‹ Le drame du Vésuve par m. BeuléChapitre 15 sur 34 · Fiorelli, Giornale degïî Scavi di Pompéi · texte numérisé non relu

Fiorelli, Giornale degïî Scavi di Pompéi

fut-il détruit ou enseveli à son touï* ? Fut,-ce sous Théodorio ou sous Justinien, pendant des éruptions si violentes qu’on prétendit que les cendres du Vésuve avaient été portées par le vent jusqu’à Constantinople? Fut-ce en 612, en 688, au x® siècle ou au xi®? car le moyen âge a vu aussi des cataclysmes volcaniques, et c’est à cette époque que saint Janvier, protecteur de Naples, devint l’objet d’un culte si fervent ; les Napolitains tremblants ne demandaient qu’à lui seul leur salut. Un jour, la quatrième Pompéi disparut sans avoir laissé d’autres traces que . celles que l’on a récemment constatées. Quant à la ville ensevelie sous Titus, elle fut un peu plus enterrée après chaque convulsion du Vésuve\ Comme, d’un autre côté, les paysans du voisinage ne cessaient de démolir tout ce qui sortait du sol pour en tirer des tuiles, des briques, des ma-

LE SORT DE POHPÉI SIS

tériaux faciles à transporter, l’heure vint où l’on ne vit plus qu’un vaste plateau de cendres d’où sortait un pan du théâtre et le sommet de l’amphithéâtre. La végétation avait

commencé sur ces cendres, fécondées par la chaux et la poussière des ruines : la culture fit le reste. L’ignorance aidant, on ne songea plus qu’une ville découronnée dormait sous les champs de blé, les vignes et les ormeaux. Les temples de Pæstum avaient bien été oubliés depuis que l’évêque s’était transporté à Capaccio avec le reste d’une population décimée par la fièvre. Les voyageurs du xviii® siècle découvrirent Pæstum aussi sincèrement que les navigateurs découvrent un nouveau monde. Pompéi fut effacée de la mémoire des hommes au point que le nom même de CAvità, par lequel les gens du pays désignaient ce monticule ver-

doyant , n’avait plus de sens pour personne.

En 1 592, l’architecte Domenico Fontana, qui avait érigé l’obélisque du Vatican et dont on voit le buste sous le porche de l’église de Monte Olivelo, construisait un aqueduc pour conduire l’eau du Sarno jusqu’à Torre dell’ Annunziata. En creusant pour les eaux un chemin souterrain qui existe et sert toujours , il traversa Pompéi depuis l’amphithéâtre jusqu’au forum et au temple de Vénus. Il n’y fit aucune attention, non plus qu’à une inscription qui portait le nom de Venus Pompeiana. En 1689, Giuseppe Macroni signala quelques traces de constructions, une serrure dévorée par la rouille, une pierre avec le mot de Pompei. Il en conclut que cette pierre appartenait à quelque monument consacré au grand Pompée. Enfin, en 1 7 4 8, le gouvernement, averti par les découvertes d’un paysan

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qui, en creusant un fossé, avait ramassé un Priape de bronze et un petit trépied, fit entreprendre des fouilles ; l’ingénieur don Rocco Âlcubierre et ses contemporains croyaient retrouver Stabies.

Ce fut le 30 mars 1748 qu’ Alcubierre fut autorisé par le roi Charles III (don Carlos d’Espagne) à tenter cette exploration. Herculanum, connue depuis 1721, fouillée depuis 1738, avait ouvert tous les yeux. Le roi comptait enrichir plus vite le musée qu’il fondait à Portici, et dont Herculanum faisait seule les frais. Alcubierre commence aussitôt un journal et met en titre Cava de la Cività, ce qui indique qu’il n’attache pas de sens au mot cività, qu’il le considère comme un nom propre dénué de sens, ainsi que la plupart des noms de localité : autrement, le journal étant rédigé en espagnol, il aurait mis en tête Cava

âl8 LE DRAME DU VÉSUVE

de la Ciudad. Le 17 avril, on rencontre dans la rue de la Fortune le premier cadavre ; le 6 juillet, on est arrêté par des exhalaisons de gaz acide carbonique; le 25 novembre, on commence à déblayer l’amphithéâtre, qui était apparent et qu’Alcubierre appelle Yamfiteatro de Estahia. Deux ans après, les travaux sont abandonnés. On lit à la date du 22 septembre 1750 ! a J’ai décidé de retirer quelques ouvriers que j’avais à l’Annonciade , parce que depuis longtemps on 'n’a rien trouvé de substantiel, cota suttancial. » En 1754, quatre bomrnes remuent la terre du 9 au 1 3 novembre, et sont de nouveau rappelés.

Enfin, le 30 mars 1755, les fouilles reprennent parce qu’un habitant du pays a rencontré une colonne de vert antique; on s’empare de la place, on cherche et l’on recueille trois colonnes semblables qui sont en*

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voyées à Porlici. Ce n'est que le 27 novembre 17 56 que le nom de Pompéi se glisse pour la première fois sous la plume du rédacteur du journal : Entre lot edificios arruijnados de la Pompeana. Enfin, le 20 août 1703, une inscription monumentale apparaît auprès du tombeau de Mammia. Sur un piédestal de travertin, il est déclaré que T. Suédius Clémens a restitué au municipe des Pompéiens, reipuhlicœ Potnpeianorum, les terrains envahis par les particuliers ; selon toute vraisemblance, ces particuliers étaient les colons envoyés de Ron* et établis de ce côté. Dès lors, le doute n’était plus permis.

Lé premier effet de cette révélation fut de reporter plus loin la curiosité, je devrais dire l’avidité; on alla interroger le véritable emplacement de Stables. On espérait y faire une abondante moisson d’objets propres à

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flatter les goûts du souverain; on se souciait peu de pénétrer les secrets de l’antiquité, on n’avait ni plan ni méthode, on recouvrait à mesure et parfois l’on détruisait; on ne voulait que des matières rares pour orner le palais, ou des œuvres d’art pour enrichir le musée. Stables déçut cet espoir; on y fit peu de trouvailles, les terres étaient partout cultivées, les expropriations coûtaient trop cher; on reconnaissait non une ville, mais des m'aisons disséminées qui rappelaient qu’après le siège et les ravages de Sylla, Stabies avait cessé d’être une cité pour devenir un bourg, et plus tard un lieu de plaisance. On revint

à Pompéi, et le 1 4 juillet 1764 le journal

des fouilles est pour la première fois rédigé en langue italienne, sans que la direction des Italiens fût plus louable que celle des Espagnols. Pendant toute la fin du xviii® siècle.

LE SORT DE PÜMPÉI 2âl

lus fouilles furent conduites avec si peu de respect pour les monuments, qu’elles ressemblaient à un pillage. On enlevait tout ce qui paraissait digne d’être enlevé , et l’on enfouissait à mesure une maison dépouillée sous les cendres de la maison voisine qu’on voulait dépouiller. C’est pour cela que les rapports de ceux qui surveillaient les travaux {soprasirtn/ij, contiennent bien plus d’inventaires que de descriptions. Les inventaires étaient une précaution contre leurs agents, une garantie pour eux-mêmes, une sécurité pour le prince qui les employait. On pouvait s’assurer chaque soir que le nombre et la qualité des objets envoyés à Portici s’accordaient avec le nombre et la qualité consignés sur les catalogues manuscrits. Du reste, le récit d’une visite faite à cette époque par un grand personnage, donnera une idée plus juste de l’état des lieux.

Le 7 avril 1761», l’empereur Joseph Use rendit à Pompéi, accompagné par le roi Ferdinand IV, sou beau-père, la reine, le comte de Kaunilz, le chevalier Hamillon, ministre d’Angleterre, l’antiquaire d’Hancarville l’ingénieur F. de La Vega, etc... On débuta par la caserne des gladiateurs, dont, le périmètre intérieur seul avait été déblayé. L’empereur s’étonna qu’on eût laissé l’espace iiltermédiaire enseveli sous une montagne de cendres. La Vega lui lit remarquer que les travaux étaient assez récents, parce que là jadis s’élevait un bois touffu qu’il avait fallu abattre. On passa ensuite dans une maison dont on avait dégagé quatre chambres; comme ces chambres avec leurs peintures

1. C’est celui qui a publié les 7oses (THamilton. La Vega estropie sou nom et l’appelle d’Âncrcvil.

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étaient intactes, on s’était arrêté à deux palmes (27 centimètres) au-dessus du sol, ce que l’on fait toujours à Naples lorsqu’on prévoit l’arrivée de quelques personnes de distinction.

Dès que l’empereur parut, des ouvriers enlevèrent rapidement ce qui restait de pierres ponces, et l’on recueillit une feuille d’argent avec des figures en léger relief, des vases de bronze, un moule pour la pâtisserie, cinq gonds, une serrure, neuf monnaies, une clé, un morceau de tuyau de plomb, un vase de verre dont le bord seul était brisé, deux boutons de verre, cinq morceaux de flûte (lisez cinq charnières), une plaque d’ivoire sur laquelle était gravé un ornement, deux plats en terre, une lampe, une tête de Jupiter eu terre cuite, quelques débris de talc (c’étaient les vitres du temps), d’autres objets d’importance moindrè encore, qui sont mentionnés dans l’inveutaire

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du 7 avril'. L’empereur doutait; il croyait qu’on lui avait préparé cette surprise , son expérience lui rappelait qu’on trompe d’autant plus volontiers les souverains que c’est pour leur plaire; il fallut lui prouver par la situation des objets, la qualité des terrains, la, relation des trouvailles faites journellement, qu’on n’avait point « flatté sa fortune » [adulare lafortuna). En effet, dans les deux chambres suivantes, on ne trouva qu’un squelette et deux monnaies. De là on passa au théâtre, dont une partie de la scène était seule visible ; l’épaisseur des cendres qui remplissait tout le reste était telle, que Josei)h 1 1 ne put s’empêcher de demander combien d’ouvriers étaient employés, et de s’écrier, en entendant qu’ils étaient trente, qu’il faudrait employer

r. Pompeianarum antiquilalum historia, l. I, p. 228.

I,E SORT DE DüMPÉI iS^

Irois mille. Cette critique était juste, car le roi des Deux-Siciles ne dépensait guère que Sou 10,000 livres par an pour les .villes du Vésuve. L'Odéon, à peine reconnaissable, le temple d’Isis, donnèrent lieu aux mêmes regrets, et l’empereur ne cessa de presser le roi de prendre plus d’intérêt à de tels travaux; ses instances devinrent presque de l’indignation quand, à la porte de la ville, La Vega lui montra le plan des édifices qu’on avait explorés, puis recouverts. Ferdinand IV répondit que cela s’était fait sous le règne de son auguste père, et l’ingénieur vint au secours du roi en assurant que l’on avait agi avec cette négligence tant qu’on ignorait quelle ville on dépouillait, mais que depuis six ans l’on savait avec certitude que c’était Pornpéi, et que dès lors les monuments découverts avaient été respectés et demeuraient accessibles.

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iît; I.K DRAME DU VESUVE

Malgré ces belles protestations, la direction des fouilles ne fut guère plus intelligente ni l’argent plus abondant tant que les

Bourbons régnèrent à Naples. Cependant le *

goût de l'archéologie faisait des progrès dans le reste de l’Europe. Pour éviter les critiijues des étrangers, on tenait à un secret rigoureux, on écartait les visiteurs ; les plus influents ne pénétraient que par force, les plus riches qu’en sev soumettant a de singulières exactions. Le spectacle qu’ils avaient alors sous les yeux récompensait mal leurs efforts ; au milieu de tranchées mesquines et de rui- 'nes non, entretenues erraient languissamment des condamnés enchaînés deux par deux et quelques esclaves mahométans pris aux Barbaresques. Il fallut une révolution et la présence des Français pour imprimer aux recherches une marche plus active. La France,

LE SORT DE POMPÉl iil

partout OÙ elle a porté ses armes, a porté aussi, comme excuse, l’amour des arts et de ranliquilé. Scs savants, les premiers, avaient tiré r^gypte de son linceul ; ils devaient accompagner un jour nos armées en Grèce, en Afrique, en Syrie ; ils donnèrent alors aux Italiens eux-mêmes l’exemple du zèle et de la méthode. De môme qu’à Rome les fouilles 'es plus considérables avaient été entreprises par les généraux ou les préfets français, de même la résurrec'lion véritable de Pompéi date de l’occupation française ' . Le général Championnet, lorsqu’il vint fonder la république parthénopéenne, songea aussitôt à Pompéi. Par son ordre furent déblayées les deux maisons auxquelles on a donné son nom.

i. Voyez, sur ce sujet, le témoignage non suspect d'un Anglais, H. Dyer. (Pompéi, p. 50.)

i8 Ui ÜHAMF. üi: VÉSIVK

Après une réaction sanglante, les Français revinrent en 1800, et sous le règne de Joseph Napoléon, c’est-à-dire jusqu’au 23 mai 1 808, plus de 1 50 ouvriers furent employés, sans compter les enfants, qui couraient avec leurs petites corbeilles de jonc sur la tète. Murat porta ce nombre à 600, et allouait pour les fouilles plus de 1 00,000 francs par an, La reine Caroline suivait les travaux avec passion, elle encourageait tout le monde, se rendant chaque semaine sur les lieux. C’est alors que les monuments principaux, le forum, les murs d’enceinte, la voie des Tombeaux, sont remis en honneur, et que Majiois, protégé par la reine, prépare son grand ouvrage qui n’a encore été dépassé par aucune des publications faites depuis soixante ans.

Lorsque Ferdinand F’’ revint à Naples en 1815, il laissa aux chantiers une certaine

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activité tout en vendant une partie des terrains achetés par Murat; mais à partir de 1819 cette activité se ralentit, et souvent, faute de fonds, les recherches furent suspendues. Sous les règnes de François I®"" et de Ferdinand II, on avança lentement; les visites des princes étrangers étaient le principal stimulant. On tenait toujours quelque maison aux trois quarts déblayée pour enlever devant eux la dernière couche, celle qui, étant plus près du sol, promettait le plus de découvertes. Enfin en 1860 les fouilles de Pompéi entrèrent avec M. Fiorelli dans une phase nouvelle. Que le gouvernement italien, désirant frapper les esprits, ait fait un sacrifice et donné les subventions nécessaires

ém

pour employer tout à coup près de cinq cents ouvriers, cela n’a rien de sur prenant, sans être pour cela moins loua-

I,F. ORAME DL' VfiSUVE

ble: mais d’autres gouvernements l’avaient fait. Ce qui constitue surtout l’importance des travaux entrepris dans ces dix dernières années, c’est le caractère de celui qui les dirige, c’est sa méthode vraiment scientifique, c’est une inspiration qui promet pour l’avenir des résultats aussi féconds qu’imprévus.

M. Fiorelli était bien connu des savants.

De 1846 à 1851, il avait publié des Annales de numismatique \ en 1853 les Antiquités du cabinet du comte de Syracuse, eu 1854 les Inscriptions osquts de Pompéi, en 1857 les Vases peints découverts à Cumes. Enfin l’on savait que depuis dix ans il recopiait et mettait en ordre les notes manuscrites rédigées chaque jour par les directeurs des fouilles

1 . Au|>aravaul avaient paru ses Observations sur quelques monnaies ÿrecÿUM, Naples, îd- 8*. iS&3.

LE SORT DE POMPÉ I * *81

depuis 1 748 el envoyées aux conservateurs du musée avec les objets recueillis. Trois fascicules avaient même paru : il avait été forcé de suspendre cette publication, qui fut reprise en 1860. Ce travail considérable l’avait fait pénétrer dans les plus menus détails de l’histoire des fouilles de Pompéi ; il en connaissait le fort et le faible mieux que personne, il pouvait remédier aux fautes de ses prédécesseurs ou continuer ce qu’ils avaient fait de bien. Je ne louerai ni sa modestie, ni son désintéressement, ni sa passion pour l’antiquité, parce que ces qualités sont si nécessaires à tout vrai savant qu’il en faudrait plutôt condamner l’absence; ce qui est plus rare, c’est que M. Fiorelli a su imposer à tous ceux qui font partie de sou administration l’accomplissement des devoirs qu’il pratique lüi-môme. Tous les employés du Musée de

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Naples sont devenus scrupuleux, discrets avec l’étranger, que persécutait jadis une mendicité elTrontée ; les gardiens de Pompéi ont été organisés militairement, ils sont vigilants, ils ont une solde, et se croiraient déshonorés ou destitués, s’ils acceptaient le moindre présent. Les Napolitains sont tout surpris de se voir moralisés; mais, quand les mains restent pures, les antiquités sont mieux gardées. Chaque visiteur donne deux francs avant de franchir ces fameux tourniquets que n’auraient pas désapprouvés peut-être les Pompéiens, tant ils avaient le goût du commerce, et dont les produits sont appliqués à l’entretien et à la découverte des ruines. Quel voyageur n’est heureux de payer un impût aussi légitime et ne voudrait contribuer pour une plus forte part à l’embellissement des lieux où H va trouver tant de jouissances? Enfin M. Fio-

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relli a fondé à Pompéi une école archéologique semblable à notre école d’ Athènes, où des jeunes gens, sortant des universités italiennes et désignés par un concours spécial ont lent demeure, leur bibliothèque , leurs travaux communs ; ils sont les seconds de M. Fiorelli, ils surveillent les fouilles, ils en publient les résultats dans un Bulletin qui forme déjà un volume in-4", et où MM. de Petra et Rrizio se sont souvent signalés. Les réformes administratives ont donc été .excellentes, et une épreuve qui dure depuis dix années peut être considérée comme décisive.

La méthode vient après l’administration , Quelle méthode nouvelle M. Fiorelli a-t-il inaugurée? Avant lui, on jetait les cendres au plus près, et l’on formait autour de Pompéi des montagnes qui seront un terrible obstacle le jour où l’on voudra reconnaître l’enceinte,

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les accès, les alentours de la cité. M. Fiorelli, à l’aide d’un chemin de fer incliné où les wagons glissent par leur seul poids, emporte les déblais au delà de l’amphilhéâtre et loin de la ville. Avant lui, l’on s’inquiétait peu de consolider les ruines, qui s’écroulaient à mesure qu’on retirait les terres qui ' les soutenaient, et l’on ne conservait que ce qui restait debout. M. Fiorelli porte toute son attention sur les étages supérieurs ou les indices qui en subsistent. Avant lui, on attaquait les terrains au niveau du sol déjà découvert et l’on poussait devant soi en ramassant tout ce qui s’éboulait des talus sapés par la base. M. Fiorelli agit avec plus de prudence en attaquant les terrains par le sommet. Une fois le périmètre d'un îlot de maisons déterminé, »

il fait emporter les couches supérieures de

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cendres qui sont le produit des éruptions modernes. Dès qu’il atteint la couche de l’an 79, il fait sonder, et partout où la tête des murs apparaît, on s’assure s’ils sont solides ou seulement appuyés sur la cendre durcie.

Les poutres qui s’engageaient dans les murs, les pièces de bois qui formaient les linteaux des portes et des fenêtres, se sont consumées par l’action du tcm{)S : on commence par glisser à la place des pièces de bois de • même dimension , et l’on empêche ainsi l’écroulement des constructions. En descendant eneore un peu, ou restaure, à mesure qu’elles paraissent, les constructions antiques. Un panneau de stuc se détache-l-il, on le fixe par des crampons de fer revêtus d’étain pour éviter les effets de l’oxydation. Le bord des peintures est-il si peu adhérent que l’air doive achever de le faire tomber, on le

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fortilie par une bordure de mortier dont la couleur ne peut être confondue avec la couleur du mortier antique. Un escalier menace-l-il ruine, on le consolide marche pai marche. Un balcon laisse-t-il voir ses ron* dins de bois noircis et pulvérulents, on y substitue des rondins semblables. Une cavité se présente- t-elle, on y coule du plâtre, pour mouler l’objet inconnu qui a laissé sa . tonne avant d’étre détruit. Rn un mot, toutes les précautions ' sont prises, non-seulement pour conserver les moindres restes de Pompéi , mais pour recueillir l’empreinte de ce qui ne s’esi pas conservé.

1 . [| nst juste de nommer, parmi les auxiliaires qu’emploie M. Fiorclli : l’archiiccte, M. R iggieri; et Bramante, qui exécûte les restaura ions, Padigtione , qui avait comiiieiicé un merveilleux modèle do Pompèi en liège dans la pruporlioii de I ceiiiimèlre |iour mètre, est mort depuis quatre aus, mais sou œuvre est continuée.

,J’ai raconté par quel moyen les habitants (loPompéi étouffés sous la cendre, nous étaient rendus avec leur costume, leur attitude, leur expression suprême. Le procédé de M. Fiorelli ne s’applique pas uniquement aux cadavres, il est applicable à tous les corps qui se sont décomposés assez lentement pour que le moule qui s’est formé autour d’eux devînt consistant et durable. Le bois, par exemple, qui a résisté pendant plusieurs siècles à l’humidité du sol et qui a pourri peu à peu comme les végétaux qui composent le charbon de terre, le bois sc prête admirablement au moulage. Les poutres, les balcons, les marches d’escalier, les planches, même celles qui ont servi aux usages les moins faciles à décrire, les portes, les garnitures des fenêtres, en un mot tout ce qui est menuiserie, peut être reproduit; nous obte-

nons ainsi des renseignements inattendus sur certaines industries des anciens. Les portes des boutiques sont particulièrement curieuses : on voit par les moulages déposés dans un des musées provisoires de Pompéi, qu’elles étaient ménagées sur le côté, et que toute la devanture de la boutique était close par des planches ; ces planches étaient engagées, en haut et en bas , dans une rainure profonde, et se recouvraient les unes les autres comme les palettes d’un éventail ouvert. Le plâtre, en séchant dans les cavités d’où le bois a disparu, reprend la serrure, les verrous, les gonds, qui étaient restés fixés sur la cendre, et les représente à la place exacte qu’ils occupaient.

Les meubles en bois, sièges, lits, armoires, coffres, coffrets , etc. , nous ont préparé les mêmes surprises. Dans une des maisons de

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Pompéi, que M. Fiorelli a convertie en musée, on voit un coffre d’assez grande dimension qu’il a fait mouler et dont les charnières ont été une révélation. Tout le monde sait qu’on a recueilli à Pompéi des milliers de cylindres en os, percés d’un ou de deux trous : les inventaires les désignent comme des morceaux .de flûte, et en vérité il fallait que les habitants eussent une passion désordonnée pour a musique, car l’on trouve de ces prétendus fragments de flûte dans chaque maison. Dans les tombearux de la Grèce et de l’Italie, des cylindres semblables, en ivoire ou en os, ont été souvent ramassés par les explorateurs, qui se contentaient de dire : « morceaux de flûte » Quelle n’a donc pas été la satis-

1 . Dans les fouilles les plus réceoles, M. Fiorelli a retrouvé deux véritables flûtes, dont le mécanisme ingénieux

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faction de M. Fiorelli lorsqu’en faisant briser la carapace de cendres qui recouvrait le plâtre versé dans une cavité, il vil paraître l’empreinte d’un grand coffre, et ajustées sur le plâtre aussi exactement qu’elles l’avaient été sur l’original, la serrure en fer et les charnières en os, qui avaient mieux résisté que le bois! Oui, les morceaux de flûteétaient des charnières que les trous servaient à fixer ; si les tombeaux antiques en contiennent fréquemment, c’est que les objets précieux enterrés avec le mort étaient serrés dans des coffrets qui se sont réduits en poudre, tandis que les cylindres des charnières tombaient sur le sol et restaient sans explication.

permettail de réplt r le ion et par conséquent le mode de chaque morceau.

LE SOllT DE POMPÉl

La plus bplle application du moulage 'au mobilier pompéien est celle qui a permis de restituer un triclinium antique. Les lits sur lesquels les convives étaient couchés, ont été montés, refaits, exposés au musée de Naples. Les ornements de bronze, les incrustations , la couleur même qui était restée adhérente à la cendre pendant que le bois s’en allait en poussière, ont fourni les éléments de la restauration la plus charmante. La forme simple et logique, le renflement du dossier pour recevoir le matelas, ce dossier n’existant que sur les deux faces du triple lit, la décoration concentrée également sur les parties apparentes parce qu’elle était inutile du côté du mur, l’ingénieuse disposition des reliefs en bronze, l’opposition de la couleur rouge dont le bois était revêtu et des bandes d’argent, unies

m LB UKAME 1)U VÉSUVE

lour à lotir et ornées, qui couvraient les angles de la menuiserie et en faisaient ressortir les moulures, tout a un caractère de nouveauté qui fait désirer que les révélations sur le mobilier des anciens soient poussées plus loin.

Malheureusement Pompéi n’est pas le lieu le plus favorable aux études de ce genre.

D’abord la ville a été dépouillée par ses habitants, qui ont évidemment retiré la plus grande partie do leurs meubles. Ensuite les pierres ponces qui couvrent et entourent tous les objets posés sur le sol sont rebelles au moulage , ou donnent des empreintes très-imparfaites. Ce n’est que par exception, lorsque la cendre fine a pénétré dans une chambre bien close, ou lorsque les gens sont allés mourir au-dessus de la couche de pierres ponces, que l’on peut

LE SORT DE ROMPÉl U3

mouler objets et cadavres. Les deux cinquièmes de la cité antique sont aujourd’hui déblayés : l’agora grecque, le forum impérial, les théâtres, l’amphithéâtre, la basilique, les curies, les temples, les bains, les plus beaux quartiers, les demeures les plus riches; c’est que ce qu’il y a d’important semble avoir été découvert. Désormais tout parait connu d’avance , les maisons se ressemblent, les peintures se répètent; l’uniformité du style est inévitable dans une cité reconstruite d’un seul effort, à la même époque, par suite du même désastre. Si le gouvernement italien veut rendre à la science un service insigne et mettre M. Fiorelli à même de multiplier d’infaillibles décyuvertes, il est temps qu’il abandonne Pompéi pour concentrer toutes ses ressources sur une ville où les résul-

LË UltAME Uf VESUVE

lais sonl certains. Celle ville, c’esl Herculanuin. Je sais quelle défiance accueillera une lelle proposition, quelles objections sont toutes prêles : c’est pourquoi, avant de développer un plan, il est nécessaire de réfuter les préjugés populaires, de procéder régulièrement par démonstration, et de rassembler les détails propres à nous éclairer sur riiisloire, le sort et l’étal actuel d’Herculanum.

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HEIICULANUM

Herculanum était située entre Naples et Pompéi, exactement au milieu de ce beau golfe que les Grecs comparaient à un vaste cratère. Elle était exposée également à toutes les brises qui soufflaient de la pleine mer pendant l’été ; on y avait la vue la plus magnifique; la terre végétale y était profonde et fertile, deux rivières coulaient de chaque côté de la ville ; c’était un lieu

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plein de douceur, fait pour les oisifs qui voulaient jouir d’un perpétuel enchantement.

Les Osques, qui s'y étaient d’abord établis, avaient été dépossédés par les Étrusques de Capoue ; les Étrusques, à leur tour, avaient été remplacés par les Grecs. On dit même qu’Herculanum devint l’asile de la plupart des colons grecs qui furent chassés des villes de l’Italie méi idionale ; ils s’y établirent fortement , en assez grand nombre pour s’y faire respecter, ou plutôt avec le consentement de la confédération samnile, qui avait reconquis ses côtes et ne redoutait plus les débris d’une race qu’elle avait vaincue. Le nom A’Herculanum n’est en effet que la traduction latine du nom grec Uéracléion , et l’on sait qye le premier magistrat de la ville s’appelait démarque , comme chez les Grecs, et non meddixluc-

HERCULANUM

tiens, comme chez les Osques el à Pompéi. Quelques historiens ont même supposé qu’Herculanum, à cause du nombre, de la délicatesse et de la richesse de ses habitants, était la troisième ville de la Campanie, après Naples et Capoue.

Les Romains la soumirent et la reprirent de nouveau après la révolte générale qu’on appelle la guerre des alliés ; ils y envoyèrent une colonie, s’ils n’y tinrent pas garnison, car Strabon l’appelle une place forte ' , et nous voyons que sous l’empire les soldats de la Hotte étaient casernés à Rétina, qui n’était que le port d’IIerculanum.

Dans tous les cas, ce pays devint un lieu de plaisance pour les Romains ; ils étaient près de Naples, ils subissaient l’attrait du

i a> oOptov, liv. V, |i, 378.

248 LK DI\AMf: DU VÉSUVE

génie grec et de l’idéal que le génie grec répandait sur la vie matérielle; ils y bâtissaient des vil’as, les Fabius en avaient une, les Balbus une autre, et lorsque Agrippine prisonnière voulut être amenée à Caprée pour parler à Tibère, les prétoriens la laissèrent reposer dans une villa, voisine de la mer, que son fds Caligula fit saccager plus tard et. dont Sénèque signale les ruines.

Ainsi rhisloire établit déjà des différences profondes entre Herculanum et Pompéi : la première est peuplée par des Grees, la seconde par - des Osques ; Herculanum est adonnée à la culture de l’esprit et aux élégants loisirs, Pompéi appartient tout entière au commerce; l’une est habitée par les plus riches Romains et accablée de faveurs

1 . Les inscriptions et les statues consacrées à toute la laniillc des Balbus on font foi.

l’aiilre esl hostile aux Romains et plusieurs fois châtiée. Ou doit soupçonner qu’HeiCulanuin a servi de modèle à Pompéi dans bien des détails de la civilisation, on peut affirmer que Pompéi n’a rien appris aux Grecs d’Herculanum. Enfin le tremblement de terre qui fut si fatal à Pompéi, sous Néron, n’endommagea qu’à moitié Herculanum, de sorte qu’une partie des édifices antérieurs à l’empire et des maisons d’un style plus ancien , c’est-à-dire d’un goût plus pur, doit avoir été conservée; on en peut juger déjà par la beauté des objets recueillis à Herculanum, on en jugera mieux quand la ville elle-même reparaîtra au jour.

Quel fut le sort d’Herculanum pendant l’éruption? quels phénomènes particuliers se manifestèrent de ce côté du Vésuve?

quelles causes firent disparaître subitement

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de la surface du monde habité une ville florissante? Je crois l’avoir démontré, l’enfouissement de Pompéi fut si incomplet '[u’après quelques jours les habitants purent reconnaître leur demeures, y camper et les fouiller; Hercnlanum, au contraire, fut si profondément enterrée que le lendemain il semblait impossible d’en retrouver même la trace. D^s que ces questions sont posées, tout le monde répond aussitôt avec assurance : la lave a fait tout le mal, Herculanum a été engloutie sous 80 pieds de lave. Si les objets d’art, les bronzes, les tableaux , ont été merveilleusement conservés , c’est qu’ils avaient pour cuirasse contre les injures du temps une couche de lave impénétrable, qu’il faut tailler au ciseau. Cette explication séduit. L’imagination se figure aussitôt des fleuves de feu enva-

HEUCULANUM

asi

hissant la ville, montant comme la mer soulevée par le llux , pénétrant par les portes et par les fenêtres, entourant toutes choses et les modelant, se refroidissant à mesure, gardant pour la postérité des trésors que la postérité devra chèrement conquérir, mais qu’elle retrouvera intacts.

Telle est, en effet, l’opinion répandue dans toute l’Europe et même à Naples; la plupart des voyageurs qui ont visité Herculanum affirment qu’ils ont touché la lave de leurs mains, et plus d’un touriste, dans les volumes qu’il publie sur les villes du Vésuve, assure avec la même confiance que la difficulté de tailler la lave est le principal obstacle aux fouilles d’Herculanum. Comment donc oser dire à des gens si convaincus que c’est non pas le feu qui a englouti Herculanum, mais l’eau ; que c’est non pas un torrent de lave ardente, mais une inon- i

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dalioii de boue et de cendres délayées ^ui a rempli la ville? Comment détruire un préjugé si fortement enraciné, que les ouvrages des géologues et des savants n’ont pu l’ébranler? En vain Dufrénoy a démontré ' que les eaux seules avaient porté sur Herculanum des monceaux de scories et de débris du tuf de la Somma; en vain Dyer ^ Overbeck\ Ernest Breton', etc., ont avancé dans diverses langues que les cendres seules, délayées par l’eau, durcies par le Tassement, recouvraient

1. Mémoire sur les Terrains volcaniques des environs de Naples.

2. Pompéi, 2« 6, lit., p. 18 : « Il docs not appear thaï any lava flowcd from tho Vesuvius ; cjecied matter consisicd of rocks, pumice and ashes whitjh seem lo hâve been parily cliangcd inlo liquid mud by lorreiUs of rain. »

3. Pompéji, in seinen Gebaüden,Alterthüinem, u s.w., l. 1", 2' édit., p. 29.

4. Pompeia, 3' édit., p. 303 : « Herculanum dans son linceul do cendres pétrifiées. »

Herculamim : on ne les a point écoutés, et l’on continue à maudire les laves qui rendent les fouilles si dispendieuses et si difficiles.

Tout le monde sait cependant quelle est la nature de la lave et quels en sont les effets. La lave est une masse incandescente dont la température est telle que tous les corps susceptibles d’entrer en fusion y sont absorbés et liquéfiés ; poussée hors des fissures du cratère par une force irrésistible de dilatation, cette masse s’avance comme un fleuve de feu et dévore tout sur son passage; lente à se refroidir, elle devient aussi dure que du mâchefer et du porphyre. Or je fais appel aux souvenirs de tous ceux qui ont fait l’ascension du Vésuve pendant ces coulées de lave qui suivent une éruption et durent plusieurs semaines ou même plusieurs mois. Ce qui se passe aujourd’hui doit nous édifier sur ce qui se serait passé il

•an

y a dix-huit siècles; il suffit d’appliquer à ses souvenirs un peu de réflexion et de bon sens.

Par exemple, nous avons vu de très-faibles coulées, déjà éloignées de l’orifice d’émission et refroidies par le contact de l’air et du sol, entourer des maisons de campagne, les calciner, les faire écrouler par l’embrasement subit des planchers et des toits. Comment les statues de marbre et les stucs d’Herculanum, si la lave les a enveloppés, sont-ils demeurés intacts, avec leur ton primitif, sans éclats ni fissures? Nous avons vu les métaux entrer en fusion au premier contact et disparaître dans cette pâte, rouge et visqueuse comme de la fonte de fer ou le verre sortant de la fournaise. Comment les objets d’argent, Jes statues de bronze, les vases de plomb, se retrouvent-ils à Herculanum avec leur forme, leurs reliefs, leurs ornements, leur patine naturelle? Les

bronzes d’Herculanum sont encore mieux conservés que ceux de Pompéi : on les distingue par leur fraîcheur d’épiderme, leur poli, leur ton égal et foncé, tandis que les bronzes de Pompéi ont été attaqués par les exhalaisons sulfureuses, rongés à la surface, .et ont contracté une belle couleur bleue d’outremer qui ressemble à celle du sulfate de cuivre.

D’autres faits du même genre ne sont pas moins inexplicables. Les guides montrent aux étrangers une expérience qui dégénère bientôt en jeu : ils séparent avec un bâton ferré un petit morceau de lave ardente, le laissent refroidir sur la terre et y appliquent un gros sou (jadis c’était un de ces larges carlins de cuivre qui valaient cinq sous), afin d’en obtenir une empreinte. Si l’opération est faite trop tôt, le cuivre entre en fysion, et la pièce de monnaie, au lieu de laisser son empreinte, dispa-

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ratl, amalgamée avec le reste de la lave.

Comment donc se peul-il qu’on recueille à Ilerculanum tant de monnaies antiques, de cuivrfc ou d’argent, et qu’elles n’aient été ni dévorées ni même altérées par ces flots de lave où se concentre une chaleur qui défie les calculs? On sait aussi que les couleurs employées par les anciens pour décorer leurs ' édifices sont des couleurs à base minérale :

elles bravent l’humidité du sol, mais le contact du feu les dénature ; les incendies partiels dont on voit les traces à Pompéi ont transformé par places le bleu en gris, le rouge en jaune, et les fabricants napolitains n’ignorent pas ce ■moyen très-simple de produire aujourd’hui, avec du minium soumis à l’action du feu, ce qu’ils appellent dn jaune brûlé. Pourquoi donc les maisons qu’on a fouillées à Herculanuni offrent-elles des couleurs si admirables? Pour-

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quoi le bleu d’outremer et le rouge vermillon qui couvrent des murailles entières sont-ils d’une égalité et d’une fraîcheur qu’eût nécessairement détruites l’application d’un corps incandescent? Enfin j’ai vu sur le Vésuve des arbres à peine touchés par la coulée de lave, s’enflammer comme des allumettes, lancer un jet lumineux et tomber aussi rapidement que si la foudre les avait frappés. Pourquoi les poutres, les planchers, les linteaux d’IIerculanum, au lieu d’être réduits en cendres, ont-ils pourri lentement au sein de la terre \ à leur place, sans causer de vides ni de dégâts? Pourquoi les retrouve-t-on noircis ainsi que des morceaux de chêne plongés dans la vase depuis

1 . C’est ainsi que les houilles, les anthracites et les lignites sont des bois transformés en charbon sans l’aide du feu, mais, au contraire, h la suite des déluges et par l’effet d’un séfour prolongé au sein de la terre.

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des siècles, ainsi que les pilotis des ponts, ainsi que les pieux des anciens quais de Carthage, ainsi que lés bois roulés par le Jourdain et rejetés par la Mer-Morte après qu’elle les a saturés de chlorure de sodium? Pourquoi tout prouve-t-il qu’ils n’ont été décomposés que par l’elïet du temps? Pourquoi le bois a-t-il gardé sa qualité et sa couleur dans les parties traversées par des vis et dès clous, c’est-à-dire protégées contre l’humidité par l’oxyde de fer? Pourquoi recueil le- t-on des manuscrits ' écrits sur la moelle fibreuse d’un roseau, sur du papyrus, quand la lave aurait dû les dévorer

1 , llumpliry Davy, avait reçu à Londres quelques-uns des manuscrits récemment découverts, pour les analyser et ex|)éi'imcnter les moyens de leur rendre leur qualité première. 11 constata que ces papyrus n’av iient pas été carbonisés, c'est-à-dire mis en contact avec des corps incandescents, mais, au contraire, noircis par l’humidité et la moisissure.

et faire envoler leurs cendres comme celles de la feuille de papier que nous jetons sur un brasier? Pourquoi cette lave bénigne at-elle respecté également les fruits, les noix, les amandes, le linge, la soie, les mèches de lampe qu’on retrouve par centaines, et tant d’autres objets éminemment combustibles qui n’ont fait que noircir et qui disparaissent d’ordinaire sans laisser de traces dans le plus faible incendie?

Je pourrais pousser plus loin cette réfutation par l’absurde; les arguments iraient en se multipliant. C’est qu’en effet un peu de réflexion suffit pour démontrer que le feu n’a pu avoir aucune part dans la destruction d’Herculanum, et que si la lave, qui est le plus terrible agent de destruction après la foudre, y avait pénétré, on reconnaîtrait à peine quelques pierres noircies, des briques éclatées et des

marbres réduits en chaux; mais, pour aller plus vite au but, je dirai que, dans un récent voyage, j’ai examiné avec une attention particulière le sol d’IIerculanum, c’est-à-dire des parties que les fouilles ont rendues accessibles. Je n’y ai pu découvrir un centimètre cafré de lave ; tout est cendre, rien que cendre, et cette cendre a été durcie par trois causes : l’eau, le tassement, le temps. C’est précisément cette dureté, qu’il ne faut pas s’exagérer, qui a trompé les visiteurs, surtout dans les corridors souterrains qu’on a creusés pour explorer le théâtre. On descend par des escaliers où suintent les infiltrations des rues de Portici ; on entend sur sa tête le roulement des voitures; on traverse des tunnels que le frottement a rendus luisants; on voit sur les voûtes raboteuses la fumée des torches déposée depuis un siècle ; on subit l’impression des ténèbres

HERGULANUM

en mènre temps qu’on croit s’enfermer dans les entrailles de la terre. En un mot, ce voyage a quelque chose de fantastique qui frappe l’imagination, et l’on a besoin d’être rassuré en se répétant que ces couloirs sont taillés dans la lave et à l’abri de tout éboulement; mais, si l’on gratte cette prétendue lave avec l’ongle, on s’aperçoit qu’elle est friable, qu’elle cède, et que ce n’est que de la cendre dürcie. Les guides montrent dans le plafond d’un de ces couloirs creusés assez régulièrement l’empreinte d’un masque humain. On admire celte solidité inaltérable d’une matière qui a moulé si bien les objets qu’elle enveloppait. Toutefois, si l’on essaye avec un couteau d’entailler, non pas l’empreinte elle-même, mais les parties qui l’avoisinent , on reconnaît avec étonnement que rien n’est plus facile , et que ce n’est encore que de la cendre durcie.

26* l.E DRAME DU VÉSUVE

Une rue d’Hcrculanum, à l’extréniilé de la ville, du côté de la mer, a été fouillée méthodiquement ; quelques maispns ont été nettoyées, la maison dite du Squeletle, la maison ‘ d' Argus, une auberge, des magasins, une prison d’esclaves, etc. ; tout est à ciel ouvert, et l’on s’y promène comme dans une rue de Pompéi. L’espace ainsi déblayé est de 3 à 4,000 mètres carrés, surface assez considérable pour des observations du genre de celles qui nous occupent en ce moment. Or l’on n’y trouvera aucun débris de lave, aucun indice de lave, aucun dégât produit par la lave. Au contraire, si l’on examine les terrains à pic qui entourent cet espace de quatre côtés, tout est cendre, il y a 10 et 12 mètres de cendres; ce n’est qu’à la partie supérieure qu’on aperçoit des charbons, des projectiles volcaniques, des couches diverses correspondant aux- éruptions

hi:rculanum

modernes et séparées par des couches de terre végétale qui avaient eu le temps de se reformer entre chaque éruption. Cherchez les monceaux de déblais extraits de ces fouilles, étudiez-les; vous n’y verrez encore que de la cendre, rompue par la pioche aussi facilement que de l’argile ou de la pouzzolane.

Comment la cendre, dira-t-on, qui doit être légère, pulvérulente, sans cohésion, aurait-elle acquis assez de dureté pour prendre des empreintes durables, former des voûtes résistantes et avoir des apparences de solidité si trompeuses qu’on l’ait prise pour de la lave?

L’exemple de Pompéi et des empreintes recueillies dans les caves de la maison de Diomède est déjà un^réponse; mais des analogies plus frappantes encore aident à comprendre

cette force d’adhérence. J’ai déjà raconté la formation des bancs de pépérin dans les val-

i6* LE DRAME DU VÉSUVE

lées du Monte-Cavo par l’accumulalion des cendres du volcan amalgamées avec les eaux.

Cet amalgame est devenu tellement dur qu’il a fourni aux Romains des matériaux de construction. Les catacombes de Rome, qui ne sont autre chose qu’un tuf volcanique, c’est-à-dire des sables et des débris réduits en poudre, tassés par leur propre masse et par le temps, sont également friables, faciles à tailler, plus faciles à dégrader, et cependant on y a creusé des couloirs, des voûtes, des plafonds, des escaliers, des tombeaux innombrables et jusqu’à cinq étages de souterrains les uns au-dessous des autres. Il ne faut pas non plus oublier que la pouzzolane, qui donne un si excellent mortier hydraulique, était tirée primitivement de

Pouzzoles, près du Vésuve. Enfin je rappellerai >

le grand autel d’Olympie, que décrit le voyageur Pausanias, et qui n’était formé que de la

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cendre des victimes brûlées en l’honneur de Jupiter. Après chaque sacrifice, les prêtres délayaient les cendres avec l’eau de l’Alphée, enduisaient l’autel et l’agrandissaient ainsi peu à ,

peu, si bien qu’après dix siècles l’autel avait 125 pieds de circonférence et 22 de hauteur. Quiconque, en effet, a vu jeter de l’eau dans sa cheminée, a pu juger de la ténacité de la cendre dès qu’elle est mêlée avec un liquide ; à plus forte raison les cendres volcaniques, dans la campagne de Rome, à Naples, à Santorin, sont-elles propres à la fabrication des mortiers .

Du reste, même quand ces explications ne satisferaient qu’à moitié le lecteur, les faits sont là, ils sont irrécusables. Je défie tout observateur attentif qui étudiera les parties d’Herculanum accessibles jusqu’à ce jour, d’y découvrir autre chose que de la cendre. Sur la sur-

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face du sol actuel de Portici, qui est exhaussé en moyenne de 20 mètres, il pourra se faire qu’oii signale des coulées de lave appartenant aux éruptions modernes, surtout du côté de Résina. Je ne puis affirmer non plus que dans un quartier inconnu d’Hcrculanum on ne constatera pas un jour la présence de la lave ; mais comme il ne peut être question aujourd’hui que de ce que nous connaissons, c’est-à-dire des parties de la ville qui sont visibles ou explorées, je répète qu’on ne pourra trouver un centimètre de lave à Herculanum, et que tout y est cendre.

Le problème, c’est de savoir comment une telle masse de cendres a pu être concentrée sur la malheureuse cité, et, puisque l’eau a joué un rôle si terrible, d’où provenait cette immense quantité d’eau.

Il est d’abord évident que les cendres ont été

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rejetées par le volcan ; d’après la nature du terrain ou les brèches produites à l’orifice dû cratère/ les pierres ponces étaient toutes rejetées du coté de Pompéi et de Stabies, tandis que les cendres étaient portées sur Herculanum. Peut-être convient-il de faire la part du vent qui séparait ces matières et des convulsions qui les lançaient inégalement. Ensuite il faut • se rappeler que toute éruption très-violente est accompagnée de vapeur d’eau, provenant de la rencontre subite des nappes d’eau souterraines avec le feu. J’ai expliqué l’origine de ces nappes *, j’en ai montré les effets quand elles se 'précipitent dans le foyer d’éruption. De telles vapeuis, dont le volume et la force de dilatation dépassent tout calcul, sont refroidies aussitôt qu’elles sont en con-

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