‹ Le Drame du VésuveChapitre 35 sur 52 · IMinc, XXV lit · texte numérisé non relu

IMinc, XXV lit

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était alors leur patron, comme saint Joseph est leur patron aujourd’hui. Quatre hommes .

élancés, vigoureux, en tunique, les jambes nues, portent en procession sur des planches une petite chapelle en roseau, ornée de fleurs, de festons et de petits vases de toute sorte, coupes, lécythes, œnoclioés, etc. Dans le premier compartiment est une statuette de Dé> dale, pensif, un doigt sur la bouche, contemplant le cadavre de Talos, .son neveu, qu’il a tué en lui enfonçant un clou dans la tête.

Sur le deuxième compartiment, deux statuettes de scieurs de long, quL&c]ent ; derrière eux un enfant epû, pabote ; l’invention de la scie et du rabot était attribuée à Dédale.

Une peinture de plus petite dimension nous montre deux petits génies ailés, personnitication du travail et de l’industrie du menuisier. L’un est assis à terre, l’autre debout, et ils s’ap-

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pliqiicnl d’un commun effort à équarrir avec une scie, un panneau de bois assujetti sur l’établi. Du reste l’établi, la scie, le maillet, le fer courbé ou valet qui assujettit la planche sur l’établi, tout est tellement semblable aux instruments et au matériel de nos jours, qu’on est humilié de reconnaître combien les modernes ont peu inventé dans ce genre d’industrie.

De môme que les Grecs et les Romains avaient attaché à cliaque divinité des génies qui portaient leurs attributs ou leurs armes, de même ils ont personnifié par des génies ailés diverses branches du travail et divers métiers.

Nous avons déjà cité les génies cordonniers, menuisiers; d’autres peintures de Pompéi nous font voir les génies du moulin, les géniesj^lu pressoir. F.orsqu’on songe aux horreurs d’un pistrinim, c’est-à-dire du lieu où le blé était réduit en farine, [mis en pâte, avant

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de passer au fmir, lorsqu’on se figure les malheureux esclaves tournant la meule sous le fouet, les yeux bandés ou les yeux perdus (le fumée, ruisselant de sueur à la clarté d’une lampe, travaillant la nuit, les entraves aux pieds, on admire comment la mythologie et l’art ont pu déguiser tant de misères sous tant de charmes. La scène inventée par l’artiste est le moment du repos. Ce ne sont plus des esclaves, ce sont de jolis petits ânes qui ont tourné la vaste meule ; les génies viennent de les dételer, ils les caressent, ils leur passent au cou des guirlandes de feuillage pour écarter les mouches ;eux-mèmes, étendus sur l’herbe, prennent leur repas, se divertissent, jusqu’à ce que l’heure de retourner au travail soit arrivée. Eros et Psyché les regardent et semblent tirer de ce spectacle des réflexions philosophiques.

La scène du pressoir offre quelques détails qui ne sont pas sans intérêt. Entre d’énormes poteaux dressés en terre, sont assujettis des rangs de madriers, séparés par des planches horizontales très-épaisses. Ces madriers pèsent sur une corbeille pleine de raisins; le jus s’échappe à flots, tombe dans un large conduit en métal cl do là dans une cuve. Deux génies ailés enfoncent dos coins pour augmenter la pression : un troisième, armé d'un pilon, écrase des raisins dans un vase placé sur un fourneau. Prépare-t-il du vin cuit ? ou n’écrase-l-il le raisin et ne le fait-il chauffer que pour obtenir une fermentation plus rapide ?

Voilà ce que je ne saurais dire : peut-être làbrique-l-il simplement du raisiné.

L industrie la plus flatteuse et le plus souvent choisie par les artistes de Pompéi est celle des fleurs. Le goût des fleurs et l’art de les

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mêler aux cérémonies, aux fêles religieuses ou domestiques, aux festins, avaient appartenu par excellence à la Grèce. Le nom d’Athènes, selon la naïve étymologie des paysans de l’Attique, viendrait de âvOo;, fleur. L’Atlique, en effet, malgré son aridité apparente, a une flore très-riche, que la nature renouvelle à chaque saison, aussi généreusement que dans les montagnes verdoyantes et les vallées fertiles de la Grèce ou de l’Asie-Mineure.

Dès le mois de février, les anémones aux couleurs variées, les narcisses aux grappes odorantes, les cyclamens serrés dans les fentes des rochers commencent à fleurir. Le printemps finit quand le nôtre commence et une autre série de fleurs plus robustes résiste mieux à la sécheresse et au soleil. Les orchidées, les bruyères blanches, les iris, les pensées couvrent les montagnes, les aspho-

dèlcs et les ornithogales tapissent les plaines. Plus tard, les lauriers roses qui remplissent les ravins et les torrents, les agnus-castus, les myrtes, le romarin, le thym et d’autres plantes aromatiques bravent les ardeurs de l’dlé ; les baigneurs du mois d’août trouvent la plage de Phalère toute blanche de lis sauvages qui s’épanouissent au milieu du sable et des coquillages rejetés par la mer. Il faut avoir vécu longtemps en Grèce et en intimité constante avec la nature, pour comprendre le charme de celle flore que les Grecs avaient divinisée et dont ils s’enivraient. J’omels tout ce que la main des hommes avait apporté des pays lointains, cultivé, répandu dans les jardins; j’omels ces branchages poétiques qui conlribuaienl, autant que les fleurs, à décorer les temples, les colonnades, les maisons, le front des vainqueurs ou des convives.

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On conçoit l’importance du commerce des fleurs avec de tels goûts : les Italiens et les Osques de Pompéi avaient pris aux Grecs ces habitudes et cette passion. Rien n’est plus gracieux que les peintures retraçant les travaux des petits génies qui figurent le commerce des fleurs La grande table, couverte de feuilles et de fleurs, les corbeilles qu’ils apportent , qu’ils vident , qu’ils emplissent, les guirlandes suspendues à des traverses qui touchent le plafond, les bandelettes autour desquelles s’ajustent les tresses, tout nous rappelle Glycère, la belle bouquetière de Sicyone qu’aimait le peintre Pausias, dont Pau- , sias copiait les œuvres tant elle savait habile-

1. On peut comparer aux pcinlurcs les sarcophages romains où sont sculptées des scènes du même genre Gori. Inscr. Elrur., III, 9, et Columb.,'p. XI, vignette).

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ment disirilmer les nuances et composer ses bouquets. Les plus spirituelles représentations, dans ce genre, se trouvent dans quatre compartiments décoratifs d’une chambre sépulcrale que Santi Bartoli a dessinés. Des enfants cueillent des fleurs, remplissent leurs corbeilles, les portent sur leurs épaules, attachées en équilibre sur un bâton. On remarquera surtout le petit marchand qui se promène tout nu, portant, comme au bout d’une ligne, cette série de guirlandes suspendues qui rappellent les cordes d’une harpe. Nos marchands de lacets ambulants n’ont point un autre système de suspension.

Enfin les peintres anciens, après avoir représenté diverses industries, devaient représenter aussi les détails de leur art : c’est ce qui nous touche le plus. Jahn ’ a réuni sur la

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