‹ Le Drame du VésuveChapitre 5 sur 52 · I . L’om;)(cs rendus de l’Académie des Sciences, mime · texte numérisé non relu

I . L’om;)(cs rendus de l’Académie des Sciences, mime

année.

LGS TËMUINS

lit

lies coulées sur les lianes de la luunlagnc [(araîl d’autant moins qu’elle s’engouffre dans les anciennes fissures rouvertes par les tremblements de terre ; dans certaines éruptions la lave coule sur la face du sol, comble les ravins , ol pousse jusqu’à la mer.

10“ Los soulèvements de certaines parties de la montagne ou de la côte, produits par les laves nouvelles qui so perdent sous les vieilles laves refroidies, les réchauffent et les dilatent. En 1861, M. Charles Sainte- Claire Deville a remarqué que le rivage s’était relevé de 1 mètre à 1 mètre 50, tandis qu’il cherchait en vain sur le Vésuve les coulées de lave qui auraient dû être énormes, mais qui disparaissaient dans les anciennes fissures.

Tels sont les phénomènes principaux qui

lit LE DRAME DU VÉSUVE

signalent une éruption. Ces phénomènes sont ou siinultaiiés ou prédominant tour à tour; ils sont supprimés parfois, mais il faut les avoir tous présents à la mémoire pour lire avec fruit les descriptions des anciens, qui seraient sans cela pleines de confusion.

Nous nous mettrons d’abord en observation le plus loin pos.sible du Vésuve; nous imiterons Pline le Jeune, qui est resté à Misène, avant dé suivre à Uélina et à Slabics Pline l’Ancien, qui devait y trouver la mort. Nommé préfet de la flotte par Vespasien, Pline l’Ancien, grand compilateur et bon fonctionnaire, avait conservé son commandement sous Titus, il avait appelé auprès de lui sa sœur Plmia, dont le fils , Plinius Cœdlius Secundus , jeune homme de dix-huit ans, prudent, ré-

LES TÉMOINS

fléchi , donnait les plus belles espérances .

Il était une heure de l’après-midi, la chaleur de la canicule n’avait rien perdu de sa force. Le préfet de la flotte s’était jeté sur son lit et lisait, lorsque sa sœur vint l’avertir qu’on voyait une nuée d’une grandeur et d’une forme extraordinaires.

Pline SC chaussa et monta sur un lieu d’où le regard embrassait tout le pays. La nuée s’élançait d’une montagne que l’on ne pouvait distinguer au fond du golfe; on ne sut que plus tard que c’était le Vésuve.

Poussée par un souffle puissant, elle s’élancait, puis s’arrêtait, s’étendait, retombait par son propre poids : on eût dit un pin parasol dont le tronc porte jusqu’au ciel une couronne de branches qui se ramifient de toutes parts. Le nuage paraissait tantôt blanc (c’était la vapeur d’eau), tantôt sale

lU LE DRAME DE VÉSUVE

( c’étaient les cendres ) , tantôt marqué de taches ( c’étaient les scories et les pierres ponces ).

Pline l’Ancien s’embarque pour aller observer ce prodige; il propose à son neveu de l’accompagner; celui-ci refuse, préférant étudier et achever un devoir que luiméme lui a donné. Le jeune homme reste donc à Misène, et le soir venu, sans plus s’émouvoir d’un phénomène lointain , il prend un bain, soupe, se couche. De légères agitations du sol troublent d’abord son sommeil. Bientôt sa mère se précipite dans sa chambre au moment où il se levait luimême; la violence des secousses lui faisait croire que la maison allait s’écrouler. Ils vont tous deux s’asseoir dans un espace étroit qui s’étendait entre l’habitation et la mer; Pline demande un volume de Tite-

LES TÉMOINS

Live et se remet à en faire des extraits, constance d’âme un peu affectée, mais prgpre à rassurer la population qui l’entourait. 11 était déjà sept heures, et c’était à peine si le jour paraissait, pâle et douteux. * Les secousses redoublant de force, il faut s’éloigner des lieux habités, gagner la rase campagne; une foule éperdue se précipite aussitôt derrière eux.

On s’arrête hors de la ville, et là s’offrent de nouveaux sujets de terreur. Les voitures qu’on avait emmenées ne pouvaient rester en place, même calées par de grosses pierres. La mer semblait se renverser sur elle-même, comme refoulée loin du rivage; on voyait en effet une quantité de poissons à sec. Du côté de la terre ferme, au contraire, une nuée noire, horrible, était traversée par des traits de feu ;

011 eût dit des éclairs, « mais plus fréquents que ceux d’un orage et prolongeant plus loin des sillons de flamme plus grands. » On sera frappé de la justesse de celte dernière observation, si l’on se souvient de ce que nous avons dit tout à l’heure de l’électricité développée par une éruption et des vapeurs qui l’accompagnent.

Peu à peu, la nue qui planait sur la montagne descendit, couvrit la terre et la mer, enveloppa Caprée et le promontoire de Misène. La cendre tomba bientôt, en très-petite quantité il est vrai, et força les fugitifs à reprendre leur marche. Pline se retournait de temps en temps, croyant voir une épaisse fumée se répandre comme un torrent et le poursuivre. En effet, il se trouvait avec sa mère en dehors du grand ghemin, qu’ils avaient quitté de peur- d’être

LES TÉMOINS HT

écrasés par une multitude que la terreur rendait folle. Les ténèbres devinrent telles qu’il fallut s’arrêter et s’asseoir; ces ténèbres ressemblaient non pas à une nuit sans lune, mais à l’obscurité d’une chambre hermétiquement close, où toutes les lumières auraient été éteintes. Les gémissements des femmes, les pleurs des enfants, les cris des hommes qui s’appelaient sans se voir, les prières adressées aux dieux, complétaient cette scène lugubre. Tout à coup une lueur éclata; elle annonçait non le jour, mais l’approche du feu , qui pourtant , ajoute Pline, s’arrêta loin de nous.

Il est évident que le jeune Pline a été trompé par des phénomènes d’optique tout à fait nouveaux et pour sa vue et pour le raisonnement, qui complète ou redresse instantanément chez l’homme les perceptions

118 LE DRAME DU VESl'VE

de la vue. Ce feu dont il parle est au sommet du Vésuve, ‘et ne lui paraît proche que par sa grandeur et sa rapidité à se développer sur une vaste étendue; c’est l’effet de la fantasmagorie, qui fait' paraître un objet lumineux plus rapproché de nous à mesure qu’il est agrandi par un verre grossissant. L’éruption étant entrée dans une phase nouvelle, la pluie de cendres cessa quelque temps, la cime du Vésuve se dégagea, et l’on vit tout à coup cet embrasement, qui pouvait avoir de'ux causes :

ou bien la vapeur d’eau avait formé d’immenses nuages et la réverbération de la lave incandescente qui remplissait le cratère colorait ces nuages, ou bien il y avait eu une émission de gaz inflammables qui s’étaient frayé un chemin à leur tour, et qui, au contact de l’air, prenaient feu et éclairaient le ciel .

Digifized by Googte

LES TÉMOINS

La journée s’avançait; après un intervalle, les ténèbres se reformèrent, et la pluie de cendres recommença si drue et si lourde, qu’elle charj^eait les vêtements, forçant les gens assis à se lever et à se secouer de temps en temps ; autrement ils auraient été ensevelis et comme écrasés sous le poids La cendre volcanique, en effe^ est plus pesante que la cendre ordinaire , parce qu’elle contient une grande quantité de tuf pulvérisé; Quant à la partie la plus légère, elle fut emportée jusqu’à Rome; Dion Cassius et d’autres historiens l’attestent, et ils ajoutent que le ciel s’obscurcit et que l’on se crut à la fin du monde. Rome n’est pas assez éloignée du Vésuve, à vol d’oiseau, pour que le fait

Page 1