I.E soin DE l*ÜMPÉI i
Les preuves de l’aclivité de ees fouilles abondent.
On ne remarque pas assez, lorsqu’on visite Pompéi, que les murs qui séparent certaines chambres des chambres voisines • sont percés d’un trou irrégulier, fait à la hâte, et assez grand pour laisser passer un homme. Afm d’abréger leur travail , les Pompéiens pénétraient ainsi d’une pièce dans une autre; au lieu de déblayer les portes, les corridors, les portiques, pour .
aller d’appartement en appartement, ils faisaient comme les voleurs grecs, qu’on appelait perceurs de murailles (-ror/tof jyoi). A mesure qu’une salle était visitée, ils pratiquaient un trou dans le^mur de la salle contiguë et la dépouillaient à son tour. Les modernes qui fouillent Pompéi savent bien, lorsqu’ils aperçoivent un mur ainsi troué.
LE DRAME l)i: VIÎSUVE
ioc
(ju’ils n’onl rien à espérer en enlevanl les cendres; ils les enlèvent pour suivre le plan tracé, et ne recueillent en efi'et que des débris sans importance. Au contraire, si les murs sont intacts, c’est-à-dire si le propriétaire a péri ou n’a jtas jugé bon de revenir, les découvertes sont presque certaines. Les seules pièces que les propriétaires aient presque toujours négligé de visiter sont les celliers et les cuisines; c’est pourquoi les amphores, les vases de terre cuite, les casseroles, les poêlons, les chaudières de cuivre , dédaignés parce qu’ils avaient peu de valeur, figurent en si grand nombre au musée de Naples. Quant aux lampes d’argile et de bronze, emportées de tous côtés pour conjurer les ténèbres qui
avaient duré plusieurs jours, on savait ne
plus les retrouver à leur place habiluello.
LE SOKï DE POMI’Êl âo7
Au mois de janvier 1870, j’assistais au déblai de plusieurs chambres percées de la sorte. Quoiqu’elles fussent richement décorées, on n’y a rien trouvé, tandis que dans un corridor voisin qui n’avait point attiré l’attention des Pompéiens, parce que d’ordinaire un corridor ne sert que de passage, on a vu reparaître des vases de bronze , des amphores avec des inscriptions, des objets en verre, un sac de monnaies, que le possesseur y avait serrés à la hâte et qu’il n’a jamais pu reprendre, car son squelette a été recueilli dans une autre partie de la maison.
Les modernes se figurent Pompéi enfouie à une profondeur exagérée. Sept mètres .seulement rccouvrcnt le sol antique, et encore, sur ces sept mètres, deux ont-ils été déposés par les éruptions postérieures à l’an 7 9 : donc
LE DKAME ÜL’ VÉSUVE
en l’an 79, cinq mètres de cendres ne ponvaienl suffire poiir cacher aux Pompéiens les emplacements et les détails de leurs habitations, émergeant comme du milieu d’un manteau de neige. Qu’on s’imagine une petite ville de France d’où les habitants ont été chassés par une inondation : les eaux retirées, ils sont revenus, et trouvent tout enseveli sous quinze pieds de sable et de limon. Les l'cz-dechaussée sont invisibles, on se promène à la hauteur des fenêtres du premier étage ; mais aucun habitant n’est embarrassé pour retrouver sa demeure et marquer les yeux fermés les places où il faut creuser pour retirer chaque meuble et chaque objet précieux. La même chose est arrivée à Pompéi ; seulement la pierre ponce et la cendre n’avaient rien gâté, et les remuer était un jeu.
A mesure que les citoyens opulents et les
LE SORT DE POMPÉl S09
marchands avaient reconquis leurs richesses, ils les emportaient ; ils fuyaient celte terre inhospitalière qui ne pouvait ni nourrir ses habitants, ni môme reverdir; ils comptaient sur leur industrie, sur leurs relations commerciales, sur leurs amis, pour s’établir dans les j)ays voisins ; ceux qui vivaient du travail de leurs esclaves les emmenaient avec eux, et savaient qu’ils en tireraient partout un bon revenu. Les pauvres, qui n’avaient ni correspondants, ni amis, ni esclaves, craignaient de s’éloigner; d’ailleurs l’attachement au sol natal est si grand dans tous les temps, qu’on voit les villes détruites par des fléaux constants se relever à la même place. C’est ainsi que Porlici s’étend au-dessus d’Herculanum, et que Torre dell’ Annunziata, onze fois brûlée par les courants de lave, a été onze fois rebâtie ; on y a môme ajouté une poudrière. Un
cerlain nombre de citoyens s’unirent donc pour refaire une autre Poinpéi, profiter des immunités que leur assurait le fisc impérial, et fouiller à l’aise les maisons sans maîtres que l’édit de Titus leur abandonnait. Le municipe possédait plus haut, sur le Vésuve, un territoire que la cendre n’avait point atteint et qu’on pouvait labourer. Protégés par les magistrats romains, aidés par les curateurs que l’empereur avait envoyés, ces Pompéiens fondèrent une nouvelle ville, plus chétive, située au nord de l’ancienne, M. Fiorelli a signalé les ruines de cette quatrième Pompéi ', et M. Ernest Breton nous avertit qu’elles ont
1. Giornale degli Scavi di Pompei, 1861, p. B7. Les trois Pomp^i qui ont précédé sont : 1° la ville des temps antéliistoriqucs que je suppose ensevelie sous les premières éruptions, 2° la ville renversée en 6 3 par un tremblement de terre, 3» la ville qui nous a été conservée par l’éruption de l’an 7 9.
été reconnues entre . fiosco réale et Bosco tre. CaseJ . Il parait, en effet, qu’on a découvert en ce lieu des ruines trop considérables pour être celles d’une villa ; on aurait dit un gros bourg fait à la hâte, avec des matériaux trèsdivers, sans art, à une époque de décadence.
Par un contraste singulier, les objets en marbre et en bronze, les lampes et les ustensiles qu’on recueillait dans le même lieu, avaient une élégance et un style bien supérieurs, qui rappelaient le premier siècle de notre ère. On s’explique cette opposition, si l’on admet que la mauvaise architecture est le fait de pauvres gens qui ont réédifié et entretenu jusqu'au Bas- Empire leur humble cité, et que les belles sculptures, les meubles, les œuvres d’art, provenaient des fouilles de l’ancienne ville.