A LA QUATRIÈME ÉDITION
Au cours d'un admirable article que M. Albert Sorel a consacré à ce livre dans le Temps du 24 mars 1900, Téminent historien a fait un rapprochement saisissant entre quelques sermons de Bourdaloue, prédicateur et confesseur de la Cour de Versailles, et le Drame des Poisons tel que nous avons essayé de l'exposer ici. C'est l'illustration, en même temps que la confirmation puissante, des faits que les documents d'archives nous ont révélés.
« L'histoire, écrit M. Albert Sorel, scrutée à fond, ne donne pas seulement la connaissance du passé : elle en vivifie la littérature, elle rend leurs vigueur et saveur primitives aux mots qui passent sous nos yeux comme figés par les hivers, ou, pareils, si l'on veut, aux monnaies dont le relief
Vlir PRÉFACE.
s'est usé et qui ne nous présentent plus qu'une image symbolique et impersonnelle, au lieu de la ressemblance toute directe et présente que l'artiste y avait gravée. Mme de Sévigné — il y faut toujours revenir — parle d'un sermon de Bourdaloue qui est de 1680, à la veille de la crise suprême entre le roi et la Montespan. « Nous entendîmes « après dîner le sermon de Bourdaloue, qui frappe « toujours comme un sourd, disant des vérités à « bride abattue, parlant à tort et à travers contre a l'adultère : sauve qui peut! il va toujours son « chemin... »
« Prenez ce sermon, un des plus parfaits du célèbre jésuite, et lisez-le en pesant les mots, en les commentant avec le livre de M. Funck-Brentano, et vous verrez l'étrange valeur que vont prendre des phrases comme celles-ci. Parlant de l'esprit d'impureté : « C'est pour lui que l'injuscc tice est toute-puissante..., pour lui que le sacri- « lège attente sur ce qu'il y a de plus saint. » Ce ne sont point là, croyez-le bien, phrases convenues, doléances de lieu commun, rhétorique de prédicateur, a Ne remontons point si haut pour avoir des a preuves de cette vérité : notre siècle, ce siècle si « malheureux, a bien de quoi nous en convaincre, « et Dieu n'a permis qu'il engendrât des monstres a que pour nous forcer à en convenir. » Continuant