BrnesI Breton, Pompeia, 3* édit. , p
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surloul puériles dans un sujet où la vérité suffit pour émouvoir. Qu’y a-t-il , par exemple , c'e plus toucliaut que le sort des malheureux qui se sont réfugiés dans le souterrain de la maison de Diomède?
Qu’y a-t-il de plus éloquent que les cadavres rencontrés par les ouvriers de M. Fiorelli sur la vole publique, et moulés par la cendre pendant leur agonie même?
On sait que la maison de Diomède est
appelée ainsi parce qu’on a trouvé à peu de distance, sur la voie des Tombeaux, une inscription funéraire qui portait le nom de Marcus Arrius Diomedes; on a voulu que le tombeau et la maison la plus voisine appartinssent au même propriétaire , et comme celle habitation avait un jardin plus grand que les habitations de l’intérieur de Pompéi, on en a conclu que c’était une
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maison de campagne. Il est, an conlrairc, très-probable que celte demeure était celle d’une famille romaine venue avec la colonie de Sylla ou d’Auguste, qu’elle faisait partie du quartier ajouté à la ville osque sous le nom de Auçiits'.o-Fehx, et
qu’elle avait été destinée non pas aux douceurs de la villégiature, mais an commerce très-actif d’un marchand en gros. Ce marchand , qui approvisionnait les petites boulûpies sans caves de la ville, avait fait construire trois immenses caves .sur les trois cotés de son jardin (xysltis), et ses amphores pleines de vin et d’huile y étaient rangées', le pied dressé dans le sable; mais,
I . Comme on était au mois d'août, In réroltc du vin et de iTinile n’ëtait pas encore faite. C’est pourquoi l’on n'a trouvé qu’une centaine d’anipliores dans un cellier qui en pouvait contenir plusieurs milliers.
comme cette démonstration ne peut se faire sans entrer dans beaucoup de détails, acceptons ici le nom consacré de maison de Diomède.
Le 12 décembre 1772, le directeur des fouilles fil déblayer l’entrée du souterrain et retirer les cendres qui le remplissaient dans toute sa hauteur. A peine se fut-on avancé, qu’on découvrit dix-huit squelettes d’adultes, un squelette de jeune garçon et celui d’un > tout petit enfant. Ces vingt personnes avaient cherché un abri dans des celliers bien connus, dont la solidité défiait les pierres ponces, le tremblement de terre et la chute môme de la maison ; elles s’étaient maintenues instinctivement près de la porte, soit pour entendre ce qui se passait au dehors, soit pour se tenir prêtes à profiter des circonstances favorables. En effet , tant que les
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pierres et les cendres tombèrent, elles avaient été à l’abri ; elles sc laissèrent même ensevelir dans leur asile par» cette montagne qui obstruait les portes et tous les accès ; bientôt sans doute on viendrait à leur secours. Ce qui les perdit, sans doute, ce fut un dégagement de gaz d’autant plus perfide qu’il s’élevait doucement et les engourdissait peu à peu. Puis vinrent les pluies torrentielles qui accompagnèrent et suivirent l’éruption. L’entrepôt de Diomède n’était qu’aux deux tiers construit sous la terre; la partie supérieure, comme celle de nos sous-sols modernes, prenait du jour sur le jardin par une série de soupiraux grands et réguliers. Quand les pluies commencèrent à s’infiltrer à travers les pierres volcaniques qui remplissaient les jardins, elles se précipitèrent par tous ces orifices, entraînant
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les cendres, la terre, les parties fines et légères qu’elles rencontraient dans ce dépôt subit du .volcan. Les cadavres, conservés peut-être par l’acide carbonique , furent entourés par celle inondation de boue liquide, qui mOntail, montait; à un moment donné, la v^se remplit si bien le souterrain, que l’eau, plus légère, fut expulsée à son tour. C’est ainsi que se déposent les terrains d’alluvion. Vraisemblablement ce fut en quelques jours que dut s’accomplir cette opération, car si les infiltrations s’étaient produites lentement , pendant des mois et môme des années, comme dans les tombeaux de Carthage ou dans certaines cata* combes de Rome, les cadavres se seraient décomposés, et le sol n’aurait gardé d’autre empreinte que celle de squelettes ou de lambeaux de chair corrompue; mais les corps
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des victimes ont 6lé moulés par les cendres délayées et aussitôt tassées avec autant de finesse que par le plâtre d’un sculpteur. Il s’est formé ce que les artistes appellent un bon creux, où les formes et l’embonpoint des hommes, les seins des femmes, ont été reproduits au moment même de l’agonie ou de la mort, — par conséquent dans leur intégrité, je dirais presque dans leur fraîcheur. Les vêtements ont laissé leur marque, accusant la finesse ou la grossièreté du tissu.
La qualité de la cendre volcanique (pouzwlane), qui donne un si excellent mortier, la pression des couches superposées, ont fait durcir ce moule naturel ; il a résisté au temps, tandis que les cadavres, subissant la loi générale, s’affaissaient, se consumaient , et finissaient par ne laisser que des ossements blanchis sous cette ca-
rapace conservée pour édifier la poslérilé.
Hélas ! les artistes ou les savants qui assistèrent à la découverte n'eurent pas l’idée de profiter d’une telle fortune , d’arrêter les ouvriers, de refermer la brèçhe qu’ils avaient faite, et de verser dans les cavités qui s’offraient du plâtre délayé. Ils auraient ressuscité ainsi ce monceau de victimes, et nous auraient gardé l’image d’un drame autrement saisissant que le tableau des Massacres de Scio ou du Naufrage de la Méduse. Une inspiration aussi siiiiple ne leur vint pas, ils se contentèrent de couper seize morceaux de terre où l’empreinte était plus jolie, de mouler des seins de femme qu’on exposa sous une vitrine du musée, d’envoyer à Portici des crânes qui avaient encore leurs cheveux, et tout fut démoli pour être emporté dans des hottes! On avait fait toutefois quelques
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observations intéressantes. I^a plupart des morts avaient sor la têic des étoffes épaisses qui descendaient sur leurs épaules; c’étaient les capuchons qu’ils avaient mis avant de quitter leurs demeures afin de se protéger contre la chute des pierres ponces. Deux jambes semblaient couvertes de longs caleçons, ce que nous verrons confirmé par des recherches récentes. Plusieurs pieds étaient sans souliers, d’autres n’avaient que des chaussures grossières ; et la qualité des vêtements dénonçait des esclaves ou des gens pauvres.
Toutefois une femme plus riche et plus élégante fut reconnue à la finesse des tissus qui avaient laissé également leur empreinte sur la cendre avant d’être consumés par l’humidité. Auprès d’elle furent retrouvés vingthuit monnaies, deux bracelets d’or, un collier avec une bulle, des bagues avec des
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pierres gravées, ele. On ne manqua pas de dire que e’était la fille de Diomède. •
Des exhalaisons méphitiques {mofeta gaaliar- (lissima), reproduction sur une petite échelle du phénomène de l’an 79, arrêtèrent tout à coup les travailleurs. Il fallut fuir jusqu’à ce qu’on pût aérer ce lieu dangereux. On reprit les fouilles au dehors, afin de dégager le jardin et les soupiraux des celliers. En faisant ce travail, on recueillit des ossements humains à des places diverses. Le Journal des fouilles ne fait guère que les indiquer : on peut le consulter en se référant aux dates suivantes : le 6 février I 7 7 3, un squelette fut trouvé sous la première couche de cendres, auprès de lui une pièce d’or, quatre boucles
\ . Le délail des objets recueillis dans ce souterrain est donné par les inventaires manuscrits que M. Fiorclli a publiés, t. l, p. 268 et 2 fiO.
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d’oreilles communes et quarante-trois monnaies consulaires d’argent enveloppées dans un morceau de jonc tressé ; le 1 3 février, à côté d’un autre squelette, gisait dans une chambre presque vide celui d’un petit enfant portant au doigt une bague d’or; le 2 0 février, ce sont quatre squelettes qui apparaissent, l’un d’eux avec une bague de fer; le 2 9 mai, un nouveau squelette atteste qu’un malheureux a cherché un abri dans le corridor qui mène au jardin, peut-être était-ce le jardinier, car il a été suivi par la chèvre favorite, sa clochette de bronze au cou ; enfin le 30 juillet 1 7 7 4, le 2 1 octobre et le 5 novembre de la même année, d’autres victimes sont reconnues soit dans les habitations voisines, soit sur la voie publique : on a compté de ce côté plus de trente-trois cadavres. Il est évident que le faubourg de Pompéi a été le théâtre
(le grandes douleurs. Pris entre Pompéi, que secoiiail le tremblement de terre, Oploute et Herculanum , qu’accablait un désastre plus effroyable encore, et le Vcsuvé, qui menaçait de tout ensevelir, les pauvres gens qui n’avaient pu ni monter sur des barques ni fuir à temps vers les montagnes de la côte opposée , attendirent éperdus une mort qui les poursuivait sous tant de formes. Ceux qui s’étaient réfugiés dans les celliers de Diomède périrent noyés; ceux qui restaient au rez-de-chaussée, montaient aux étages supérieurs, ou couraient sur la couche de pierres ponces qui recouvrait la voie publique, furent asphyxiés la plupart par les gaz que leur pesanteur portait naturellement dans cette vallée, car la descente est rapide depuis les murs de Pompéi jusqu’à la maison de Diomède. Le tremblement de terre fit le reste.
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Si nous nous transportons dans un autre quartier de 'la ville , du côté des bains découverts il y a dix ans et de la rue de Stables, des révélations inattendues prêtent à notre enqucMe un intérêt tout à fait dramatique. On déblayait une ruelle qui était dési|,'née alors sous le nom de vicoln del fempio di Auguste, et qu’on appelle aujourd’hui vkolo dei.Scheïetri. Le o février 1863, ^ M. Fiorelli fut averti que les ouvriers avaient rencontré une cavité au fond de laquelle apparaissaient des ossements. Inspiré par un trait de génie, car si simple que fût l’idée, personne ne l’avait eue avant lui, M. Fiorelli arrêta les travaux, fit délayer du plâtre qu’on laissa couler dans cette cavité et dans deux autres qu’on avait observées plus loin.
Lorsqu’elles furent remplies et que le plâtre eut eu le temps de se durcir , on enleva
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avtic précaution la croûte de cendres, et l’on vil les moulages de quatre cadavres presque aussi exacts que des moulages fail;^ d’après des statues : un homme, une femme,
deux jeunes filles, dont l’une était presquej' un enfant, avaient été foudroyés sur la voiéi
publique, et reposaient sur la couche dd; pierres ponces qui recouvrait déjà la rue.j Kvidemment ils avaient attendu la fin du déluge de pierres , cachés dans leurs maisons. Aus.sitôt que celle grêle avait fait place à une pluie de cendre fine plus supportable , ils étaient sortis par les fenêtres ou par les terrasses, et s’étaicnl acheminés pénihlement, à travers les ténèbres, sur un sol mobile où leurs pieds s’enfoncaient. Tout à coup ils rencontrèrent une colonne de gaz sulfureux ou de gaz acide carbonique cl tombèrent asphyxiés. La mort fut subite.
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la rendre recouvrit leurs cadavres encore chauds cl modela leurs contours.
, Plus tard, en 1868, M. Fiorelli put renouveler cette opération sur un corps trouvé dans une chambre dé la maison de Gaviiis Rufiis, à gauche eje l’atrium. G’étail un ' homme; malheureusement il était étendu sur les pierres ponces , dont les aspérités et les interstices sont rebelles à l’empreinte. Tombé ^ sur la face, il ne montre aujourd’hui qu’une ■ tête provocante et terrible, presque entière-' ment dépouillée de chair, les dents serrées.
Ses deux mains crispées paraissent étreindre encore le sol et s’y enfoncer pendant une dernière convulsion. L’agonie a été douloureuse ; elle a une éloquence cruelle, on y croit assister. Le cadavre est en grande partie nn, du' moins la tunique est remontée pendant la lutte .suprême, et s’est enroulée .sur le dos.
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La jambe droite, seule reproduite par le moulage, est nerveuse, tendue, bien faite. Une bague de cuivre est encore passée au petit doigt de la main.
Les quatre cadavres découverts en 18G3 .sont mieux conservés, parce qu’ils reposaient sur la cendre et non sur les pierres ponces.
Le premier est celui il’une femme tombée sur le dns. Rien que ses traits soient peu distincts, on reconnaît qu’elle a souffert et qu’elle a été étouffée. Son visage cherche l’air, et sa tête semble se soulever vers le ciel. La main droite crispée s’appuie sur la terre : le bras gauche veut repousser un ennemi invisible , tout annonce la suffocation. Une tresse de cheveux forme une couronne autour de la tête. La poitrine est maigre ou plutôt aplatie, comme il est naturel chez une personne renversée sur le
dos, et dont les seins sont pressés par une couche de cendres plus lourde d’heure en heure. Les manches de la tunique s’attachent par des courbes harmonieuses ; mais les doubles boutons de verre qui retenaient chaque arc de cercle sont tombés quand l’étoffe a été consumée par le temps'. Pour mieux fuir, la malheureuse avait relevé ses vêtements, qui forment un paquet sur le ventre et font paraître la taille et les hanches plus fortes. On dirait même, au premier aspect, qu’elle est enceinte. Les cuisses sont recouvertes d’une étoffe fine qui constitue un véritable caleçon. Ce qu’on avait cru remarquer sur les empreintes du souterrain de Diomède devient ici un fait certain. En y
1. On sait qu’on retrouve à l*oin|u’i (ic-i tnillicrs île bon-
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réllùchissanl, le costume anliriue était si transparent chez les femmes, si court chez les hommes, si sujet aux accidents de la vie en plein air, que le caleçon ou un équivalent étaient nécessaires pour que la pudeur ne lut pas à chaque instant blessée. La sculpture n*avait point à tenir compte du caleçon , qui disparaissait sous le costume; toutefois, sur la colonne Trajane, on était déjà averti que les soldats romains en portaient; à Pompéi, ou constate que même les esclaves et les femmes du peuple avaient ce vêlement, qui surtout alors était indispensable.
Pour achever de décrire notre Pompéienne, ajoutons qu’elle est grande, élégante, que sa jambe gauche, mieux rendue [lar le moulage, est bien prise et charmante, que le pied est admirablement cambré , qu’il est encore chaussé, que, pour marcher sur les pierres et
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les ruines, elle avait pris, parmi ses brodequins, ceux dont la semelle était plus forte. Une bague d’argent est à son doigt. Auprès d’elle, on a ramassé des boucles d’oreilles, un miroir d’argent et une statuette, faite d’un seul morceau d’ambre, représentant un petit amour. Ce petit amour est enveloppé d’un manteau ; sa chevelure forme sur le front trois rangs de boucles, et retombe nouée sur le dos d’une façon qui rappelle tout à fait les perruques à la Voltaire. Un bagage aussi singulièrement choisi dans un péril suprême, le voisinage d’une maison de prostitution, ont fait supposer que celte femme, coquette et habitant un quartier mal famé, était une courtisane. Les preuves sont légères ; laissons eu paix, non pas les morts, qu’il nous faut interroger toujours, mais leur mémoire.
Les trois autres cadavres étaient tombés dans
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deux endroits différents. En avant marchait on éclaireur un homme d’un certain âge, le père peut-ètre.des jeunes filles qui le suivaient, et qui sont nioiles ensemble. Il tenait à la main les boucles d’oreilles de ses deux compagnes, quelques pièees de monnaie et la clef de la maison. Il est de bas.se condition, car il ne porte qu’une liagi.c de fer au doigt. D’une taille au-dessus de la [ roportion ordinaire, il n’a pas loin de six pieds. Ses pommettes sont saillantes, ses sourcils très-marqués; saboucbc, surmontée de moustaches, lui donne l’air d’un vieux soldat ; le.s lèvres semblent faire un effort pour respirer, les paupières sont intactes-, et les yeux ouverts comme s’il souffrait eneore. Renversé sur le dos, ce géant a voulu SC relever en s’appuyant sur le coude, et il a ramené sur sa tète un coin de son manteau pour se protéger soit contre la cendre, soit
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contre le gaz qui l’élouffail. L’expression e^l bien celle de la suffocation; ainsi dut mourir Mine. Le manteau couvre la poitrine et le bras droit, tandis qu’un paquet d’étoffe sur le nombril annonce qu’il avait relevé ses vêlements pour être plus leste. On voit donc ses jambes, maigres et vigoureuses, une sorte de caleçon collé à la peau et des souliers garnis de gros clous.
Mais le spectacle le plus louchant ce sont les deux sœurs, qui couraient à quelques pas derrière ce colosse, se soutenant l’une l’autre, respirant le même poison; s’affaissant du même coup et mourant les pieds enlacés. La plus âgée s’est couchée sur le côté, comme pour dormir. Deux anneaux de fer passés à ses doigts attestent sa pauvreté, son oreille écartée et large son origine prolétaire. Sur les cuisses, on reconnaît un caleçon assez fin ; au con-
Iraire ruHoffc du rosie des vêlcmonls est grossière, déchirée par places, mais elle laisse voir des chairs fermes el polies, des contours d’un réalisme presque embarrassant qui rappelle le modèle dans l’atelier. C’est bien une femme nue qu’on lient sous son regard, et l’on serait exposé à rougir, si la nudité n’avait pour voile tant d’infortune, si l’indiscrétion n’était purifiée par la pitié. L’autre jeune fille n’avait pas encore quatorze ans : elle est tombée sur le ventre, en étendant ses bras comme une protection ou comme un oreiller. Une main crispée atteste la souffrance ; l’autre main lient serré sur le visage un pan de robe ou un mouchoir, comme si elle avait espéré se préserver du souffle méphitique ; ses deux pieds battent l’air, pris dans les [dis de la tunique ; on voit cependant se dégager un soulier de drap brodé, à quartier, déchiré sur un côté.
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Son petit corps si tendre est déjà séduisant ; de beaux reins, des épaules justes et bien prises , une grâce naissante , rappellent la joueuse d’osselets ou la Nymphe à la coquille; la coiiïure est celle des Italiennes de la montagne, une natte ramenée sur le milieu du cr„ne. Ce tableau pathétique est un drame tout entier. Il ne faut songer ni aux momies serrées dans leurs bandelettes et pétries de bitume, ni aux figures de cire imitées avec une odieuse exactitude. C’est un groupe d’un mouvement vrai, d’une expression saisissante ; la nature a été moulée sur le vif, entre l’agonie et la mort ; les attitudes et une naïveté imprévue de composition feraient réfléchir les plus grands artistes.
Ah ! si depuis un siècle les prédécesseurs de M. Fiorelli avaient moulé ainsi tous les cadavres qui se présentaient dans des conditions
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l'avorables, s’ils avaient sondé les cavités cl les avaient remplies de plâtre avant de les détruire, on aurait un musée anthropologique qui révélerait tout ce qu’on souhaite de savoir sur la race, la beauté, le costume, le soi t des habitants de Pompéi..Les circonstances qui ont causé ou accompagné leur mort étant rapprochées, on pourrait reconstituer l’histoire de ce désastre qui a étonné le monde .
Tout n’est pas désespéré : il est encore possible de faire ces études méthodiques , et même dans un sol qui s’y prête mieux que • celui de Pompéi ; j’essayerai de le montrer prochainement.
L’humanité, qui aime à tout simplifier , s’arrête peu devant les catastrophes ; elle les décrit, les classe et n’y songe plus. On s’étonne parfois de l’indifférence des écrivains qui, après avoir raconté les péripéties d’un naufrage et peint vivement le spectacle d’un grand désastre, ne s’inquiètent plus des conséquences. De même à Pompéi nous n’avons d’attention que pour les victimes, sans nous occuper de
ceux qui ont survécu. Les morts obtiennent toute notre pitié ; mais les vivants étaient-ils moins misérables? Que sont devenus tant de milliers de citoyens qui avaient perdu leur fortune, leurs champs, leur maison et jusqu’au sol de leur patrie? J’avoue que cette partie du drame, pour avoir été rejetée dans l’ombre, n’excite pas moins mon intérêt. Mon imagination SC porte au delà des faits mentionnés par les auteurs ; clic cherche quelques points fixes pour rattacher ses hypothèses; elle demande à l’archéologie de suppléer au silence des historiens, car tel est son rôle, et de retrouver les traces d’un passé que les hommes ont effacé de leur mémoire.
Les lettres de Pline le Jeune nous apprennent que son oncle mourut le second jour de l’éruption, que ses compagnons, qui s’étaient enfuis vers Sorrente, ne revinrent que trois
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jours après, cl qu’ils relrouvèrent son corps intact sous uii linceul de cendres. Les phénomènes volcaiii(jues diirèrcnl-ils en effet cinq jours? Cela est probable, surtout au pied même du Vésuve. Nous voyons combien so prolongent certaines éruptions violentes dont les modernes ont été les témoins. Celle de 17 7 9, que sir William Hamilton a décrite dans son bel ouvrage', a été en croissant d’intensité pendant quatre jours. Le docteur Clarke a pu observer une autre éruption du 22 août au 5 septembre 1 7 93. Il faut faire en outre la part des pluies, des émanations sulfureuses, de la stupeur des infortunés qui s’étaient réfugiés sur la montagne, dans les villes voisines et dans les îles, des nouvelles contradictoires répandues par les