‹ Le drame des poisons: préf. de Albert SorelChapitre 26 sur 32 · RACINE ET L'AFFAIRE DES POISONS · texte numérisé non relu

RACINE ET L'AFFAIRE DES POISONS

M..Larroumet a consacré à Racine un charmant petit livre K Dans la première partie il étudie la vie du poète et montre très justement l'influence exercée sur son art par le milieu où il a vécu. Dans la seconde partie il étudie très ingénieusement la poétique de Racine. Le style même de M. Larroumet, très fin et très sobre — nous dirions volontiers d'un ton gris perle, — avec, par endroits, des incorrections qui, à notre sens, en relèvent la saveur, s'adapte parfaitement à l'auteur qu'il analyse. On voit bien là quel homme a été Racine, sensible et fin, tout de mesyre et de délicatesse. On sait que M. Larroumet excelle à reconstituer les appartements et ameublements de nos grands écrivains, d'après les inventaires après décès. Il y réussit une fois de plus, pour Racine, de la manière la plus

1. Racine^ dans la Collection des Grands Éci-ivains françaiMp Paris, 189&.

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heureuse. La peinture de sa vie familiale, après que nUustre poète eut renoncé au théâtre, est délicieuse. « Au milieu de cette famille, qui reproduisait, avec une variété charmante, les traits de sa nature sensible et inquiète, Racine pratiquait toutes les verlus d'un bon père. Il redevenait enfant avec Bahet, Fanchon, Madelon, Naneite et Lionval; seuls les deux aînés, garçon et fille, ne portaient point de ces diminutifs, par respect du droit d'aînesse. Il préférait le bonheur de leur société à la recherche des grands.

« Un jour, il revenait de Versailles, où il était allé faire sa cour, lorsqu'un écuyer de M. le Duc lui apporte une invitation à dîner pour le soir même : « Je n'aurai point l'honneur d'y aller dîner, lui « répondait-il; il y a plus de huit jours que je n'ai « vu ma femme et mes enfants, qui se font une fête « de manger aujourd'hui avec moi une très belle « carpe; je ne puis me dispenser de dîner avec « eux. » Et il faisait apporter la carpe en ajoutant : (( Jugez vous-même si je puis me dispenser de dîner « avec ces pauvres enfants, qui ont voulu me régaler « aujourd'hui et n'auraient plus déplaisir s'ils man- « geaient ce plat sans moi. Je vous prie de faire « valoir cette raison à son Altesse Sérénissime. »

On sait que Racine, après avoir renoncé à écrire pour le théâtre, versa dans la piété la plus grande. Mais ici encore un trait charmant. « Je me souviens, dit Louis Racine, de processions dans lesquelles mes sœurs étaient le clergé, j'étais le curé et l'auteur d'Athalie^ chantant avec nous, portait la croix. » Et

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