A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
Tous droit g réserrés
DB
Le roi entouré de son escorte. — Son inipassihilité. — Aspect sans majesté. — Ronte du cortège. — Santerre introduit le prisonnier. — Silence de l'Assemblée. — Interrogatoire du roi par le président de la Conrention.
 la porte de la rue^ le roi avait trouvé une armée, cavalerie, infanterie, artillerie; à la télé du cortège, un escadron de gendarmerie nationale; derrière cet escadron, trois pièces de canon avec leur roulement sourd et funèbre; puis la voiture du roi, flanquée d'une double ligne d'infanterie ; puis un régiment de cavalerie de ligne, puis des canons formant Tarrière-garde.
Tout cela était prêt au feu; les fourgons étaient bourrés de gargoudses, chaque fusilier avait seize cartoucbes dans sa giberne. Les arbres des boulevards, les coatre-allées, les portes et les fenêtres des maisons, ne monlraient que
IlL 1
des têtes superposées, dout les yeux ardents, curieux ou attendris cherctiaient le roi.
Hélas! le roi était ce qu'il était toujours, non pas un roi plein de fort^e, de mélancolie et dé digtiitô, comme Charles !•' par exemple, mais un gros homme à l'œil myopie et terne, au teint jauni par le cachot, à la harbe blonde mal plantée, mal venue, poussée depuis que les rasoirs lui avaient été enlevés; ses mouvements étaient lourd^i timides, sans majesté. Gomme il était arrivé au voyage de Varennes et au 10 août, il devait arriver ce jour-là : les gens accourus pour plaindre ne plaignaient pas, les indifférents devenaient rieurs, les rieurs huaient; beaucoup disaient :
— Yoyes, ce n'est plus même un roi qui passe^ c'est le spectre de la royauté.
Le cortège suivit le boulevard, prit la rue des Capucines et la place Vendôme pour se rendre à la Convention. Pendant toute la route, le roi, avec une atonie étrange, se penchant en dehors, non pas pour émouvoir son peuple, mais pour reconnaître' les lieux par lesquels il passait, disait : « Âh! voilà telle rue... Ah! voilà tel monument... »
11 passa devant les portes Saint-Martin et Saint-Denis, les regarda comme s'il ne les eût jamais vues ; puis, se retournant vers le maire :
— Laquelle de ces deux portes, deinanda-t^il, doit«étre abattue par ordre de la Conventioti?
Arrivé dans la cour, Santerre descendit de cheval, et, la maiu posée sur le bras du prisonnier^ le conduisit à là barre de la Convention.
tE DRAME DE QU ATRÊ-ViNGT-TËklîÊ S
A la Vue du roî, un profond silence régne dàiis l'Assemblée.
Le président lui dit :
— Louis, la nation française vous accuse; la Convention Batioiiale à décrète, le 8 déceiùbre, (}ue vous seriez àujouM^htil anlené ^ sa barre. Vous âiilèi jeiiteniiré la lecture dé l'acte énonciàtif des faits. Louisj asseyez-vouS.
Lofais s'àsslèd.
Un éecrétâtre lit l'acte énoûcîatif des itaits.
Le président dit ensuite :
— Louis, vous allez répondre aiix queslioiiâ que la Convention nationale ine cbârgie de vous faire.
» Le peuple français vous àcciiôe d'avoir commis liiie multitude de crimes, pour rétablir votre tyrantiie en détruisant sa liberté*
» Vous avez, le 20 juin 1789,. attenté à la souveraineté du peuple en suspendant les assemblées de ses représentants, et eîi les repoussant par la violence dii iieii dé leurs séances. La preuve en est dans le procès-verbal dressé au Jeu de paume de Versailles, par les membres de l'Assemblée constituante. Qu'avez-vous à répondre?
Louis : Il n'y , ayait, dans ce temps-là, aucune loi qui existât sur cet objet.
Le président : Le 23 jiiin; vous avez Voulii dicter des lois à la nation. Vous avez entouré de troupes ses représentants; vous leur avez présenté deux déclaraiîons royales éversives de toute liberté, et vous leur avez ordonné de se séparer. Voè déclarations et les procès- verbaux àk TÂs-
semblée constatent ces attentats. Qu'avez-vous à répondre?
Louis : Même réponse que la précédente.
Le président : Vous avez fait marcher une armée contre les citoyens de Paris; vos satellites ont fait couler leur sang, et vous n'avez éloigné cette armée qfe lorsque la prise de la Bastille et l'insurrection général^ vous ont appris que le peuple était victorieux. Les discours que vous avez tenus les 9, 12 et 14 juillet aux diverses députations de TAssemblée constituante font connaître quelles étaient vos intentions, et les massacres des Tuileries déposent contre vous. Qu'avez- vous à répondre?
Louis : J'étais maître de faire marcher les troupes comme je voulais, dans ce temps-là. Jamais mon intention n'a été de faire répandre le sang.
Le président : Après ces événements, et malgré les promesses que vous aviez faites le 15, dans l'Assemblée constituante, et, le 17, à l'hôtel de ville de Paris, vous avez persisté dans vos projets contre l'Assemblée nationale. Vous avez longtemps éludé de faire exécuter les décrets du 11 août, concernant l'abolition de la servitude personnelle, du régime féodal et de la dime; vous avez longtemps refusé de reconnaître la déclaration des Droits de l'homme; vous avez augmenté du double le nombre de vos gardes du corps, et appelé le régiment de Flandre à Versailles; vous avez permis que, dans des orgies faites sous vos yeux, la cocarde nationale fût foulée aux pieds,
LE DRAME DE ODâTRE-VINGT-TREIZE S
la cocarde blanche arborée, et la nation blasphémée. Enfin vous avez nécessité une nouvelle insurrection, occasionné la mort de plusieurs citoyens, et ce n*est qu'après la défaite de vos gardes que vous avez changé de langage et renouvelé vos promesses perfides. Les preuves de ces faits sont dans vos observations du 18 septembre, sur les décrets du 12 août, et dans les procès-verbaux de TAssemblée constituante, dans les événements de Versailles des 5 et 6 octobre, et dans le discours que vous avez tenu le même jour à une dépulalion de TAssemblée constituante, lorsque vous dites que vous vouliez vous éclairer de ses conseils, et ne jamais vous séparer d'elle. Qu'avez-vous à répondre ?
Louis : J*ai fait les observations qui m'ont semblé justes et nécessaires, sur les décrets qui m'ont été présentés; le fait est faux pour la cocarde, jamais il ne s'est passé devant moi.
Le président : Vous aviez prêté, à la fédération du 14 juillet, un serment que vous n'avez pas tenu. Bientôt vous avez essayé de corrompre l'esprit public à Taide de Talon, qui agissait dans Paris, et de Mirabeau, qui devait imprimer un mouvement contre-révolutionnaire aux provinces; vous avez répandu des millions pour effectuer cette corruption, et vous avez voulu faire de la popularité môme un moyen d'asservir le peuple. Ces faits résultent d'un mémoire de Talon, que vous avez apostille de votre main, et d'une lettre que Laporte vous écrivait le 19 avril, dans laquelle, vous rapportant une conversation qu'il
J^f y^AME PE QyATÇIÇ-VINGT-T^ÈUï
avai| eue «ivec pivarol, jj vous 4i8ait que les millions ^u'on Y0U3 avaij; engagé à répan4re, n'avaient rien produit. Qu'avez-vous à répondre?
Louis : Je ne me rappelle point précisément ce qui 8*est passé dans ce temps-là; mais tout cela est antérieur à l'acceptation de la Constitution.
Lf président : N'est-ce pas par suite d'un projet tracé par 'falon que vous avez été au faubourg Saint-Antoine, que vous ayez distribué de Tangent aux pauvres ouvpiers, pt que vous leur ayez dit que vous ne pouviez pas mieux f^jre. Qu'avez-vous à répondre?
Louis : Je n'avais pas de plus grand plaisir que de pouyoir dopner à ceux qui avaient besoin. Il n'y avait rien en ceja qui tînt à quelque cfiose.
Le président : WeaX-ce pas par une suite du môme projet que vous avez feint une indisposition pour inspecter l'opinion pul)liqye sur votre retraite à Saint-Cloud ou à Rambouillet, sous prétexte du rétablissement de votre santé. Qu'avez-vous à répondre?
Louis : Celte accusation est absurde.
Le président : Pès longtemps, vous aviez médité un jjrojet de fuite. Il vous fut remis, le 23 février, un mémoire qui vous indiquait les naoyens de réussir, et vous Tapos- , tillâtes. Le 28, une nqultitude de nobles et de militaires se réjpandirent dans vos appartements, au château des Tuileries^. Vous voulûtes, le 18 avril, quitter Paris pour vous
rendre ^ Saint-Cloud; mais la résistance des citoyens vous fit sentir que la défiance était grande. Vous cherchâtes à la dissiper en communiquant à TAssemblée constituante une lettre que vous adressiez aux agents de la nation auprès d'une puissance étrangère, pour leur annoncer que vous aviez accepté librement les articles constitutionnels. Vous ordonniez aux ministres de ne signer aucun acte émanant de l'Assemblée nationale, et vous défendiez à celui de la justice de remettre les sceaux de l'État. L'argent du peuple était prodigué pour assurer le succès de cette trahison, et la force publique devait la protéger, sous les ordres de Bouille, qui naguère avait été chargé de diriger le massacre de Nancy, et à qui vous aviez écrit à ce sujet de soigner sa popularité, parce qu'elle pouvait être bien utile. Ces faits sont proîivés par le mémoire dii 23 février apostille de votre main; par voire déclaration du 2piujp, tout entière ^e vofre écriture; par votre déclaration (|u 4 septembre 179Q, adressée à fouillé, et par une note de celui-ci dans laquelle il vous rend compte de l'emploi de 900,000 livres données par vous et employées en imrtié à la corruption des troupes qui pouvaient vous escorter. Qu'avez-vous à répondre?
Louis : Je n'ai aucune connçiissance du mémoire du 23 février. Quant à ce qui concerne le voyage que j'ai fait à Varennes, ie m'en rapporte aux réponses que j'ai faites à l'Assemblée constituante en ce temps-là.
Le président : Après votre arrestation à Varennes, l'exercice du pouvoir exécutif fut un moment suspendu
8 tE DRAME DE QUATRE-VINGT-TREIZE
dans vos maios, et vous conspirâtes encore. Le 17 juillet, le sang des lùtoyens fut versé au champ de Mars. Une lettre de votre main, écrite en 1790 à la Fayette, prouve qu'il existait une relation criminelle entre vous et la Fayette, à laquelle Mirabeau avait accédé. La révision commença sous ces auspices cruels. Tous les genres de corruption furent employés. Vous ayez payé des libelles, des pamphlets, des journaux destinés à pervertir Topiniou publique, à discréditer les assignats et à soutenir la cause des émigrés. Les registres de Septeuil indiquent quelles sommes énormes ont été employées à ces manœuvres liberticides. Vous avez paru accepter la Constitution le 14 septembre; vos discours annoncèrent la volonté de la maintenir, et vous travailliez à la renverser avant môme qu'elle fût achevée.
Louis : Tout ce qui s'est passé le 17 juillet ne peut eu aucune manière me regarder. Pour le reste, je n'en ai aucune connaissance.
Le président : Une convention avait été faite à Pilnitz, le 24 juillet, entre Léopold d'Autriche et Guillaume de Brandebourg, qui s'étaient engagés à relever en France le trône de la monarchie absolue, et vous vous êtes lu sur cette convention jusqu'au moment où elle a été connue de l'Europe entière. Qu'avez-vous à répondre?
Louis : Je Tai fait connaître aussitôt qu'elle a été à ma connaissance; au reste, c'est une alTaire qui, aux termes de la Constitution, regarde les ministres,
Leprésident : Arles avait levé rôtendard de la révolte. Vous l'avez favorisé par l'envoi de trois commissaires civils, qui se sout occupés, non à comprimer les élémeots contre-révolutionnaires, mais à justifier leurs attentats, Qu'avez-vous à répondre?
Louis : Les instructions qu'ont reçues les commissaires doivent prouver ce dont ils étaient chargés. Je n'en connaissais aucun quand ils m'ont été présentés par les ministres.
Le président : Avignon et le comtat Venaissin avaient été réunis à la France. Vous n'avez fait exécuter le décret qu'après un mois, et, pendant ce temps, la guerre civile a désolé ce pays. Les commissaires que vous y avez successivement envoyés ont achevé de le dévaster. Qu'avez-vous à répondre?
Louis : Ce fait ne peut pas me regarder personnellemeat. J'ignore quel délai on a mis dans l'envoi; au reste, ce sont ceux qui en étaient chargés que cela regarde.
Le président : Nimes, Montauban, Mende, Jalès avaient éprouvé de grandes agitations dès les premiers jours de la liberté; vous n'avez rien fait pour étouffer ce germe révolutionnaire, jusqu'au moment où la conspiration de Soissons a éclaté. Qu'avez-vous à répondre?
Louis ; VisA donné sur celn tous les ordres que les m^ Aiitrei m'out proposés,
U pHiUm ': Vous uvea onvoyô viogl-ctôux liftialllôna
contre les Marseillais qui marchaient pour réduire les contre-révolutionnaires artésiens. Qu'avez-vous à répondre?
, Louis : Il faudrait que je pusse voir les pièces pour pouvoir répondre au juste sur cela.
Le président : Vous avez donné le commandement du Midi à Witgenstein, qui vous écrivait le 21 avril 1792, après qu'il eut été rappelé : « Quelques instants de plus, et je ramenais autour du trône de Votre Majesté des milliers de Français redevenus digqes des vœux qu'elle forme pour leur bonheur. » Qu'avez-vous à répondre?
Louis: Cette lettre est postérieure à son rappel; il n'a pas été employé depuis. Je ne me rappelle pas la lettre.
Le président : Vous avez payé vos ci-devant gardes du corps à Coblence, les registres de Septeuil en font foi, et plusieurs ordres signés de vous constatetit que vous avez fait passer des sommes considérables à Bouille, à Rochefort, à la Vauguyon, à Chôiseul-Beaupré, à la dame Hamilton et à la femme Polignac. Qu'avez-vous à répondre?
Louis : D'abord que j'ai su que les gardes du corps se formaient de l'autre côté du Rhin, j'ai défendu qu'ils reçussent aucun payement. Je n'ai pas connaissance du reste.
Le président : Vos frères, ennemis de l'État, ont rallié les émigrés sous leur drapeau; ils ont levé des régiments et contracté des alliances on votre nom; vous ne les avez
LE DRAME DE QUATRE-VINGT-TREIZE i\
désavoués qu'au Dfioment où vous avez été bien certain que vous ne pouviez plus nuire à leurs projets. Votre intelligence avec eux est prouvée par un billet de la main de Ii0uia-S|anis)a3-Xavier, sQjjscrit par vos deux frères, et ain^i conçu :
« Je vous ai écrit, mais c'était par la poste, et je n'ai rien pu dire. Nous sommes ici deUx qui n'en font qu'un : mêmes sentiments, mêmes principes, môme ardeur pour vous servir. Nous gardons le silence, parce qu'en le rompant trop tôt, nous vous compromettrions ; mais, dès qde nous serons sûrs de l'appui général, nous parlerons, et ce moment est proche. Si l'on nous parle de la part de ces gens-là, nous n'écouterons rien ; si c'est de la vôtre, nous écouterons, mais nous irons droit notre chemin. Ainsi, si l'on veut que vous nous fassiez dire quelque chose, ne vous gênez pas, soyez tranquille sur votre sûreté, nous n'existons que pour^vous servir; nous y travaillons avec ardeur, et tout va bien. Nos ennemis ont trop d'intérêt à votre conservation pour commettre un crime inutile et qui acïiôyerait de les perdre. Adieu.
» L.-S. -Xaviph.
» Charles-Philippe. »
Qu'avez-vous à répondre?
Louis : J'ai désavoué toutes les démarches de mes frères, aussitôt qu'elles sont parvenues à ma connaissance.
comme le prescrivait la Constitution. Je n'ai aucun souvenir de ce billet.
. Le président : L'armée de ligne, qui devait être portée au pied de guerre, n'était forte que de cent mille hommes à la fin de décembre; vous aviez ainsi négligé de pourvoir à la sûreté de l*État. Narbonne, votre agent, avait demandé une levée de cinquante mille hommes; mais il arrêta le recrutement à viogl-six mille hommes, en assurant que tout était prêt; rien ne Tétait pourtant. Après lui, Servan proposa de former autour de Paris un camp de vingt mille hommes; TAssemblée législative le décréta, vous refusâtes votre sanction. Un élan de patriotisme fit partir de tous côtés des citoyens pour Paris; vous fîtes une proclamation qui tendait à les arrêter dans leur marche. Cependant nos armées étaient dépourvues de soldats; Dumouriez, successeur de Servan, avait déclaré que la nation n'avait ni armes, ni munitions, ni subsistances, et que les places étaient hors de défense. Qu'avez- vous à répondre?
Louis : J'ai donné tous les ordres qui pouvaient accélérer Taugmentation de l'armée; depuis le mois de décembre dernier, les états en ont été remis à l'Assemblée ; s'ils se sont trompés, ce n'est point ma faute.
Suite de l'interrogatoire du roi. ^ Détail des pièces, bases de Taccusation. — Le roi sort de l'Assemblée. — Le morceau de pain. ^ Isolement du roi. — Ses réclamations sont vaines. — La reine demande des journaux. — Refus du conseil général. — Alternative au sujet du dauphin. — Le roi se consacre à la grande affaire de son procès.
Lt président : Vous avez donné mission aux commandants des troupes de désorganiser l'armée, de pousser des régiments entiers à la désertion, de leur faire passer le Rhin pour se mettre à la disposition de vos frères et de Léopold d'Atttrlcbe. Ge fait est prouvé par la lettre de Toulongeon, coiymandant la Franche-Comté. Qu'avez- vous à répondre?
Louis : Il n'y a pas un mot de vrai dans cette accusation.
Le pi'ésident ; Vo'us avez chargé vos agents diplomatiques de favoriser la coalition des puissances étrangères, de vos frères contre la France; particulièrement, de cimenter la paix entre la Turquie et l'Autriche, pour dispenser celle-ci de garnir ses forteresses du côté de la Turquie et lui procurer par là un plus grand nombre de troupes contre la France. Une lettre de Ghoiseul-Gouffler, ci-devant ambassadeur à GonslanlinQ|)Ie, établit ce fait. Qu'ave;;vûus à répondre?
Louii { M. (U^ Cbota^ul n*a pas dit la vérité, Qolii n'û lamali exUtét
14 LE DliAMP PE QUATRE-VINGT-TREIZE
Le président : Vous avez attendu d'être pressé par une réquisition faite au ministre Lajard, à qui TAssemblée législative demandait d'indiquer duels étaient ses moyens de pourvoir à la sûreté extérieure de l'État, pour proposer, par un message, là levée de quàraiite-deiix bataillons. Les Prussiens s'avançaient vers nos frontières ; on invita, le 8 juillet, votre ministre à rendre compte de Tétat de nos relations politiques avec la Prusse : voiis répondîtes, le 10, que cinquante mille Prussiens marchaient contre nous, et que vous donniez avis au corps législatif (fes actes formels de ces hostilités impinentes, aux tern[ies de la Constitution. Qu'avez- vous à répondre?
Louis : Ce n'est qu'à celte époque-là que j'en ai eu connaissance; toute la correspondance diplomatique passait par les ministres.
Le président : Vous avez confié l6 département de la guerre à d'Abancourt, neveu de Galonné; et tel a été le succès de votre conspirajion, que les places fie Longwy et de Verdun ont été livrées aussitôt que les ennemis ont psfru. Qu'avez-vousà répondre?
Loms : J'ignorais que M. d'Àbancourt fût neveu de Galonné; au reste, ce n'est pas moi qui ai dégarni les places. Je ne l'aurais jamais fait.
Le président : Qui a dégarni Longwy et Verdun?
Louis : Si elles ont été dégarnis, je n'en ai eu aucune connaissance.
Le président : Vous avez détruit notre marine. Une foule
d*officiers de ce corps étaient émigrés, à peine en restait-il pour ie service des ports. Cependant Bertrand accordait toujours des passe-ports, et, lorsque le corps législatif exposa, le 8 mars, sa conduite coupable, vous réponclites, vous, que vous étiez satisfait de ses services. Qu*avez-vou8 à répondre?
Louis : J'ai fait ce que j'ai pu pour retenir les officiers. Dans ce temps-là, l'Assemblée nationale ne portait contre Bertrand aucun grief qui eût dû le mettre en accusation; je n'ai pas jugé que je dusse le changer.
Le président : Vous avez favorisé dans les coloniqs le maintien du pouvoir absolu. Vos agents y ont partout fomenté le trouble et la contre-révolu tiori, qui s'y est opérée à la même époque où elle devait s'effectuer eu France ; ce qui indique assez que votre main conduisait cette trame. Qu'avez-vous à répondre?
Louis : S'il y a des personnes qui se sont dites mes agents dans les colonies, elles n'ont pas dit vrai. Je n'ai jamais ordoniaé rien de ce que vous venez de dire.
U président : L'intérieur de l'État était agité par des fanatiques; vous vous en êtes déclaré le protecteur, en manifestant l'intention évidente de recouvrer par eux votre ancienne puissance. Qu'avez- vous à répondre?
Louis : Je ne puis rien répondre à cela, je n'ai aucune connaissance de ce projet-là
Ia président : Le corps législatif avait rendu, le 29 no-
16 LE DRAME DE QUATRË-VIMOT-TREIZE
vembre, un décret contre les prêtres factieux; vous en avez suspendu Texécution. Qu'avez-vous à répondre?
Louis : La Constitution me laissait la sanction libre des décrets.
Le président : Les troubles s'étaient accrus. Le ministre déclara qu'il ne connaissait, dans les lois existantes, aucun moyen de punir les coupables. Le corps législatif rendit un nouveau décret; vous en suspendîtes encore Pexécution. Qu'avez-vous à répondre ?
Louis : Héme réponse que la précédente.
Le président : L'incivisme de la garde que la Constitution vous avait donnée, en avait nécessité le licenciement. Le lendemain, vous lui avez écrit une lettre de satisfaction ; vous avez continué de la solder, ce fait est prouvé par les comptes de la trésorerie de la liste civile. Qu'avez* vous à répondre?
Louis : Je n'ai continué que jusqu'à ce qu'elle pût être recréée, comme le portait le décret.
Le président : Vous avez retenu auprès de vous les gardes suisses; la Constitution vous le défendait, et l'Assemblée législative en avait expressément ordonné le départ. Qu'avez-vous à répondre?
Louis ; J'ai guivi le décret qui ^vait 0lô rendu sur cet Objet,
LêpViikknt i Vous uyoe eu dans Paris doi conipôgnlei
particulières, chargées d'y opérer des mouvements utiles à vos projets de contre-révolution. Daugremont et Gilles étaient deux de vos agents, ils étaient salariés par la liste civile. Les quittances de Gilles, chargé de Porganisation d'une compagnie de soixante hommes, vous seront présentés. Qu'avez- vous à répondre?
Louis : Je n'ai aucune connaissance des projets qu'on me prête; jamais idée de contre-révolution n^est entrée dans ma tète.
Le président : Vous avez voulu, par des sommes considérables, suborner plusieurs membres des Assemblées constituante et législative. Des lettres de Dufresne-Saint-Léon et plusieurs autres qui vous seront présentées, établissent ce fait. Qu'avez -vous à répondre ?
Louis : J'ai vu plusieurs personnes qui se sont présentées avec des projets pareils, je les ai éloignées.
Le président : Quels sont les membres des Assemblées constituante et législative que vous avez corrompus?
Louis : Je n'ai point cherché à en corrompre, je n'en connais aucun.
Le président : Quelles sont les personnes qui vous ont présenté des projets ?
Louis : C'était si vague, que je ne me le rappelle pas.
Le président : Quels sont celles à qui vous aviez promis de l'argent ?
Louis ; Aucune,
4^ |,Ç DftlMB pf QU47Rg-VïNGT-fE|:i?|:
^ président : Yous avess lai?s^ avilir }a fiatjon française en Allemagne, en jtajie, en Espagne, puisque vous n'avez rien (ait pour exiger la réparation des mauvais traitements que les Français oii| éprouvés dans ces pays. Qu'avezvous à répondre?
Louis : La correspondance diplomatique doit prouver le contraire. Au reste, cela regarde ies ministres.
Le président : Vous avez fait, le 10 août, la revue des Suisses à cinq heures du matin, et les Suisses ont tiré les premiers sur les citoyens. Qu*avez-vou8 à répondre?
Louis : J'ai ^lé voir joutes les troupes qui étaient rassemblées chez moi cejour-]à; les autorités constituées y étaient, le Département, le inair^ 4e Paris. Pavais même fait demander à l'Assemblée de m'envoyer une dèputation de ses membres pour me conseiller ce que je devais faire; et je vins moi-même avec ma famille au milieu d'elle. '
Le président : Pourquoi avez-vous fait doubler la garde des Suisses, dans les premiers jours du mois d'août ?
Louis : Toutes les autorités constituées l'ont su, et parce que le château était menacé d'être attaqué; j'étais une autorité constituée, je devais me défendre.
Le président : Pourquoi, dans la nuit du 9 au 10 août, avez-vous fait mander le maire de Paris ?
Louis : Sur les bruits qui se répandaient.
|.|; P^AMi: pp QÇATRE-VINGT-TREIZE <{J
Le président: Vous avez fait couler le sang des Français. Qu'avez-Yous ^ répopdre ?
Louis : Non, monsieur, ce n^est pas moi.
Le président : N'avez-vous pas autorisé Septeuil à entreprendre un commerce en grains, sucres et cafés à Hambourg^t dans d'autres villes? Ce fait est prouvé par les lettres de Septeuil.
Louis : Je n'ai aucune connaissance de ce aus vous dites }à.
Le président : Pourquoi avez-vous mis votre veto sur le décret concernant la formation du camp sous Paris ?
Louis : La Constitution me laissait la libre sanction, et, dans ce temps-là, j'ai demandé un camp, plus près des frontières, à Soissons.
Le président : Louis, avez-vous autre chose à ajouter ?
Louis : Je demande une copie de l'acte d'accusation, et la communication des pièces, et qu'il me soit accordé un conseil pour suivre mon affaire.
Le président : Louis , on va vous présenter les pièces qui servent à votre accusation.
On présente à Louis un mémoire de Talon, apostille, et, le président l'ayant interpellé s'il reconnaît l'apostille de son écriture, il répond ne pas la reconnaître.
Il déclare même ne pas reconnaître un mémoire de Laporte qu'on lui pri^^sente.
On lui présente une lettre de son écriture. Il dit qu'il croit qu'elle est de son écriture, et qu'il se réserve de s'expliquer sur son contenu. On en fait lecture. Louis dit que ce n'est qu'un projet, qu'elle n'a pas été envoyée, qu'elle n'a aucun rapport avec la contre-révolution.
Une lettre de Laporte, qu'on lui dit datée de sa nain, à lui, Louis. Il dit ne reconnaître ni la lettre ni la date.
Une autre du même, apostiilée de la main de Louis, 3 mars 1791. Il dit ne reconnaître ni la date ni l'apostille.
Une autre du même^ apostiUée de la main de Louis, 3 avril 1791. Louis dit ne pas la reconnaître plus que les précédentes.
Une autre du même. Louis fait même réponse.
Un projet de constitution, ^igoé la Fayette, suivi de neuf lignes de l'écriture de Louit. Il répond que, si ces choseslà ont existé, elles ont été effacées par la Constitution, et qu'il ne reconnaît ni la pièce ni son apostille.
Une lettre de Laporte du 19 avril après midi, apostiilée de Louis, il déclare ne pas la reconnaître plus que les autres.
Une autre du même, du 23 février 1791, apostiilée de Louis. Il déclare ne t^as la reconnaître.
^ Une pièce sans signature, contenant un état de dépense. Avant d'interpeller Louis sur cette pièce, le président lui fait la question suivante :
Le président : Avez-vous fait construire, dans une des murailles du château des Tuileries, une armoire fermée d'une porte de fer, et y avez-vous enfermé des papiers?
LE DRAME DE QUATR£-VlNGT-Ta£lZC 21
Louis : Je n^en ai aucune connaissance, ni de la pièce sans signature.
Une autre pièce de même nature, apostillôe de la main de Louis, Talon et Sainte-Foi. Il déclare ne pas la reconnaître davantage.
Une troisième pièèe de même nature. U déclare ne pas la reconnaître.
Un registre ou journal de la main de Louis, intitulé : Pensions ou Gratifications, accordées sur ta cassette.
Louis : Je reconnais celui-ci ; ce sont des charités que j'ai faites.
Un état de la compagnie écossaise des gardes du corps.
Louis reconnaît celte pièce et déclare que c'est avant qu'il eût défendu de contiiftier leur traitement, et que ceux qui étaient absents ne Je touchaient pas.
Un état de la compagnie de Noailles, pour servir au payement des traitements conservés; signé Louis et Laporte.
Louis déclare que c'est la même pièce que la précédente.
Un état de la compagnie de Grammont.
Louis déclare que c'est la même chose que les précédents.
Un état de la compagnie de Luxembourg.
Louis déclare que c'est la même que les trois autres.
Le président : Où aviez-vous déposé ces pièces que vous reconnaissez?
Louis : Ces pièces devaient être chez mpn trésorier.
Une pièce conceruaut les Cent- Suisses.
Louis déclare ne pas la reconnaître.
Un mémoire isiigné Qonway.
Louis déclare n'en avoir aubune coboaissance.
Une copie certifiée d'un original, déposé au déparle-ment de l'Ardéche, le 14 juillet 1792.
Louis déclare n'en avoir aucune connaissance. • Une lettre relative au camp de Jalès.
Louis déclare n'en avoir aucune connaissance.
Copie d'une pièce déposée au département de TArdèche.
Louis déclare n'en avoir aucune connaissance.
Lettre sans adresse, relative au camp de Jalès.
Louis déclare n'en avoir aucune connaissance.
Une copie conforme à l'original déposé au département de l'Ardèche.
Louis déclare n'en avoir aucune connaissance.
Une copie conforme à l'original des ponvoirà donnés à Du Saillant.
Louis déclare n'en avoir aucune connaissance.
Une copie d'instructions et pouvoirs donnés à M. Gonwsiy par les frères du roi.
Louis déclare n'en avoir aucune connaissance.
Autre copie d'original déposé.
Louis déclare n'en avoir aucune connaissance.
Une lettre de Bouille, pof-tant compte de neuf bent mille livres reçues de Louis. Il déclare n'en avoir pas connaissance.
Une liasse contenant cinq pièces) trouvées dans le portefetiilie de Septeuil. bbuk, portant des bons sigdéd Louis
et dés reçus dé Éoanîères, et les autres étant des billets.
Lotiîs dècldfë n'en avoir t)as botihaissânce. ' tlné liàke dé Huit pièces, màiidais sigiiës Louis, au pro-> fil de Rochéfort.
Louis déclare n'en avoir pas conaaissance.
Un billet de Laporlet ^^^ eigaature.
Louis déclare n'en avoir aucune connaissance.
Une liasse contenant deux pièces^ relatives à un don fait à madame Poliguac et à M. la Yauguyon.
Louis déclare n'en avoir aucune connaissance.
Ua billet signé des frères du roi.
Louis déclare ne pas le reconnaître, ni récriture, ni les signatures. ^ ,
Une lettre de Toulongeon aui frères du roi. Il déclare n*en avoîr aucune connaissance.
Une liasse relative à Ghoiseul-Gouffîer.
Une lettre de Louis à l'évèque de Clermont.
Une copie signée Desniès.
Un bordereau de payement de la garde du roi.
Les sôimmes fiàyéeé â Gilbert.
Uiie pièce relative aux pensions.
Une lettre de Dufresne-Saint-Léoii.
Un imprimé contre les jacobins.
Louis déclare n'avoir connaissance d*aiicune des t)ièces déposées et qu'on lui présente.
Le président dit alors :
— Louis, la Convention nationale vous permet de voué retirer.
A ces mots, le roi sortit en effet de rAssemblée et se retira dans la salle qu'on appelait la salle des députations; là, Taiguillon de cet indomptable appétit, qui était un des besoins de son organisation, se faisant sentir, le roi demanda un morceau de pain qui lui fut apporté.
Au 10 août, c'est encore un repas qu'on offre au roi ; au 11 décembre, ce n^est plus qu'un morceau de pain qu'on lui apporte.
Un instant après, la Convention décréta que le commandant de la garde nationale de Paris reconduirait sur-lecbamp Louis Gapet au Temple.
Il y arriva vers six heures; les prisonniers, pendant son absence, étaient demeurés dans une inquiétude difficile à exprimer. La reine avait tout tenté près des municipaux pour savoir ce qu'était devenu le roi. C'était la première fois qu'elle daignait questionner; mais, quelque instance qu'elle fit, ou ces hommes ne savaient rien, ou ils ne voulaient rien dire.
De son côté, le premier soin du roi, en arrivant, avait été de demander qu'on le conduisit à sa famille; on lui répondit qu'il n'y avait pas d'ordres à ce sujet. Il insista pour qu'on la prévint de son retour, ce qu'on lui promit; le roi demanda alors son souper pour huit heures et demie, et se mit à sa lecture habituelle, sans paraître autrement se préoccuper des quatre municipaux qui l'entouraient.
Le roi espérait encore souper avec sa famille; mais, à huit heures, il attendit vainement. H insista de nouveau; mais, cette fois comme l'autre^ ce fut inutilement.
— Au moins, demanda le roi, mon fils passera la nuit chez moi, son lit et ses effets étant ici?
Le silence fut le même cette fois que les autres ; et, voyant qu'il n'y avait plus d'espoir de réunion, Gléry donna ce qui était nécessaire pour coucher le jeune prince.
Pendant que Gléry déshabillait le foi :
— Ah! Gléry, lui dit-il, j'étais bien loin de m'attendre à toutes les questions qu'ils m'ont faites.
Puis il se coucha, et dormit ou parut dormir avec beaucoup de tranquillité.
Il n'en fut pas de même chez les autres prisonniers. Gette rigueur extrême de la séparation dont on usait envers le roi, ressemblait fort à ce secret auquel on mettait les hommes condamnés ou prêts à l'être. Le dauphin n'avait pas de lit : la reine lui donna le sien, et demeura toute la nuit debout à son chevet, regardant dormir l'enfant royal avec une douleur si morne, que madame Elisabeth et madame Royale ne la voulaient point quitter.
Mais les municipaux intervinrent et forcèrent les deux femmes à se coucher.
Le lendemain, la reine renouvela ses instances; elle demandait deux choses : continuer à voir le roi et recevoir les journaux pour être tenue au courant du procès.
Cette demande fut portée au conseil général, lequel refusa les journaux et autorisa le dauphin et madame Royale à voir leur père; mais, dans ce cas, ils devaient opter et ne plus revoir la reine.
C'était au roi de décider ; on lui lit part de cet arrêté du conseil.
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^6 LE DRAME DE QUATRE- VINGT-THElZE
— C'est bieo, dit-il avec sa résignation accoutumée; quelque plaisir que j'aie à voir mes entants, la grande affaire que j'ai à cette neure m'occupe trop pour que je puisse leur consacrer lé teimps dont Ils ont feesotii. Ilô resferoni près de leur mérè.
Effectivement, oh âl monter lô lit du dauphin datis la chambre de la reine, qui né quitta à son tôiir ses enfants que le jour où elle alla se taire condamner deVatit le tHbunàl révolutionnaire, comme lé roi allait se faire condamner devant la Convention.
L'armoire de fer. ^ Sa découverte. — Récit de Gam&in. — Il pan pour VersaUlos. -*. Son malaise généra). «^ U tombe sur la rqute.
— L'Anglais .^i^arre. ^ Gamain se croit empoisonné. r~ I^ est sauvé par l'élixir de l'Anglais. — Il revient à Versailles. — Les médecins. — La brioche. — Il reste perclus de tous sea membres.
— Pénonoiatioo à, Roland. — l^ .ConrQntiQii s'empare des papiers. — Mirabeau dévoilé. — Le buste çt l'écriteau de rue brin ses. — Le corps de Mirabeau chassé du Panthéon et remplace par celui dtt Marât. — Le fossoyeur de Sainte-Catherine. — Clamart -r- Contenance du rqi devant l'Ass^ml^lée, — ? Yingt^deux ans poijLr répondre à l'appel, — Situation de Louis XVI vis-à-vis de ses frères.
« J'étais bîen loin de m'attendre à toutes les (fuestions qu'ils m'ont faites, » avait dit le roi.
En effet, la plupart des pièces présentiêes au roi, et que le roi avait niées, quoiqu'elles fussent de son écriture, la lettre de ses frères, les mémoires de Laporte et de Taîoîi,