LES CATÉCHISMES. LA CHAMBRE DU MILIEU
LE CADAVRE d'hIRAM.
Les ateliers possèdent, eux aussi, leur administration particulière qui se meut dans les limites tracées
par les statuts de la fédération. Ils ont, comme celle-ci, un budget, un siège et un règlement qui établit des obligations, pécuniaires et autres, communes à tous leurs membres.
Tandis que la fédération est administrée par un Gonvent et par un Conseil de l'Ordre, les ateliers sont administrés par des officiers.
Comme les membres du Couvent et ceux du Conseil de l'Ordre, les officiers sont nommés à l'élection. Ils sont renouvelables chaque année, mais aussi rééligibles.
C'est donc bien le principe de Télection qui assure l'autorité administrative dans la Maçonnerie. Autrement dit, cette autorité vient d'en bas ; et une telle organisation semble, au premier abord, condamner absolument l'hypothèse d'une direction occulte. Nous notons cette remarque en passant. Ce n'est pas inutile. Mais nous verrons bientôt ce qu'il en faut penser.
Il y a un grand nombre d'officiers dans les ateliers : Vénérable (on dirait, en style ordinaire, président) premier surveillant et second surveillant (premier et second vice-présidents), orateur, secrétaire, trésorier, hospitalier, grand expert, couvreur appelé aussi tuileur ou frère terrible (portier), maîtres des cérémonies, maîtres des banquets (il y en a plusieurs d'une et d'autre sorte), porte-étendard, archiviste, etc., etc. Il y a plus d'offices à remplir qu'il n'y a de membres dans les ateliers peu nombreux. Aussi arrive-t-il fréquemment qu'un franc-maçon est obligé de cumuler plusieurs offices dans son atelier.
Les cinq premiers officiers sont appelés « les cinq
lumières » de l'atelier. Ils composent le Conseil d'administration de celui-ci avec le trésorier et l'hospitalier. En dehors de l'atelier, cette qualité de « lumière)) ne leur donne aucun pouvoir éclairant, ni aucune prérogative. Un Vénérable n'est donc pas une si haute personnalité maçonnique que le suppose le public profane. Ce n'est que dans son atelier qu'il est « première lumière )), et il ne l'est que pour un an, à moins qu'en le réélisant, on ne rallume sa mèche pour une nouvelle année. Partout ailleurs, il n'est qu'un maçon comme tous les autres, c'est-à-dire, non plus une « lumière », mais un simple lumignon.
Voilà à peu près tout ce qu'on sait de l'organisation maçonnique ; et il faut avouer que, le système électif étant à la base de tout cela, on n'y voit rien qui puisse expliquer la puissance de l'institution.
Alors?
Alors, nous devons nous dire que si c'est là tout ce qu'on sait, il ne s'en suit pas qu'il n'y ait que cela. La Maçonnerie est une société secrète, ne l'oublions pas. Elle veut, à tout prix, nous cacher son but. Elle doit donc nous cacher tout ce qui, en elle, est important au point de vue de la réalisation de ce but. Or, quoi de plus important, dans une société, au point de vue de la réalisation de son but, que l'organisation de cotte société? Les fondateurs ne lui donnent-ils pas telle organisation plutôt que telle autre, selon le but en vue duquel ils la fondent? La Franc-Maçonnerie nous cachant son but, elle doit forcément nous cacher, sinon toute son organisation, du moins une partie, la plus importante, — celle-là précisément par laquelle s'ex-
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pliquerait la singulière puissance de cette association séculaire et universelle.
Obstinons-nous donc encore dans notre recherche. Pénétrons au sein des réunions maçonniques et, en étudiant ce qui s'y passe, essayons de surprendre le secret qui, très certainement, nous est ici dérobé.
Le Couvent, nous l'avons dit, ne se réunit qu'une fois par an. Les courants delà vie maçonnique ne peuvent donc s'y concentrer que momentanément. C'est dans les ateliers qu'ils doivent se faire constamment sentir, puisque c'est là que les maçons se rencontrent le plus souvent.
Ici, il faut que nous sachions qu'il existe différentes sortes d'ateliers, comme il existe différentes sortes de francs-maçons. Cela n'apparaît pas, ou n'apparaît guère à l'examen des statuts qui règlent l'organisation administrative maçonnique ; mais on n'a tout de même pas pu le cacher complètement.
Les ateliers dans lesquels la vie maçonnique est la plus intense, les seuls d'ailleurs qui soient ouverts à tous les francs-maçons, s'appellent des loges. Pénétrons-y.
Nous serons tout de suite frappés de ce fait que les maçons qui s'y trouvent sont différemment ornés. Les uns portent un simple petit tablier de peau blanche par dessus leur vêtement ; et, ce tablier, on constate qu'il leur est enjoint de ne pas le porter tous de la même façon. Les autres ont la poitrine traversée par un cordon de moire bleue, — cela, en dehors des insignes qui servent à distinguer les officiers de la loge et qui consistent en colliers de même étoffe.
On est donc amené à conclure qu'il existe des classes différentes de francs-maçons. Et, en effet, si, cette remarque faite, on relit les statuts avec un peu plus d'attention, on s'aperçoit qu'en dehors de ce qui concerne l'administration proprement dite, il y a autre chose, dont on parle sans trop y insister, mais qui donne bien l'idée de catégories de francs-maçons disposées par degrés, qui sont appelés grades.
On voudrait alors savoir ce qui différencie ces catégories. Rien dans les statuts ne le dit. Pour en avoir quelque idée, il faut mettre la main sur un de ces livres sacrés maçonniques, qui sont spéciaux à chaque catégorie de francs-maçons, et qu'on ne confie qu'à ceux qui appartiennent à cette catégorie, avec défense expresse de les montrer à ceux des catégories inférieures. On appelle ces livres des rituels.
Emparons-nous de ces rituels. Ils vont sans doute nous apprendre quelque chose d'intéressant.
Quelle désillusion ! Ils sont remplis de stupidités tellement grossières qu'on en est déconcerté. Quant aux catégories diverses de francs-maçons, les rituels nous les montrent comme n'étant différenciées que par l'espèce particulière de stupidités qui est réservée à chacune d'elles. Ces stupidités, les francsmaçons n'ont droit d'en connaître certaines qu'après qu'ils ont subi des stages rigoureux.
Par exemple, le maçon qui n'est encore qu'apprenti (c'est le 1^^ degré ou 1^^ grade, c'est-à-dire le grade inférieur) est considéré par le rituel comme ayant « trois ans ». Le compagnon (2^ degré) a « cinq ans ». Le maître (3^ degré) a « sept ans et plus ».
Au-dessus de ces trois grades, qui forment la base de la Maçonnerie, il y en a beaucoup d'autres. On compte trente-trois grades dans la fédération du Grand-Orient. Il y en a beaucoup plus dans certaines autres fédérations. Tous ces grades étaient pratiqués autrefois, nous dit-on. Ils ne le sont plus. Sar les trente-trois qui existent au Grand-Orient, huit seulement demeurent en usage. Ce sont ceux d'apprenti (1er degré), compagnon (2^ degré), maître (3^ degré), rose-croix (18^ degré), kado&ch (30^ degré), 31^, 32^ et 33^ degrés. Dans chacun de ces derniers grades, les initiés portent des titres aussi ronflants qu'extravagants. Les apprentis, les compagnons et les maîtres, lorsqu'ils sont entre eux, se moquent de ces grades supérieurs qu'ils considèrent comme créés tout exprès pour flatter les vanités, pour faire croire à certains
(( gobeurs » qu'ils sont quelque chose, tandis qu'ils ne sont rien. Les grades n'ont donc, pour la plupart des bas gradés, aucune importance ; et l'on partage volontiers leur manière de voir, si l'on compulse les catéchismes et rituels qui existent pour chaque
grade.
Voici quelques-unes des peu lumineuses vérités qui
sont enseignées dans le premier de ces catéchismes,
celui d'apprenti.
D. — Etes-vous maçon?
R. — Mes frères me reconnaissent pour tel.
D. — Où avez-vous été reçu maçon?
R. — Dans une loge juste et parfaite.
D. — Que faut-il pour qu'une loge soit juste et parfaite?
R. — Trois la gouvernent, cinq l'éclairent, sept la rendent juste et parfaite.
D. — Quels sont les trois?
R. — Le Vénérable et les deux Surveillants.
D. — Depuis quand êtes-vous maçon?
R. — Depuis que j'ai reçu la lumière.
D. — Qu' entendez- vous par le mot loge?
R. — Nous appelons loge le lieu secret dans lequel les francs-maçons s'abritent pour couvrir leurs travaux.
D. — Qu'est-ce qui soutient votre loge?
R. — Trois grands piliers qu'on nomme sagesse, force et beauté, et qui sont symboliquement représentés par le Vénérable et les deux Surveillants.
D. — Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir maçon?
R. — Parce que j'étais dans les ténèbres et que j'ai désiré la lumière.
D. — Dans quel état étiez-vous quand on a procédé à votre initiation?
R. — Ni nu ni vêtu, mais dans un état décent, et dépourvu de tous métaux.
D. — Pourquoi dans cet état?
R. — Ni nu ni vêtu pour nous représenter l'état d'innocence et nous rappeler que la vertu n'a pas besoin d'ornement ; dépourvu de tous métaux, parce qu'ils sont souvent l'emblème des vices que tout maçon doit éviter.
D. — Qu' avez-vous vu en recevant la lumière?
R. — Le soleil, la lune et le maître de la loge.
D. — Quel rapport y a-t-il entre ces astres et le maître
de votre loge ?
R. — Comme le soleil préside au jour et la lune à la nuit, de même le m£Îbre préside à la loge pour l'éclairer.
D. — Où se tient le maître de cotre loge ? R. — A l'Orient.
D. — Pourquoi?
R. — De même que le soleil apparaît à l'Orient pour ouvrir la carrière du jour, de même aussi le maître se tient à l'Orient pour ouvrir la loge et mettre les ouvriers à l'œuvre.
D. — Quel âge avez- vous ?
R. — Trois ans (1).
Trois ans ! N'est-ce pas bien l'âge qu'il convient d'attribuer aux êtres capables d'échanger de tels propos !
Les catéchismes et rituels du second degré ne sont pas moins niais que ceux du premier. Au contraire ! Il y est question de « pavé mosaïque », de « grand portique », d' « étoile flamboyante », de « houppe dentelée », de « bijoux mobiles », de « bijoux immobiles », de « signes vocaux, gutturaux, pectoraux, manuels et pédestres ». C'est dans leur catéchisme que les compagnons apprennent qu'ils sont âgés de cinq ans, au lieu de trois qu'ils avaient lorsqu'ils n'étaient qu'apprentis.
Au grade de maître, c'est bien autre chose ! Non
(1) Extrait de Ylnslruction 'pour le grade symbolique d'apprenti. Edition de 1884.
seulement ce grade a un catéchisme et un rituel aussi stupides que ceux des grades d'apprenti et de compagnon, mais à la lecture de l'un et de l'autre, on constate que les maîtres commémorent, dans leurs réunions l'assassinat, l'enterrement et l'exhumation d'un certain Hiram, donné comme constructeur du Temple de Jérusalem, sous Salomon, et père, affirme le rituel, de tous les francs-maçons du monde passé, présent et futur, qu'ils soient de race blanche, jaune ou noire.
Cette cérémonie burlesque se passe dans un local spécial appelé « Chambre du Milieu », où les francsmaçons parvenus au grade de maître s'introduisent un à un et la tête couverte, comme font les juifs entrant à la Synagogue. Il est même interdit, lorsqu'on pénètre pour la première fois dans la Chambre du Milieu, de le faire autrement qu'à reculons. Certains disent qu'autrefois, les maîtres y devaient mettre leur habit à l'envers. Ils se sont relâchés et se contentent maintenant de retourner leur cordon.
Non seulement on fait, dans la Chambre du Milieu, lecture de l'assassinat d'Hiram et de la découverte de son cadavre, mais les francs-maçons représentent entre eux la scène de cet assassinat et la recherche du cadavre, à la lueur de bougies recouvertes d'immenses éteignoirs, hauts de trente centimètres et laissant passer la lumière par une échancrure faite dans leur partie supérieure, et par une autre pratiquée sur un des côtés de la base. L'un de^ « vénérables maîtres » tient le rôle d'Hiram, d'autres celui des assassins. La scène du meurtre est représentée. Puis Hiram,
faisant le mort, est couché dans un cercueil et recouvert d'un drap mortuaire sur lequel on dresse une grande branche d'acacia artificiel. Ce cercueil est placé au centre de la Chambre du Milieu. Le Vénérable de la loge expose alors avec le plus grand sérieux, à ses frères, que Salomon est inquiet de la disparition d'Hiram et qu'il a donné ordre qu'on procédât à des recherches. Immédiatement toute la bande exécute un premier « voyage de recherches », c'està-dire qu'elle se met à aller et venir, pour complaire à Salomon, à tourner, à chercher partout le cadavre, chacun faisant semblant de ne pas voir le cercueil. Après constatation que les recherches sont vaines, un second voyage de recherches est ordonné par égard pour le chagrin de Salomon qui ne fait que croître. Après le second voyage, un troisième. Ce n'est qu'au cours de ce dernier qu'il est permis de découvrir, non pas le cadavre (on ne va pas si vite que cela !), mais la branche d'acacia. Alors tout le monde se précipite et fait cercle autour de cette branche. On soulève le drap sous lequel le faux Hiram fait semblant d'être mort. On prend la main de celui-ci, on lui secoue le doigt. On feint de voir avec épouvante ce doigt se détacher de la main et l'on s'écrie avec horreur : Mac hénac ! ce qui, paraît-il, signifie : La chair quitte les os ! Après quoi, on aide le pseudo-Hiram à se relever; et celui-ci rentre incontinent, avec son doigt, dans sa vraie peau de franc-maçon crétinisé.
Les « vénérables maîtres » ne pénètrent jamais dans la « Chambre du Milieu » que pour s'adonner à cette extraordinaire et invraisemblable pitrerie.
Comme les singeries auxquelles on se livre en présence desapprentis n'atteignent jamais ce degré degrotesque, l'observateur est tout naturellement porté à croire que plus les francs-maçons montent en grade et plus ils s'abêtissent. Et, précisément, à cause de cela, il est induit à ne prêter attention qu'à ce qui se passe dans les loges, lorsque les maçons, hauts et bas gradés réunis, travaillent « au grade d'apprenti ».
C'est d'ailleurs dans ces loges, nous l'avons dit, que se manifeste la vie maçonnique la plus intense et la plus générale. Bien que jusqu'ici notre examen ne soit guère encourageant, regardons ce qui s'y passe.
LES TENUES. CE QUI s'y FAIT.
l'ouverture et la fermeture des travaux, la pipe a lycopode.
Les loges sont les ateliers inférieurs de la Maçonnerie, les seuls dans lesquels les apprentis et les compagnons aient le droit de pénétrer. Tous les autres leur sont rigoureusement interdits. A peine savent-ils qu'ils existent. Quant aux hauts gradés et aux maîtres, bien qu'ils aient les uns et les autres des ateliers spéciaux (nous avons vu que les maîtres ont la « Chambre du Milieu»), ils sont obligés à la fréquentation assidue des loges. Il est même interdit aux apprentis et aux compagnons de travailler, si ce n'est en la compagnie des maîtres. Ils sont considérés comme trop jeunes pour qu'on les abandonne à eux-mêmes. N'oublions pas qu'ils n'ont que trois et cinq ans !
On réunit donc les apprentis, les compagnons, les
maîtres et les hauts gradés dans les loges et on les fait travailler tous ensemble dans celles-ci « au grade d'apprenti ».
(( Travailler au grade d'apprenti » signifie qu'en fait de cérémonies burlesques, on n'accomplit que celles qui sont particulières au grade d'apprenti. Les autres doivent être soigneusement cachées à quiconque n'a pas reçu les initiations nécessaires. Si par hasard les compagnons, les maîtres et les hauts gradés éprouvent le besoin de se livrer aux acrobaties spéciales au grade de compagnon, ils doivent prier les apprentis de «couvrir le temple», c'est-à-dire de sortir. Alors, une fois « le temple couvert », les compagnons, les maîtres et les hauts gradés procèdent ensemble à une « ouverture des travaux » spéciale, en vue d'une réunion qui est dite « tenue de compagnonnage ».
Il en va de même lorsque les maîtres et les hauts gradés ressentent le désir d'assassiner une fois de plus Hiram, de retrouver son cadavre sous la branche d'acacia et de crier : Mac bénac ! Ils font alors « couvrir le temple » aux apprentis et aux compagnons, et ils se dirigent en grand mystère vers la « Chambre du Miheu ». Le rituel exige que ce soit chaque fois qu'un compagnon est admis au grade de maître. L'initiation à la maîtrise consiste donc, à proprement parler, dans l'admission à ce spectacle imbécile. C'est pour cela qu'un maître, lorsqu'il est interrogé sur son âge maçonnique par un autre maître, lui répond : L'acacia m'est connu.
Il y a deux sortes de tenues dans les loges.
Nous disons « tenues », parce qu'ainsi qu'on le sait il existe un vocabulaire maçonnique par lequel sont dénaturés à plaisir certains mots de la langue usuelle. D'après ce vocabulaire, une réunion d'atelier s'appelle une « tenue )).
Donc, il y a deux espèces de tenues : les tenues de comité et les tenues solennelles. Les loges doivent en avoir une de chaque sorte tous les mois.
Les tenues de Comité sont très peu fréquentées. Les administrateurs de la loge sont seuls obligés d'y assister. Ils manquent quelquefois à cette obligation. Quelquefois aussi, ils voient se joindre à eux deux ou trois membres de l'atelier particulièrement zélés.
La besogne qu'ils y font est purement administrative, sauf en ce qui concerne la préparation de l'ordre du jour de la tenue solennelle.
Cette dernière est la réunion vraiment importante. Et c'est pourquoi, le plus souvent, elle est appelée simplement : la tenue.
C'est la tenue solennelle d'une loge qu'il faut, semble-t-il, considérer, si l'on veut sentir palpiter l'âme maçonnique. Or, un observateur aurait beau ouvrir les yeux et les oreilles, il n'y entendrait, il n'y verrait rien, absolument rien, en dehors d'interminables palabres empreints du fanatisme anticatholique le plus farouche et de quelques cérémonies qui, pour ne pas atteindre au grotesque de l'assassinat d'Hiram, n'en sont pas moins d'un ridicule achevé. C'est, d'ailleurs, ce qui explique que tant de profanes, qui ne s'en vantent pas, entrent dans la Maçonnerie, subissent les stupides épreuves de l'initiation, assis-
tent à deux ou trois tenues, puis, honteux d'euxmêmes et convaincus de la complète inanité de cette vie maçonnique sur laquelle leur imagination avait été montée, ne remettent plus jamais les pieds en loge. Ils démissionnent, ou bien ils se font rayer pour défaut de payement des cotisations, et gardent toute leur vie la conviction qu'ils se sont laissés mystifier.
Ils se sont laissés mystifier, en effet. Mais, ainsi que nous le verrons, ce n'est pas de la manière qu'ils s'imaginent.
Voici quel est à peu près l'ordre du jour habituel des travaux d'une loge :
1^ Ouverture des travaux selon le rite et avec les mystères accoutumés ;
2^ Lecture du procès-verbal de la précédente réunion ;
3° Lecture de la correspondance ;
4° Conférence (sur tel ou tel sujet politique et surtout antireligieux), par le F.-. X..., ou discussion contradictoire (entre tous les maçons présents, sur tel ou tel sujet politique et surtout antireligieux), ou encore les deux à la fois ;
5° Initiation des profanes X..., Y..., Z... ;
60 Allocution du F.-. Orateur ;
7"^ Circulation du tronc de bienfaisance et du sac aux propositions ;
8° Fermeture des travaux selon le rite et avec les mystères accoutumés.
Quelquefois aussi, on voit figurer à l'ordre du jour, cet article : Elections générales (il s'agit do rélectionj
des officiers de la ;Oge, on décembre) ; ou cet autre : Tenue de compagnonnage ; ou encore : Tenue de maîtrise.
Nous venons de voir ce que signifient ces dernières expressions.
Les tenues solennelles sont toujours précédées d'une cérémonie fort bizarre, celle qui figure à l'ordre du jour ci-dessus sous le vocable : « Ouverture des travaux selon le rite et a^ec les mystères accoutumés. » Elles se terminent par une « fermxCLure » semblable. J'ai décrit ces cérémonies (1). A la pratique, on constate qu'elles créent une sorte d'atmosphère spéciale, qu'elles mettent comme un mur entre les instants qui suivent ou précèdent la tenue et ceux où celle-ci a lieu. Un profane qui serait admis à contempler ce spectacle se dirait, au moment de l'ouverture des travaux : a Voilà l'heure des bêtises venue ! )> Un maçon, vraiment maçon, se dit au contraire : « C'est l'heure solennelle. Tout ce qui va se passer entre l'ouverture et la fermeture est sacré. Jamais je n'en révélerai rien à qui que ce soit ! »
C'est dans les termes solennelles qu'ont lieu les cérémonies de l'initiation. C'est là que les vieux maçons donnent la a lumière » aux néophytes en leur soufflant gravement dans le nez la flamme de la poudre de
(1) « Comuienl je suis entré dans la Fraiic-Maçonnerie et comment j'en stiîs sorti », et « la Franc-Maço7inerie et la Question religieuse », brochures, à l fr., chez Perrin, quai des Grands-Aiigustins» et à la Ligue française antimac^onnique, 33, quai Voltaire.
hcopode, par le fourneau d'une immense pipe qui, poar cette raison, est considéré par eux comme un instrument sacré.