LES BOUTIQUES DE PÜMPÉI
encorbellement, comme le trésor de Mycènes.
Le four me fait penser au potier dont la fabrique était située hors les murs, sur la voie des Tombeaux. Lui aussi avait un four et un four excellent, à reverbère, construit en pierres et en ‘briques. La voûte du fourneau était plate, percée de petits trous pour laisser entrer la llamme dans la partie supérieure du four proprement dit où les vases cuisaient. Dans les parois, des ouvertures étaient ménagées et des tuyaux de terre cuite permettaient d’activer ou de modérer la cuisson. Trente-quatre petites marmites étaient encore dans le four, qui s’est malheureusement écroulé en \ 85 i.
Lorsque j’ai décrit la boutique de Noiiius Campanus, j'ai omis à dessein, parmi les objets qu’on y a trouvés, ceiit quatre couvercles de vases. 11 n’y avait que des couvercles ; les vases étaient restés en débris dans la boutique
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située eu faee, qui était celle d’uii potier ou d’un marchand de vases. Quand rimmenso quantité de vapeur d’eau que vomissait de temps à autre le Vé.suve se condensait, de véritables torrents tombaient sur Pompéi et entraînaient les objets ainsi qu’une inondation. J’en ai cité jadis des preuves, en voici une nouvelle : l’eau a bouleversé la boutique du marchand de vases, renversé et brisé les vases eux-mômes ; mais comme les couvercles étaient à la fois plus résistants et plus propres à flotter, le courant les a entraînés dans la boutique de Nonius Campanus où ils ont été rejetés' et entassés.
Je m’étais promis de ne point parler des marchitnds d'huile. Cependant les fouilles de 1 Sbâ ont découvert une boutique assez belle pour mériter une exception elle est située au coin de la rue de la Fontaine-dii-Bœuf cl donne sur la rue de Stabia. Le comptoir est revêtu de
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marbre gris et de cipollin. Sur le devant, il y a une plaque ronde de serpentin et des rosaces. Sur l’appui du comptoir, le pied d’un vase de bronze est resté adhérent ; le vase lui-même a disparu. Huit jarres sont encastrées dans la maçonnerie du comptoir. La neuvième est dans l’angle, auprès d’une petite cave ou puits revêtu de ciment. C’était là qu’on conservait l’huile dans sa fraîcheur et qu’on la puisait. La même habitude s’est conservée dans l’Italie méridionale.
N Quant aux tavernes proprement dites ou boutiques de marchands de vins, elles ont été trop souvent .décrites pour qu’il soit utile d’y revenir. J’en citerai deux seulement, parce que le nom de leur propriétaire est connu. La plus vaste est celle de Fortunata, derrière la fontaine qui représente un aigle tenant un lièvre dans ses .serres ; c’est le sujet figure sur les monnaies
d’Agrigente. L’inscription qui mentionne Fortunata est sur le pilier extérieur ; le comptoir de maçonnerie est recouvert de marbre et, sur ce marbre, les tasses et les verres ont laissé une marque ronde, trace évidente de leurs pieds. Au fond de la boutique, ‘deux petites cbarnbres recevaient les consommateurs plus importants. La taverne de Phœbus est à côté de la citerne publique; elle contenait, quand on l’a fouillée, une tirelire, un squelette d'homme et deux squelettes d’animaux. L’inscription, qui a fait connaître le nom de Phœbus, est ainsi conçue : « Phœbus et ses clients vous prient « d’élire duumvirs M. Holconius Priscus et (’. Gaulus Rufus. » Je puis citer encore Pérennius Nymphérois, le marchand de boissons chaudes. Les verres et les lasses ont laissé une marque sur , le marbre du comptoir, dont leur pied protégeait la surface. Une tête d’en-
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fanl en marbre est engagée dans ia maçonnerie d’une niche ; sans doute, c’était un fragment de statue brisée dans le récent tremblement de terre et recueilli par Nymphéroïs. On a trouvé dans la boutique une lampe et un phallus de bronze avec des clochettes.
Pompéi avait aussi ses auberges. 11 y avait, comme dans l’Italie, l'albevgonohile et l’auberge plus vulgaire, la locanda. L’auberge plus riche était dans la ville, auprès de la porte d’Her-
culanum. Elle appartenait à Âlbinus, dont le
nom, tracé en lettres noires, a été recueilli pendant les fouilles de 1770. On voit encore la pierre pour les cavaliers qui montaient sur leur cheval, le seuil abaissé pour le pas- .sage des chars, la vaste cour avec cuisine et chambres de voyageurs, les deux cafés {ihermopoles), l’iin, intérieur, l’autre, voisin et communiquant avec l’intérieur de l’auberge.
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Il est de môme encore dans nos villes de province. Dans l’écurie, on a recueilli des osse- , ments de chevaux, des essieux, des débris de char. La cave a 35 mètres de largeur et trois soupiraux.
Sur la voie des Tombeaux, en dehors de la vide par consé iuent, était une auberge moins élégante. Klle fait partie d un long bâtiment avec un portique cl des boutiques sous les arcades. Une fontaine et un abreuvoir indiquent un lieu de halte pour ceux qui en-
traient dans Pompéi et allaient au marché.
Les paysans s’y arrêtaient volontiers, car on a trouvé le squelette d’un âne et les débris d’une petite cbari-etle, un mors, divers comestibles. Le bâtiment est couvert enterrasse; les chambres étaient au-dessus des boutiques.
.le terminenai en citant la petite aul)crge de l'Éléphant, découverte, en I 861, à côte do la
l,i,S ItOL'TKHES HOMPÉl :kÆ
maison de Siricus, A l’extérieur, est peint un éléphant entouré par un énorme serpent et conduit par un nain. Une inscription nous apprend que Sittius a restauré ou fait restaurer celte peinture ’ ; car l’on ne sait si c’est le propriétaire ou le peintre qui s’appelait Sittius. Je croii ais plus volontiers que c’est le propriétaire, parce que les peintres de Pompéi n’avaient point riiabiltide de signer leurs oeuvres. Une autre inscription avertit les passants qu’ils trouveront dans cette maison hospitalière toutes les commodités désirables et une salle à manger avec trois lits :
HOSPITIVM HIC LOCATVU TIUCLINIV.M CVM
TuiBvs LECTis ET comm[odis]. L’ililérieur e.st très-petit, très-modeste, la décoration, nulle: on n’a trouvé que des ustensiles de
l. SITTIVS BKSTITVIT ELEPA.NTVM. L'II de/e-
phantus a ùl6 omis.
cuisine. Je suppose qu’on venait à l' Éléphant faire des parties fines, comme de nos jours chez le traiteur; peut-être même étaient-ce des parties de débauche, attendu que le quartier devait être mal famé ; en face est le lupanar, que son plan, ses peintures, ses inscriptions ne permettent point de méconnaître. Mais j’arrive ici à un genre d’industrie qu’il ne me convient point de décrire. Je termine sans avoir épuisé mon sujet.
ElN