‹ Le Drame du VésuveChapitre 46 sur 52 · Pn])m<F, Taberiiœ l'inanVr · texte numérisé non relu

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n’ont conservé le plus souvent que leurs murs dans un état parfait de nudité. Il faut un peu de réflexion pour concevoir que même aujourd’hui, dans le raidi de l’Eur.ope, l’ameublement des magasins est plus que simple. Un comptoir de bois, une chaise et un escabeau en font les frais. Les denrées délicates, les dro-

gués, les couleurs sont dans des vases de ^ terre cuite ou de verre. Le pain, la viande, la charcuterie sont fixés par des crochets à de pe- 1 tiles planches mobiles qu’on suspend le matin en dehors de la boutique et qu’on retire le soir.; Les paniers, les corbeilles de jonc tressé, jouent aussi un grand rôle dans les boutiques de Naples. Tout cela a dû exister à Pornpéi, mais a été condamné, par la matière même, à périr promptement sans laisser de traces.

Les industries de luxe avaient des coffres, des armoires où l’on serrait les étoffes, les mé-

taux précieux, etc. Les habitants de Pompéi, lorsqu’ils sont venus fouiller les cendres sur l’emplacement de leurs maisons, dont les terrasses et les toits sortaient du sol, ont emporté surtout ce genre de richesse, aussi bien que les tableaux, les niosaïques mobiles, l’ivoire, les stalueltes. Ils n’ont recherché ni le savon, ni . les couleurs au fond de la cuve, ni les pains desséchés dans le four, ni les légumes pourris dans le wllier. En un mot, ils nous ont laissé ce qui était peu digne de coûteuses recherches ; ils ont retiré tout ce qui avait plus de valeur. Si quelques boutiques ont été négligées, c’est que leurs propriétaires étaient morts, soit asphyxiés sur place, soit foudroyés dans leur fuite par le gaz acide carbonique qui s’échappait du sol. C’est ainsi que dans une boutique attenant à la maison du poète tra- ' gique, on a recueilli deux colliers d’or, des

bracelets, quatre boucles d’oreilles, des anneaux pesants, et des squelettes. Ëvidemment ces malheureux avaient rassemblé leurs bijoux

pour les emporter : mais nous ne sommes pas

dans la boutique d’un joaillier, qui serait ou ^mieux garnie ou absolument dégarnie.

Enfin , pour compléter l’aspect des rues ^ commerçantes, il faut se figurer les auvents, les branchages de laurier, de chêne vert et d’oranger, les guirlandes mêlées de fleurs Les boutiques de Porlici et de Résina, surtout celles des marchands de fruits, sont encore ornées de cette Jaçon. Il faut imaginer les toiles tendues d’un côté de la rue à l’autre, les peintures qui brillaient partout et qui égayaient le fond même des petites boutiques, toute la menuiserie extérieure rehaussée des tons les plus

iT L’iipmtiavii des anciens, figurée sur les monnaies d’A ihènes.

LKS BOUTIQUES DE POMPEl .U'.

vifs ; les comptoirs en plein vent des marchands d’eau à Naples {aquaiolî) en conser- . vent la tradition. Il faut ajouter, pour l’éclat du coup d’œil, les étalages faits à la porte et jusqu’en pleine rue, comme à Séville, comme à Gênes, et surtout comme au Caire et à Tunis; les étoffes brillantes, la gaze transparente, les tapis, les armes, etc., suspendus sous la main des passants. Les rues marchandes sont un mélange d’obscurité et de fraîebeur, de mollesse et d’activité. De toutes parts les eaux des petites fontaines courent le long des ruisseaux à la pente rapide. Les marchands sont assis sur le seuil ; les femmes, les oisifs, les esclaves causent avec eux ; les costumes eux-mêmes sont variés : l’Alexandrin et l'Africain se mêlent aux Osques et aux Latins ; les esclaves syriens coudoient les esclaves grecs. A travei s les portes des maisons qu’une grille

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légère ferme seule pendant le jour, on voit les atria, avec leurs colonnes frappées obliquement par le soleil, le jet d’eau babillard, les fleurs qui croissent auprès de la table de marbre, le chien qui sommeille. Pompéi me reporte malgré moi en Orient, pendant les ardeurs de l’été. J’y retrouve les mêmes oppositions d’ombre et de lumière; la vie m’y apparaît avec les impressions si diverses du commerce et de l’indolence, de la chaleur et des précautions pour l’adoucir, du luxe et de la simplicité. Le soleil, la beauté, la couleur rehaussent les détails vulgaires : les bazars de l’Orient en sont, j’en suis sùr, l’image la plus juste et la véritable tradition.

Il résulte des observations qui précèdent que deux choses sont également difficiles à deviner, d’abord quel était le nom du propriétaire ou du locataire de la boutique, ensuite quelle était

son industrie. Heureusement, il y a des exceptions. Par exemple, à l’angle de la voie Slalienne et en face de la maison de M. Epidius Sabinus, on a déblayé le 9 décembre 1853 ', une boutique qui contenait divers objets, deux sonnettes, un anneau d’argent, une garniture de meubles incrustée d’argent et gravée, un vase de bronze, quelques terres cuites et une lampe à deux becs ; une des chaînes qui servaient à suspendre celte lampe portant sur une [ilaque l’inscription suivante : divki

piiocvLi. Quelle ciail la nature du commerce de Junius l’roculus? rien ne le laisse soupçonner.

fl n’en est pas de même de la boutique de Nonius Campanus, située à l’angle de la rue des Thermes, pavée de briqués et de

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