‹ Le Drame du VésuveChapitre 25 sur 52 · Voyez le chüpiirc ni · texte numérisé non relu

Voyez le chüpiirc ni

Il F.RCIII.ANI :M «71

leurs eaux dans la vallée. A mesure que la fange se déposait dans les rues , dans les cours, dans les chambres , le niveau de l’eau montait, de nouveaux dépôts s’accumulaient, les cendres qui tombaient du ciel à flots pressés se mouillaient aussitôt et grossissaient les atterrissements. C’est ainsi qu’en quelques jours , en quelques heures peut-être , une cité florissante se trouva plongée sous une épaisseur de 20 mètres de boue. Les habitants qui ne s’étaient pas enfuis à temps furent noyés. En vain ils montèrent au premier étage, puis au second, puis sur les terrasses ou les toits : il fallut périr, ils durent laisser dans cette cendre liquide l’empreinte de leurs cadavres.

Quand les eaux se furent écoulées , on ne vit plus qu’un monticule grisâtre , raviné à la surface par les petits ruisseaux

qui avaient tari les derniers. Rien n’émergeait plus, ni le fronton des temples, ni les murs du théâtre, ni le faîte de.s édifices les plus élevés. Sous une carapace qui allait chaque jour se tasser et durcir, Herculanum était bien autrement ensevelie que ne l’était Pompéi. Ce n’étaient pas 15 pieds de pierres ponces qui remplissaient le rezde-chaussée et le premier étage des maisons jusqu’aux fenêtres, e’étaienl 70 et 80 pieds de matière compacte qui cachaient même l’emplacement de la ville. Les habitants qui n’avaient pas succombé durent revenir plus tard , comme ceux de Porapéi ; moins heureux, ils ne purent rechercher leurs demeures , qu’aucun indice ne leur signalait, et qu’il leur paraissait impossible d’atteindre à des profondeurs inconnues. On croit avoir remarqué des traces de fouilles

HERCII.ANI’M

i7rt

laites hors de la ville , au-dessus de la riche villa où les modernes ont recueilli papyrus ; mais les propriétaires ne creusèrent pas assez bas, leur tentative fut vaine : les richesses, d’art qu’on a trouvées il y a cent ans et qu’ils n’auraient pas manqué de reprendre en sont la preuve; on les connaîtra tout à l’heure. Il est probable ([UC le principal obstacle aux fouilles, ce fut, après la profondeur, l’humidité d’un sol d’alluvioii où tout travail devenait bientôt impraticable.

Mais après seize siècles l’humidité s’est évaporée, et les laves baveuses sont aujourd’hui assez compactes et assez résistantes pour qu’on puisse les creuser dans tous les sens. La surface a été rendue à la culture, des maisons s’y sont construites, Por-

tici et Rétina sont peuplées et florissantes.

i-4 LK DHAMK DU VKSliVE

De nouvelles éruptions ont jeté un linceul plus épais sur Ilerculanum, qui semblait à jamais effacée du monde, lorsqu’on 1G84 un boulanger , faisant creuser un puits , tomba sur des ruines antiques; c’claient colles du théâtre, où l’on montre toujours le puits de 1G84. En 17!20, Emmanuel de Lorraine, prince d'Elbcnf, qui était venu à Naples comme général dans l’armée impériale et avait épousé la fille d’un grand seigneur napolitain , voulut bâtir une villa ® à Porlici. Il acheta le terrain du 'boulanger, lit oxploiler le sol par son architecte Giuseppe Standardo, on tira des marbres, des statues ',

1. l’anni ces statues, je signalerai celles qui sont aujourd'hui au musée de Dresde. Le vice-roi de Naples, Charles Üorromée, les avait réclaméos et envoyées en présent au prince Kugène; Victoire de Savoie, nièce et héritière du prince Kiigène, les vendit à Auguste lll, roi de Pologne et éloeteur do Saxo en 17 30. Winckehnann y vou-

vingt-quatre colonnes de jaune antique qu’on prétendait entourer un temple circulaire d’IIcrcule. Ce travail de mineur, conduit par des boyaux qui contournaient les monuments et y pénétraient, aurait été, sinon impossible dans la lave véritable, du moins tellement dispendieux, qu’un particulier n’en aurait pas supporté le fardeau. Dans la cendre, au contraire, ce n’était qu’un jeu ; à mesure qu’un corridor devenait inutile, on le rebouchait avec les cendres extraites du corridor qu’on creusait à côté et qu’on poussait dans une autre direction.

En 1736, don Carlos, devenu roi desDcnx- Siciles, désira construire à son tour un eliâteau à Portici. Le prince d’Elbcuf lui céda son terrain, où les fouilles, je devrais dire les

laii recoiinallrc des vestales : elles se rapprochent plutôt des tilles do Balbus qui sont au musée de Naples, et qui ont été trouvées dans le mémo endroit.

i7li U; ItKAME DU VÉSUVE

dévastations, furent reprises avec une activité d'autant plus grande que le roi voulait former un musée dans son palais. Non-seulement on détacha les marbres et les pierres des revêtements, non-seulement on enleva les colonnes qui soutenaient les portiques, mais on ruina les enduits de stuc pour emporter les peintures et les ornements qui les décoraient. Prè.s de sept cents morceaux furent réunis à Portici, et l’on peut croire qu’on en a gâté autant sans réussir dans cette opération difficile. Ce qui excitait surtout la convoitise, c’étaient les belles statues de bronze qu’on découvrait intactes. Aussi l’académie d’Ilerculanum, fondée par le roi en 1753 et dont les membres se réunissaient chez le marquis Taiiucci , appliquait-elle tous ses soins à la publication des monuments figurés, sans songer ni à conserver ni à décrire les monuments d’architecture que

HERCULANIÎM

les ouvriers ravageaient dans leur travail souterrain. Les premières plaintes vinrent des habitants de Portiei, qui sentaient le sol miné sous leurs pieds et craignaient les éboulements. On fit droit à leurs réclamations. L’ingénieur suisse Cari Weber, qui remplaça l’Espagnol don Rocca Alcubierre, laissa de distance en distance des piliers qui consolidaient ces sortes de carrières pendant qu’on les exploitait; dès qu’elles semblaient épuisées, on les remplissait.

Il parait toutefois que Cari Weber prenait note des découvertes et les consignait sur un plan. Ce plan, dont l’étendue n’a jamais dù être considérable, a été perdu, et la topographie d’Herculanum est restée un mystère. Les publications du graveur Cochin et de l’architecte Bellicard, de Lalande, de Requier, de Rornanelli, du marquis Venuti, et même celles de Winckehnanii, sont pleines d’incertitudes

OU de coiilradictions. üii prélendail, pour mesurer la grandeur de la ville, avoir compté cinq cents pas sur le rivage entre Rétina cl l'ortici. On avait reconnu une vallée au delà du théâtre, une grande rue décorée de portiques qui reliait le théâtre à la ville, une hasiliquc, un forum, des temples, une voie extérieure bordée de tombeaux ; mais la manière dont les fouilles étaient conduites nous est un témoignage d’abord que les études topographiques, s’il eu a été fait, étaient fort incomplètes, ensuite ([u’il reste encore bien des richesses enfouies a côté desquelles on a passé, entin qu’un seul quartier de la ville, deux tout au plus, ont été explorés.

La moisson sera donc encore belle lorsque lies explorations régulières, à ciel ouvert , pourront être culrc[)rises. On a commence en i828, sous le règne de François

IIEHCULAMJM

un

à 200 pas au sud-ouest du théâtre. De ce côté, qui jadis était voisin de la mer, et à l’extrémité de la ville, on n’a rencontré que 1 1 mètres de cendres; l’on a déblayé une rue qui conduisait du théâtre au port, les maisons qui bordaient cette rue, et notamment la maison d’Argus, où le premier étage était conservé avec ses charpentes consumées et noircies par le temps, avec ses vingt et une chambres, éclairées chacune par une fenêtre ', avec des provisions de comestibles , noisettes , noix , dattes, amandes, figues, froment, lentilles, fèves, riz, miel dans un vase de verre, sans oublier les bijoux, le linge, les ustensiles, etc. On n’a pas su consolider l’étage supérieur , comme on le ferait aujourd’hui, et il a été dé-

I. Voyez Beclii, l. VIII du J/useo Borbonico, et Fiiuili, Manuel pour llerculanum, Poinpéi et ii/((6ies,Niiplcs, 1844.

inoli pour prévenir un éboulement ; mais il n’en est pas moins acquis qu’en s’avançant vers l’intérieur du lumulus et eu soutenant les étages supérieurs avant de déblayer les étages inférieurs, on peut faire reparaître dans leur intégrité les demeures des anciens habitants d’Herculanuin. Quant aux richesses d’art qu’elles contieimeiit, on peut les calculer d’après le nombre d’objets précieux recueillis dans une seule villa.

Ce fut de 1 7 30 à 1 7 GO que le roi Charles 111, averti par un particulier qui creusait un puits, lit dépouiller et combler de nouveau cette maison de campagne, dont Winckelmann a décrit une partie On y a trouvé de beaux candélabres, des vases et des meubles en bronze, un lit cl un double siège (hisellium), une bi-

Page 1