vii, pp. 203-248. Cf. Lettres inédites à Mélanie W. « Je n'accepterai, mon ange, aucune mission militaire, mais un mouvement comme celui-ci ne pouvait se faire sans que j'y mêlasse mon nom. Dieu merci, c'est fait... » Voir ci-dessous, Lettres à Mélanie, pp. 287 sqq.
4. Voir Gabriel Ferry, Les dernières années d'Alexandre Dumas, 1864-1870, ch. i, pp. 3-7,
y passait toute. Les voyages qu'il n'a pas accomplis, il en fait le récit avec d'autant plus d'entrain; et les héros de ses drames seront des pèlerins effrénés. Il est bien de son époque, où maints Picrocholes pensèrent sauver la Grèce ou délivrer Jérusalem. La gloire de Byron le hante autant que l'éblouit la trace lumineuse de Lamartine; plus tard il armera \d. Belle E/iima, et, parti pour l'Orient, il débarquera en Sicile et fournira de fusils et de munitions Garibaldi. Chasseur, voyageur, explorateur, artilleur, magnétiseur, que n'est-il point? 11 n'a pas tenu à lui qu'il ne jouât le rôle d'un politique '. Ce n'est pas au moins qu'il s'en soit jugé incapable : il avait la vocation de la cuisine *. A la vérité, son existence s'est, pour une bonne part, déroulée dans un monde peuplé de ses fictions, de ses rêves, de ses désirs et de ses illusions. Après le succès de Monte-Cristo, il se prend pour son héros ou son héros pour lui. Il mène le train de Dantès ; il bâtit un palais féerique, dont la splendeur achève sa ruine. Il a réussi dans le drame historique; il mettra volontiers en drames toute l'histoire dès qu'il aura un théâtre à lui, un Théâtre-Historique pour lui et son génie, un théâtre national dont le peuple en foule inondera les portiques, où il l'instruira, le tiendra en sa main, et déchaînera selon son caprice sur cette mer humaine la tempête du rire ou des larmes : tel Neptune, divin régisseur des flots. Cerveau ardent, fantaisie débridée, dont toutes les visions prennent
1. C'est une ambition fréquente chez les hommes de lettres à cette époque. Voir l'amusant récit de sa candidature dans l'Yonne. Histoire de mes bêtes, ch. xxxvii, pp. 2.31-'2il. Cf. Blaze de Bury, op. cit., ch. xix, pp. 234-240, où le même récit est fait par un témoin oculaire. Ces velléités de politique le reprirent en 1847. Voir Ch. Glincl, op. cit., ch. vi, pp. 413-414.
2. Voir Propos d'art et de cuisine et Impressions de voyage^ passim.
l'homme et son époque. 13;
aussitôt consistance, pour s'évanouir l'instant d'après sans laisser derrière elles ni regret, ni tinstesse; tempérament extraordinaire, toujours en haleine, en santé, en mouvement, comme les héros et les petits enfants,, et toujours prêt, ainsi que Porlhos, à porter les tours de Notre-Dame '.
11 est vrai que du penseur il n'a rien; il atteint malaisément aux idées générales, qu'il traite trop volontiers de Turc à More. Il n'est ni compliqué ni subtil; mais il possède la délicatesse, même poétique, quand il lui plaît : souvenez-vous des attaches lines et de la main déliée. Cette main, qui frappe d'instinct les coups de violence, a des caresses presque féminines. Ce lutteur ne manque point de grâce, alors qu'il raccourcit le geste pour effleurer ce qu'il touche. Ces gentillesses lui sont naturelles, pour peu qu'il s'attendinsse. Et j'ai dit qu'il est tendre volontiers et souvent. Le peuple se plaît aux larmes des athlètes sensibles.
Il est vraiment peuple et « enfant de la nature » ; tout ce qui l'amuse est bon, et mauvais tout ce qui l'ennuie *. Il a une religiosité vague ^, avec la superstition des obscures fatalités ^; d'ailleurs inconsistant, endurant^