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CHAPITRE IV

L'existence de la Franc-Maçonnerie

ne peut s'expliquer

que par l'existence d'un Pouvoir occulte.

ou LA FRANC-MAÇONNERIE TROUVE-T-ELLE LES ÉLÉMENTS DE SA FORCE?

Après l'étude faite dans les précédents chapitres nous savons avec certitude :

1^ Que la Franc-Maçonnerie est une société secrète qui s'efforce de nous cacher son but ;

2^ Qu'elle n'y parvient qu'en accumulant mensonges sur mensonges ;

3° Qu'elle est maîtresse de la France.

C'est en nous appuyant sur ces faits acquis que nous devons raisonner pour découvrir les uns après les autres tous les secrets que nous a si bien dérobés jusqu'ici l'association maçonnique.

Puisque cette association est maîtresse de la France, nous devons conclure qu'elle détient d'indiscutables éléments de force.

Ces éléments lui sont-ils apportés par dos causes extérieures, ou bien sont-ils inhérents à sa nature, à sa constitution, à quelque cause mystérieuse et profonde qui est cachée au fond d'elle?

Nous sommes conduits à admettre cette seconde manière d'envisager la question par les considérations suivantes.

D'abord la Franc-Maçonnerie est une association bientôt deux fois séculaire; c'est le minimum de durée qu'on puisse lui reconnaître.

En effet, en admettant qu'on doive écarter toutes les versions qui circulent sur son antiquité et qui sont, les unes obscures et imprécises, les autres plus ou moins fabuleuses, nous sommes tout au moins absolument sûrs d'une chose : c'est que la Franc-Maçonnerie a paru en France et dans toute l'Europe continentale, sous sa forme actuelle, depuis bientôt deux cents ans. Là-dessus, aucune contestation n'est élevée, aucun doute n'est possible. C'est un fait universellement reconnu, que les premières loges françaises ont été fondées de 1720 à 1730 et que, moins de vingtcinq ans après, une multitude d'autres se sont trouvées constituées, non seulement en France, mais encore dans toute l'Europe. Donc, s'il y a place pour la discussion en ce qui concerne les époques antérieures à 1730, en revanche il y a certitude absolue au sujet de l'existence de la Franc-Maçonnerie actuelle depuis cette époque. On peut même tenir pour certain qu'elle existait bien avant en Angleterre. Mais nous voulons prendre la version la plus défavorable à notre thèse. Ce faisant, nous sommes obligés de reconnaître à la Franc-Maçonnerie une durée de bientôt deux siècles. Encore une fois, c'est là un minimum indiscutable et d'ailleurs indiscuté.

D'autre part, il existe des francs-maçonneries con-

nues dans tous les pays, ou à peu près. Ces Maçonneries présentent des différences, sans doute. Mais elles offrent toutes aussi des caractères communs qui suffisent à prouver qu'elles sont rattachées entre elles par un lien mystérieux.

C'est d'abord l'obligation au secret. C'est aussi, avec quelques variantes, les cérémonies, les catéchismes, les légendes, les symboles, les mots sacrés, les signes et attouchements par lesquels les francsmaçons se reconnaissent entre eux. C'est encore les temples, les parures, les objets du culte, peut-on dire. C'est, lorsqu'on regarde de plus près, un esprit de famille reliant tous ces groupes qui, au premier abord, peuvent sembler étrangers les uns aux autres, esprit qui ne se manifeste pas partout de la même manière, mais qui, malgré cela (c'est un fait extrêmement curieux) empêche les ruptures définitives, même alors que certaines maçonneries se jettent dans des voies absolument opposées à celles où demeurent les maçonneries des autres pays. Enfin, ce qui est très extraordinaire et commun à tous les groupements maçonniques, c'est quelque chose sur quoi nous devons réfléchir plus que sur tout le reste, qu'on appelle les grades, et par quoi sont constituées des catégories de francs-maçons qui ont des secrets les uns pour les autres, comme ils en ont pour les profanes. Les grades ne portent pas partout les mêmes noms. Ils varient aussi dans la forme; et ces variations constituent ce qu'on appelle les rites. Mais, dans toutes les Maçonneries, il y a partout de ces catégories différentes d'initiés auxquels on dévoile certains symboles et

certains <( mystères » à mesure que le grade auquel ils sont parvenus est plus élevé ; et, partout, ces catégories de maçons forment au sein de la Maçonnerie des sociétés dont les supérieures sont absolument secrètes pour les inférieures.

C'est là un caractère qu'on trouve dans tous les groupements maçonniques, et qu'on ne trouve que chez eux, qui s'est perpétué depuis que la Maçonnerie existe, qui sert pour ainsi dire de base à cette Franc-Maçonnerie, dont les divisions administratives sont pourtant si nombreuses. Caractère étrange, en vérité ! Et c'est précisément parce qu'il est étrange et unique, parce qu'il s'est perpétué à travers les générations, parce qu'il est. commun à toutes les maçonneries, c'est pour cela que toutes celles-ci doivent être considérées comme les rouages d'un même organisme, comme les régiments d'une même armée, comme les branches d'un même arbre. Régiments équipés de manière diverse, sans doute ; mais nous verrons pourquoi. Branches sur lesquelles des greffages ont été opérés, qui rendent dissemblables les feuilles et les fruits ; mais dont le tronc commun, dont la souche unique reste reconnaissable pour quiconque les examine minutieusement. C'est l'ensemble de toutes ces francs-maçonneries qui constitue la Franc-Maçonnerie universelle ; et c'est ce qu'expriment certains auteurs maçonniques lorsqu'ils disent que la Maçonnerie n'est pas française à Paris, allemande à Berlin, anglaise à Londres, mais qu'elle est une et universelle.

De ce que la Franc-Maçonnerie est maîtresse abso:

lue de la magnifique entité historique que fut la France, nous devons conclure, avons-nous dit, qu'elle détient d'incontestables éléments de force. Mais en considérant qu'elle est séculaire et universelle, nous sommes obligés d'admettre quelque chose de plus: c'est que les éléments de sa force ne lui sont pas apportés par des circonstances accidentelles. Ils dérivent de sa nature propre. En effet, une association n'est pas séculaire et universelle sans être robustement constituée.

Ils dérivent de sa nature, disons-nous ; et, par conséquent, ils doivent servir à nous faire découvrir celle-ci.

Mais où sont-ils?

Certains catholiques croient résoudre la question en disant : Ne cherchons pas ; c'est le diable qui est là-dessous.

Ayant cette conviction, ils devraient, au contraire, se dire : raison de plus pour chercher !

Ne savent-ils pas que Dieu, le Dieu à la toutepuissance duquel ils croient d'une foi profonde, se manifeste dans ce moade par des intermédiaires humains et qu'on le frappe d'une certaine manière en frappant ceux-ci? Il a, par exemple, pour moyen d'action, l'Eglise, c'est-à-dire une organisation composée d'éléments vulnérables parce qu'ils sont humains. Les catholiques croient que blesser l'Eglise, c'est blesser Dieu. Ils le disent et ils en sont convaincus. Mais, qu'ils y songent ! Les adversaires de l'Eglise pourraient-ils attaquer celle-ci avec quelque chance de succès, s'ils ne commençaient par l'étudier, s'ils

n'acquéraient la connaissance des points faibles que présentent forcément ces éléments humains qui la constituent. Dès lors qu'ils sont pénétrés de ces idées pour ce qui concerne l'Eglise du Christ, comment les catholiques ne voient-ils pas que la Franc-Maçonnerie, considérée par eux comme l'Eglise de Satan, doit, elle aussi, être étudiée et connue dans sa constitution humaine et par conséquent vulnérable, pour pouvoir être attaquée avec succès? Gomment ne comprennent-ils pas qu'un catholique qui refuse de se livrer à l'étude rationnelle de la question maçonnique est un catholique qui refuse de s'armer pour la défense de sa foi et que, plus il croit à l'origine surnaturelle de la Franc- Maçonnerie, plus le devoir d'une pareille étude est rigoureux pour lui? Crier: A bas la Franc-Maçonnerie ! sans se donner la peine de savoir le fort et le faible de cette association, sans étudier ses moyens d'action et les causes de ses triomphes, c'est pour le croyant mal remplir son devoir vis-à-vis de sa religion, comme ce serait pour un Français mal remplir son devoir de patriote que de se borner à crier : A bas les Allemands ! le jour où la France se trouverait envahie par les armées allemandes. Ceux des catholiques qui agissent ainsi se chargent de lourdes responsabilités; car ils préparent par leur abstention les défaites de cette Eglise à laquelle ils se prétendent attachés.

Ayons donc le courage d'accomplir tout notre devoir, et cherchons les raisons humaines de la force maçonnique.

INFERIORITE INTELLECTUELLE ET MORALE DES FRANCS-MAÇONS ET DE LEURS CHEFS APPARENTS.

La puissance d'une société résulte, nécessairement de l'une des causes suivantes ou de leur réunion :

1° La valeur de ses membres ;

2° La valeur de ses chefs ;

3° La supériorité de son organisation.

Nous devons examiner par laquelle de ces trois causes il serait possible d'expliquer la puissance delà société maçonnique.

Tout d'abord, valeur des adeptes.

Là-dessus, notre examen ne sera pas bien long.

Chacun connaît ou a connu quelque franc-maçon, et a pu juger, à part de rares exceptions, que ce francmaçon-là, bien loin de pouvoir être considéré comme supérieur, était, au contraire, parfaitement médiocre. C'est de ces médiocrités qu'est formée l'association.

Prise dans son ensemble, la Franc-Maçonnerie française se compose des éléments suivants : des avocats que les plaideurs ne nourrissent pas ou nourrissent mal ; des médecins que les malades n'appellent guère à leur chevet ; des professeurs incompris, parce qu'ils n'ont pas grand chose à faire comprendre ; des instituteurs moins riches de science que de vanité ; des officiers subalternes dont l'insuffisance a retardé l'avancement; des journalistes qui veulent se créer des relations politiques ; des phraseurs, des hâbleurs, des menteurs, autour desquels s'agite une masse confuse de petits boutiquiers, de marchands, tailleurs,

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épiciers, coiffeurs ; de cabaretiers surtout, beaucoup de cabaretiers ; — le cabaretier est la colonne de la Maçonnerie française, et le café de province est le vestibule du Temple : — telle est la nomenclature exacte des catégories de citoyens dans lesquelles se recrutent ceux qui s'affublent du titre macabre d' « enfants de la Veuve ». Est-ce sur une telle composition, si inférieure, tant au point de vue intellectuel qu'au point de vue moral, que peut se fonder la puissance d'une association maîtresse de la France, et qui est, en même temps, séculaire et universelle? Evidemment non.

Cette puissance repose-t-elle sur la valeur des chefs? Pas davantage. Car ces chefs, ou du moins ceux qui passent pour tels, sont à la hauteur des troupes que nous venons d'énumérer. Du reste, tous sortent du rang, non pas au choix, pas même à l'ancienneté, mais à l'élection. C'est par le vote de la multitude que sont créés les vénérables et les officiers des loges, ainsi que les membres du Couvent. Ces chefs sont, en quelque sorte, le reflet éclatant des petitesses, des envies, des ignorances et des vices de ceux qui les ont élevés sur le pavois. Ces derniers les choisissent naturellement à leur image. C'est logique.

Au surplus, nous sommes à même de nous rendre compte de la valeur de ces chefs. Nous pouvons opérer leur mensuration intellectuelle et morale, puisqu'ils sont actuellement au plein jour de la scène politique. C'est le F.-. Desmons qui était, en 1906 et 1907, président du Conseil de l'Ordre. En 1907 et 1908, c'est le F.-. Lafferre. Avant eux, c'était, à tour de rôle, les

FF.-. Blatin, Laiïerre, Delpech. Après eux, ce sera encore Delpoch, Lafîerre, Blatin, ou l'équivalent. Autour de ces personnages, qui ne se font connaître par aucune supériorité, par aucun service rendu, par aucune découverte dans aucun ordre des connaissances humaines, et que leur médiocrité, plutôt indigente, eût laissés parfaitement ignorés dans le monde profane, nous apercevons des illustrations maçonniques qui s'appellent Pochon, Cocula, Gustave-Adolphe Hubbard, Brisson, le sénateur Wuillod, ex-hommecanon des Folies-Bergère, toutes les notoriétés politiques plus ou moins ternies dans l'affaire du Panama, les Humbert, Geyer, celui-là qui prononça devant les francs-maçons assemblés au Couvent, la fameuse

parole : «Mes frères, l'Etat, c'est nous ! » et qui,

ainsi que nous l'avons dit, illustra la Maçonnerie en filant à l'étranger avec la caisse qui lui avait été confiée. On pourrait donner, comme pendant à celui-là, un autre escroc de la famille de la Veuve, le F.*. Mayer, ancien directeur de la Lanterne. Wilson fut aussi parmi les francs-maçons marquants et marqués. Et combien d'autres de même qualité !

Est-ce par l'action de tels chefs de file qu'une association peut durer deux siècles à l'état universel, et réduire sous sa domination un pays comme la France? C'est impossible. Il est, au contraire, prodigieux qu'ils ne tuent pas cette association sous eux.

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