‹ Le drame du Vésuve par m. BeuléChapitre 25 sur 34 · Peinluren antiques inédites, p · texte numérisé non relu

Peinluren antiques inédites, p

pinceaux modernes; il est composé de poils liés par un ÛI serré dont on peut compter les tours. De même le chevalet qui est dressé à gauche et supporte un portrait dans son cadre, est semblable à nos chevalets modernes. Il a

ses trois pieds : des trous percés sur les montants, de distance en distance, se correspondent de manière à ce que le tableau puisse être haussé ou baissé à volonté.

On remarque un chevalet du même genre et dé plus le pliant si simple dont se servent les peintres et qu’ils appellent un pinchard, dans une miniature du monument de Dioscoride, qui est à Vienne Le peintre qui copie pour Dioscoride la mandragore dont les racines

1. Visconii, Iconogr, grecque, pl. XXXVl. — Benjamia Filhon, Description de la villa et du tombeau d’une femme artiste gallorromaine, etc. Fontenay, 18 49. Voyez sur ce sujet le mdmoire dcM. Cliovreul, dans le recueil de l’Académie des sciences.

se divisent comme quatre membres du corps humain, a même la chevelure hérissée de certains artistes modernes, qui pensent nous

rendre ainsi -plus sensible le génie qui travaille leur cerveau, au dehors comme au dedans. De plus, la feuille de parchemin sur laquelle il faut peindre est fixée sur la planche du chevalet par des viroles de cuivre qui ressemblent tout à fait aux viroles aplaties que les artistes nomment pour celte raison des punaises.

C’est ainsi que, malgré la différence des temps et des procédés, on constate avec surprise que les modernes sont peu inventifs, en fait d’ustensiles, ou plutôt que les anciens avaient inventé déjà tout ce qui était nécessaire, rationnel, accommodé aux besoins matériels de l’art. En 1847, on a trouvé en Vendée, à Saint-Médard-des-Prés, les restes d’une

villa décorée de peintures très-soignées et un tombeau. Autour d’un squelette de femme étaient rangés quatre-vingts vases de verre, qui contenaient encore des restes de couleurs ; dans un coin de la tombe étaient des débris d’une boîte de bois à poignée de cuivre, semblable à nos boîtes de peintres. Il y avait dans cette boîte un vase de cristal de roche, un manche de couteau en bois de cèdre, un mortier d’albâtre pour broyer et délayer les couleurs, un pilon en forme de pouce, des couteaux à palette, etc. Une autre boîte en bronze était destinée aux couleurs. Je renvoie à la publication de M. Filhon, pour les détails de celle intéressante découverte ; de même que je crois inutile de rc[)roduire les descriptions antérieures des archéologues sur deux caricatures célèbres de Pompéi, qui représentent l’atelier d’un peintre, avec le modèle, le chevalet, le

broyeur de couleurs, l’élève qui travaille sur ses genoux. On a vu ces spirituelles pochades reproduites dans la plupart des ouvrages qui ont traité de Pompéi.

Je voudrais ajouter aux renseignements sur l’industrie et le commerce tirés des peintures antiques, ceux que m’a fournis l’élude des boutiques mêmes de Pompéi. Ce complément me parait utile et fera l’objet d’un dernier chapitre.

J’ai décrit les peintures antiques qui nous faisaient connaître les détails du commerce et de l’industrie au premier siècle de notre ère. Les boutiques de Pompéi contiennent des enseignements d’un autre genre qui ont aussi leur intérêt et leur précision. C’est de l’histüirc familière , racontée par les monuments eux-mêmes , c’est-à-dire prise sur le vif.

Ce qui frappe d’abord à Pompéi, c’esl

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qu’il y a des boutiques partout. Comme à Rome, c’était une source de revenus, et les plus riches propriétaires ne négligeaient point de bâtir, sur les quatre rues qui déterminaient leur îlot de terrain, des boutiques qu’ils multipliaient autant qu’il était possible. Les ruines qu’on a découvertes sous l’église de Sainte-Anaslasie, à Rome, au-dessous du Palatin, laissent môme supposer que les empereurs faisaient cette spéculation. Les propriétaires des maisons de Pompéi étaient d’ailleurs presque tous des marchands. Les plus belles maisons sont flanquées de boutiques à droite et à gauche de la porte d’entrée ,• et les boutiques communiquent directement, soit avec l’atrium, soit avec le couloir qui mène de la porte à l’atrium.

Ces boutiques, plus spacieuses que les autres, servaient donc au propriétaire : il y vendait

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des objets propres à son commerce ; il y avait son comptoir, si c’était un changeur ou un banquier (le coffre-fort était dans le fond de l’atrium, scellé sur le sol ) * ; il y exposait un choix de marchandises s’il faisait trafic d’é toffes, de tapis, de cordages, d’agrès, etc. ; enfin, ses esclaves ou son portier {dispensator) y vendaient son huile, son vin, son blé, ses fruits, s’il était un propriétaire rural, vivant de ses produits, comme certains propriétaires de Florence font vendre leur vin par leur portier.

Ce qui frappe surtout, c’est que presque tous les habitants de Porapéi exerçaient une indus-

1. On a trouvé plusieurs de ces' coffres-forts, garnis de Landes de fer et de clous comme les n^^res, fixés par une barre de fer scellée dans le sol; cette barre pénétrait par un trou ménagé dans le fond du coffre ; le coffre étant ouvert, on passait dans l’orifice qui terminait la barre de fer une traverse qui la retenait et empêchait d'enlever le ooffre-fort.

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trie, soit par eux-mêmes, soit par leurs affranchis, soit par leurs esclaves. On conçoit l’exclamation naïve de ce Pompéien qui a fait encastrer en mosaïque dans le dallage de sùn atrium l’inscription suivante : « Salut, gain »

SALVE, LVCRV.

Tout le monde a présentes à l’esprit les dispositions si élémentaires d’une boutique de Ponipéi. C’esl une ouverture presque égale à la distance des deux murs qui déterminent la largeur de la boutique. Le jour, cette vaste baie est ouverte aux passants; la nuit, elle est close par des volets épais en bois qui se glissent dans une rainure ménagée par l’architecte sur le sol. Ces clôtures ont été rongées par le temps et l’humidité ; mais elles ont laissé leur empreinte sur les cendres du Vésuve qui les ont ensevelies. M. Fiorelli a fait couler du plâtre dans les moules naturels ou bons-creux que

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le bois avait laissés en pourrissant. On peut voir aujourd’hui comment se recouvraient les planches de ces fermetures, comment la porte était ménagée sur lé côté, quelle grosse serrure la fermait; on comprend aussi le texte du Digeste ’ qui nous apprend que parfois une chaîne assujettissait les volets et les rendait soHdaires.

L’intérieur de la boutique était généralement divisé dans sa hauteur : le rez-de-chaussée était pour l’industrie; l’entre-sol servait de logement et d’entrepôt au marchand. L’existence de ces entre-sols est démontrée par les trous des poutres qui supportaient le plafond, et par les escaliers ou traces d’escaliers qui y conduisaient.

Devant chaque boutique règne un trottoir,

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