Dans la Fullonica voisine c!c la maison de Siricus
2, Pline, XXVni, 18.
était alors leur patron, comme saint Joseph est leur patron aujourd’hui. Quatre hommes élancés, vigoureux, en tunique, les jambes nues, portent en procession sur des planches une petite chapelle en roseau, ornée de fleurs, de festons et de petits vases de toute sorte, coupes, lécythes, œnochoés, etc. Dans le premier compartiment est une statuette de Dédale, pensif, un doigt sur la bouche, contemplant le cadavre de Talos, son neveu, qu’il a tué en lui enfonçant un clou dans la tête.
Sur le deuxième compartiment, deux statuettes de scieurs de long, qui scient ; derrière eux un enfant qui rabote ; l’invention de la scie et du rabot était attribuée à Dédale.
Une peinture de plus petite dimension nous montre deux petits génies ailés, personnification du travail et de l’industrie du menuisier. L’un est assis à terre, l’autre debout, et ils s’ap-
3l(i LE DRAME DU VÉSUVE
pliqiient d’un commun effort à équarrir avec une scie, un panneau de bois assujetti sur l’établi. Du reste l’établi, la scie, le maillet, le fer courbé ou valet qui assujettit la planche sur l’établi, tout est tellement semblable aux instruments et au matériel de nos jours, qu’on est humilié de reconnaître combien les modernes ont peu inventé dans ce genre d’industrie.
De même que les Grecs et les Romains
avaient attaché à chaque divinité des génies qui (
portaient leurs attributs ou leurs armes, de même ils ont personnifié par des génies ailés diverses branches du travail et divers métiers.
Nous avons déjà cité les génies cordonniers, menuisiers; d’autres peintures de Pompéi nous font voir les génies du moulin, les génies du pressoir. Lorsqu’on songe aux horreurs d’un pistrinum, c’est-à-dire du lieu où le blé était réduit en farine, puis en pâle, avant
LE COMMERCK D’Al'RÈS LES PEINTURES 317
de passer au four, lorsqu’on se figure les malheureux esclaves tournant la meule sous le fouet, les yeux bandés ou les yeux perdus de fumée, ruisselant de sueur à la clarté d’une lampe, travaillant la nuit, les entraves aux pieds, on admire comment la mythologie et l’art ont pu déguiser tant de misères sous tant de charmes. La scène inventée par l’artiste est le moment du repos. Ce ne sont plus des esclaves, ce sont de jolis petits ânes qui ont tourné la vaste meule ; les génies viennent de les dételer, ils les caressent, ils leur passent au cou des guirlandes de feuillage pour écarter les mouches; eux-mêmes, étendus sur l’herbe, prennent leur repas, se divertissent, jusqu’à ce que l’heure de retourner au travail soit arrivée. Bros et Psyché les regardent et semblent tirer de ce spectacle des réflexions philosophiques.
La scène du pressoir offre quelques détails qui ne sont pas sans intérêt. Entre d’énormes poteaux dressés en terre, sont assujettis des rangs de madriers, séparés par des planches horizontales très-épaisses. Ces madriers pèsent sur une corbeille pleine de raisins ; le jus s’échappe à flots, tombe dans un large conduit en métal et de là dans une cuve. Deux génies ailés enfoncent des coins pour augmenter la
pression : un troisième, armé d’un pilon,
écrase des raisins dans un vase placé sur un fourneau. Prépare-t-il du vin cuit ? ou n’écrase-t-il le raisin et ne le fait-il chauffer que pour obtenir une fermentation plus rapide ?
Voilà ce que je ne saurais dire : peut-être fabrique-t-il simplement du raisiné.
L’industrie la plus flatteuse et le plus souvent choisie par les artistes de Pompéi est celle des fleurs. Le goût des fleurs et l’art de les
mêler aux cérémonies, aux fêtes religieuses ou domestiques, aux festins, avaient appartenu par excellence à la Grèce. Le nom d’Athènes, selon la naïve étymologie des paysans de l’Attique, viendrait de âvôoç, fleur. L’Atlique, en effet, malgré son aridité apparente, a une flore très-riche, que la nature renouvelle à chaque saison, aussi généreusement que dans les montagnes verdoyantes et les vallées fertiles de la Grèce ou de l’Asie-Mineure.
Dès le mois de février, les anémones aux couleurs variées, les narcisses aux grappes odorantes, les cyclamens serrés dans les fentes des rochers commencent à fleurir. Le printemps finit quand le nôtre commence et une autre série de fleurs plus robustes résiste mieux à la sécheresse et au soleil. Les orchidées, les bruyères blanches, les iris, les pensées couvrent les montagnes, les aspho-
dMes et les ornithogales tapissent les plaines. Plus tard, les lauriers roses qui remplissent les ravins et les torrents, les agnus-castus, les myrtes, le romarin, le thym» et d’autres plantes aromatiques bravent les ardeurs de l’été : les baigneurs du mois d’août trouvent la plage de Phalère toute blanche de lis sauvages qui s’épanouissent au milieu du sable et des coquillages rejetés par la mer. 11 faut avoir vécu longtemps en Grèce et en intimité constante avec la nature, pour comprendre le charme de celle flore que les Grecs avaient divinisée et dont ils s’enivraient. J’omets tout ce que la main des hommes avait apporté des pays lointains, cultivé, répandu dans les jardins; j’omets ces branchages poétiques qui contribuaient, autant que les fleurs, à décorer les temples, les colonnades, les maisons, le front des vainqueurs ou des convives.
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Lë commerce D'APRÈS LES PEINTURES 3SI On conçoit l’importance du commerce des fleurs avec de tels goûts : les Italiens et les Osques de Pompéi avaient pris aux Grecs ces habitudes et cette passion. Rien n’est plus gracieux que les peintures retraçant les travaux des petits génies qui figurent le commerce des fleurs \ La grande table, couverte de feuilles et de fleurs, les corbeilles qu’ils apportent, qu’ils vident, qu’ils emplissent, les guirlandes suspendues à des traverses qui touchent le plafond, les bandelettes autour desquelles s’ajustent les tresses, tout nous rappelle Glycère, la belle bouquetière de Sicyone qu’aimait le peintre Pausias, dont Pausias copiait les œuvres tant elle savait habile-
1. On peut comparer aux peintures les sarcophages romains où sont sculptées des scènes du même genre Gori. Inscr. Etrur., III, 9, et Columb.,'p. XI, vignette).
ment distribuer les nuances et composer ses bouquets. Les plus spirituelles représentations, dans ce genre, se trouvent dans quatre compartiments décoratifs d’une chambre sépulcrale que Santi Bartoli a dessinés. Des enfants cueillent des fleurs, remplissent leurs corbeilles, les portent sur leurs épaules, attachées en équilibre sur un bâton. On remarquera surtout le petit marchand qui se promène tout nu, portant, comme au bout d’une ligne, cette' série de guirlandes suspendues qui rappellent les cordes d’une harpe. Nos marchands de lacets ambulants n’ont point un autre système de suspension.
Enfin les peintres anciens, après avoir représenté diverses industries, devaient repré- , senter aussi les détails de leur art : c’est ce • ' qui nous touche le plus. Jahn ’ a réuni sur la
rianclio Y, fifr. 5 à H.
même planche les monuments figurés qui ont trait à ce. sujet. M. Leeraans l’avait fait avant lui'.
Le plus joli tableau est de Porapéi. La scène est un jardin: à travers un portique orné de guirlandes de lauriers et d’un bucrâne, on voit en perspective un vase sur un piédestal et une .statue, qui indiquent fort sommairement les distances : quelques liges de plantes à droite du portique ; à l’un des pilastres, est accroché un tableau avec son châssis composé de quatre bâtons cloués aux quatre angles. Au premier plan est assise une jeune femme, vêtue d’une longue tunique jaune et d’un manteau violet.
Elle regarde un Hermès de Bacchus à longue barbe, qu’elle copie : sa main gauche tient une palette, sa main droite prend un pinceau dans
1. Mededeeling omirent de Schilderkunst der Ouden, Amsterdam, 18 60.
la boîte à couleurs qui est ouverte et posée sur un tronçon de colonne ; à ses pieds un enfant tient le tableau qui l’occupe : ce tableau est encadré (j’allais dire tendu) dans son châssis ; on distingue une figure isolée qui doit être la copie de l’Hermès. Dans le fond, adossées au pilastre du portique, deux jeunes femmes contemplent attentivement l’artiste. L’une, la tête enveloppée d’un voile rouge, tient un éventail en forme de feuille ; l’autre, un doigt sur les lèvres, semble recommander le silence à son amie, pour ne pas interrompre ce beau travail.
Une composition du même genre , mais plus simple, a été trouvée encore à Pompéi, en 1 84C'. C’est encore une femme qui peint, assistée de deux femmes qui la regardent. La
■ 1 . DuUet. Napolit., V, p. 12.
l-E COMME^ICE D’APRÈS LES PEH(TURE8 Stt
plupart des archéologues ont pensé avec raison que cette femme était la célèbre laia de Cyzique, dont parle Pline *, et que Varron avait connue dans sa jeunesse. Elle avait travaillé à Rome et à Naples. A Rome, elle avait peint sur ivoire, à l’encaustique, des portraits de femme ; elle en avait peint aussi à la détrempe. A Naples, elle avait fait une vieille femme de grande dimension, et son propre portrait vu dans le miroir. Par. la rapidité et l’adresse, elle surpassait les peintres les plus célèbres de son temps, Sopolis et Dionysius.
On conçoit donc que sa mémoire fût demeurée chère aux habitants du golfe de Naples et aux Pompéiens.
Puisque nous venons de prononcer le nom de Yarron, il est bon de rappeler un bas-relief