LE BRAME
pour rougir. Ne vous moquez pas de moi, lorsqu'on n’a jamais eu la proie, on essaie de se contenter de l'ombre.
» Afin de n’être pas en reste de politesse avec madame d'Érmont, j'ai serré une main qu'elle est parvenue à mettre dans la mienne, et j'ai dit :
.» — Les bonnes fortunes italiennes rie cdinptent pas i: c’est à Paris que je voudrais triompher.
> — À Paris ; mais rien de plus facilé, a-t-elle répondu, en feignant de ne pas comprendre ; nos Parisiennes ne sont pas beaucoup plus farouches que Ÿos eumpatriotes, et si vous le désirez, je puis vous offrir l’occasion d'en rencontrer de charmantes ; je suis une bonne femme, moi!
» La langue lui auta tourné: elle voulait dire urie bonne fille.
» Pélagie qui, encouragéé par ma bétise , venait sans doute de faire son plan, s’est érprèessée de reprendré :
» — J'offre justement, ce soir, le thé à quelques intimes, et si vous consentiez à être des nôtres...
» — Hélas ? madamé, toutes mes soirées sont prises : je ne suis pas seul à Paris. |
» — Seriez-vous marié ? m’a-t-elle demanüé d’une voix qui voulait paraître ému. |
» — Non, grâce au ciel, ai-je répondu en la régardant aveu tendresse,
» Elle s’est éloignée de moi en s’écriant :
» — Vous avez the maîtresse, peut-être.
» — Oh! non, je vous le jure!
» J'ai lancé cetté réponse avec un accent de sincérité qui a dû la convaincre. Le fait est que pour la première fois, depuis une heure, j'étais dans le vrai, je ne mentais pas. J'étais nature, comme on dit vulgairement.
TR ÉÉÉÉÉ S SSÉSÉ , S
DE LA RÜE DE LA PAIX __ 408 > — Alors, a-t-ellé repris, qui vous émpéche d’accepter on invitation ? |
» — Je suis vénu de Naples avec une dé Ines pärentes ; elle ne connaît personñe à Paris, et je he puis l’ubandonner, le soir, dans ün hôtel. Mais j'y songe, me suisjé écrié tout à coup en cliangeant dé ton, vous êtes sl : bienveillante pour imoi que, peut-être, voudrez-votis bien me permettre ?.… |
» — (juoi donc ?
» — De vous présenter ma pareñte.
» Pélagie resta confondue.
» En effet, le coup-que je venais de porter était bardi : me donner por un hommé üd monde, et avoir l’idée de conduire une de tties parentes chez madamé d'Ermont, c'était d’une ihconséquente choïuatite. Mais j'étais étranger, peu familier avec les mœurs parisiennes, je né pardissais pas düué de béaucoup d'esprit ; Pélagié devait facilement penser que j’ignorais la situation exacte qu'elle oecupait dans la société, et que je la prenais non pour ce qu’elle était, mais pour ce qu’elle avait été dn temps de soh mariage. Son amour-propre aidant, elle ne devait pas, après réflexion, être trop étonnée de mon erreur, et il était beu probable qu'elle essayât de m ’éclairer sur son compte.
» Au lieu de faire passer madame Vidal pour votre parente, me direz-vous peut-être, M. le marquis, pourquoi ne la présentiez-vous pas comme votre maîtresse ? Sa présence chez Pélagie se trouvait ainsi tout naturellement expliquée et levait tous les obstacles. |
» Sans doute, c'était beaucoup plus simple. Mais j'ai certaines délicatesses ridicules et certaines pudeurs invincibles. Elles sont tout étonnées de se trouver chez
que l’on dit exister entre Savari et la femme Pélagie d’Ermont;-vous l’avez compris: il s’agit ehtre eux d’une simple question d'intérêts. J'ai done eu raison de vous le dire en commençant : Savari n'a jamais eu auqune liaison sé rieuse, puisque la seule liaison qu’on serait tenté de lu supposer n’a jamais existé.
— Mais qu’en concluez-vous ? demanda un peu vivement Julia, impatientée de ne pas comprendre où voulait en venir l’agent de police. :
— J'en conclus, dit Vibert, que s’il n’a jamais aimé, il
doit être, plus que tout autre, susceptible d'aimer. — Eh bien! qui voulez-vous qu'il aime ?
— Vous, madame.
— Moi! | — Oui, vous! ee {
— Moi! répéta Julia, qui croyait avoir mal entendu.
— C'est le seul moyen que nous ayons d'arriver à 1 vérité. Savari ne vous connaît pas, il ne peut se méfier de vous. Vous entrerez dans sa vie; vous participerez à son existence; vous vous initierez à son passé, et tôt ou tard vous le démasquerez. Âvec un adversaire tel que le nôtre, continua Vibert en regardant Julia qüi n’était pas encore remise de son étonnement, les moyens ordinaires ne pouvaient réussir ; il fallait une chose imprévue, bizarref extraordinaire, je l’ai cherchée et je crois l’avoir trouvée. Vous serez la Dalila de ce nouveau Samson, vous lui cou perez les cheveux et il se livrera lui-même aux Phitistre
— Mais ce projet esf insensé ! s’écria Julia,
— J'en conviens.
- — Îlest irréalisable.
— Oh! pour cela, avec votre concours je me charge d
le réaliser.
— 1 me faudrait un courage surhumain.
— Vous l'aurez.
— Je metrahirai.
— Jamais! Si vous adoptez mon plan, vous n’aurez . qu'une pensée : le faire réussir. C’est Savari qui se traira, et votre mari sera vengé!
» Et comme Julia, pâle, fiévreuse, agitée, ne répondait as, Vibert se leva, prit son Chapeau et sa canne déposés dans un coin, et se dirigeant vers la porte : — Madame, dit-il, je reviendrai vous voir demain à 14 ême heure; si vous m’annoncez, comme je l'espère, e vous adoptez mon plan, j'aurai l'honneur de vous le velopper plus complétement. | r — Mais. s’écria Julia, comme si elle voulait retenir agent de police.
| — À demain, fit celui-ci en se retirant.