‹ Le Drame de quatre-vingt-treizeChapitre 3 sur 13 · PiLAlfS DIS OUATRBi-TlIïaT-TREIZE Ti · texte numérisé non relu

PiLAlfS DIS OUATRBi-TlIïaT-TREIZE Ti

la lettre de Bouille rendant compte de l'emploi des fonds, toiles ces pièces se trouvaient 4ans |^armoire de fer (jue Louis ignorai^ avoir été découverte, et dont il nia avoir connaissance, lorsque cette découverte lui fut signalée.

Maintenant, comment cette armoire de fer, si bien cachée, si bien scellée, avait-elle été découverte?

Par un de ces mystères sombres, qui planent sur les trônes croulants.

Nous avons vu comment Gamain était venu aux Tuileries ; nous avons vu, il nous Ta raconté lui-même, comment il avait été introduit près du roi; nous avons vu comment il avait travaillé à achever la fameuse armoire ; nous avons vu comment la reine, au moment où cette cachette importante venait d'être achevée, avait paru, portant sur un plateau du vin et une brioche; comment Gamain avait bu le vin et mis la brioche dans son mouchoir; nous avons vu, enfin, comment il était sorti des Tuilerieô à la nuit close.

Voyons maintenant ce qui s'était passé après celte sortie, ou plutôt déroulons l'infamie à l'aide de laquelle ce misérable espéra pallier la trahison qui dressa, entre tous les faits reprochés au prisonnier, l'échafaud de son ancien maître.

Glest lui-même qui racontera ; if racontera dans sa déposition, il racontera dans la pétition où il demande un secours, il racontera dans les rues et dans les cafés de Versailles, où il traîne sous la m^in de Dieu, sous la punition du ciel, un corps paralysé, tordu, dc'^crépit.

28 LE DRAME DE QUÂTEE-VINGT-THEIZE

Écoutons :

« J'avais tant de hâte d'arriver à Versailles, je sentais une si vive impatience d'embrasser ma femme et mes enfants, je me pénétrais tellement de leurs inquiétudes croissant avec la nuit, que je n'eus pas le courage d'entrer dans un café ou chez un traiteur pour y prendre un peu de nourriture, quoique j'en eusse grand besoin. Je me figurais que le vin que je devais à une inexplicable prévenance de la reine me soutiendrait pendant une marche de quatre lieues. Je m'acheminais donc d'un bon pas à travers les Champs-Elysées en longeant la chaussée du bord de l'eau, où ne passaient ni voitures ni piétons; car, depuis que le roi avait quitté le château de Versailles pour celui des Tuileries, et que l'émigration avait éclairci toutes les familles de la cour, on eût dit que Paris et Versailles étaient à une distance considérable l'un de l'autre. Les communications entre ces deux villes devenaient de plus en plus rares. Je faisais tout bas la remarque, en me retournant, de la solitude qui régnait, à cette heure du soir peu avancée, sur une route naguère si fréquentée et si bruyante de carrosses. Les lanternes n'étaient pas même allumées, comme si elles ne fussent d'aucune utilité dans ce lieu désert.

» Tout à coup, je fus saisi d'un malaise général qui ne m'empêcha pas de poursuivre mon chemin ; mais ces vagues symptômes d'une indisposition subite se prononcèrent davantage par des déchirements d'estomac, par des spasmes nerveux, par des brûlements d'intestins. J'ignorîiis encore ce que pouvait être une maladie dont les pré*

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liminaires s'aggravaieDt à chaque instant, jusqu'à ce que des soulTrances inouïes me fissent tomber haletant au pied d'un arbre.

» Je me crus perdu, et j'attribuais à une apoplexie le trouble extraordinaire de mes sens. Je ne voyais plus, j'entendais à peine, et j'éprouvais par tout le corps un sentiment de chaleur intolérable; d'atroces coliques, durant lesquelles je me tordais en pleurant et criant, se déclarèrent avec une telle violence, que je n'eus pas la force de me relever. Je vis de loin passer quelques personnes, quelques voitures ; mais j'eus beau les appeler d'une voix plaintive, on ne vint pas à mon secours, et je me traînai à plat ventre dans la boue pour m'approcher de la rivière; car j'avais une soif dévorante et un feu interne qui me consumait.

» Les efforts que je fis pour sortir du bourbier où je m'étais engagé amenèrent peut-être une crise favorable. Je fus soulagé par des vomissements qui semblaient devoir causer ma mort, tant ils étaient accompagnés de nausées pénibles et de tortures intérieures. J'avais la crainte de rendre le sang à pleine bouche, et, pour apaiser cette prétendue hémorrhagie, je me faisais de mon mouchoir une espèce de bâillon que je rejetais bienlôt avec un vomissement plus douloureux. Je souffrais d'une horrible manière, comme si Ton m'arrachait le cœur et les entrailles. Je poussais par intervalles des cris aigus, et, sans interruption, des gtoissemeuts étouffés. UQ^b^ure, qui m^ parut un ilèclo d'enfer^ l'écoula d&n» oea gngoUae^i

» MUh ]o rm regardais comme perdu, quand le bruU

d'une voiture roulant sur la route parvint à mes oreilles. Je recominençai de me pousser en avant avec les mains et les genoux pour occuper le milieu de la chaussée, afin d'être écrasé ou secouru. Je tremblais que cette voiture ne changeât de direction ; car, alors, il m*eût fallu rester toute la nuit étendu sur le pavé, où, le lendemain, on m'aurait trouvé mort. Je tâchai d'attirer Pattention et d'intéresser la pitié des personnes qui étaient dans la voiture en me lamentant aussi haut que je pus élever la voix. Cet expédient me réussit : à mes plaintes réitérées, un homme mit là tête à la portière, et, voyant quelque chose qui se mouvait dans l'ombre, il pensa qu'un ivrogne était tombé à terre et il ordonna au cocher de retenir les chevaux pour éviter un malheur.

» En même temps, cet homme s'élança hors du fiacre, où il était seul, et vint à moi en me demandant, avec un accent qui me frappa, si i*élais blessé; mais je ne lui répondis pas; et les tranchées qui me martyrisaient redoublèrent au point que je m'évanouis dans les bras de mon sauveur. Celui-ci avait fait descendre le cocher et apporter une lanterne de la voiture pour examiner quels secours mon état exigeait.

» Il supposait que j'avais été assassiné, et, comme je ne parlais pas, il pensa que je venais d'expirer ; mais il se rassura en touchant mon pouls, qui battait toujours quoique bien faiblement, et, promenant sur moi la lumière de la lanterne, il apprécia ma véritable situation. C'est de lui-même que je liens ces détails. Il ne m'eut pas plus tôt envisagé, qu'il me reconnut pour m'avoir vu à Versailles

dans le laboratoire du roi, à Tépoque où j'apprenais la serrurerie à Louis XVI.

» Le hasard voulut que, dans mon infortuue, je rencontrasse une personne qui m'avait des obligations et qui, à ce titre, prît plus d'intérêt à ma position fâcheuse. C'était un riche Anglais d'un caractère assez bizarre, mais généreux et humain, ainsi que l'événement le prouve. Dans un de ses voyages en Franco, avant la révolution de 89, il s'était adressé à moi pour visiter l'atelier de Louis XVI et voir une serrure de sûreté d^un mécanisme ingénieux que mon élève avait imaginée. Je m'étais prêté de bonne grâce au désir de cet étranger et je lui avais même donné un verrou forgé par le roi. Cet Anglais, comme je l'ai su depuis de sa propre bouche, s'était fixé à Paris, malgré les dangers auxquels cette résidence l'exposait, pour avoir le plaisir, disait-il, d'assister à l'enfantement d'une grande révolution.

» Dès que j'eus ouvert les yeux, l'Anglais se fit connaître et s'informa ensuite avec empressement de l'accident qui m'était arrivé. Je né lui dis pas de quelle façon j'avais été atteint de vomissements extraordinaires.

» Cet Anglais réfléchit un moment, tâta de nouveau mon pouls à peine sensible, considéra ma face livide, toucha ma poitrine brûlante et me demanda froidement si je n'étais pas empoisonné. Ce fut pour moi un éclair imprévu dont-lâ lueur nie montra les motifs qu'on pouvait avoir de se défaire du possesseur d'un secret d'État. Cotte idée me vint et ne me quitta plus, bien que j'eusse encore la discrétion de In renfermer eh moi-m^mo. Je souffrais moins,

mais je sentais encore une plaie vive s'étendre et brûler dans mon estomac. Je ne doutais pas des effets du poison et je ne pus me défendre de verser des larmes, en songeant que je n'aurais peut-être pas la triste consolation de faire mes adieux à ma femme et à mes enfants. Je me gardai toutefois de laisser deviner mes soupçons, et je feignis de ne pas croire à mon empoisoonemeat.

» L'Anglais me porta dans la voiture et enjoignit au cocher de partir au galop jusqu'à ce qu'il trouvât une boutique d'apothicaire ; j'essayai de m'opposer à cet ordre, et je sollicitai comme une grâce d'être ramené sur-le-champ à Versailles; mais l'Anglais, qui jugeait le péril urgent, ne tint pas compte de mes prières; j'étais si abattu, si tourmenté parce que je soutfrais et surtout parce que j'avais souffert, que je ne résistai point à l'obstination de mon guide, à qui je dus la vie. Le fiacre s'arrêta devant une boutique d'apothicaire de la rue du Bac, L'Anglais me laissa seul pendant qu'il faisait préparer un élixir dont la puissance combattit l'action foudroyante du poison. Lorsque j'eus avalé ce breuvage bienfaisant, j'achevai de rejeter les substances vénéneuses que mes premiers vomissements n'avaient pas entraînées avec eux. Une heure plus tard, rien n'aurait pu me sauver.

» Je recouvrai en partie l'ouïe et la vue, le froid qui cir* culait déjà dans mes veines, se dissipa par degrés, et l'Anglais jugea que je pouvais être transporté à Versailles, U voulut m^y conduire lui-méfue, quelles que tussent les diQi* ouUéa pour sortir de Paris la. nuit, Il parlait bien fraoçalâ heureusement, et savait imposer par son saag-froid}

aussi ne fut-il point forcé de rebrousser chemin à la barrière.

» Nous arrivâmes chez moi à deux heures du matin ; ma femme était daos les transes; son désespoir éclata en sanglots lorsqu'elle me vit revenir moribond, enveloppé dans un linceul, et déjà semblable à un cadavre.

» L'Aoglais raconta où et comment il m'avait rencontré.

» Le médecin, M. de Lameiran, et le chirugien, M. Voisin, furent appelés; ils accoururent presque aussitôt et constatèrent les signes non équivoques du poison. Je fus interrogé à ce sujet et refusai de répondre. L'Anglais ne se sépara de moi qu'après avoir reçu l'assurance que je ne périrais point, du moins immédiatement.

» Cet homme bienfaisant revint souvent me voir durant ma convalescence.

» MM. de Lameiran et Voisin passèrent la nuit auprès de mon lit, et les soins qu'ils me prodiguèrent en me questionnant sur l'origine probable de mon empoisonnement eurent un succès plus prompt qu'on ne pouvait Tatlendre. Au bout de trois jours de fièvre, de délire et de douleurs inconcevables, je triomphai du poison, mais non pas sans en subir les terribles conséquences: une paralysie presque complète, qui n'a jamais été guérie tout à fait, une névralgie de latéte,et enfin une inflammation générale des organes digestifs à laquelle je suis condamné.

» Non-seulement j'avais persisté à cacher ma visite aux Tuileries dans la journée du 22 mai, mais encore je priai l'Anglais de ne pas ébruiter l'aventure de notre rencontre

noctupe aux Champs-Elysées, et le sommai le médecin et le chirurgien de s'abstenir de toute parole indiscrète sur la nature de mon mal. Je n'eus aucune nouvelle de Louis XVI, et, en dépit du ressentiment qui couvait dans mon cœur contre les auteurs présumés de cette odieuse trahison, je n'avouai pas encore à ma femme que j'avais ^(é empoisonna.

» Mais la vérité vit le jour malgré moi, malgré mon silence. Quelque temps après cette catastrophe, la servante, | nettoyant l'habit que je portais le jour de mon accident, j trouva dans les poches un mouchoir sillonné de taches ' noirâtres, et une brioche aplatie et déformée que plusieurs jours d'oubli avaient rendue aussi dure qu'une pierre. La servante mordit une bouchée de ce gâteau qu'elle jeta ensuite dans la cour. Le chien mangea cette pâtisserie et mourut; la servante, qui n'avait sucé qu'une petite parcelle de cette brioche, tomba dangereusement malade. Le chien ouvert par M. Voisin, la présence du poison ne fut pas douteuse. La brioche seule contenait assez de sublime-corro-

sif pour tuer dix personnes,

» Enfin ^'avais une certitude, enfin je connaissais l'empoisonnement, sinon les en^poisonneurs. j'étais impatient de me venger et je craignais de mourir auparavant. Je demeurai perclus de tous mes membres pendant cin(;[ mois. Ce ne fut que le 19 novembre (jué je me trouvai en état de venir à Paris. Je me transportai chez le ministre Roland, qui me reçut aussitôt, sur l'annonce d'un secret important que j'avais à lui révéler; je lui appris Texistence de larmm^e de fer^ et je n'acceptai point les récompenses

LE DRAME DE QUATRE-VINGT-TREIZB 3!t

qii'on m'offrit au nom de la GoQvenlion; ma vengeance me suffisait. Le lendemain, Tarmoire fut découverte, lès papiers qii*elle renfermait turent déposés sur le bureau de la Convention. L'année suivante, Louis xVl et Marie-Antoinette montèrent sur l'échâfaùii. »

Gamain avait-il déjà fait cette déclaraiion lorsque commença le procès? Non, tout porte à le croire. Qiiand la fitil? quand raconta-t-il cette infamie? Lorsque les tôtes dé Louis XVI et de Marie-Antoinette eurent roulé sur Téchafaud : sans doute ces tètes coupées lui apparaissaient dans ses songes et retrouvaient une voix pour l'accuser ; cette voix^ il crut la faire taire en accusant à son tour.

Au reste, Parmoire de fer tuait à la fois un vivant et un mort, une existence et une réputation.

La squelette de Mirabeau y avait été retrouvé une bourse à la main.

Depuis longtemps, le fait des relations de Mirabeau circulait, mais à l*é(îit de bruit que rien ne justifie, sinon cet instinct populaire qui se trompe si rarement; grâce à l'armoire de fer, ces soupçons devinrent une certitude.

La réaction contre Mirabeau fut égale à Padmlration ] l'infamie dont on l'accabla, pareille aux honneurs qu'on lui avait rendus.

Nous avons sous les yeux une gravure qui représente le squelette de Mirabeau assis sur le Livre rouge; mais sa tète a conservé la chair, et, par conséquent, la ressemblance. Le spectre tient d'une main une bourse pleine d'or et appuie Tautre sur la couronne de France.

36 LE DRAME DE QUATllE-VlNGT-TREIZE

Le buste de Mirabeau fut enlevé de la salle des séances; on brisa Técriteau de la rue qu'il avait habitée et qui avait échangé son premier nom contre celui de rue Mirabeau-le- Patriote. Enfin, le 25 novembre 1793, sous le coup de l'impression produite par l'assassinat de Marat, la Convention « décrète que le corps d'Honoré-Rlquetti de Mirabeau sera retiré du Panthéon français, et que, le même jour, celui de Marat y sera transféré. »

Le Panthéon était trop petit pour contenir trois morts : \oltaire, Mirabeau, Marat; pour que Marat entrât, il fallait chasser Mirabeau.

Notez que Marat y était entré à la suite de ce paragraphe :

« Considérant qu'il n'est point de grands hommes sans vertus... »

Que devint le corps de Mirabeau? Nous l'avons suivi au Panthéon, essayons de le suivre aux gémonies.

Le jour même où le décret fut rendu, le fossoyeur du cimetière Sainte-Catherine reçut l'ordre anonyme, mais officiel cependant, de creuser une fosse à l'angle du cimetière, à gauche en entrant.

La fosse creusée, un étranger qui assistait à l'opération donna Tordre à cet homme de se retrouver, le lendemain au point du jour, à la même place.

11 obéit.

Au point du jour, un fiacre s'arrêta à la porte et un cercueil en sortit.

Ce cercueil fut descendu dans la fosse et recouvert immédiatement de terre.

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Quatre persounes seulement assistaient à cette inhumation, et l'une d'elles, en se retirant, laissa tomber pour oraison funèbre ces paroles sur la tombe :

- Pauvre Mirabeau, qui eût dit, il y a un an, qae Clamart deviendrait ton Panthéon !

Voilà tout ce qui rçste de probabilité sur le lieu où glt la dépopUe morteUe de cet Encelade qui avait si rudement secoué le trône, que lui-môme ne put le raffermir.

Revenons au roi.

Sa contenance devant l'Assemblée avait été ce qu'elle était toujours, terne, molle, chancelante; à tout prendre à part les révélations faites par l'armoire de fer ses ac ' cusateurâ étaient assez mal instruits. Les principaux griefs qu'Us eussent pu lui reprocher, nous ne les avons connus nous-mêmes qu'en 1815, lorsque le retour des Bourbons avec les armées alliées qu'avait appelées Louis XVI et qui ne purent répondre à son appel que vingt-deux ans après qu'il eut été fait, permit à chacun de se faire un mérite de ses crimes, une auréole de ses trahisons.

Aussi voyez de quoi l'accuse la Convention? Principalement de choses amnistiées, de Nancy, du champ de Mars de Varennes. Entre ces événements et l'accusation du II décembre 1792, une chose importante et à laquelle on ne fait pas attention existe qui amnistie le roi : c'est son acceptation de la Constitution en septembre. Pourquoi ce bù in idem vis-à-vis du roi, par la seule raison qu'il est roi? ^

Ils sont si mal informés du reste, ils ignorent tant de

choses, qu'ils ignorent môme la véritable situaUon du roi vu. 2

3^ &S BllME >E QUATAK-VIVGT-TIEIZE

Whè-Tifi de VéOBigniAâoB, et swrtMit en fmts% âe ses frères. yénignlkm^ maipé tesiurotesÉationsv aeerète9.dÉt roi, naaigré ses lettres aux souT^nios, se pardoBiie pae à Looris XVI Im e«içesji»QS q«'il fait chaciiiejQur à yetspni rèiiQliifciennaire. En coiffant le bonnet reoge, Losis XTl a alràlqiiê la

> Vii»-è-Yis âe ae& îTèrm; c'e^ bien |iis eii«oi«, R saôt k haii» iHwfoQâe de 1136, d'Artoi» et de Ppomoee contre la reine; il sait qu^ils ne rentrent que pourâéeliemrer la Kàiie et faire db ini ee que Toa faisait de eee rois fai- ]jiiéiUÉte, rameaix eut riemi Uôia» eniflçma^m, <p?ta poctssait ëftOA UB coiirveiit, après leur aKM;r l»t ve^tir une toi» éb WKàmt. La na«¥elte! de k sert ^ L«n» XYl fut agfMsto àb GoMeoee : m y éansa le soir eu jew oè on

XLYIf

Opinions des feuilles éiti tstofis sur le pvoeèsdn bdI.— LoairèRnanëc un conâèil. — La Gonveniioa raccorde. — Il choisit Target, qui - refuse lâchement: — Malesherbes se présente, le roi Taccepte. — B>Bfle lettre d« Troncàet. -^ Lettre de Malesherbey. — Dévoùemeet d'Olguape de ôoogesv -^Gondtoild odroese d» la Capniune. — Deadze. — Entrevue cUl poî et de Malesherbes^ -p*« Lfi& ceut sept pièces du procès. — La lecture en dure huit heures. — Souper de* coinrentronnels. — Gînepiattte et uite pièces nouvellesr. — ^ La âmioa. -~ ie dAiUitle leiusé. -* Bnrtaiîfié de tia GooHwnie.

Louis XVI avait deux choses à faire, il ne fit ni Voine ni l'autre. Il pouvait refuser de répondre à la Gon7ention ; ou noblement, fièrement, en chevalier, comme avait fait

LE »B4MI ^E QUAT&B-YllIGT-TBBiafi x 39

Gbittto» W, il pouvait lépaadre ml nom d» la royavUé» iiQB*flftiikiB&[i4 to«t dke, tout avaaer, Biais se vaoter de la kiUey mai» contiauer le combai.

Et, dioae éteaBge, il eût été soutenu par ks journaux les plus ré¥oIutioQQaire8.

Voyez pltttôt PrudhômiDe, dout oaus avoHs consigaé plus d'une fois le fanatisme, Prudhoauaae qui ne parle de lui qu'en rappdani Togte, le tyran, leuionstce.

Jetez les yeux suc son journal :

a 11 n'est pokkt douteux quo^ ai LotDS eût eu ks talents et laiagaoitè de Cl»rles^ ou piuM, s'il eùtxru d'abord que c'était là un procès cnmiadly il eût dit à la Gouveution :

» ^ Vous ne peinfea bk juger, ni d'après la Gonatitution, ni d'apcès le dnût naiurd; d'après la CfOastUutioa, il faudsait une baute cour natioaak, et je ne k vœa point ici ; d'après k droit natiorel, vous ne pouvez pas être ks ref^éseutauts d'une nation coBame juges ei comme légi^a* teurs. Les méiaes bomines ne peuvent £aire ks loia et les appliquer; je vous récuse. »

Il coatimue :

« Mailhe, secrétaire chaxgé de coumiuniquer les pkces à Loais Gapet, roaLp^iseait sa nûssioa avec un air de mépmot d'iohuoaauité révoltant dans un juge. Placé devant le prévenu, il lui remettait les papiers par-dessus son épattk, sans se détoiuu^r, sans k regarder, et^ kraque Lottk niait l'autheoUcité de certaine» pièces, Mailke lui disait d'un aidr ironique: « Ah! ah! » On a remarqué, dnns le procès du roi d'Angleterre, que Gharles est le seul à qui soient échappées de pareilles exclamations. Mais tout est

permis à Vaccusé. Les jugés, au contraire, doivent se maintenir dans les bornes les plus exactes de la retenue et de la circonspection, et s^e garder d'insulter à son malheur.

» La plupart des réponses du ci-devant roi ont été insignifiantes, et cela devait être ; il est fâclïeux que certains journaux accrédités les aient rapportées infidèlement. L'opinion vole rapidement sur ces feuilles légères, et ne rétrograde qu'avec peine. El. Feuillant et Audoin, que nous avons déjà relevés, font dire au président : « Pourquoi » avez-vous donoé Tordre de tirer sur le peuple? » et font répondre au prévenu : « C'est que le château était menacé, » et, comme j'étais autorité constituée, je devais me défen- » dre. » Cette demande aurait dû certainement être faite, ainsi que plusieurs autres auxquelles Barrère n'a pas songé; mais la réponse n'a pas plus existé que la demande. Gomment concevoir que des journalistes mettent dans la bouche d'un accusé des aveux si péremptoires lorsqu'il ne les a pas faits. Si Louis avait prononcé ces mots, il n'en faudrait pas davantage ; son .procès serait jugé, il se serait lui-même condamné à mort. Mais, partout ailleurs, il a avancé précisément le contraire.

» Le président ne lui a pas demandé non plus : « Pourquoi vous-même avez-vou>s pris la cocarde blanche du temps des gardes du corps 1 »

» Le fait n'a jamais été raconté ainsi ; c'est avilir la nalioa que de lui faire plaider le faux pour savoir le vrai, et laisser trop beau jeu à Louis Capet pour nous donner un démenti.

» Quoi qu'il en soit de ces réflexions, Louis s'est décidé

à tout ; car, autant que possible, et soutenant jusqu^au bout son premier caractère, toutes les fois qu'il a donné des réponses vagues, il a menti. Rien n^est plus aisé que de reconnaître l'écriture d'un ci-devant roi de France. Sa signature se trouve partout. Eh bien, il a nié presque toutes les pièces écrites de sa main. Il a osé démentir des faits dont la conviction est dans tous les cœurs. Il a dit comme Charles Stuart, qu'il n'avait jamais attenté à la liberté de la nation, et que ce n'était point lui qui avait fait verser le sang.

» Au reste, en lisant le procès- verbal de l'interrogatoire pn voit assez combien la cause des rois est mauvaise, et, en même temps, combien ils sont inutiles. Ce que Louis a dit de plus sensé est ceci : « J'ai fait ce que m'a conseillé » le ministre; j'ai nommé ceux que m'a présentés le mix> nistre. » Il ne dit pas que ces ministres, il les avait choisis contre-révolutionnaires. Ailleurs, il se défend de diverses imputations qu'on allègue, en disant que cela regardait le ministre. Que conclure de là? C'est que, de l'aveu des rois eux-mêmes, le ministre fait tout et le roi rien.

» Cette comparution de Louis Capet est plus humiliante pour les rois que ne le serait la mort même, car il a répondu eu accusé ; il n*a point méconnu le pouvoir suprême de la nation, il n'a défendu sa cause que par des mensonges grossiers et manifestes; il a avoué qu'un roi était inutile. Leur cause est déjà jugée lorsque Louis ne l'est pas encore. La mort n'avilit pas, le crime seul fait la honte.

» Louis a fini par demander un conseil : il eût mieux

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fait de comine&cer par \k. QuKHqa'R eût en qaatre mois pcmr réfiéchtf 4a«s «a prâof), il ne parait fias s'être là&a préparé. Rien de précis, rien de sailiant, nen ée Issniien: daofi ses répentee. »

Au reste, cette demande d*tm coBflcîl a^ait, diœe étrange, jeté le désordre da»» PAsBcmiilée. Aprèa le dépsrt * dn roi, on agita tnfiniHincQaeflient cette (pKfltieii. Un grand nombre de représentants, — et PrudbesRBe, kâ-4Bé(Qe, He pent s'empêcher de s'écrier : « Ces honmics sans doate avaient des entrailles de fer !» — un grand nembre de fe- \ présentants voulaient s'oppeser à ce cpw cette grtce, nous nous trompons, à ce qne cette fostiee fH accordée an rei. La séance fut orageuse ; on se dédomnagea dn long sitonce qui s'était fait pendant Finterrogatwre; on cria, on s'iajuria ; le président se couvrit, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qu'on accorda au roi un droit qwc la loi protectrice de tous confère au dernier des assassins.

Le conseil fut accordé.

Le lendemain, la Convention nomma des commissaires tirés de son s^n, qui allèrent demander au rei quel était . le conseil qu'il avait diotsi.

Il avait choisi Target, Pancien membre de la Consti-s tuante, qui avait le pk» eontribué à la rédaction de )a Constitution.

Target manqua au mandat qu'il recevait, il refusa lâchemaat, il pftlit de crainte devint son époque pour rougir de honte devant la postérité.

A la place de Target .'qui refusait, trois défenseurs se ppésenlèrent :

LE DtRAMS BE QUATRE-VIHGT-TRBTZX 43

LaiDûignon de Male^erbes, Troacbet et Joaniat.

Lduis n*«ccepta 411e Matesherbes.

Sur le f e£us de Tar^, il a«aî4 d'aiiord demandé Trat* .cbet; mais TroacbeA était à k cam^PM, et ae lui ^ré^ T«Q«L que deux jours aprôt; iMs^u'ilacriTa^ Malntert^ee était damL

U xà'eii anaît pas i&(nlbs4ico^^, Il n'en afaii^as liina écrit «H oiimtre celte lettre qii« iioaa tranteriiwM id.

C'est un titre de aoUeese qoe ni la réyatetioB de 179S,. ui eaUe d« 1848 u'eâsayerdal d'aboi, mana Tesipérenc :

a Citoyen ministre,

» Entièrement étranger à la cour, avec laquelle je n'ai jamais eu aucune relation directe ou indirecte, je ne m'attendais pas à me voir arracher au fond de ma campagne, à la retraite absolue à laquelle je m*étais voué pour venir * concourir à la défense de Louis Cape t.

» Si je ne consultais que mon goût personnel et mon caractère, je n'hésiterais pas à refuser une mission dont je connais toute la délicatesse et peut-être le péril.

» Je crois cependant le public trop juste pour ne pas re* connaître cpOL'aoe pareille nussion ee réduit à ôire l'organe passif de r«ccttié| et qu'elle devient forcée dans la ôfcoti* stance où celui qui se troave appelé d'aae naniàre si f«« blique ne j^^urrait refuser son minifitèie saas pMadrtsvr lui-même de prononcer, le premier, un jugeiae&i ^-se» rail téméraire avaet tout examea des pièces et des iBoyeiM de défense, et barbare après cet examen.

» Quoi qu'il en soit, je me dévoue au devoir que m'inspire rhumanité. Gomme homme, je ne puis refuser mou secours à un autre homme sur la tête duquel le glaive de la justice est suspendu. Je n'ai pu vous accuser plus tôt la réception de votre paquet, qui ne m'est parvenu qu'à quatre heures du soir à ma campagne, d'où je suis parti aussitôt pour me rendre à Paris. Au surplus, je vous prie de recevoir le serment que je fais entre vos mains, et que je désirerais rendre public, que, quelque soit l'événement, je n'accepterai aucun témoignage de reconnaissance de qui que ce soit sur la terre.

» Je suis, etc.,

» Tbonchet. »

Deux lettres suivirent celle-ci : l'une de Lamoignon de Malhesherbes; l'autre, d'un M. Jourdat, de Tri^yes.

Toutes deux demandaient à défendre le roi, elles étaient toutes deux adressées à la Convention.

Voici eelle de Malesherbes :

« Citoyen président,

» J'ignore si la Convention donnera à Louis XVI un conseil pour le défendre et si elle lui en laissera le choix ; dans ce cas, je désire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette fonction, je suis prêt à m'y dévouer; je ne vous demande pas de faire part à la Convention de mon offre, car je suis éloigné de me croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi; mais j'ai été ap-

pelé deux fois au conseil de celui qui fut mon maître, dans le temps où cette fonction était ambitionnée par tout le monde. Je lui dois le même service lorsque c'est une ' fonction que bien des gens trouvent dangereuse. Si je connaissais un moyen possible pour faire connaître mes dispositions, je ne prendrais pas la liberté de m'adresser à vous. J'ai pensé que, dans la place que vous occupez, vous avez plus de moyens que personne de lui faire passer cet avis.

» Je suis avec respect, etc.,

» Malesherdes. »

Enfin consignons un dernier trait d'héroïsme d'autant plus remarquable qu'il venait d'une femme; Olympe de Gouges, dont nous avons déjà parlé, celle-là môme qui réclamait pour son sexe les privilèges de la députation, disant : « Les femmes ont le droit de monter à la tribune puisqu'elles ont le droit de monter à l'échafaud I » Olympe de Gouges écrivit pour être adjointe à Malesberbes.

Malesherbes et elle payèrent de leur tête, Tun cet o Ifice, l'autre l'offre qu'elle avait faite de le remplir.

Pauvre Olympe I le monde fut injuste avec elle jusqu'au bout: à Malesherbes, les louanges, les honneurs, lés statues; à Olympe, rien; à peine quelques personnes connaissent-elles ce dévouement qui lui coûta si cher. La postérité est parfois aussi injuste que les contemporains.

La discussion qui s'était élevée à propos des conseils à donner ou à refuser au roi, indiquait d'avance la partialité

avec laquelle le procès semtfimlTL Chaque joar, il ^rvenait de nouYelles pièces à charge on à déchari^. Il eût été daas la légalité ordinaire de comoiBniquer ces pièces au roi; nais un memère de la Gonventien fit observer que» si l'on agissait ainsi, le procès ne serait pas fini dans six mois. En conséquence, il proposa Tordre du jour bbt la communication des pièces, et Tordre du jour fut adopté.

La Commune, surtout, se faisait éè plus en plus odieûfie; nous avons vu comment elle s'était faite geôlière m Temple, septembriseuse aux gisons. Î^Vyant point osé massacrer Louis XVI comme un prisonnier ordinaire, elle voulait du moins qu*il n'échappât point au jugement rendu d'avance contre lui; et, pour que ce jugement fût plus sûr, elle voulait rendre sa déleose imposable, en ùécmhr rageant ses défenseurs. Le 12 décembre, eUe arrêta que les conseils de Louis seraient scmpuleusement visètés, fouillésji^^^'aïur endroits les plus ««ore^*; qu'après s'élre déshabillés, ils se revêtiraient d'habits nouveaux.Ën outie» elle décréta que ces méines conseils ne pourraioat parier au roi qu'en présence de l^rs gardiens; mais, de son cdté, la Convention décréta que l'accusé verrait librefloeat ses conseils.

La CoBiiiHine avait eu ce honteux privilège d'indigofir la Conveuticm.

Mdesfaerbes et Tronchet furmt donc adoptés à la fûid par la Convention et par Louis XYI à titre de cona^ls et de défenseurs; mais, comme le temps qui leur restait ôtsût court, comme il y avait une multitude de pièces à dépouiller, ils s'Adjoignirent l'avocat Desèze.

LE BHÂME DS QUATRS-YINGT-TBEIZE 47

Ces dispositioDs prises pour lai défesse, ia GonY^aiioa décréta ({ue, le 26 décembre» Louis Capet serait définitive* ment enteaiduL; elle ajouta, conUaireiaeDi encore aux décisions de la Ckum&une, que le prifi(mQier pauirait revoir ses enfants, mais que ceux-ci ne pourraient revoir leur m^ ou kur tante, que lorsque Louis aurait suèi son dernier interrogatoire.

Le 14 décembre, Louis XVI eut perjiûssion de comoium* quer avec ses défenseurs; pour la première fois peut-être, ceux qui ^touraient le prisonnier pureat voir s'échapper ' de son dme.une véritable émotion, en apercevant Maiesherbes, ce vieillard âgé de soixante-huit ans qui était venu avec une simplicité sublime, quaitd tout le monde.renkit la royauté et le roi, offrir à^celui qui avait été son maître le sacrifice du peu de jours qui lui restaient; il tendit ses bras, ces bras royaux de Torgueil que Tétiqueite rend si difficiles à s'ouvrir, et, tout en krmes, sanglotant comme un homme qui étoufife :

— Moa eber Malesfaerbes, s'écria-t-il, je sais à qui j'ai affaire, je m'attends à la mort, je suis préparé à la recevoir, et ce qui vous étonnera, c'est que ma famille est comme moi préparée à cette catastrophe ; et la preuve, vous me voyez tranquille, n'est-ce pas? eh bien, avec cette môme tranquillité, je marcherai à l'échs^aud.

Pendaut toute cette conlérence^ le roi et ses conseils parlèrent si haut, que, de la chancre voisine, les municipaux pouvaient tout entendre. Comme le roi avait obtenu la permission de communiquer en particulier avec ses conseils, Gléry ferma la porte de sa chambre; aussitôt un .

48 LE DRAME DE OUATRE-YINGT-TREIZE

municipal, au méprii de l'arrêté de la Convention, lui ordonna de rouvrir cette porte et lui défendit de la fermer à l'avenir; il fallut obéir. Mais le roi, quiîsans doute avait fait la môme remarque que Cléry, était passé déjà dans la tourelle qui lui servait de cabinet.

Le 16 vint une députation conventionnelle; elle se composait de quatre membres. Ces quatre membres étaient Valazé, Cochon, Grandpré et Duprat, tous quatre faisant partie de la commission des vingt et un, nommée pour examiner le procès du roi. Ils apportaient au roi son acte d'accusation et les pièces relatives à son procès. Presque toutes ces pièces, venaient de l'armoire de fer.

Elles étaient au nombre de cent sept.

La lecture de ces pièces dura depuis quatre heures jusqu'à minuit. Une copie avait été faite de chacune d'elles; copies et originaux furent parafés par le roi, mais les ori« ginaux seuls furent lus. Le roi, sans autre examen, tint les copies pour exactes.

Le roi était assis à une grande table, Tronchet était assis à côté de lui. Le secrétaire lisait, et, après la lecture de . chaque pièce, Valazé demandait.: « Avez- vous connaissance...? » Le roi, sans explication aucune, répondait oui non.

La séance fut interrompue par l'offre que fît le roi aux conventionnels de prendre quelque chose; ils acceptèrent. Cléry leur servit une volaille froide dans la salle à manger. Tronchet ne voulut rien accepter et resta seul avec le roi dans la chambre du roi.

- Après le souper, on reprit le travail. Une des pièces qui.

pendant ce travail, passa sous les jeun da roi, fat nn registre de la police, dans lequel Louis XVI vit consignées les dénonciations de ses propret serviteurs*

il fut impossible de remarquer sur le visage du roi Peffet que lui produisait cette vue.

La députation purtie, le roi à son tour prit quelque nourriture et se coucha. 11 paraissait parfaitement insensible à la fatigue qu'avait dû lui faire éprouver une pareille séance; sa seule crainte avait été que le souper de sa famille n'eût été retardé comme le sien. Il s'en informa à Gléry, et, sur sa réponse négative :

— Ah! tant mieux! dit-il; ce retard n'eût pas manqué de les ioquiéter.

Quelques jours après, les mêmes députés revinrent et firent lecture au roi de cinquante et une nouvelles pièces,^ que le roi signa et parafa comme les précédentes. En tout, cent cinquante-huit pièces, dont on lui laissa les copies.

Sur ces entrefaites, le roi fut atteint d'une fluxion. Gomme cette incommodité entravait le travail que faisait le prisonnier avec ses conseils , travail incessant, et qui bien souvent se prolongeait du jour dans la nuit, le roi désira un dentiste et le fit demander à la Commune; mais la Commune passa à l'ordre du jour, et l'un de ses membres fît répondre au roi :

— Que Capet ne boive plus d'eau claire, et il n'aura plus de fluxion.

^0 LE DRAME DB QU ATHE-YINGT-TRfilZE

Travail du roi avec ses conseils. -^ Il cûmmuniqae par lettres avec sa famille. — Invention de Cle'ry pour que les prisonniers puissent communiquer entre eux. — Souvenirs du roi. — Anniversaire de la naissance de sa fille. — (^es rasoirs. «-ReomsuasaMMe affectueuse du soi poutr ses défenseurs. — Belle réponse de Ma» lesherbes. ' — Louis achève son testament. — Testament de Louis XVI. — Appréciation critique de certaines phrases du testament. — Raison d'État, satot de TÉtat. •— ÉbtM^ iltWMiioii des rois en face de leurs peuples.

Du 14 au 26 décembre, le roi yit ses conaeito et p*t librement travailier avec eiax. Qaaod le tzavaH était otdinaire, ils veDâient à cinq heores du soir et se retinôeai à neuf. Bn outre, tous le» matîDSv M. de Mateaherbes apportait au roi les papiers-nouvelles, et ks opûukms ii&primées des députés relatives à son procès»

Bans cette première séaQce^ il restait d^habitude ue henre ou deux avec le roi»

. Cependant, le reste de la famiUe royade^sé^aiée, la reine de son mari» madame Élisatetb de son Irèce,, ka de»x ear f ants de leur père, était dans la désertion. Par bwiàem^ ua jour, Gléry rencontra un serviteur des priaeeMes nemsié Turgy et put de, cette façon fadare passer à la famille lOfale des nouvelles du cher prisonnier. Le lendemain, Tnr^y, à son tour, prévint Gléry que madame Elisabeth, en lui rendant sa serviette après le diner, lui avait glissé dans la main un petit papier écrit avec la pointe d'une épingle.

Par cette lettre, elle priait le roi de hii écrire à son tour un mot. Le roi, qm, depuis son procès, ayait plsones, papier et encre, écririt à riostant mtee, et, rcffloettant la lettre torrte décachetée à Cléry :

— Lisez, dit-il; je ne crois pas que» qûMJûà môme ce papier serait troaiFé, il pût ¥«18 compromettre.

Cléry reftwa respectoeusefflcnt de lire te billet du roi et le remit à Targy.

De son côlé, Turgy, en passant dcYant la chambre de son compère, fît rouler un peloton de fil sous son lit; ce peloton de fil contenait la réponse de madame Elisabeth. Le roi alors adopta le même moyen : Cléry peMonaait du coton autour du papier écrit, riiettait ce peloton dans Tarmoire où étaient les assiettes, Turgy Ty prenait, et l'on retrouvait la réponse au même endroit.

Seulement, de temps en temps, le roi, en secouant la tête, disait :

— Prenez garde, mes amis l c'est trop vous exposer. Aussi Cléry chercha-t-il et trouva-t-il un aotre iottoyen. La bougie anrec laquelle s'écUdraii le roi était remise par

les commissaires à Cléry, en paquets ficelés. GL^y gardait les ficelles, et, iorstju'il en eut une suflisante quantité, il annoBça au roi qu'il arait un moyen de rendre sa correspond«nce plus aethre, en faisant passer cette ficelle à madame Elisabeth, laquelle, logeant aM^lessus de hû, et ayant une feaètre fui correspondait perpendiculairement à celle d'un petit corridor qui communiquait avec la chaDolMPe de Cléry, pûUY»t, pen^nt la niiit, Buapendre sa colrreapondance à cette ficelle et la descendre jusqu'à sa fenêtre à

lui. L'abat-jour retourDé qui masquait chaque fenêtre, ne permettait pas de craindre que les lettres pussent tomber dans le jardin. En outre, on pouvait attacher à cette ficelle papier," plume et encre, ce qui donnerait aux princesses, obligées d'écrire.en piquant le papier avec une épingle, une grande économie de fatigue et de temps.

Le roi écouta Gléry avec attention, et, souriant :

— Bon I dit-il, si le premier moyen nous manque, nous recourrons à celui-ci.

Effectivement, plus tard, ce moyen fut employé et réussit.

Le mercredi 19, on apporta le déjeuner au roi, comme d'habitude, sans songer aux Quatre-Temps, Gl$ry le présenta au roi;. mais le dévot élève de M. de la Vauguyon n'oubliait pas une pareille solennité.

»— C'est aujourd'hui jour de jeûne, dit-il.

Et Cléry reporta le déjeuner dans la salle. .

Le roi dîna, et, en dînant comme toujours devant trois ou quatre municipaux :

— Gléry, dit-il, il y a quatorze ans que vous avez éi& plus matinal qu'aujourd'hui.

— Quatorze ans, sire ? demanda Gléry.

— Oui ;^ il y a aujourd'hui quatorze ans que ma fille est née; aujourd'hui 19 est son jour de naissance... Et être privé de la voir, mon Dieu! :

Et Louis XVI leva au ciel deux yeux où roiilaient de grosses larmes.

G'était le 26 que le roi devait, pour la seconde fois, paraître à la barre de la Convention. Il avait la barbe laide,

blondasse, mal plantée ; il compreDait ce que cette défectuosité ponyait faire de (ort à son visage. 11 demanda ses rasoirs, qni Ini forent rendus, à la condition qa*il ne s*en servirait qn'en présence des municipaux.

Le 23, le 24 et le 25, le roi écrivit plus encore qu'à Tordinaire : il n'igoorait poiut qu'on avait l'intention — cette disposition fut chaDgée depuis — de le faire rester aux Feuillants un jour ou deux, pour le juger saos désemparer» et il se mettait en mesure de 'passer du tribunal de ce monde au tribunal de Dieu.

Le 25, le travail des conseils du roi fut complètement achevé; alors, se trouvant seul avec Malesberbes, Louis tomba dans une profonde rêverie; c'était si peuTbabitude du roi de s'abandonner à ces sentiments de mélancolie, que Malesberbes, s'approchant de lui, lui demanda les motifs de ce morne silence.

Louis releva la tête.

— Vous me demandez à quoi je pense ? dit-il. Aux grandes obligations que j'ai à MM. Troncbet et Desèze; je voudrais les reconnaitre; mais vous voyez l'état où je suis, vous savez le dénùment où Ton m'a mis; donnezmoi un avis, dites-moi ce que je puis faire pour leur témoigner ma reconnaissance?

— Sire, répondit Malesberbes, je crois qu'ils seront bien contents si Votre Majesté daigne leur dire qu'elle est reconnaissante des soins qu'ils ont pris pour elle.

Comme Malesberbes achevait, Desèze et Troncbet entrèrent. On sait la timidité de Louis XVI; à la vue de ces hommes auxquels, un instant auparavant, il voulait té-

moigner sa reconaaissasce^ sa recoasaissaince d^seura la H)éDie, s'accrut peut-être, aiais reChia vers le cœur.

M. de Maâesberbes Tit cet embaxms, tU s'appreclimt da roi :

— Sire, dit-il, mci ffiM. Desèie et Troiadiet; Totre Majesté m'a dit toctt à Vh^eum qu'elle éésiraôt kor témoigRr sa recoYHiaissaiice.

Alofs, Louis XYl ât mmx qB'im disciMirs; il se kisfia aller tout san^oteit dans 1«b l^ras de ces deux hoaunes. Il n'était point si dénué qu'il le diOGiii, ie f nsoseiisr raïf ai, puisqu'il lai restait ia recouiaMBaBoe, et qve, par caette reconn£râ«i0e, ks aoëies cœurs qui se éÉv0iaieBt% toi se regai^aient cemsie lai^gement ^yés.

Ce eut ce jo«r4à qae, Malesiierbes ap^^tint le roi ¥^tr$ MajmU, Treilhard s'approcha de lui.

— Qui vous donne, demanda-t-il, la dao^rense a«tace de prononcer ici des titres proscrits par la itatIdQ?

— Le mépris de la -vie, rép(Hidit MalesiieriNBSL Et il COQ tiaoa la conversation.

Après cette scène qui l'avait ^rafoudétueiit éma, te i^oi désira demeurer seul ; il ero^ak sa iiM)rt proc^jie et y&^ lait se préfMkf er à mattnr.

Ses défenseurs s'éloignèrent, et hm& XYi se mit à soa tes<aiDeBt; ii M tersuaié van Mie teunes te soir.

Quoiqtte cette pièce soitconaiie, coBHne die poanm, ét& notre part, donner lieu à quelques réflexions sar le roi et sur la royanté, n(His la çeDeiçnoBe ici.

« Au nom de la très-saîBfte Trifrifé, d=a Père, da Flfei et lUi

Saiat-jifipiit, aMJAocd'liiii viagt-cîiMpûème joar de décem- Lre tûl se^^ cent qaaire-¥iog|*ââaïe, moi, Louis aeiiième da JBÉBIL, m de Fisibcû, ôtaat dej^uis plua de quatre mois enHefiiié avec na foaiiif 4^û£ la tour du. TeiK^[Ue à Paris, par ceux qui étaient mesa^ifite, et j^îvé de Umtea cominunicatiMiifi ^ekasquag, raôuaie defuiis le iO du courant, avec laa £aHûiie; de plus, étaat impliqué daAS ujq {irocès doot ii fiAt iaaptfliibto de prévoir Tifiaue, à cauae des passas des boaunea, et dont ou ne trouve aucun prétexte ni moyen dans les lois existantes, n^aut que fiieu pour téiMB de met pmgrtrnff auquel je puiMe m'adaeseer : je âédane iâ <■ «a pvésejKe ses deruièiteA vakttiés «t aies

» Je laifiee nan àme à Dieu, mofu QréaAour; je le prie (le ia receKiir d»s sa miaérieiirde, de ne pas la ju§er d'après ses soéhies, naia d'après ceux de DMi^Sd^eûr Jt^SQs-GkEiit, qm s'est afiert en sacrifice 4 Dieu, aon Père, po«r B«K aulnes Imwbks, quekfue ûidignes que nous en soyons, et iboî te pivuiier.

» le meuxs dans Fsdîoa de aolie sainte mèie FË^se cathdttqw, apssisiique et raiBaiAe,. cpû tieot ses pouvoirs, par «ne suc cesnie i i uoii iiÉerfoatpue, ^esilÂnt Pierre, auquel Jésus-Christ les avait confiés.

» Je «Mis tavieuient et je e^otfesse. tout ce qui est comtenu dans le symbûle et ks conuiaiid6Biea4s de Dieu et de TB^iie, les sacremmils et les siTStères, tels que TKgliseeatbayqtte les eaueigne et tes a UNajours euseignés. Je n'ai jamais voulu Hie rendre juge dans tes dil^rèfites laauières <d*expttquer tes dûgOMS qui dédiirent l'Église de

Jésus-Christ; mais je m'en suis rapporté et m'en rapporterai toujours, si Dieu m'accorde vie, aux décisions que les supérieurs ecclésiastiques, unis à la sainte Église catholique, donnent et donneront, conformément à la discipline de l'Église suivie depuis Jésus-Ghriat.

» Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans Terreur, mais je ne prétends pas les juger et ne les en aime pas moins en Jésus-Christ, suivant ce que la charité chrétienne i^ous enseigne. Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés.

» J'ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester, à m'humilier en sa présence. Ne pouvant me servir du ministère d'un prêtre catholique, je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom (quoique cela fût contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Église catholique, à laquelle j'ai toujours été sincèrement uni de cœur.

» Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s'il m'accorde la vie, de me servir, aussitôt que je le pourrai, du ministère d'un prêtre catholique, pour m'accuser de tous mes péchés et recevoir le sacrement de pénitence.

Je prie donc tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou ceux auxquels j'aurais pu donner de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal' qu'ils croient que je peux leur avoir fait. Je prié tous ceux qui ont de la charité d'unir

leurs prières aux miennes pour obtenir de^Dieu le pardon de mes péchés.

» Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont faits mes ennemis, sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner,-de même qu'à ceux qui, par un faux zèle ou par un zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.

» JeTecommande à Dieu ma femme et mes enfants, ma sœur, mes tantes, mes frères et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être; je prie Dieu particulièrement de jeter desyeux de miséricorde surma femme, et mesenfants et ma soeur, qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce, s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.

» Je recommande mes enfants à ma femme; je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux; je lui recommande surtout d'en faire de bons chrétiens et d'honnêtes hommes, de ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde (s'ils sont condamués à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de rétemité. Je prie ma sœur de vouloir bien Continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de mère s'ils savaient le malheur de perdre la leur.

n Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les cliagiins que je pourrais hii avoir donnés dans le cours de notre union; comme elle

58 lE BRAlffB I>E OUATRB-TINGT-TREIÎE

lieet être ftÊae <pre je bc pnnâe licn contre eife, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher,

» Je EecomiuAQde hwà vivemaat à me& enfantfiy a^ès ce qu'ils deâ¥eiLt à die<a^€|iii dait ouu'cher avâuit ImU^ de rester toujours uoi» eatce etUL, sôumi» et >béiâgiiiLt& à kur mère et recoBO^ssaûte de tous ks soins et les {èeijie& qu'elle se donne pour eux, et, en mémoire de ittûi, je les prie de regarder ma sœur comme une seconde mère.

» Je recommande à mon lils, s'il avait le malheur de devenir roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens; qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve; qu'il ne peut faire le bonheur du peuple qu'en régnant suivant les lois-; mais, en même temps, qu'un roi ne peut les fiare respecter et faire le bien qui est dans son coeur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et que, autrement, értant lié dans ses operations, et nlnspirant point de respect, il est plus nuisi b le qu'utile.

» Je recommande à mon fîte d'avoir soin de toutrs les personnes qui m'^êtaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera iHi-môme lui en donneront les facultés; de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour TMn.

» Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui m'étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers

LS BRAMIE B£ OUATRE-'VIKGT-TlBIZi; 59

mÀ oomae eUes te deratst, et cmi oftl même iMAtré de ilngrstiiniite ; maài je leur pardonoe (soiivem dft&s les moméats de trouble et d'eiïerresceiice, ou n'est pa£ maître ée soi), et >e prie mon ftts, s'il es. trotiTe Toecasiofl, de ne songer qu'à leur malheur.

» Je fwdrais pouvoir téouiigner ki ma recomnissance à cen ifBi m'ont montré bb al1aefaem«it véfiubie et désintéreesé. D'm cMé, si j'ai élé seDoMeramt tovché d^ ringratitude et de la déloyauté des gens à qui je n'avais téffioigaé que <les bontésy à enx oa à leirrs parents et MRS» 4e r»itie, j'ai eu de la consoiation à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup et p^rammes m'ont montrés; je hB prio d'en recevoir to«s mes remereimeRts. Dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compKnnettre si je parlais plus explicitement; mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

» Je croirais calomnier les sentiments de la nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM. de Ghamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s^enfermer avec moi daHS ce triste séjour, et qui ont pensé en être les maihenreuscs victimes. Je lui recommande aussi Clêry, des soins duqueîj'ai eu tout Heu de me louer depuis qu'il est avec moi. Comme c'est lui qui est resté avec moi Jusqn'à la fin, je prie messieurs de la Commune de lui remettre mes bardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits efl'ets qui ont été déposés au conseil de la Commune.

» Je pardonne encore très- volontiers à ceux, qui me

gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J'ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes; que celles-là jouissent de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

« Je prie MM. de Malesherbes, Tronchet et Desèze de recevoir ici tous mes remercîments, et l'expression de ma sensibilité pour tous les soins qu'ils se sont donnés pour moi. .

» Je finis, déclarant devant Dieu, et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

» Fait double à la tour du Temple, le vingt-cinq décembre mil sept cent quatre-vingt-douze.

» Louis'. »

Et, maintenant, comment Louis XYI^ parjure tant de fois aux serments faits par lui ; comment Louis XVI, fuyant à Yarennes et laissant une protestation contre les serments faits ; comment Louis XVI, qui, après avoir remué, annoté, apprécié les plans de la Fayette et de Mirabeau, appelait l'étranger au cœur de la France; comment Louis XVI, prêt à paraître devant le Dieu qui allait le juger à son tour; comment Louis XVI osait-il dire: Je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi? ^ ^ .

Eb bien, tout est dans ce mot qui présente une double signification. .

Je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés

LE DRAME DE QUATRE-VINGT-TREIZE Qf

contre moi^ ne veut pas dire : Je suis innocent des crimes. Cela veut dire seulement : Ces crimes^ je ne me les reproche pas.

C'est que, grâce au milieu dans lequel ils sont élevés ; c'est que, grâce à ce sacre de la légitimité, à cette infaillibilité du droit^ divin, les rois ne voient pas les crimes, et surtout les crimes politiques, au môme point de' vue que les autres hommes.

Ainsi, pour Louis XI, la révolte contre son père n'était point un crime ; ainsi la guerre impie s'appela-t-elle : la guerçe du bien public.

Ainsi, pour Charles IX, la Saint-Barthélemy ne fut pas un crime : ce fut une mesure conseillée par le salut public.

Ainsi, aux yeux de Louis XIY, la révocation de Tédit de Nantes ne fut point un crime : ce fut une raison d'État.

Par exemple, ce même Malesherbes qui, à cette heure, venait soutenir et consoler son roi s'acheminant vers Téchafaud, Malesherbes, du temps qu'il était ministre, avait fait tout ce qu'il avait pu pour réhabiliter les protestants.

Eh bien, il avait trouvé dans Louis XVI une profonde répugnance à rapporter ce terrible édit de Nantes, qui avait ensanglanté les dernières années du règne de Louis XIV et ruiné la France.

— Non, disait obstinément le roi, non, c'est une loi de l'État, une loi de Louis XIV; ne déplaçons pas les bornes III. ' 4

andeiMieft. DéfiaiUhfioa» ctes eonaeil» d'uoe aveugle j^iikothropie.

— Mais, sire, répondait Malesherbes, ce que UmÊi XIV jugeait utile à la iio du xvfie »ècle, peut être devenu, nuisible à la fin du xmv. D^aiilear», sire, aiotttait Valesberbes a¥eck logique de rimaaAtté, la l^liâqtte ne {Hrescnt jannai» conire la justice.

— Mais, répondit le roi, où est donc fatteiffte portée à la ju^iee? la rèfwatàou ée Tédit de Ntfi^ a'élail-c» pas le salui de PÈta$?

Puis encore, et c'est Michelet, ce grand phîfesopîie, (prt le premier Toit cela ei nom le montre, e^est tp^xuBt roi est éttanger à sm iJcnpte; il le gwnrifme, niâsts ne se fcinl avec lui, ni par ses relations ni par ses alliances; ^tre son peuple et lui,, le roi a ses Bûni^re»; ncnMealeBient le peufde itleak fm ûhgût d*ète aen pacent, n'est pa» dt^se d'être son allié, mais encore n'est presque pas digne d'être gouyerné directement par Ittû

TandîB ^1 eu eït tout autare cinse de» m m^WJ à m étranger»^ BcnrbMM del!fafto> Bearbenfrél^agne, Bi^srbens d'Italie sertaieiil de la mésae muadt»^ et étaiesC co«sins; l'empereur d'Autriche était beau-frère; les priiiees de Savoie étaieat alltte. (^r^ le peiiH»le iFonlait iBi|K>8er à son roi de« eonâttioaa <|ii'M ae ipouiait pas suivre; à qui Louis XYI dcBiaBdaiHl aeeo&r» conte &» a^el» lévokés ? À ses cousins, à ses beaux-firèrety k se» alliôe ; poiir lui, les Espagnole et les Àatriêhiens, ee u'étaieut pas les ennemis de la France ; c'étaient des soldats de parents bien^

aimés, qui Tenaieiit «iélefidre la cause sakite, la eacise 4Battaquàbte de la royauté.

VoUà douBie Louis XVI se se reprochait pat les crimes qu$ l'onavam^aU corUrt lui.

Au reste,, ce fut au même poiat de vtte et au nom de sa tûui^puiasaDica, ^ui, plus probaUésiieat eoeore que la puissance royale, émane de Dieu, que le peapte.ûtle 14 jttiUei, le» 5 ei a octobre, le 20 juia et la 10 août.

DaoiS ce moment, U faïKt tedire,>p#ôûèsefit jugéeu faveur du peuple coutre la roys^*

Le S6 décemhm, — AitealMNM de Gtéty pMr U i«ioe. •— La clef du valet de ckMmhre Qétj. '— Iscideat. ^ Louis XVI aalre à l'Assemblée. — Défende de Desèze. -^ Belle défense à faire, manquée. — Paroles éloquentes de Tavocat. — Sa préoraison. — Le ni ptBné la p«iiok. ^ HotM at aiefîi préMAlées p«r le président au roL — Le roi se retira dAD& la saiïe dm coolécences. •<- Tu* multe dans l'Assemblée. — Proposition de Pétion. — Mouve* ment oratoire de Lanjuinais. — Goulhon. — Hésitation de J'AsoeBiWe. — Hojnea et Gnmee. ^GoMpéteoAe de la Coimeaiion. — La Montagne et la GiroAde. ^ Bobâspierie (9i VsrgAiattd.

La jouruée du 26 arriva douc^ Ixauvaut le roi préparé à tout, même à la mort.

Dès le matiu, Cléry avait fait prévenir la reine de tout ce qui devait se passer, afin que le bruit du tamboui et le mouvement des troupes ne Teifrayassent point comme la prepaière fois. Le roi partit à dix heures du matin, sous la surreillance de Santerre, de Chambon et de Chaumette.

Arrivérau tribunal, Louis attendit une heure qu'il lui fût permis d'entrer; la royauté était descendue si bas, qu'elle faisait antichambre une heure chez la nation.

Il est vrai que la nation avait fait pendant neuf cents ans antichambre chez la royauté.

Ce qui retardait l'entrée du roi, c'était une discussion à propos du rôi; un membre de la Convention venait d'annoncer à l'Assembléequ'une clef remise, lelt août,àCléry, son valet de chambre, et dont l'accusé avait nié avoir connaissance, était cependant celle qui ouvrait l'armoire de fer des Tuileries.

Cette clef, que Louis ne reconnaissait pas, probablement l'avait-il forgée lui-même?

Quatre autres clefs moins importantes, mais fermant cependant des tiroirs où Ton avait trouvé différentes pièces cotées au procès, étaient jointes à celle-là.

La discussion terminée, le président annonça à l'Assemblée que Louis et ses défenseurs étaient prêts à paraître à la barre.

Louis entra-, accompagné de Malesherbes, de Tronchet, de Desèze, de Chambon et de Santerre.

Après le tumuHe inséparable d'une pareille apparition, un profond silence s'établit dans l'Assemblée.

— Louis, dit le président, la Convention a décidé que vous seriez définitivement entendu aujourd'hui.

— Mon conseil va vous lire ma défense, répondit Louis. Et M. Desèze prit la parole.

Le discours de l'avocat fut un véritable discours d'à-

LE DRAME DE QUATRB-YINGT-TRBIZB 65

Yocat : ergoteur quand il eût dû être entraiof^nt, logique quand il eût dû être poétique.

^ Un trône ne se défend pas comme un mur mitoyen, avec des titres, des pièces, des certificats d'arpenteur. Il se défend par de grands appels aux grands sentiments; il se défend par la foi, par Tenthousiasme, par la religion. Certes la royauté n'est pas une déesse, mais c'est une idole, et certains peuples se font écraser par le char qui traîne leur idole.

C'était cependant une belle cause à défendre que celle de ce roi amené à répondre devant son peuple, non-seulement de des crimes à lui, mais de tous ceux de sa race, des prodigalités de Louis XV, des faiblesses de Louis XIV, des hésitations de Louis XIII ; il y avait un beau cortège d'ancêtres à lui faire, à ce roi traîné à- la barre nationale, et ses vrais défenseurs étaient Henri lY et saint Louis.

Certes, dans une pareille défense, l'histoire eût été faussée plus d'une fois, pliis d'une fois le sophisme eût pris la place du raisonnement; mais quels étaient, à cette époquelà, les hommes assez forts en philosophie historique pour nier ou démentir?

En somme, Desèze s'adressa aux esprits, il fallait attaquer 1^ cœurs; son seul élan un peu éleyé, sa seule aspiration supérieure fuf celle-ci :

« Je cherche parmi vous des juges et ne trouve que des accusateurs.

» Vous voulez prononcer sur le sort de Louis, continua Desèze, et c'est vous qui Taccusez.

» Vous voulez proBOfioer sur le sort de Louii, et vous avez 'déjà émis votre vœu.

» Vous Yûuleii; proQpuc€F mr te sort àê Louû, et vo^ çffi- ^ nions parcourent TEurope.

» Louis sera donc là sôul FrauQaii pour lû£Rel il n'exi»' tera aucune loi, ni aucune forma,

» On est allé jusqu'à lui faire un crime d'avoir placé de^ troupes dans son cbâteau; mais fallait-il donc qu'il se lai&> sât forcer par la multitude? le pouvoir qu'il tenait de la Constitution n'était-il pas dans ses mains? Citoyens, si dans CQ moment on vous disait qu'une multitude abusée et armée marche vers vous; que, sans respect pour volr^ caractère sacré de législateurs, elle veut vous arracher de ce sanctuaire, que feriez-vous?...

» On a imputé à Louis deç desseins d'agression funeste ; et qui donc ignore aujourd'hui que, longtemps avant la journée du 10 août. Ton préparait cette journée, qu'on la méditait, qu'on la nourrissait en silence, qu'on avait cru sentir la nécessité d'une insurrection contre Louis, que cette insurrection avait ses agents, ses moteurs, son cabinet, son directoire?

» Qui est-ce qui ignore qu'il a été combiné des plans, formé des ligues, signé des traités?

» Qui est-ce qui ignore que tout a été conduit, awangé, exécuté pour l'accomplissement d'un grand dessein qur devait amener pour la Franee les destinées dont elle jouit?

» Ce ne sont point là, législateurs, des faiu qi^e l'on puisse désavouer; ils sont publics» Us ont retenti dwsM

LE DRAME DE QUATRE-YINGT-TREIZE (Tf

France entière, ils se sont passés an milieu de vous; dans cette Balte même où je parle, on s'est disputé là gloire de la joornée du 10 août. Je ne Tiens point contester cette glotfe à ceun qui se la sont décernée ; je dis seulement que, puisque l'insurrection a ei^isté bien antérieurement au 10 aoAt, qu'Ole est oerlaine, qu'elle est avouée, il est dé« montré que Louis n'est pas Tagreeseur.

» Tous Paeeuses pourtant.

» Tous lui reprocher le sang répandu.

» Vous Youlez que ce sang crie yengeance contre lui.

» Contre lui, qui, à cette époque-là, n'était Tenu se confier à TAssemblée nationale que pour empécber qu'il n'en fût yersé.

» Contre lui, qui, de sa TÎe, n*a donné un ordr«i sanguinaire.

» Contre Iw» qui, à Yarennes, a préféré «evenir captif, plutôt que de s'exposer à oecamonner la mort d'un seul homme.

n Contre lui, qui, le 20 juin, refn'sa tons les secours qui lui étaient offerts, et voulut rester seul au milieu du peuple.

» Et TOUS lui imputez le* sang répandu, et c'est lui que vous accuses...

n Entendes d'avanee l'histotre qui redira à la renommée:

,» Louis était monté sur le trône à vingt ans, il donna - sur le trûne l'exemple des mœurs, il n'y porta aucune fai« blesse coupable, ni aucune passion corruptrice ; il fut économe, juste, sévère; il s'y montra Tuai constant du peu- Id»; le peuple désirait la destruction d'un impôt désas-*

Ireux qui pesait sur lui, il I9 détruisit; le peuple demandait l'abolition de la servitude, il commença par Tabolir lui-môme dans ses domaines; le peuple sollicitait des réformes dansia juridiction criminelle pour radoucissement du sort des accusés, il fit ces réformes; le peuple voulait que des milliers de Français que la rigueur de nos usages avaient privés jusqu'alors des droits qui appartiennent aux citoyens, acquissent ces droits, ou les recouvrassent, il les en fit jouir par ses lois, il vint môme au-devant de lui par ses sacrifices.

» Et cependant, c'est au nom de ce môme peuple qu'on demande aujourd'hui... Citoyens, je n'achève pas, je m'arrête devant l'histoire ; songez qu'elle jugera votre jugement et que le sien sera celui des siècles. »

Telle fut la péroraison, un peu faible à notre avis, d'un discours qui soulevait une des plus grandes questions humaines qui aient jamais.été agitées.

Desèze se tut, Louis XVI se leva.

Peut-être cet homme qui va défendre l'humanité, peutêtre cet être de Dieu qui va défendre le droit divin aurat-il au moins quelque éloquente parole. ..

Écoutez ce que dit Louis XVI : N» /

a Oii vient de vous exposer mes moyens de oêfen-Ve, je ne vous les renouvellerai point en vous parlant peuVjêtrJ' pour la dernière fois ; je vous déclare que ma commence ne me reproche rien^ et que mes défenseurs ne vous^ ont dit que la vérité. \

» Je n'ai jamais craint que ma conscience fût examinée publiquement, mais mon cœur est déchiré de trouver dans

Tacte d'accusation rimputation d'avoir voulu faire répandre le sang du peuple, et surtout que lès malheurs du 10 août me soient attribués.

» J'avoue que les preuves multipliées que j'avais données dans tous les temps de mon amour pour le peuple, et^ la manière dont je m'étais conduit, me paraissaient devoir prouver que je craignais peu de m'exposer pour épargner son sang et éloigner à jamais de moi une pareille imputation. » •

Et Louis cessa de parler.

Oh ! pauvre royauté, qui n'avait pas, sinon de meilleures, du moins de plus grandes choses à dire !

Alors, le président s'adressa à Louis :

— La Convention nationale a décrété que cette note vous serait présentée.

Un secrétaire présente une note au roi.

Cette note, c'est ^inscription mise de sa main sur l'enveloppe des clefs trouvées chez Gléry, son valet de chambre.

— Connaissez-vous cette note?

— Pas du tout, répondit Louis.

— La Convention a décrété aussi, continua le président, que ces clefs vous seraient représentées. Les reconnaissezvous?

— Je me ressouviens, répondit le roi, d'avoir remis des clefs, aux Feuillants, à Cléry, parce que tout était sorti de chez moi, et que je n'en avais plus besoin.

— Reconnaissez- vous celle-ci?

Et le président présenta au roi la clef de l'armoire de fer

76 LE DRAME DE QOATRE-YINGT'TREIEÏ

— Depuis si longtemps, je »e pwfe les pecotmaitre. Je ne recoQfiaifl pas son pl»fi tes ndies; je me souviens d'en avoir vu plusieurs.

— Votis n'wrez point witre chose à aioirter à votre défenee?

— Ko».

— Voiis pottveii vetis rétif er.

Le foi se leva sttr cet avis, et se retira éMM la ««Ile de€ conférences, où il devait attendre la décision deTAsseiB^ blée.

De cette ialle, le roi pouvait entendre le tumulte qui s'était élevé dans Tenceinte qu'il venait de quitter.

Ce tumulte était grand.

Tout le monde sentait qu'il faHait un prompt jugement, que l'on ne traînât pas une situation pareille. Cette question qui allait se résoudre, c'était pourfle peuple plus qu'an jugement, c'était un spectacle ; une grande tragédie allait être représentée, dans laquelle il avait bâte de se ftiire acteur, ne dût-il y jouer que le rôle de comparse.

Desèze, dans son discours, avait cepefidant touché un point sensible, fait frémir une corde vibrante : c'était celle du droit qu'avait la Convention de juger Louis XVL

Aussi Pétion et Lanjuinais présentèrent-ils cette étrange proposition :

« Que la Convention déclarât ne pds juger Louis XVI, nmis prononcer sur son sort^ par mesurée de sûreté générale. »

En outre, ils demandaient que, pour Texamen delà défense, on accordât un ajournement de trois jours.

LE DIVÂMS DK QUATaK-VINGT-THElZE 71

Ce fat LaB^uinais qui parla d'abord, qui osa, glaiiateur ÔB la l^alité, deacendi* e dans cette arène de tigres. Àitsâi tout le parti extrême, les Dubem, les Duquesooîs, les Billaud se levèrent-ils, hurlant contre lui et demandant qu'on l'envoyât à l'instant en prisoû comme conspiiateur royaliste. Mais sa voix.domina toutes les voix ; il parvint à se faire entendre et à^ demander le rapport du décret irréfléchi^ insensé^ — deux terribles épithètes, n'est-ce pas,dans un pareil moment? — par lequel en ujie minute TAssemblée s'était déclarée juge de Louis X.VL

Puis, comme, à ces mots, le tumulte augmentait :

— Non I s'écria-t-il, en se cramponnant à la tribune dont on voulait l'arracher, non, vous ne pouvez rester juges de l'homme désarmé, duquel plusieurs d'entre vous ont été les ennemis directs et personnels, puisqu'ils ont tramé Tinvasion de son domicile et s'en sont vantés. Vous ïie . pouvez pas rester juiges, appHcateurs de la loi, ârcctrsatettrs, jurés d'accusation, jurés de jugeftleut, âjattttbfls ou pffesque tous donné votre avis, rayant (fônn^, qweliqwfr uns d'entre vous, avec utre férocité scaudaletîsft. Suitonï une loi simple, naturelle, imprescriptible, positive, f lié retrt que tout acctsé «oit jug^S awc lies aev»tsfes f i» la loi M f«^9 M as9«f6. loi et pltisieiirs de nie» coiiiègiMS aifflfdns nrteux n»«efirïr qtre èe ctm^teetîer à ftiott, afwc k violation des formes, même le tyran te pte âbo«^M*te.

Après Lanjttiflfaii» ipint PétIèOr Pétèoa, il y avail un an encore, l'idole des Parisiens, Pétion que Toa aijpekit le roi de Paris; le monde avait fdt une demi-révolution sur lui-même depuis cette époque. Pétion, hué, honoi, vili-

72 LE DKAMB DE QUATHB-VIKGT-TKEIZE

pende, bafoué; Pétion, qu'on appelait le petit Pétion, le roi Jérôme, fut obligé de descendre, de se cacher, de se taire.

Alors, Coutbon se fit conduire à la tribune; Gouthon ne marcbait déjà plus, mais il se traînait encore; il établit que la Convention avait été élue pour juger Louis XVJ, etobtint que la discussion continuerait toute afifaire cessante; mais, chose étrange alors, on revint sur la question posée par Lanjuinais et Pétion. Âpres avoir insulté le premier, après avoir bafoué le second, TÂssemblée établit cette réserve, qu'elle ne préjugeait pas la question de savoir si Von jugeait Louis XYU ou si l'on prononcerait sur son sort par mesure de sûreté.

Ainsi l'Assemlée hésitait, doutait de son pouvoir, tremblait devant son mandat.

Ce fut dans cette séance que la Montagne et la Gironde se mesurèrent, grand combat d'Albe'et de Rome, où Robespierre fut Horace, et Vergniaud Guriace; Tun, persévérant, passionné, terrible; l'autre, éloquent, pathétique, splendide.

Il ne s'agissait pas, qu'on le comprenne bien, de la culpabilité de Louis; aux yeux de tous, même de Lanjuinais, même de Pétion, il était coupable; il s'agissait de la compétence de l'Assemblée.

Les montagnards voulaient la Convention, la Gironde voulait le peuple.

Elle s'appuyait sur ce principe, que, la Constitutîon ayant été soumise à la révision du peuple, c'était, pour

un acte aussi important que celui qui allait s'accomplir, le peuple qu'il fallait appeler comme juge.

Ainsi l'aristocrate Gironde appelait au peuple, ainsi la démocrate Montagne récusait la nation.

Robespierre était sur un terrain mobile, terrain qui, comme les sables mouvants, pouvait s'ouvrir sous lui. Robespierre avait à parler contre la souveraineté du peuple.

Robespierre était le héros des lieux communs; il avait toujours une citation, plutôt deux qu'une, tirée de l'histoire grecque ou latine; cela faisait à merveille sur les masses, qui ne comprenaient pas, mais admiraient.

Cette fois, il prit pour texte le droit, et surtout la raison, qui est presque toujours dans les minorités.

— La vertu ne fut-elle pas toujours en minorité sur la terre, s'écria-t-il, et n'est-ce pas pour cela que la terre n'est peuplée que d'esclaves et de tyrans? Sidney était de la minorité, et il mourut sur Téchafaud; Auitius et Critias étaient de la majorité, mais Socrate n'en était pas : il but la ciguë. Gaton était de la minorité, et il déchira ses entrailles. Je vois d'ici beaucoup d'hommes qui serviront, s'il le faut, la liberté à la manière de Sidney, de Socrate et de Gaton.

Sombre avertissement que l'orateur avait employé comme moyen oratoire, et qui, avant deux ans, devait prendre rang au nombre des prophéties de l'époque.

Et Robespierre appuya le jugement de Louis XVI par la Convention.

ni. S

Vergniaud se leva, clair, abondant, rapide comme un fleuve.

— J'àime trop la gloire de mon pays, .diHl,jPOur l^i proposer de se laisser influencer dans une occasion si^so- ^eflnelle par ia Codsidéràlion de ce que feront ou de ce que ne feront pas les puissances étrangères. Cependant, à force d'entendre dire que nôHis agissons, dans ce moment, comme pouvoir politique, j'ai pensé qu'il ne serait contraire nv à votfô'dJgMité, ûrà^vélre raison de parler un instant politique. Si 4a ccâaâsmnation de Louis XYI n'est point la eanse d'une nouve)le*Hléelafa:tioa de guerre, il est certain du moins queisa'isiort' en' sera léiprétexte. Yousrvaiocrez les.fiombFeuxrenQemis,ije lie i9rpis;.mais quelle recMmaissiftoce v<;>as devrai la patrie, pour avoir fait, couler des flots de sangjOt pour avoir ex^ercé, en -son nom, un acte de vengeance, djevea^i la cause d^ tapt de calamités? Os^rez-vous lui vanter votre victoire? .J'éloigne jusqu'à la pensée desrevoifs; raai^, au cœur d(f)s én^ements les plus f>rQSji;ères, elle^sera épuisée, purde&succès; craignez qu'au milieu de sçs.trioniphes, ia Eraqce;ne ressemble à ces. monuments fameu;& qui, dans TÉg^te, ont vaincu le temps; l'étranger qui pasise s'étonne de leur grandeur; mais, s'il veut y pénétrer, qu'y trouve-t-il? Des cendres inanimées et le silence dps tombeaux.

Puis, descendant de la poésie à la réalité :

— N'entendez-vous pas tous Jes jours, c.ontinua-t-il , et dans cette enceinte et dehors, des hommes crier ^\eç f#- " reur :

» — Si le pain est cher, la cause en est au Temple; si le

numéraire est rare, si nos armées sont mal approvisionnées, la cause en est au Temple ; si nous avons à souffrir chaque jour 4u spectacle di| désordre et d^ la misère publique, la cause en est au Temple.

» deux qui (ienneat ce langage savent bieii cependant que la cherté du pain, le défaut de circulation des sq))si9taaces, la disparition de Targeqt» la dilapidation dans leâ resspurGes de uos armées, la nudité du peuple et de nos soldats tiennent à d'autres causes. Et quels sont leurs prcjets? qui qm garantir^ que ceç mêmes homRies ne crieront point, après la mort de Louis, avec une yio}ence plus grande :

» — Si le pain est cher, si le numéraire est rare, si nos armées sont mal approvisionnées, si les calamités de la guerre se sont accrues par la déclaration de guerre de VAnglfetërre et de TEspagne, la cause en est dans la Gonvention, qui a provoque ce^ mesures pah la bpdddmnation précipitée de Louis XYl?

» Qui me garantira que, dans cette nouvelle tempête où Ton verra ressortir de leurâ repaires les tueurs de septembre, on ne vous présentera pas, tqut couvert de sang, ce défenseur, ce chef, qu'on dit être devenu si nécessaire? iJn chef! àh! Si telle était leur audace, ce chef ne paraîtrait que pôiit' êt^e à Finstant môtofe percé de mille coups. Mais à qiieliè horreur he sferait point livre Paria? qui pourrait habitei* une fcitë dû rôgiieraîent la désolatioû et la mort? Et vous, citoyens IridhstHetLX dont le travail fait toute la richesse, et pour qui les moyens de travail seraient détruite, iné detiendrifez-vous? quelles seraient

Yos ressources? quelles mains porteraient des secours à vos familles désespérées? Iriez-vous trouver ces faux amis, ces perfides flatteurs, qui vous auraient précipités dans l'abîme? Ah! fuyez-les plutôt, redoutez leur réponse, je vais vous l'apprendre.

» — Allez dans les carrières disputer à la terre quelques lambeaux sanglants des victimes que nous avons égorgées; ou voulez-vous du sang? prenez-en, voici du sang et des cadavres, nous n'avons pas d'autre nourriture à vous offrir.

» Vous frémissez, citoyens! ma patrie, je demande acte à mon tour pour te sauver de cette crise déplorable.

Saint-Just à la tribune. — Projet de décret de Camille Desmoulins.

— Attaque de Gasparin contre la Gironde. — Retour de Danton.

— Sa liste de questions. — Défiance de la Gironde qui perd le roi. — Les trois questions de Fonfrède." — Discussion suprême. — L'appel nominal pour la peine. — Le ministre d'Espagne. — Sortie de Danton. — La mort. — Les défenseurs du roi.

— Paris illuminé. — Saint-Fargeau assassiné par Paris. — Fuite du meurtrier. — Il est découvert. — Il se brûle la cervelle. — Son brevet d'honneur.

Le lendemain, la discussion recommença. Ce jour-là, Saint-Just monta à la tribune; son discours, acéré comme le tranchant d'une hache, abattit tronÇons à tronçons la défense du roi; lui seul aborda franchement ce point du droit qu'a un peuple déjuger son roi,

— Si le roi est innocent, dit-il, le peuple est coupable. Vous avez proclamé la loi martiale contre les tyrans du

monde et vous épargneriez le vôtre? La Révolution ne commence que quand le tyran finit.

Lequinio s'élança à la tribune.

— Si je pouvais de cette main, dit-il, assassiner d'un seul coup tous les tyrans, je les frapperais à l'instant.

— Quant à moi, dit Camille Desmoulins, voici mon projet de décret :

a II sera dressé un échafaud dans la place du Carrousel, Louis y sera conduit avec un écriteau, portant ces mots écrits par devant: Traître et parjure à ta patrie ; et derrière : Roi. La Convention décrète, en outre, que les caveaux funèbres de Saint-Denis sçront désormais la sépulture des brigands, des assassins et des traîtres. »

En même temps, les commissaires aux armées écrivaient des froiftières :

a Nous sommes entourés de blessés et de morts; c'est au nom de Louis Capet que les tyrans égorgent nos frères; et nous apprenons que Louis Capet vit encore. »

Et cependant on continuait de discuter, ou plutôt de combattre, car la discussion était un combat qui devait laisser bien des morts sur le cbamp de bataille.

— Oh! dit Couthon, n'est-ce pas une chose bien affligeante que de voir le désordre où nous jette l'Assemblée! voilà trois heures que nous perdons le temps pour un roi. Sommes-nous des républicains? Non, nous sommes de vils esclaves.

Cependant, au milieu de tout cela, Tira pression produite par le discours de Vergniaud subsistait. Comme ces chevaliers du moyen âge qui, dans un tournoi, soutenaient les

efforts de tous yenaats, la chevaleresque Gironde recevait tous lès coups Sur sou bouclier, quand un dehlieir coup la terrassa, porté par une maiû faible et inconnue, par la main d^un soldat nommé Gasparin.

— Citoyens, dit-il en montant à la tribune, il n'est pas étonnant que la Gironde défende avec tant de conviction Louis XVt; Tannée dernière, je logeais chez Roze, le pein-

.tre du ci-devant roi : eh bien, il m'a parlé d'un mémoire dcmatidé par le château, écrit par les girondins, signé de Guadei, de Gensonné, de Vergniaud. Demandez un peu à ceux que je Viens de nommer ce qu'ils pensent de ce nlétabiPe.

Qui aVàit lâché ce coup? Robespierre sans doute, qui, depuis juifa, le réservait pofar une bonne occasion. Gensoûné venait, îude athlète, de s'attaquer à lui directement.

— Râssurez-voils, Robespierre, lui avait-il dit, vous ne serez pas égorgé et vous n't^gorgerez personne; c'est le plus grand de vos regrets.

II avait fdit un signe, Gasparin était monté à la tribune, et, par cette main inconnue, le Parthe fuyant avait lancé cette terrible blesisùre au Hanc de la Gironde.

La Gironde ne nia pas un seul instant; & répoqtie où elle avait fait ce mémoire, c'est-à-dire six mois auparavant, tout le monde faisait, des mémoires pour sauver la royauté encore debout, mais glissant sur la terrible pente au bout de laquelle ('attendait l'abîme.

Gensonné déclara, sans difficulté aucune, que le fait était vrai; que, prié par ses compagnons et par Roze d'indiquer

LE DRAME DE QUATRE-YIMGT-TREIZS 79

un moyen de remédier à la catastrophe que prévoyait la loyautér, il avaitr éci^it non pas au roi, miais à Roze, une lettre que Guadet et VergoRiUd avaient signée avec kii.

On fil véniv Rozé, et Roae déclara, comme Favaîl dit Oieii9ont)é, qtte la fettfe étaft écrite» à lui et non au roi.

Mais, quelquie' innocente' que^ fél cette lettré, le coup était porté k laf 6ir<mde>ét atf vo\,

Cependant, au moment oti la Gironde el te ro? devaient le moins s'y attendre, un homme leur tint en aide, que le roi et la Gironde repouraèrent.

CSet homme, c^étaîi Danton.

Dantoû, ^ui, entoyé en Belgique, âtait en vain cherché à réconcilier Dumouries avec la Hévelutiony et qui allait yain^ment teufi^r d^ceerder la Gironde avee le roi ; il était rappelé par déeret et allait trouver la Oqnvention bien changée, hian aigrie, bieft milade ! pour noup servir d'une expreçsiom moderne, elle avait marché à toute va* p^ur en son absence.

Danton avait vu en Belgique un grs^n4 spectacle qui avait dû lui retremper Tâipe; c'était le hpa peuple liégeois, si Français cie cœur, ce vaillant peuple qui yepait de conquérir de lui-même et tout seul la liberté, et se Tétait vu arracher, grand honneur pour lui! par une coalition des rois; ^iii, rehdh à là liberté par la France, forgeait son fer .pou^ en faire des épées, monnayait ses cloches, ses saints et ses saintes pour eh faire du cuivre et de l'argent. Danton arriva juste pour se trouver en face de cette question terrible : « Quelle sera la peine? »

80 LE DRAME DE QU ATRE-VIN(iT-TREIZE

D'un coup d'œil, de ce coup d'oeil avec lequel il embrassait la France, il vit la situation

Le Temple déjà passé à l'état de légende, les églises s'em* plissant de femmes et d'enfants qui priaient Dieu contre leurs pères, leurs frères et leurs maris; les frères Chouan appelant TOuest à la guerre civile en contrefaisant le cri du hibou; une très- petite minorité voulant sérieusement la mort du roi ; il vit enfin cette peine, bonne à voter, peut-être, mais, à coup sûr, mauvaise à exécuter.

Alors reparut Danton le légiste, d'autant plus politique qu'il semblait s'envelopper davantage dans des arguments judiciaires. Il avait présenté, lui, une liste de questions nombreuses, divisées, opposées même, se détruisant les unes par les autres, auxquelles il fallait revenir par deux fois et sous deux formes; enfin, à la peine, quelle qu'elle fût, il avait d'avance suspendu son ajournement, son sursis, c'est-à-dire sa grâce.

• La peine, quelle qu'elle soit, avait dit Danton, serat-elle ajournée après la guerre?

C'était tendre la main à Vergniaud, c'était jeter sur l'abîme révolutionnaire un pont sauveur où pouvait passer sinon la royauté, du moins le roi.

La Gironde ne voulut pas, soit défiance, soit horreur réelle, toucher la main de l'homme de septembre ; elle recula devant cette porte ouverte au salut de tous, et, ne passant point, elle empêcha de passer le centre.

La Montagne fut stupéfaite; aux yeux de ces hommes dans lesquels la Révolution était incarnée, Danton se per-

LE DRAME DE QUATRE-iTINGT-TREÏZE 81

dait, et sans canse visible, sans raison logique; c'était à n'y rien comprendre.

Un seul légiste comprit l'œuvre de ce légiste terrible qui coupait si bien et qui renouait si mal.

Ce fut Gambacérès.

Alors, Fonfrède sortit des rangs de la Gironde, monta à la tribune, et réduisit toutes les questions débattues à ces trois questions effroyablement simples :

1° Louis est-il coupable?

2® Appellera-l-on du jugement de la Gonvention au jugement du peuple?

3<^ Quelle sera la peine?

La Convention adopta ces trois questions, et l'on alla aux voix.

Fonfrède venait de contredire Vergniaud ; il venait de tuer le roi, que Vergniaud avait voulu sauver; dès lors, Tunité de la Gironde était brisée; dès lors, la Gironde était perdue.

On alla aux voix, disons-nous.

Et sur la première question : Louis est-il coupable? six cent quatre-vingt-trois membres répondirent :

— Oui.

Lacande (de la Meurthe), Baraillon (delà Creuse), Lafond (de la Corrèze), de l'Homond (du Calvados), Henry Larivièro, Isarn-Valady, Noël (des Vosges), Maurisson (de la Vendée), Vaudelincourt (de la Haute-Marne), Rouzet (de la Haute- Garonne), se récusèrent en alléguant leur incompétence, et l'incompatibilité des fonctions de législateur et de juge.

Sur la seconde questioo : La décision de la Convention tera-t-elle soumise à la ratification dupeàplef deux ceiït quatre-vingt-une voix votèrent pour Uappel atl peuple, quatre cent vingt-troiâ voii votèrent contre.

Quant à la troisième question ; Quelle sera la peine? on comprend que c'était la plus grave; aussi soulevâ-t-elle une plus grande liltte.

Dantoii tèpoussé par la Montagne, Danton repôUôsë par la Gironde, Danton repoussé par leâ royalistes, était revenu furieux comme le sanglier blessé: il avait besoin de iiaire sentir à quelqu'uii son coup de boutoir. On délibérait sur un ordre de fermer les théâtres donné par le pouvoir exécutif. Danton demanda la parole.

— Je vous l'avouerai, citoyens, dit-il, je croyais qu'en un pareil moment, il était d'autres objets qui devaient notts occuper, que la comédie.

— H s'agit de la liberté, s'écrient cinq ott six voix.

— Il s'agit de la tragédie que vous devez donner aux nations, s'écrie Danton redevenu l'homme de septembre ; il s'agit de faire tomber sous là hache des loië la tôle d'un tyran ; Je defitiande que nous prononcions êatis désemparer sur le sort de Louis.

La proposition de Danton fut votée et adoptée.

Latjùlnàië proposa alors t[Ue la peine fût votée aux deux tierlâ des voix, et non à la majorité absolde.

Dantoîf se televa, secouant là situàtiorl quil 8*étàit faite, et que nul n'avait eu l'intelligence de comprendre.

-- On prétend, dit-il, que telle est Tlmportance de cette qu^stion^ qu'il ne suHli pas, pour la décider, de? formes

ordinaires de toute Assemblée délibérante. Et moi, je demande poui-quoi, quand on a par une simple majorité prononcé stlr le sort d'une natioi entière, quand on n'a pas môme pensé à élever celte question lorsqu'il s'est agi d'abolir la royauté, je dematide pourquoi l'oti veut {Irononcer sur lé sort d'un Conspirateur, d'un Individu, avec des formes plus scrupuleuses et plus folennellefe? Noiis pfônonçdflè cointtie repréëeiltantô par droit de souveraineté; Je demandé si vbuôn*ave2 point Vbté à id maioritô absolue la république et isi guerre; je demande Si le sang tiul dôulë k\i tiiillèu dès eombatë né coûte pas dètinitivemeiit? Lê^coiipliCés de Louis ÎYi n'ont-llfe paS stibi Immédiatetneni la peine sanâ aucun recours ku t^èupié? Gelai qui a été l'âme de ces complots mérite-t-il, je vbtts le demandé, tidè eieèptldn?

Malgré leà applaudissements qui notltrireût cette sortie de Danton, Lanjuinais resta ferme dans son principe.

— PféheJî gàrdè! dit-il, votis àve» rejeté toutèâ leà formes tjue la justice kt certainement rhumanlté réclamaient : la f éfcuSatîon, la fol-më éilenciëùse du scrutin protectrice de la liberté deë ôoiisciéncéà et des liufflragcisj on paraît délibéj*ef ifei datis une Cdhvèbtlon libre; iriàls cfesf SOUs tes poigbârdë et étiui les cations deë fablifeUx.

cependant, sur la propôdition; de Dàtltbrt, PAèsenîblée se déclara permanente, jusqu'à la prononciation du jugement.

Le trôiëiëme appel ndmfflbl eottltaëtç^.

« Quelle sera la peînet »

L'appèlt lugubre et tégiiliér comme le bon d*iiue ctocbe

soir et dura toute la nuit; au matin, quand revint ia pâle journée, une de ces journées de janvier, brumeuses, sans soleil, il durait encore.

Il dura juste douze heures.

L'appel était terminé, mais' inconnu encore, lorsqu'on apporta une lettre du ministre d'Espagne.

Il intervenait — il est vrai que c'était en son nom seul et sans pouvoir de son gouvernement — il intervenait dans cette grande question de la vie et de la mort.

 la vue de cette lettre, Danton ne Ht qu'un bond de sa place à la tribune, prenant la parole sans la demander.

— Danton, Danton! lui cria Louvet, te crois-tu donc déjà roi?

Danton continua. Peu lui importait un cri de Louvet. Il continua sans même tourner la tête du côté d'où venait ce cri.

— Je m'étonne, dit-il, de l'audace d'une puissance qui prétend influer sur vos délibérations! Quoi! l'on ne reconnaît pas la République, et Ton veut lui dicter des lois, lui taire des conditions, entrer dans ses jugements?... Je voterais la guerre à l'Espagne. Répondez-lui, président, que les vainqueurs de Jemmapes ne se démentiront pas, qu'ils retrouveront les mêmes forces pour exterminer tous les rois.

La Gironde obtint qu'on passât à Tordre du jour. On lut une lettre des défenseurs du roi; ils demandaient à être entendus avant qu'on dépouillât le scrutin. Danton y consentit, Robespierre s'y opposa.

Trois cent quatre» vin^t-sept voix demandèreiit la morX

Trois cent trente-quatre voix, la détention ou la mort conditionnelle.

C'était cinquante-trois voix de majorité pour la mort.

Alors, Yergniaud se leva, et, d'une voix profondément émue :

— Je déclare au nom de la Convention, dit-il, que la peine qu'elle prononce contre Louis Capet, est la peine de mort!

On introduisit les défenseurs; ils lurent une lettre du roi.

Dans cette lettre, Louis protestait de son innocence, et faisait appel à la nation.

Malesherbes, étourdi parle jugement, se troubla, balbu« tia, demanda à être entendu le lendemain» avouant que son émotion était telle, qu'il avait besoin de ce délai pour rasseoir ses esprits.

Alors, Tronchet et Deséze, moins émus, firent observer à l'Assemblée que cette majorité de cinquante-trois voix, déjà si faible lorsqu'il s'agissait de trancber une pareille question, n'était en réalité que de sept voix, puisque quarante-six voix demandaient un sursis.

La Convention rejeta tout; une pareille situation ne pouvait durer : la terre, mouvante sous les pieds, pouvait s'ouvrir d'un moment à l'autre et lancer des flammes.

La mort fut maintenue sans sursis, sans appel, et, comme la séance avait fini à onze heures du soir, on ordonna, par mesure de sûreté publique, une illumination générale.

Celui qui, ignorant ce qui se passait, fût entré cette

nuit-là dans Paris, et qui eût vu toutes ces fenêtres illuminées, tout ce peiiple cbufani pdt itïâ rueâ, emportant la terrible nouvelle, eût demandé quelle fête ètrktigè c*êtait.

C'était là fêtfe de là morf.

Le lendemaiii, tin de ceut (fui avaiëht Voté cette mort. Lepelletier de Saint-Fargeau, dînait dans. un restauràrit souterrain du Palàis-Royal Au mondent dû 11 payé" au comptoir, un jëunë horîitnb ô^âppfochô dé lui. '

— Êtes-vous Saint-Fargeau? demande-t-ii.

— Oui, tiiongieuj^.

~ Vous avez cependant l'air d'un homme de bien.

— Je trois l'être.

— Alors, vous n'avez pas voté là mortf

— Je l'ai votée, itioiisifeul'; ihà tonsciéiice lé Vbhlait ainâl.

— tiens, vôllâ ta récompense !

Et il lui passa un sabre au travers de h poltfiiië.

Cet homniè, c'était titi ei-^ardè du (ibr^is , notnmé Pâriâ.

Ce n'était pas pouf tuer Lepelletier de ââltit-Pai^geau (tii'il était venu là, (i'était pbtit tuer lé Md d'Orlèànfe. 11 faisait partie d'une asâociatitin dé cinq éèfits ro^^'^s^^s . qui àvaiéiit jiii'é dé sàtïver le roi. Ré à'ëtarit trduvé que lui, vingt-cinquièiûe, & un rèndei-vdus donné, Il àvàit perdu cet espoir, et 11 avait tésolu d%gi^ potir sôti pi^opre compte, et de protester Contre IsL mort du f bi avec 16 sang d'un ré^îfeide. Lepellëtièr de Saint-Pargeani éè trotiVa ôôus sa main, il lé tua; il eût tué toiit autre à sa filacé et çowwe lui,

Mais, comme ce n'était ]^int Lepelletier de Saint-Fargeàu, comme fc*êtait le dtlc d'Ortéaûs qu'il vdtilait tuer, il i^esta entofe huit jours à Paris, et, le 26 janyier deulement, fratidrit la barrière.

Une fois hors de Pariô, il fit totîte à pied, déguisé en garde uational, les cheveux coupée à là jicôbine. La nuit du dimanche au lundi, il coucha à Gisors, qu'il ifuittà le Ifendetnaîn au point du jour; arrivé ft Ooilmayi au lieu dé continuèi" à suivre la grande rdute, il prit le chemin <ïui conduit à Porges-les-Eaux, chemin pfesctlie impraticable pour tout autre qu'an fugitif.

Le lufadi 31 Janvier, il arriva à Forges-les-Ëaux et alla se loger tiahs titie petite auberge oh 11 eût sanfe doute été ignoré s'il n'eût laissé échapper des protJos contre-rëvolutionnaires et montré les armes dont il était porteur, entre autres uû coùteàu-polgnârd etifertoë dans Utie caiine. En soupant, il btit beaucoup, puis il se retira dfiltii; sa èhaihhre\ alors, ou l'entendit se promefaer de loUg en large, et l'on s'étonna que le voyageur fatigué ne se couchât point; des curieux montèrent, regardèrent par le trou de la serrure, et le virent à genoux, baisant à plusieurs retjrises sa inaih droite.

Le lendemain, le àitoyeti Auguste, comtde l'appelle Prtldhomme, vint dénoncer Paris à la municipalité ; seulement, comme Paris avait tué Salnt-Parfeêau par hasdrd, Auguste tuait Paris : il ignorait que c'était lui, le signalement du meurtrier n'étant pas encore parveUU dans la commune, et l'assassinat de Saint-Pargeau n'y étant cpnhu qUeparleaJourpHUiç,

Aussitôt les officiers municipaux détachèrent trois gendarmes qui s'acheminèrent vers Thôtel du Grand Cerf^ pour inviter Paris à se rendre au bureau municipal. Ils entrèrent dans la chambre où Paris était couché et lui demandèrent d'où il venait, où il allait, s'il avait un passeport ou un congé.

Il répondit qu'il venait de Dieppe, qu'il allait à Paris, qu'il n'avait point de passe-port et que jamais il n'avait servi; après cette interpellation, les gendarmes l'invitèrent à se rendre à la municipalité; il dit. qu'il allait y aller, fit un mouvement sur le côté droit, prit sous son traversin un pistolet à deux coups et se brûla la cervelle.

Les gendarmes s'élancèrent à Texplosion. Paris s'était tué r6ide.

On trouva sur lui un portefeuille dans lequel était reafermée une somme de mille deux cent huit livres en assignats, une fleur de lis argentée, et sur sa poitrine deux papiers teints de sang.

Le premier était un extrait des registres de la paroisse Saint-Roch, délivré le 18 septembre de l'année précédente, et qui contaslait que Paris était né le 12 novembre 1763, et, par conséquent, était âgé de trente ans.

Le second était son congé de lieutenant de la garde du roi, en date du l^'juin 1792.

Au dos de ce congé était écrit de sa main :

« Mon brefoet d'honneur! Qu'on n'inquiète personne, personne n'a été mon complice dans la mort heureuse du scélérat de Saint-Fargeau. Si je ne l'eusse pas rencontré sous ma main, je faisais uue plus belle action, je purg'»ais la

France du régicide, du patricide, du parricide d'Orléans. » Qu'on n'inquiète personne. Tous les Français sont des lâches auxquels je dis :

» Peuple dont les forfaits jettent partout l'effroi. Avec calme et plaisir j'abandonne la vie.

Ce n'est que par la mort qu'on peut fuir linfamie Qu*imprima sur nos fronts le sang de notre roi. »

L'Assemblée accorda une somme de douze cents livres une fois payée au citoyen Auguste^ dénonciateur de Paris.

Le roi insulté en entrant au Temple. — La cravate et les gants. — Le 1" janvier. — L'opinion publique. — L'Ami des lois. — M. Brunier médecin. — Un arrêté de la Commune. — Impassibilité du roi en apprenant sa condamnation. — Le Mercure de France et le logogriphe. — Attente du sursis. — Les trois rouleaux de louis. — Le billet du roi à la Commune. — Le conseil exécutif. — Lecture de l'arrêt au roi. — Décret de la Convention . — Lettre du roi à la Convention. — Dernier diner du roi. — Point de couteau.

Voyons ce qui s'est passé au Temple pendant ce long débat qui a duré du 26 décembre au 17 janvier.

Le roi était rentré au Temple entouré des mômes précautions que la première fois; mais ces précautions n'avaient pu empêcher qu'il ne fût insulté.

En rentrant, il avait donné un exemplaire de sa défense à Cléry, et il en avait fait passer un à la reine par l'entre-

90 LE DRAME DE QUATRE- YINGT-TREIZG

mise du commissaire Vincent, enirepreneur de bâtiments,

lequel, eu ôe chàrgeaû^ de' dette» cônittiidibtî',éti^?|^tla le ràf

de lui donner comme i»elifque éftfôlque chose qui' lui eût

appartenu.

Le roi détacha sa cravate et la lui offrit; le lendemain, uu autre rtiunicipal Ifti fit fâ méfhife deih^ti4e, él le roi lui donna se^ gaats<

Nous avons dit que rbistoiFa da Templat éteil pansée à Tétat de légende; on voit que les objets ayant appartenu au roi passaient h Tètat de relique^

Le l^r janvier^ Cléry s'approoha du lil du roi^ et lui offrit^ à Ycix basse, ses vœux les plus ardents pour la fin de ses malheurs.

— Je reçois vos souhaits, àtait dit Louis.

Et il lui avait tendu sa main, que Cléry tout en pleurs atalt })àisée.

Dès qu'il fut içvé, )e roi pria v^ municipal d'$iller de sa part savoir des nouvelles de sa famille^ et de lui transmettre Ses souhaits del bohtië atihéë.

Ces paroles furent prononcées avec un accent si douloureux^ qu'un municipal dit à Cléry :

— Pourquoi le roi ne demande-t-il pas i Vô\i sd famille? Â présent que les interrogatoires sont terminés, cela ne souffrirait abctloe difficulté.

Un instaht isiprèïj, lé iniiriicipal qlli était passé ehëî la reine rfentra; il annonçait au roi que là reinfe le remerciait de seâ tœux et lui adressait les dièns.

Le roi leva les yeux au ciéh

— Quel jour dé bonne atinée ! dit-il.

LE DRAME DE QDATRE-YINGT-TRKIIE 91

Le même soir, Cléry lui {ransmit ce que lui avâit dit le mtinldpal, cW-à-d[!^e que, ei le roi demandait la permis* siou de Voir sa forbllld, cette pefinisèion lui serait accordée.

Le roi réfléchit; puis :

— Datîè quelques jours, dît-il, je suis encore plUfc sûr qu'ils ne me refuseront point cette conjolalioa ] il faut attendre.

Le roi avait des nouvellos de Paris^ et quelqties-unes de ces nouvelles étaient torisolalites. Un homme de courage et presque de talent, nommé Laya, atait fait uije comédie intitulée VAmi des lois. Relativement, cette comédie, fort pépublicairte pout» le moment, était fort réactionnaire pour l'époque; un hémistiche Surtout t Des Mè et non du safigf était furieusement applaudii

D'un autre côté, à Versaïllefe, on avait joué la Chaste Suzanne, et, au moment où j accusée par les vieillards et prête à être jugée par eux, l'héroïne leur disait : « Gomment pouvez-vous être jtiges et accusateurs tout ensemble? » le public avait fait répéter trois fois 'le passage et àvAit éclaté en applaudissements.

Cléry avait ternis lui-tnéme au roi un exemplaire de PAmi des lois; et, comme les divisions de la Convention étaient parvenues jusqu'à lui, il avait essayé de lui faire partager cet espoir, que la peine pdrtée serait la déportation ou la inclusion.

— Puissent-ils avoir cette modération pour ma famille! avait répondu Sa Majesté; je n'ai de craintes que pour elle. [ On avait fait prévenir Cléry que des royalistes avaient

92 Ll DRAME DE QUATRE-VINGT-TREIZE

fait déposer une somme considérable chez M. Pariseau, rédacteur de la Feuille du jour, et que cette somme était à la disposition du roi.

Gléry transmit cette offre à Louis XYI.

— Remerciez bien ces personnes de ma part, lui répondit le roi; mais je ne puis accçpter leurs offres, ce serait les exposer.

Cependant le roi continuait à correspondre avec sa famille, soit à l'aide du peloton de coton, soit à l'aide de la fenêtre. 11 apprit ainsi que madame Royale était malade, et fut très-inquiet pendant quelques jours; enfin la reine obtint que rf. Brunier, médecin des enfants de France, vint visiter madame Royale au Temple, et cette permission obtenue rassura un peu le roi.

Le mardi 15 janvier, MM. Desèze et Tronchet vinrent, comme d'habitude, visiter le roi et le prévinrent de leur absence pour le lendemain.

Le mercredi 16, M. de Malesherbes demeura deux heures avec le roi, et dit en sortant :

— Sire, je reviendrai vous rendre compte de l'appel nominal, aussitôt que j'en saurai le résultat.

Mais on sait que Fappel nominal s'était prolongé fort avant dans la nuit^ et que ce ne fut que le 17 au matin que l'on prononça le décret.

La veille, à six heures du soir, quatre municipaux étaient entrés dans la chambre du roi, et lui avaient lu un arrêté de la Commune, portant qu'il serait gardé nuit et jour par eux, et que deux d'entre eux passeraient la nuit à côté de son lit.

Le jeudi 17 janvier, M. de Malesherbes entra au Temple vers oeuf heures du malin. Clé ry, qui l'aperçut le premier, courut au-devant de lui.

— Eii bien ? demanda-t-il.

— Tout est perdu! répondit M. de Malesherbes^ le roi est condamné.

Quaad M. de Malesherbes entra dans la chambre du roi, il était le dos tourné à une lampe placée sur la cheminée, ses deux coudes appuyés sur la table, le front abîmé dans ses deux mains.

Le bruit que fît son défenseur en entrs^nt tira le roi de sa méditation.

Il se leva et dit :

— Depuis deux jours, je suis occupé à chercher si j'ai, dans le cours de mon régne, pu mériter de mes sujets le plus léger reproche. Eh bien, monsieur de Malesherbes, je vous le jure dans toute la sincérité de mon cœur, comme un homme qui va paraître devant Dieu, j^ai constamment voulu le bonheur de mon peuple et n'ai point formé un seul vœu qui lui fût contraire.

Le voyant dans ces dispositions, M. de Malesherbes lui annonça avec moins de douleur le décret qui le condamnait à mort.

Le roi Técouta sans faire un seul mouvement qui décelât la surprise ou Témotion.

Avant de sortir, M. de Malesherbes obtint de rester quelques instants seul avec le roi ; il le conduisit à son cabinet, en ferma la porte et resta une heure avec lui. Lorsqu'il

sortit, le rdie reconduisit jusqu'à la porte, et, se tournaut vers Cléry :

— La douleur de ce bon yieillard m'^ viyemen^ ému, jlui ôk-AL

Le roi rentra dans sa chambre et demeur^ jusqu'à l'Ueui» de «son dînei* occupé à lire ou à seprom^ner.

Dans ia soirée, Gléry, le voyant s'avancer vers son. cabinet, s'approcha de lui et lui demanda s'il n'avait pas besoin de ses services.

Alors, le roi s'arrêta.

— Vous avez entendu, lui dit il, le récit. de mon jugemerit?

— Ah! sire I répondit Gléry, espérez ùA surèis; M. de Malesherbes tfe croit pas tïu^ôn le refuse.

— Je ne gàrdô aucun espoir, rë'pondit Ife roi; mais, en vérité, je suis bien affligé que nïon ïmreht M. d'Orléôns ait volé m'a lïio'h. Lisez cette liste.

Si il remit la liste à Gléry.

— Le public, lui dit Gléry, lûnrîiiure ha^ûteméht; Dumouriez est à Paris, on le dit porteut* du tcett dô son ^tfilée contre le procès que l'on fait à Votre Majesté; le btuit de répand aussi que ie6 ministres des tours éti*aii« gères vont se réunir pour aller à l'Assembléô; enfin on a36UF8 que les oonventionnelâ craignaat ^m émàute populaire.

— Hélas l dit le roi, je sprais bien fâebé qu'elle eût lieu, il y aurait d|e nouvelles victimes; je qe crains pa$ la mort pour mo|i propre compte, piftis jç pe puis envisager ^q^ frémir le sort cruel que je vais laisser après moi à ma

famille, à la reine et à' nos malheureux enfants, à ces fldô- .]Qs.•sel^Yite}lrS(Quirne .fii>OQt pqiat:abaqdpnné,<à ces vieilliras qu^a^avaiept;d/autoe^ oitoyeas de subsister que de i7K>diq)if$S)peu8Â(Ws quejç leur $ai9ai9.iQiJi;va les secourir?

Puis^'apiàs un motnent de-sileilcet:

— 'Oë! mon Dieu ! conlinijj^Ml, ôtsiit-cfe là le«pi*ix que je déliais receiroir de tous mies éacq^ifiees'? iD'a^v«ii8-je pas tout tenté pour assurer le bonheur des -Pfaoçate?

i>^te-te âoiîiNge,neWi'^lttîntiititf. tte Wuléshéf bes ; mai* M. de Malesherbes'tîë'yiRtfOint.

•^Le Ifettdfefflfaiti, 'môtiie abstence. 'Un-viétix Mericiite de Prattcfe ^itoiiitia sdus^la mdndti fot\ii conteiittlt un logogrtphte.

Le Toi pàssuflte Idgôgfîphe-à Gléryetlûidit de le deviner.

Puis, voyant qu'il ne pouvait en venir à bout:

— Le mofefst cependarft (te circonstance, dit-Il.

— Et quel est be nddt? ffeïnànda'Cfêry.

— Sacrifice, liit le roi.

Le sifmedi ^9> à neuf heures du ma^tin, un municipal, nomfné Gobeau, entra tenant un papier a la main. Il était accompagné du concierge de la tour, qui portait une écritoire.

Le ipunioi^ql veasiit pour inv,ea(orier le^ meubles et les effets du roi.

Jl ^ ^Nsài aii food d'un \imir iro^ jrouJ^çiu^; le municipal ypuiut 1^ e^Ls^niaer.

— C'est inutile, dit le roi; ce sont tiois rDaieai||]( de mille livres chacun. Ils appartiennent à M. de Maies-

herbes, et vous pouvez voir que son nom est sur chacun d'eux.

Toute la journée s'écoula sans que le roi vit aucun de ses conseils. Il comprit alors que c'était un parti pris, et s'adressa aux commissaires en leur demandant d'obtenir pour lui de voir M. de Malesherbes. L'un d'eux lui avoua qu'il leur avait été défendu de faire part au conseil général d'aucune demande de Louis XYI, qui ne serait pas signée de sa main.

— Pourquoi alors m'a«t-on, pendant deux Jours, laissé ignorer ce changement? demanda le roi.

Alors, il écrivit un billet qu'il remit aux municipaux ; mais il ne fut porté que le lendemain à la Commune. Le roi se plaignait de l'arrêté, demandait à voir librement ses conseils, et priait surtout qu'on le laissât un peu seul.

« On doit comprendre, écrivait-il à la Commune, que, dans la position où je me trouve, il est bien pénible pour moi de ne pouvoir être seul, et de ne point avoir la tranquillité nécessaire pour me recueillir. »

Le dimanche 20, le roi s'informa de sa demande ; on lui assura qu'elle avait été remise; mais, à dix heures, lorsque Gléry entra chez le roi, on n'y avait point fait droit encore.

— Je ne vois pas arriver M. de Malesherbes, dit le roi.

— Sire, répondit Gléry, je viens d'apprendre qu'il s'est présenté plusieurs fois à la tour, mais que l'entrée lui en a touj:ours été interdite^

— Probablement, dit le roi, saurai-je aujourd'hui la cause de ce refus.

Et 11 se mit à se promener de long en large.

A deux heures, la porte s'ouvrit tout à coup; douze ou quinze personnes se présentèrent à la fois : c'était le conseil exécutif.

C'étaient Garât, ministre de la justice; Lebrun, ministre des affaires étrangères; Grouvelle, secrétaire du conseil; Ghambon, le maire; Ghaumette, le procureur de la Commune ; Santerre, le commandant de la force armée.

Ils venaient signifier au roi son arrêt.

Le roi écouta debout, et, relevant pour la première fois peut-être cette tête qui allait tomber, il sembla faire à Dieu cet appel qui lui avait été refusé par les hommes.

Garât, le chapeau sur la tête, porta la parole et dit :

~ Louis, la Convention nationale a chargé le conseil exécutif provisoire de vous signifier ses décrets des 15, 16, 17, 19 et 20 janvier. Le secrétaire du conseil va vous en faire lecture.

Alors, en effet, Grouvelle déploya le décret, et, d'une voix faible et tremblante, il lut :

a Décrets de la Convention nationale des 15, 16, 17, 19 et 20 janvier.

» Article 1". La convention nationale déclare Louis Capet, dernier roi des Français, coupable de conspiration contre la liberté de la nation, et d'attentat contre la sûreté générale de l'Etat.

» Art. 2. La Convention nationale déclare que Louis Capet subira la peine de mort.

») Art. 3. La Gonventioa déclare nul Tàcte de Louis Capet, apporté à la barre par ses conseils, qualifié d'appel à la nation du jugemeqt rendu contre lui par la GoûVQutjon; défend à qui que ce soit d'y donner aucune suite, à peine d'être poursuivi et puni comme coupable d'aUentç^t contre la sûreté générale de la République,

» Art. 4, l^e conseil exécutif provisoire notifiera le présent décret dans le jour à Louis Gapet, ot prendra les mesures de police et de sûreté nécessaires pour eu assurer Texécution dans les vingt-cjuatre heures, à compter dp sa potification, e| rendra compte de tout à la, Copveution nationale, immédiatement après quil aura été exécuta. »

Le roi écovita cette lecture s^ns qu'aucune altération se manifestât sur son visage. Seulement, au premier article, lorsque le secrétia^re prononça le mot conspiratiçn, un sourire amer parut sur ses lèvres ; mais, aux mots subira la 'peine de mortj les restes de ce sourire (Usparureut poiir faire place à la plus complète sérénité.

Puis, la lecture achevée, le roi fit un pas vers Grouyelle, prit le décret de ses oiainp, le pli^, tira sou po^tefeulUe cle s^ poche et Ty plaça; puis, prenant w papier d^ps son portefeuille, il dit au ministre Garât, d'une voix Qù u^i accept de prière se mélangeait adniirablement à la dignité royale :

— Monsieur le ministre de la justice, je vous prie de remettre sur-le-champ cette lettre à la Convention nationale.

Le ministre hésitait à la prendre.

— J^ vais vous la lire, dit le roi.

Et, en effet, il lut :

« Je demande un délai de trois jours pour pouvoir me préparer à paraître devant Dieu; je demande, pour cela» de pouvoir voir librement la personne que j'indiquerai aux commissaires de la Commune, et que cette personne soit à Tabri de toute crainte et de toute inquiétude, pour cet acte de charité qu'elle remplira auprès de moi^

» Je fiem^q4e à être délivré de la surveilliance perpétuelle que 1§ conseil général a établie depi^is quelques jours.

» Je demande, dans cet intervalle, à voir ipa famille quand jç le demaqderai et sans témoins^ Je désirerais bien que la Convention s'occupât tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle lui permU de se retirer librement où elle le jugerait à propos.

» Je recommande à la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui m'étaient attachées ; il y en a beaucoup qui avaient mis toute leur fortune à Tachât de leur charge et qui doivent être dans le bespin. Parmi ces pensionnaires, il y avait beaucoup de vieillards et de pauvres qui n'avaient pour vivre qu^ la pension que je leur donnais.

» Signée Louis.

> Fait à la tonr du Temple^ le ^ janvier i7d3. »

Garât reçut la lettre des mains du roi, et assura qu'il allait à Tinôtant même la retnettre à la Convention; mais le roi l'arrêta comme il allait sortir, et, rouvrant de nouveau son portefeuille, pour en tirer une carte :

— Monsieur, dit-il, si la Gonveution m'accorde ma demande pour la personne que je désire, voici son adresse.

Et le roi remit cette adresse à un municipal.

Elle était d'une autre écriture que celle du roi et portait :

« M. Edgeworth de Firmont, 43, rue du Bac. »

Alors, le roi fit un pas en arrière, comme ont Thabitude de faire les rois quand l'audience est finie. Le ministre se retira, et ceux qui l'accompagnaient sortirent derrière lui.

Le roi se promena un instant dans sa chambre; puis, s'approcbant de Gléry, qui, presque sans connaissance, était resté debout appuyé au mur :

— Cléry, lui dit-il, commandez mon dîner.

Gléry s'empressa d'obéir ; mais les deux municipaux de garde lui lurent un arrêté portant :

Que Louis ne se servirait plus ni de couteaux ni de fourchettes à ses repas ; qu'il serait seulement confié un couteau à son valet de chambre, pour lui couper son pain et sa viande, en présence de 'deux commissaires, et qu'ensuite le couteau lui serait retiré.

Gléry refusa d'annoncer celte nouvelle rigueur au roi.

Aussi, en se mettant à table :

— Mais je n'ai pas de couteau, dit Louis.

Le municipal Ménier s'approcha alors du roi et lui fit part de Tarrôté de la Gommune.

Le roi se renversa sur sa chaise, et, le regardant :

— Me croit-on assez lâche, dit-il, pour que j'attente à

LE DRAME DE QUATRE-TINGT-TRSIZB lOi

ma yle? Oa m'impute des crimes, mais j'en suis innocent, et je mourrai sans crainte. Je voudrais que ma mort fit le bonheur des Français, et pût écarter les malheurs que je prévois.

Le silence répondit seul à ces paroles. Le roi mangea peu, coupa son bœuf avec sa cuiller, et rompit son pain avec ses doigts.

Au reste, le dîner ne dura que quelques minutes.

LU

Garât et Santerre. — Refos de sursis. — Dispositions pour l'exëcation. — La municipalité et le conseil général. — Arrivée du confesseur Edgeworth. — La saUe à manger. — Vive émotion du roi. — Douloureuse entrevue de la famiUe royale. — Les sept quarts d'heure de déchirants adieux. — Demain à sept heures!

— Misérable Commune t — Le souper. — Les ornements d'église.

— Les cheveux roulés. — Les heures vont vite, — La messe. — Six heures. — « mon roil • — ^Derniers dons du roi. — Le cachet, les cheveux. — Les ciseaux. — Indignation du roi. — € Le bourreau, c'est assez pour Capet. •

A dix heures du soir, Garât revint. Gléry alla annoncer au roi ce retour, et Santerre, qui le précédait, dit, de Pair le plus riant du monde :

— Louis, voici le conseil exécutif.

Alors, le ministre s'avança.

— Louis, dit-il, selon votre désir, j'ai porté votre lettre à la Convention, et elle m'a chargé de vous notifier la réponse suivante :

a II est loisible à Louis Capet d'appeler tel ministre du culte qu'il jugera à propos, et de voir sa famille librement et saus témoins. La nation, toujours grande et toujours juste, s'occupera du sort de sa famille. Il sera accordé aux créanciers de sa maison de justes indemnités. Mais, quant au sursis demandé, la Convention nationale a passé à l*ordre du jour. »

Le roi désira savoir comment son exécution aurait lieu, et on lui remit le décret suivant :

« Le conseil exécutif provisoire, délibérant sur les mesures à prendre pour Texécutjon des décrets de la Convention nationale des 15, 17, 19 et 20 janvier 1793, » Arrête les dispositions suiv^nte^ ; p lo L'exécution du jugement de Louis Capet se fera le lundi 21.

» 2® Lé lieu de l'exécutioniserà la place de là Révolution^ ci-devaot Louis. XY, entre le piédestal et les Champs- Elysées.

» 3o Louis Capet partira dû Temple à Kîiif heures du matin, de manière que Te^écutioa puisse être faite à dix heures.

» 4© Des commissaires du département de Paris, des commissaires de la municipalité, deux membres du tribunal criminel, assisteront à l'exécution. Le secrétaire-greffier de ce tribunal en dressera procès- verbal, et lesdits commissaires et membres du tribunal, aussitôt l'exécution consommée, tiendront en rendre compte au conseil, lequel restera en séance permanente pendant toi^te cette jourwée, t»

LE DRAME DE QUATRE-YINGT-TREIZE lOS

Avant que cet ordre eût été notifié au conseil général, il avait déjà pris l'arrêté suivant : %

* Le conseil général arrête :

» Que le commandant général fera placer, lundi 21,. à sept heures, à toutes les barrières, une fofce suffisante pour empêcher qu^aucun rassemblement, de quelque nature qu'il soit, armé ou non armé, entre dans Paris ni en sorte;

» Que les sections feront mettre sous les armes et sur pied, demain à sept heures, tous les citoyens, excepté les fonctionnaires publics et tous les employés à Tadministration, qui tous seront en permanence non interrompue. » Invile tous les citoyens à veiller à ce que les ennemis de la liberté et de Têgalité ne puissent rien tenter.

» Arrête que le présent sera à l'instant envoyé à la municipalité de Paris, pour qu'elle le fasse mettre à exécution, imprimer et afficher.

» Le conseil ex(^cutif sera mandé sur-le-champ, et il lui sera remis expédition du décret qui prononce contre Louis Capel la peine de mort; le conseil exécutif sera chargé de le notifier à Louis, de le faire exécuter dans les vingt-quatre heures de la notification, de prendre pour cette exécution toutes les mesures qui paraîtront nécessaires, et de veiller à ce que les restes de Louis n'éprouvent aucune atteinte.

* Il rendra compte de ses diligences à la Convention nationale.

» Il sera enjoint au maire et aux autres officiers muîijcjp^uiç do ja Yllle de Pi^ris de li^l^ser à J^om \u liberté da

coljrauniguer avec sa famille, et d'appeler auprès de sa personne les ministres du culte qu'il indiquera, pour Tassister dans ses derniers moments. »

Communication faite de cet arrêté, les commissaires prirent Garât à l'écart^ et lui demandèrent de quelle façon il devait être exécuté, et particulièrement de quelle façon le roi devait voir sa famille.

— Mais comme il Ten tendra, répondit Garât; c'est l'intention de la Convention.

Les municipaux alors lui communiquèrent l'arrêté de la Commune, qui leur enjoignait de ne perdre le roi de vue ni jour ni nuit.

H fut convenu, entre les commissaires et le ministre, que, pour concilier ces deux décisions opposées l'une à l'autre, le roi recevrait sa famille dans la salle à manger, de manière à être vu par le vitrage de la cloison ; mais il fut décidé aussi qu'il fermerait la porte pour ne pas être entendu.

Bientôt on annonça au roi que le confesseur dont il avait donné Tadresse au ministre de la justice attendait dans la salle du conseil; le roi pria qu'on le laissât monter, et, cinq minutes après, il fut près de lui.

Le roi alors le fit passer dans sa tourelle, et s'enferma avec lui.

A huit heures, le roi sortit dé son cabinet, et, s'avançant vers les trois municipaux de garde, les pria de le conduire à sa famille; ceux-ci répondirent que cela ne se pouvait point, mais qu'on allait la faire descendre s'il le désirait.

LB DRÀHB DB QUÀTRB-VINGT-TEBIZB lOS

— A la bonne heure! dit le roi; mais je pourrai au moins la voir seul dans ma chambre ?

— Impossible, répondit l'un d'eux; nous avons arrêté avec le ministre que ce serait dans la salle à manger.

— Mais, s'écria le roi, vous avez cependant entendu le décret de la Convention qui me permet de voir ma famille sans témoins.

— C'est vrai, répondirent les municipaux, vous serez en particulier, on fermera la porte, mais, par le vitrage, on aura- les yeux sur vous.

— Faites descendre ma famille, dit le roi.

Le commissaire partit et le roi entra dans la salle à manger, afin que sa famille le trouvât où il devait être. Cléry rangeait la table et poussait les chaises contre le mur, afin de donner plus d'espace à la scône qui allait se passer.

— Il faudrait, dit le roi, apporter un peu d'eau et un verre.

Comme il y avait déjà sur la table une carafe d'eau à la glace, Cléry n'apporta qu'un verre et le plaça près de celte carafe.

— Apportez encore de Teau qui ne soit pas à la glace, Gléry, lui dit le roi; car, si la reine buvait de celle-là, elle pourrait en être incommodée.

Puis, le rappelant :

— Attendez, dit-il, et priez M. de Firmont de ne pas sortir de mon cabinet, sa vue ferait trop de mal à ma famille.

Le commissaire tardait, le roi entra dans son cabinet, et

continua de s'entretenir avec Jt. de Finnont; seulement, de temps eii temps, il venait à la porte, et il était facile de voir sur son visage, ordinairement impassible, les traces de la plus vive émotion.

Enfin, la porte s'ouvrit, il étîtit huit heures et demie j la reine parut la première, tenant son fils par la main; puis vinrent madame Royale et madame Elisabeth. Depuis près d'un mois, les pauvres prisonniprs ne s'étaient pas vus ; ils se trouvaient presque entre deux éternités, celle du passé et celle de l'avenir.

Aussi tous se précipitèrent-ils dans les bras du roi. Il se fît un groupe informe^ doiilpureux, gémissant, où l'on ne voyait que des bras teodus, des corps bondissants sous le désespoir; toutes ces têtes cherchaient la poitrine du roi, et s'y enfonçaient comme pour y cacher leurs larmes et leurs sanglots; mais sanglots et larmes débordaient au milieu d'un suprême et douloureux silence.

Alors, la reine fit un mouvement pour entraîner le roi dans sa chambre; mais le roi la retint.

— Non, dit-il, restons ici,je ne puis vous voir qu'ici. Le roi sWit, la reine à sa gauche, madame Elisabeth à sa droite, madame Royale presque en face ; le dauphin resta debout entre les jambes du roi; tous s'inclinaient vers lui, comme vers un centre de douleur.

Cette scène terrible, profonde, saisissante, dura sept quarts d'heure. Ceux qui regardaient à travers le vitrage, car, on se le rappelle, chose terrible! on avait refusé au roi la solitude, cette religion de la douleur; ceux qui regardaient à travers le vitrage, sans qu'aucune des paroles

LE DRAMl DE QUATRt-YINGT-TRBIZE 107

prononcées parvînt jusqu'à eux, voyaient seulement qn'aprôs chaque phrase du roi, les sanglots des princesses redoublaient, duraient quelques minutes, et qu'ensuite le roi recommençait à parler, et, par leurs mouvement^, il était facile de juger que lui-même leur apprenait sa condamnation.

La reine désirait ardemment passer la nuit auprès du roi, et on lui eût accordé cette permission; mais le roi s'y opposa en lui faisaat comprendre combien il avait besoin de sa tranquillité; alors, la reine lui demanda la permission de le venir voir le lendemain matin, permission qu'il lai accorda. Mais, quand les princesses et le dauphin furent partis, il dit aux gardes de ne pas les laisser redescendre, parce que leur présence lui faisait trop de peine.

A dix heures, le roi se leva le premier, tous se levèrent après lui ; Gléry ouvrit la porte, la reine tenait le roi par le bras droit, et tous deux donnaient une main au dauphin, qui marchait devant eux, tandis que madame Royale, à gauche, tenait le roi par le milieu du corps, et que mads^me Elisabeth, du même côlé, mais un peu plus en arrière, avait saisi le bras gauche de son frère.

Et, ainsi embrassés dans la marche comme dans le repos, ils s'avancèrent gémissants et abattus.

: — Du courage! du courage! dit le roi; je vous promets que je voud terrai demaiti à huit heured.

— Oh! vous nous le promettez? s'écrièrent-ils tous ensemble.

108 liE DEÂME DE QUATRE-VINGT-TREIZE

— Oui, je voiis le promets!

— Pourquoi pas à sept heures? demanda la reine.

— Eli bien, oui, à sept heures, répondit le roi. Adieu ! Et il prononça ces mots avec un tel accent de Tâme, un

tel déchirement du cœur, que les sanglots redoublèrent et que madame Royale tomba évanouie aux pieds du roi.

Cléry la releva et aida madame Elisabeth à la secourir.

Le roi n'eut pas la force d'en supporter davantage.

— Adieu! adieu! s'écria-t-il.

Et il rentra dans sa chambre.

Nous avons vu qu'il donna Tordre aux gardes de ne point laisser pénétrer le lendemain sa famille jusqu'à lui, malgré la promesse qu'il lui avait faite.

Les princesses rentrèrent chez elles. Cléry voulait continuer de secourir madame Royale, les municipaux l'arrêtèrent à la seconde marche de l'escalier; mais, quoique les deux portes fussent fermées, longtemps, bien avant encore daos la nuit, on continua d'entendre les cris de cette épouse, de cette fille et de cette sœur.

misérable Commune, qui, d'un coupable, fît un martyr !

Une demi-heure après, le roi sortit de son cabinet et rentra dans la salle à manger.

Cléry lui servit son souper; il mangea peu, mais de bon appétit.

Étrange maladie de cette race de Bourbons, chez laquelle la vie matérielle est le premier besoin !

Son souper achevé, le roi rentra dans sa tourelle; un instant après, M. de Firmont en sortit et pria les com-

missaires de le conduire à la salle du conseil; le but de cette demande était d'obtenir Les ornements d'église à l'aide desquels il pouvait dire la messe le lendemain.

C'était une grave demande, dans une pareille époque. Aussi est-ce à grand'peine qu'elle fut accordée : cependant elle le fut; on envoya chercher les ornements à Téglise des Gapucins-du-Marais, près de l'hôtel Soubise; puis, riche de celte promesse, qui apportait une dernière consolation au roi, M. de Firmont rentra dans la tourelle, où jusqu'à minuit et demi, il demeura avec le royal condamné.

Alors, Ciéry déshabilla le roi, et, comme il s'apprêtait à lui rouler les cheveux :

— Oh! dit Louis, ce n'est pas la peine.

11 se coucha donc à l'instant; puis, comme Gléry tirait les rideaux :

— Gléry, lui, dit-il, vous m'éveillerez à cinq heures. Cinq minutes après, il dormait d'un sommeil profond.

Le sommeil, comme la nourriture, était un de ses besoins absolus. ^

M. de Firmont, que le roi avait invité à prendre quelque repos, se jeta sur le lit de Gléry, où certes il dormit moins bien que celui qu'il venait de préparer à la mort, et qui, en dormant, s'essayait à mourir.

Cléry était resté sur une chaise de la chambre du roi, priant Dieu de lui conserver sa force et son courage; il entendit sonner cinq heures : les heures vont vite quand la mort les pousse; il alluma le feu, et, au bruit qu'il fit, le roi s'éveilla, et, tirant son rideau :

— Ginq heures sont-elles sonnées? demanda-t-il.

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