‹ Le drame des poisonsChapitre 28 sur 37 · Traité des vialadles de L’estomac (1893;, p · texte numérisé non relu

Traité des vialadles de L’estomac (1893;, p

à l’emporle-pièce. » La dimension en varie d’une lentille à une pièce de cinq francs.

M. Anatole France explique fort bien quel était, en cette occasion, l’état d’ûme des médecins qui rédigèrent le procès-verbal d’autopsie : « Les médecins français tremblaient de trouver dans les entrailles de la princesse les indices d’un crime dont le soupçon eût atteint la famille du roi. Ils craignaient même tout ce qui prêtait au doute, et, par cela même, à la malveillance. Sachant que la moindre incertitude sur la cause de la mort ou l’état du cadavre serait interprétée par le public dans un sens qui les perdrait, ils avaient pour tout expliquer la raison de l’intérêt et le zèle de la peur. Or, dans l'impossibilité où ils étaient de rapporter à un type pathologique normal une lésion inconnue à tous et suspecte peutêtre à quelques-uns1, ils avaient grand avantage à expliquer par un accident d’autopsie celte plaie énigmatique. Et l’on comprend qu’ils crurent naturellement ce qu’ils désiraient croire. Les chirurgiens anglais, aussi ignorants qu’eux, acceptèrent leur raison faute d’en trouver de meilleure. » — « Le fait est, dit Littré en concluant, qu'on devait trouver un trou et qu’on le trouva; toute contestation loin bant devant ces trois choses : l’invasion subite du mal, la péritonite et la présence de l’huile — et de

1. Le passage suivant du journal d’Olivier d’Ormcsson donne une grande force à la supposition de M. Anatole France : « Le rapport des médecins montra l’estomac entier, d’où l’on conclut que ce n’était pas poison, car l’estomac aurait été percé et gâté ». II, 594.

LA MORT DE « MADAME »

la bile, ajoute le Dr Paul Le Gendre — que les procès-verbaux d’autopsie montrent dans le basventre. » On trouva, en effet, répandue dans le basventre, une matière que les rapports des médecins français qualifient de grasse comme de l'huile l. C’en était, en effet. C’éLait l’huile que Madame avait bue comme contrepoison et qui s’était épanchée hors de l’estomac.

Aussi bien, en supposant même — contre toute vraisemblance — que ce trou eût été réellement fait par mégarde par le jeune Félix, qui fut l’opérateur, tous les détails connus de la santé de Madame avant la mort et les détails révélés par l’autopsie sont si concluants en faveur du diagnostic d’ulcère simple terminé par perforation, qu’on serait conduit à admettre qu’il devait exister, sur un autre point de la paroi do l’estomac, un autre petit trou ayant échappé à l’observation des médecins et des chirurgiens qui regardaient l’autopsie, ce qui n’offrirait rien de surpre-

1. Le rapport du médecin anglais, Chamberlain, dit en propres termes que c’était de l’huile. « Le bas-ventre était rempli d’une humeur bilieuse et de l’huile flottait dessus. » Publ. par Everett-Green, Liues of princesses of England, VI, 589. Celte observation est importante parce que M. le Dr Légué conteste l’opinion de Littré. « Littré prétend que les médecins ont constaté la présence de l’huile; mais c’est parce qu’il profite de l’équivoque à laquelle prête une phrase du rapport de l’autopsie : » ... toute la capacité pleine d’une substance « sanieuse, putride, jaunâtre, aqueuse et grasse comme de * l'huile ». Franchement, n’est-ce pas là donner au texte une signification qui, certainement, n’est jamais entrée dans l’esprit des médecins? » ( Médecins et Empoisonneurs, p. 255-50.) Le Dr Légué, pas plus que Littré, d’ailleurs, n’a connu les rapports publiés- en anglais par Mrs Everctt-Grccn.

nanl, car leur attention n’était pas sollicitée sur ce point. On pourrait encore supposer que les ciseaux de Félix, s’ils avaienl vraiment traversé la paroi de l’estomac par mégarde, n’auraient fait qu’agrandir la perforation spontanée déjà existante. Il faut, en effet, tenir compte de l’état de ramollissement putride où devaient se trouver les organes, le cadavre étant demeuré exposé pendant toute une journée de grande chaleur. (Paul Le Gendre.)

« En résumé, avant le 29 juin, douleurs gastriques causées par l’ulcération; le 29, déchirure de l’ulcération et péritonite suraiguë. » La péritonite est d’ailleurs nettement caractérisée par les procès-verbaux. Telles sont les conclusions de Littré; M. le Dr Paul Le Gendre, avec sa haute compétence, nous les confirme sans hésitation, ainsi que M. le professeur Brouardel, qui nous fait l’honneur de nous écrire : « En admettant une ulcération de l’estomac, tous les phénomènes se déroulent d’une façon classique ».

Si nous nous reportons aux travaux de l’illustre Cruveilhier qui, le premier, donna la description de l’ulcère simple, nous y trouvons, par une coïncidence intéressante, dans le cas même qu’il présente comme le cas type, les rapports les plus étroits avec la maladie de Madame, et une preuve nouvelle de la justesse de l’opinion de Littré '.

1. Le cas cité par Cruveilhier a des rapports beaucoup plus frappants que celui qui est cité par Littré, d’aprôs la description du savant allemand Ludwig Muller, où il est dit que l’acci-

LA MORT DE « MADAME »

« Or, les accidenls rapidement mortels, écrit Cruveilhier1, qui sont la suite de la perforation de l’estomac, survenant brusquement et, quelquefois, immédiatement après l’ingestion d’aliments ou de boissons, la question d’empoisonnement a été soulevée un assez grand nombre de fois. Je n’ai jamais vu de cas plus remarquable à cet égard que celui d’un charbonnier, âgé de vingt-trois ans, d’une force athlétique, qui, chargé d’un sac de charbon, boit un verre de vin en passant devant un cabaret : il continue sa route, mais, au bout de quelques minutes, il est pris de douleurs atroces, reçoit chez lui les premiers soins, est apporté mourant le lendemain matin à la maison de santé du faubourg Saint-Denis, présente tous les caractères d’une péritonite par perforation, et meurt trois heures après son entrée à l’hôpital, avec toute la plénitude de son intelligence. J’avais pu recueillir de sa bouche un précieux renseignement, c’est qu’il souffrait de l’estomac depuis plusieurs mois et que ses digestions étaient très laborieuses. La corporation des charbonniers, persuadés que leur camarade était victime d’un empoisonnement, et que la cause de cet empoisonnement était le verre de vin pris immédiatement avant l’invasion des accidents, décida qu’elle devait intenter un acte judiciaire contre le marchand de

dent a eu lieu chez la malade « pour s’être baissée par hasard et avoir fait quelque mouvement ».

1. Archives générales de médecine, année 1856, 1'“ partie, p. 155-56.

vin, et, dans ce but, elle voulut que l’autopsie fût laite en présence d’une députation de -leur corps. C’était un cas de perforation spontanée par ulcère simple de l’estomac. »

L’ « expertise » de Littré, pour reprendre l’expression dont il qualifie lui-même son travail, se confirme donc de toutes manières. Loiseleur 1 2 3 a cru devoir lui reprocher la rareté du cas. Ce n’est pas un argument; le cas peut être rare et avoir été celui de Madame. Encore Loiseleur exagère-t-il beaucoup. Brinton estime que la perforation de l’estomac, en cas d’ulcère simple, se produit treize fois et demie sur cent, et qu’elle est plus commune chez la femme au-dessous de trente ans8. Madame en avait vingtsix.

Loiseleur admet bien la péritonite, mais ce serait une péritonite survenue à la suite d’un refroidissement. « Pourquoi, écrit-il®, Littré passe-t-il absolument sous silence la fin de la phrase (de Mme de La Fayette), bien autrement grave et significative que le commencement : « Néanmoins il faisait extrème- « ment chaud, elle voulut se baigner dans la rivière. « M. Yvelin, son premier médecin, fit tout ce qu’il put « pour l’en empêcher; mais, quoi qu’il pût dire, elle « se baigna le vendredi, et le samedi elle s’en trouva « si mal qu’elle ne se baigna point », et plus loin : « ... elle se promena au clair de lune jusqu’à minuit. »

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