SON PRÉSIDENT OU GRAND MAITRE
L'organisation administrative d'une des fédérations nous montrera celle de toutes les autres.
Nous choisissons la Fédération qui est la plus connue dans notre pays, celle qui porte le nom de Grand Orient de France.
La Fédération du Grand Orient de France compte actuellement un peu plus de 20.000 adhérents, répartis entre environ quatre cents ateliers. Ce dernier chiffre est variable ; car des ateliers peuvent naître ou mourir tous les jours. Les ateliers ont leur autonomie ; mais, en même temps, ils reconnaissent u autorité administrative fédérale, qui est créée p eux chaque année, à l'élection.
Tous les ans, les ateliers nomment, au mois de décembre, des délégués au Couvent, à raison d'un par loge. Ces délégués se réunissent une fois par an, en septembre, pour former une sorte d'assemblée législative appelée Couvent, et pour nommer trente-trois membres d'un Conseil directeur appelé Conseil de l'Ordre.
Le Conseil de l'Ordre est, pour ainsi dire, le Comité exécutif de la fédération du Grand Orient, quelque chose comme un Conssil des Ministres. Il a à sa tête un bureau et à la tête du bureau un président. Ce président tient lieu de ce que, dans d'autres fédérations, on appelle le Grand Maître.
Le Couvent représente, avons-nous dit, la Chambre législative. On peut le considérer comme l'assemblée souveraine de la fédération. Souveraineté apparente et illusoire toutefois, que cette souveraineté administrative. Nous nous en rendrons compte plus tard.
Les attributions du Couvent sont les suivantes :
Il examine les questions qui sont de l'intérêt général de la fédération. Il entre, au besoin, mais rarement, en rapports avec les fédérations ou puissances maçonniques étrangères. Il vote et règle le budget de la fédération. Il décide des modifications qu'il juge à propos d'apporter aux statuts. Sous prétexte d'intérêt général de la fédération ou de la Maçonnerie, il s'occupe aussi, et avec une ardeur fanatique, de questions d'ordre politique et religieux. Tout cela, conformément aux indications qui sont données par les loges à leurs délégués. Enfin le Couvent nomme les membres du Conseil de l'Ordre.
Le Conseil de l'Ordre se compose de trente-trois membres. Il est renouvelable chaque année, mais seulement par tiers, de sorte que chacun de ses membres est élu pour trois ans. C'est de ce Conseil que le F.', député Lafîerre était président au moment de l'affaire des fiches, et c'est la même présidence qu'occupe de nouveau, en 1907-1908, ce même F.-. Lafferre.
Cette présidence remplace, avons-nous dit, la Grande-Maîtrise qui existe dans la plupart des autres fédérations, comme elle existait d'ailleurs au Grand Orient, avant 1872. Président du Conseil de l'Ordre ou Grand-Maître d'une fédération, c'est à peu près équivalent. Un Grand-Maître, qu'on ne s'y trompe pas, n'est donc que le président d'une administration fédérative maçonnique. Nous verrons que cela n'a pas l'importance que le vulgaire s'imagine.
Voici, maintenant, quels sont les liens qui unissent les ateliers d'une même fédération.
Il y a un budget fédéral alimenté par tous les ateliers, un siège social, une raison sociale, un règlement général et une Constitution imposant des obligations, pécuniaires et autres, communes à tous les ateliers et à chacun des membres de ces ateliers. Rien de semblable, nous l'avons dit, entre les différentes fédérations qui ne semblent pas reliées entre elles administrativement.
Les vingt mille francs-maçons de la fédération du Grand Orient sont répartis dans quatre cents ateliers environ, soit une cinquantaine de membres, en moyenne, dans chaque atelier.
C'est par ateliers que se réunissent habituellement
les francs-maçons, donc par très petits groupes, et non par grandes masses. Ils paraissent tenir beaucoup à cela. Ils nous en fournissent la preuve par le fait que, dans les villes tant soit peu importantes, on les voit toujours fonder un certain nombre d'ateliers, au lieu de se réunir en un seul. Il est prévu dans les statuts que sept maçons ayant le grade de maître, pas davantage, suffisent pour constituer un atelier. Il y a lieu de nous étonner de ce morcellement des fédérations. Nous en apercevrons la raison lorsque nous aurons poussé plus avant dans notre étude.
Donc pas de division intermédiaire entre ces grandes agglomérations : les fédérations, et ces minuscules ateliers de cinquante membres en moyenne, dont quelques-uns ne comptent même qu'une dizaine d'initiés. Par contre, il est à noter qu'en principe un maçon, membre d'un atelier constitué par l'une ou l'autre des fédérations régulières, a le droit de pénétrer dans tous les autres ateliers de même grade que le sien. Il y est admis à titre de « visiteur ». S'il n'y vote pas, il y peut parler et discuter, comme s'il était dans son propre atelier. Un peu de réserve discrète lui est seulement commandé.