Fiorelli, Giomak degli Scavi di Pompéi, 186 8, p
fut-il détruit ou enseveli à son tour ? Fut-ce sous Théodoric ou sous JustiDien, pendant des éruptions si violentes qu’on prétendit que les cendres du Vésuve Rvaieni été poHées pat* , le vent jusqti’à Constantinople? Fut-ce en 612, en 686j au x* siècle ou au xi^? car le moyen âge a vu aussi des cataclysmes Volcaniques, et c’est à cette époque que saint Janvier, protecteur de Naples, devint l’objet d’un Culte si fervent ; les Napolitains tremblants ne demandaient qii’à lui seul Icür salut. Un jour, la quatrième Pompéi disparut sans avoir laissé d'autres traces qtie Celles que l’on a récemment constatées; Quant à la ville ensevelie sous Titus, elle fut un peu plus enterrée après chaque convulsion du Vésuve. Comme, d'un autre côté, les paysans du voisinage ne cessaient de démolir tout ce qui sortait du sol pour en tirer des tuiles, des briques, des ma-
LE SORT DE POMPÉl 21S
tériaux faciles à transporter, l’heure vint où l’on ne vit plus qu’un vaste plateau de cendres d’où sortait un pan du théâtre et le sonamiet de l’amphithéâtre. La végétation avait commencé sur ces cendres, fécondées par la chaux et la poussière des ruines : la culture fit le reste. L’ignorance aidant, on ne songea plus qu’une ville découronnée dormait sous les champs de blé, les vignes et les ormeaux.
' Les temples de Pæstum avaient bien été oubliés depuis que l’évêque s’était transporté à Capaccio avec le reste d’une population décimée par la fièvre. Les voyageurs du xviif siècle découvrirent Pæstum aussi sincèrement que les navigateurs découvrent un nouveau monde. Pompéi fut effacée de la mémoire des hommes au point que le nom même de Civüà, par lequel les gens du pays désignaient ce monticule ver-
doyant , n’avait plus de sens pour personne.
En 1 592, l’archilecle Domenico Fontana, qui avait érigé l’obélisque du Vatican et dont on voit le buste sous le porche de l’église de Monte Oliveto, construisait un aqueduc pour conduire l’eau du Sarno jusqu’à Torre dell’ Annunziata. En creusant pour les eaux un chemin souterrain qui existe et sert toujours , il traversa Pompéi depuis l’amphithéâtre jusqu’au forum et au temple de Vénus. Il n’y fit aucune attention, non plus qu’à une inscription qui portait le nom de Venus Pompeiana. En 1 689, Giuseppe Macroni signala quelques traces de constructions, une serrure dévorée par la rouille, une pierre avec le mot de
Pompei. Il en conclut que cette pierre ap-
partenait à quelque monument consacré au grand Pompée. Enfin, en 1 7 4 8, le gouvernement, averti par les découvertes d’un paysan
qui, en creusant un fossé, avait ramassé un Priapc de bronze et un petit trépied, fit entreprendre des fouilles ; l’ingénieur don Rocco Alcubierre et ses contemporains croyaient retrouver Stabies.
Ce fut le 30 mars 1748 qu’Alcubierre fut autorisé par le roi Charles III (don Carlos d’Espagne) à tenter cette exploration. Ilerculanum, connue depuis 17;21, fouillée depuis I 738, avait ouvert tous les yeux. Le roi comptait enrichir plus vite le musée qu’il fondait à Portici, et dont Herculanurn faisait seule les frais. Alcubierre commence aussitôt un journal et met en titre Cava de la Cività, ce qui indique qu’il n’attache pas de sens au mot cività, qu’il le considère comme un nom propre dénué de sens, ainsi que la plupart des noms de localité : autrement, le journal étant rédigé en espagnol, il aurait mis en tète Cava
âl8 LE DRAME DU YÉSUVE
de la Ciudad. Le 1 7 avril, on rencontre dans la me de la Fortune le premier cadavre ; le 6 juillet, on est arrêté par des exhalaisons de gaz acide carbonique; le 25 novembre, on commence à déblayer l’amphithéâtre, qui était apparent et qu’Alcubierre appelle Vamfiteatro de Kstahia. Deux ans après, les travaux sont abandonnés. On lit à la date du 22 septembre 1750 : « J’ai décidé de retirer quelques ouvriers que j’avais à l’Annonciade , parce que depuis longtemps on n’a rien trouvé de substantiel, cota suslancial. » En 1754, (juatre hommes remuent la terre du 9 au 13 novembrCj et sont de nouveau rappelés.
Enfin, le 30 mars 1755, les fouilles reprennent parce qu’un habitant du pays a rencontré une colonne de vert antique ; on s’empare de la place, on cherche et l’on recueille trois colonnes semblables qui sont en-
voyées à Porlici. Ce n'esl que le 27 novembre 17 56 que le nom de Pompéi se glisse pour la première fois sous la plume du rédacteur du journal : Entre los edificios atruymdos de la Pompeana. Enfinj le 20 août 1763, une inscription monumentale apparaît auprès du tombeau de Mammia. Sur un piédestal de travertin, il est déclaré quel* Suédius Clémens a restitué au muuieipe des Pompéiens, reipublicw Pompeianorum, les terrains envahis par les particuliers ; selon toute vraisemblance, ces particuliers étaient les colons envoyés de Rome et établis de ce côté. Dès lors, le doute n’était plus permis.
Le premier effet de cette révélation fut de reporter plus loin la curiosité, je devrais dire l’avidité; on alla interroger le véritable emplacement de Stables. On espéiait y faire une abondante moisson d’objets propres à
llatler les goûts du souverain; on se souciait peu de pénétrer les secrets de l’antiquité, on n’avait ni plan ni méthode, on recouvrait à mesure et parfois l’on détruisait; on ne voulait que des matières rares pour orner le palais, ou des œuvres d’art pour enrichir le musée. Stables déçut cet espoir; on y fit peu de trouvailles, les terres étaient partout cultivées, les expropriations coûtaient trop cher; on reconnaissait non une ville, mais des maisons disséminées qui rappelaient qu’après le siège et les ravages de Sylla, Stables avait cessé d’être une cité pour devenir un bourg, et plus tard un lieu de plaisance. On revint à Pompéi, et le 14 juillet 1764 le journal des fouilles est pour la première fois rédigé en langue italienne, sans que la direction des Italiens fût plus louable que celle des Espagnols. Pendant toute la fin du xviif siècle.
LE SORT DE ROMPÉi ti\
les fouilles furcnl conduites avec si peu de respect pour les monuments, qu’elles ressemblaient à un pillage. On enlevait tout ce qui paraissait digne d’être enlevé , et l’on enfouissait ù mesure une maison dépouillée sous les cendres de la maison voisine qu’on voulait dépouiller. C’est pour cela que les rapports de ceux qui surveillaient les travaux {soprastan/i), contiennent bien plus d’inventaires que de descriptions. Les inventaires étaient une précaution contre leurs agents, une garantie pour eux-mérnes, une sécurité pour le prince qui les employait. On pouvait s’assurer chaque soir que le nombre et la qualité des objets envoyés à Portici s’accordaient avec le nombre et la qualité consignés sur les catalogues manuscrits. Du reste, le récit d’une visite faite à cette époque par un grand personnage, donnera une idée [dus juste de l’état des lieux.
Le 7 avril 1769, l’empereur Joseph II se rendit à Pompéi, accompagné par le roi Ferdinand IV, son beau-père, la reine, le comte de KauniU, le chevalier llamillon, ministre d’Angleterre, l’antiquaire d’Hancarville l’ingénieur F. de La Vega, etc... On débuta par la caserne des gladiateurs, dont le périmètre intérieur seul avait été déblayé. L’empereur s’étonna qu’on eût laissé l’espace intermédiaire enseveli sous une montagne de cendres. La Vega lui lit remarquer que les travaux étaient assez récents, parce que là jadis s’élevait un bois touffu qu’il avait fallu abattre. On passa ensuite dans une maison dont on avait dégagé quatre chambres; comme ces chambres avec leurs peintures
1. C'esl celui qui a publié les Vases d'/Iamilton. La Vega estropie sou nom et l'appelle d’Ancrcvil.
LE SORT DE PüMPÉI ïiS
étaient intactes, on s’était arrêté à deux palmes (27 centimètres) au-dessus du sol, ce que l’on fait toujours à Naples lorsqu’on prévoit l’arrivée de quelques personnes de distinction.
Dès que l’empereur parut, des ouvriers enlevèrent rapidement ce qui restait de pierres ponces, et l’on recueillit une feuille d’argent avec des figures en léger relief, des vases de bronze, un moule pour la pâtisserie, cinq gonds, une serrure, neuf monnaies, une clé, un morceau de tuyau de plomb, un vase de verre dont le bord seul était brisé, deux boutons de verre, cinq morceaux de flûte (lisez cinq charnières), une plaque d’ivoire sur laquelle était gravé un ornement, deux plats en terre, une lampe, une tête de Jupiter en terre cuite, quelques débris de talc (c’étaient les vitres du X' temps), d’autres objets d’importance moindre encore, qui sont mentionnés dans l’inventaire
2ii LE DRAME DU VÉSUVE
du 7 avril'. L’empereur doutait; il croyait qu’on lui avait préparé cette surprise , son expérience lui rappelait qu’on trompe d’autant plus volontiers tes souverains que c’est pour^ leur plaire; il fallut lui prouver par la situation des objets, la qualité des terrains, la relation des trouvailles faites journellement, qu’on n’avait point a flatté sa fortune » {adulare l a fortuna). En effet, dans les deux chambres suivantes, on ne trouva qu’un squelette et deux monnaies. De là on passa au théâtre, dont une partie de la scène était seule visible ; l’épaisseur des cendres qui remplissait tout le reste était telle, que Joseph 1 1 ne put s’empêcher de demander combien d’ouvriers étaient employés, et de s’écrier, en entendant qu’ils étaient trente, qu’il faudrait employer
l’umpeianarum anliiittilalum hisloria, t. I, |). 228.
LE SOKT ItE PüMI'Èl iS'l
liois mille. Celle crilique étail jusle, car le
roi des Deux-Siciles ne dépensail guère que
Sou 10,000 livres par an pour les villes du
Vésuve. L'Odéon, à peine reconnaissable, le
Icinple d’isis, donnèrenl lieu aux mêmes re-
grels, el l’empereur ne cessa de presser le
roi de prendre plus d’inlérél à de lels Ira-
vaux; ses iuslances devinrenl presque de
l’iiidignalion quand, à la porte de la ville, La
Vega lui monlra le plan des édifices qu’on
avait explorés, puis recouverts. Ferdinand IV
répondit que cela s’élail fait sous le règne
de son auguste père, et l’ingénieur vint au
secours du roi en assurant que l’on avait agi
avccc..lte négligence tant qu’on ignorait quelle
ville on dépouillait, mais que depuis six ans l’on
savait avec certitude que c’était Pompéi, et
que dès lors les monuments découverts avaient
été respectés el demeuraient accessibles.
is
t!G I.E DHAME DU VESUVE
Malgré ces belles prolcslations, la direction des fouilles ne fut guère plus intelligente ni l’argent plus abundaiit tant que les BourJjons régnèrent à Naples. Cependant le goût de l'archéologie faisait des progrès dans le reste de l’Europe. Pour éviter les critiques des étrangers, on tenait à un secret tigoureux, on écartait les visiteurs ; les plus influents ne pénétraient que par foree, les plus riches qu’en se soumettant à de singulières exactions. Le spectacle qu’ils avaient alors sous les yeux récompensait mal leurs efforts ; au milieu de tranchées mesquines et de ruines non entretenues erraient languissamment des condamnés enchaînés deux par deux et quelques e.«claves mahométans pris aux Barbaresques. Il fallut une révolution et la présence des Français pour imprimer aux recherches une marche plus active. La France,
LE SORT DE POMPÉI tu
partout où elle a porté ses armes, a porté aussi, comme excuse, l’amour des arts et de l’antiquité. Ses savants, les pruiiiiers, avaient tiré ritgypte de son linceul ; ils devaient accompagner un jour nos armées en Grèce, en Afrique, en Syrie ; ils donnèrent alors aux Italiens eux-mêmes l’exemple du zèle et de la méthode. De même qu’à Rome les fouilles les plus considérables avaient été entreprises par les généraux ou' les préfets français, de même la résurrection véritable de Pompéi date de l’occupation française ' . Le général Championnet, lorsqu’il vint fonder la république parthénopéenne, songea aussitôt à Pompéi. Par son ordre furent déblayées les deux maisons auxquelles un a donné son nom.
1. Voyez, sur ce sujet, le témoignage non suspect d'un Anglais, M. Dyer. (Pompéi, p. 50.)
LE SOKT DE l'OMl'Él Ï49
activité tout en vendant une paitie des terrains achetés par Murat; mais à partir de 1819 cette activité se ralentit, et souvent, faute de fonds, les recherches furent suspendues. Sous les règnes de François I®'' et de Ferdinand II, on avança lentement ; les visites des princes étrangers étaient le principal stimulant. On tenait toujours quelque maison aux trois quarts déblayée pour enlever devant eux la dernière couche, celle qut élani plus près du sol, promettait le plus de découvertes. Enfin en 1860 les fouilles de Ponrpéi entrèrent avec M. Fiorelli dans une phase nouvelle. Que le gouvernement italien, désirant frapper les esprits, ait fait un sacrifice et donné les subventions nécessaires pour employer tout à coup près de cinq cents o-vriei's, cela n’a rien de sur prenant, sans être pour cela moins loua-