DE TRANSMISSION DE SES VOLONTÉS
C'est donc une vérité qu'il faut introduire dans notre intelligence.
La Franc-Maçonnerie ne s'est pas instituée toute seule. La logique veut que des intelligences humaines aient présidé à son organisation, et qu'elles aient fait cela dans un certain but.
Au nom des mêmes lois de la logique, la Franc- Maçonnerie, association éparse dans le monde, ne saurait maintenir l'unité de constitution que nous lui connaissons, sans qu'il existe quelque part un pou-
voir humain dont elle dépend et par ia volonté duquel elle est mise en mouvement, comme le sont les membres d'un corps par l'invisible intelligence qui en anime le cerveau.
C'est là une conception essentiellement scientifique, basée sur la raison abstraite. Je tiens à répéter qu'elle n'interdit aucunement la superposition par les catholiques d'une conception supra- naturelle. Les francsmaçons français semblent d'ailleurs les y inviter, puisque nous les entendons dire eux-mêmes de la Franc-Maçonnerie qu'elle est « la contre-Eglise, l'Eglise de l'Hérésie ». Les catholiques peuvent dès lors comprendre : TEglise de Satan dressée contre l'Eghse du Christ. Notre rôle à nous, celui dont nous avons le devoir de ne pas sortir, c'est d'étudier la constitution, l'organisation humaine de cette contre- Eglise. Car elle en a une, comme l'Eglise en a une, elle aussi.
i ; C'est une sorte de conquête pour l'esprit que la démonstration de Texistence d'un pouvoir occulte caché derrière la Franc-Maçonnerie. C'est en même temps un repos, puisqu'on sent expliqués par là des mystères qui ne l'étaient pas. Conquête vaine toutefois,et repos dangereux! Car une objection se dresse bientôt devant l'esprit.
Un pouvoir quelconque, se dit-on, ne saurait exister s'il ne possède le moyen de transmettre et de faire exécuter ses volontés. Pour qu'il soit indiscutablement admis qu'un pouvoir occulte dirige effectivement la Franc-Maçonnerie, il faudrait donc que nous découvrions les moyens qu'il aurait de le faire. Sans
compter que si nous n'y arrivons pas, à quoi nous sertil de posséder la démonstration abstraite de son existence? Tant que nous ignorerons son mode d'action, nous n'en demeurerons pas moins à sa discrétion.
Or, l'organisation administrative maçonnique, nous l'avons vu, a pour base le système électif. En raison de ce système, c'est d'en bas, et non d'en haut, que vient l'autorité. En fait, c'est la masse des adhérents qui crée ses chefs, qui les fait et les défait annuellement, par l'élection des officiers des loges et par celle des délégués au Couvent à qui revient d'autre part la nomination des membres du Conseil de l'Ordre. Une telle organisation est juste l'opposé de celle qu'exigerait la transmission d'une volonté directrice invisible. La thèse de l'existence du Pouvoir occulte s'écroule donc, puisqu'elle ne se trouve pas confirmée par les faits.
C'est à cette conclusion que j'aurais sans doute fini par m'arrêter paresseusement, comme font tant d'autres, si je n'avais été constamment ramené au travail de recherche par ce raisonnement, qui me paraissait dominer toute la question :
La Franc-Maçonnerie est toute-puissante en France. Elle est séculaire et universelle. Donc elle a en elle des éléments de force considérables. Or ces éléments, nous ne les rencontrons ni dans la supériorité de ses membres, ni dans la supériorité de ses chefs, ni dans la supériorité de son organisation, telle qu'elle nous est montrée. Il faut pourtant qu'ils soient quelque part. En attendant que je les découvre, je suis dans l'obligation de réserver ma thèse abstraite ; mais je
ne dois pas la considérer comme infirmée. Je n'ai pas su trouver jusqu'ici ; mais, en m'obstinant dans ma recherche, je finirai sans doute par apercevoir l'organisme nécessaire à la transmission des volontés d'un Pouvoir occulte.
Je continuai donc à chercher. Je m'y appliquais d'autant plus que je me rendais compte de la valeur qu'aurait la découverte de l'organisme en question. En effet, un organe n'existe jamais que pour l'exécution d'une fonction. En conséquence, l'existence d'un organisme de transmission des volontés d'un Pouvoir occulte devait constituer la preuve par excellence de l'existence de ce pouvoir, puisque ce serait la preuve de fait, qui viendrait s'arcbouter contre ma preuve par raisonnement abstrait.
Mais de quel côté fallait-il diriger mes recherches?
Je m'en rendis compte, un jour que me revint en mémoire l'histoire de mon faux-monnayeur.
Celui-ci avait avec la ^Maçonnerie ce trait commun, qu'il s'était affublé de ridicule pour mieux cacher le but criminel du travail auquel il se livrait. Or il avait eu soin de mettre le ridicule là précisément où se trouvait ce qu'il était essentiel pour lui de dissimuler.
N'était-ce pas une indication, et ne devais-je pas chercher la solution de mon objection là précisément où je ne songeais pas à regarder, à cause des puérihtés si incompréhensiblement grotesques qui s'y trouvaient accumulées, c'est-à-dire du côté de l'organisation des grades?
Cette réflexion m'ouvrait la vraie voie.
INDICATION FOURNIE PAR LE PROCÉDÉ GRACE AUQUEL LA MAÇONNERIE IMPOSE SA DOMINATION DANS LE MONDE PROFANE.
Je n'en apercevais encore que l'entrée. Mais, enfin, je l'avais trouvée ; et je tins le fil d'Ariane qui devait me permettre d'explorer, sans m'y perdre, le labyrinthe des mensonges de l'organisation maçonnique, le jour où je m'avisai que l'organisme administratif servait peut-être, non pas seulement à administrer, mais en même temps à dissimuler un autre organisme beaucoup plus important.
En y réfléchissant, je me rendis compte que depuis que la Franc-Maçonnerie nous a fait sentir son action, la France avait justement été dotée d'un organisme politique qui semblait attribuer la souveraineté à la masse des citoyens, mais qui, en fait, permettait à ladite Maçonnerie de s'emparer de cette souveraineté tout en masquant l'accaparement. N'en pouvaitil être ainsi au sein de la Maçonnerie elle-même?
En examinant de plus près le fait auquel je viens de faire allusion, je constatai que la substitution de la volonté maçonnique à la volonté nationale s'effectue sans que jamais un seul ordre soit donné directement et ouvertement par la Maçonnerie. C'est ainsi qu'en ce qui concerne le fait capital, celui qui sert de support à l'édifice de la domination politique maçonnique, (je veux parler de l'introduction en masse des francs-maçons à la Chambre et au Sénat), — jamais personne n'a ordonné aux électeurs de voter pour les candidats francs-maçons. On s'en est bien gardé ! On
\ procédé d'une manière absolument contraire. Au ieu d'ordres, on a prodigué les affirmations tendant 1 persuader aux citoyens qu'ils sont indépendants, ibres, souverains. Et c'est ce qui explique que la France ait pu être asservie, sans avoir le moindre 50upçon de son asservissement.
En fait, ces affirmations ont la même utilité qu'a le chloroforme entre les mains d'un chirurgien vis-àvis du malade qu'il s'apprête à opérer. En même temps qu'on les prodigue, on jette dans les esprits des suggestions sans cesse répétées, grâce à la mise en œuvre d'une multitude de moyens contre lesquels la foule est sans défense, précisément parce qu'elle igno^-e que cette mise en œuvre est concertée contre elle. La presse, les libres, les brochures, les théâtres, les conférencv^s, les chaires d'enseignement, les conversations, toutes ces formes de propagande sont tendues vers un but unique : la distribution d'une nourriture intellectuelle et morale par laquelle l'être national, qui ne se doute de rien, s'altère insensiblement, comme s'altèrent les tissus d'un organisme humain lorsqu'il est soumis à l'action d'un lent et invisible poison. Une sorte de transfusion d'âme s'opère ainsi. Tandis que rêve le peuple bercé par la chanson de la souveraineté nationale, la race est privée peu à peu des principes, des façons de penser, des manières d'être qui constituaient sa personnalité. Elle est dominée, sans qu'elle en ait conscience, ni qu'elle le sente, par des conceptions qui lui sont étrangères. Elle se laisse même plier à des vues qui lui sont ennemies. De principes mortels, elle prétend faire les éléments de
sa vie. Elle se passionne pour eux. Une fois qu'elle en est à ce point, on la libère de l'obéissance à ses guides naturels et du respect de ses traditions, afin qu'aucune puissance ne l'empêche de se suicider. Et c'est cette libération même qui fait son asservissement. La force des choses le veut ainsi. Un autre gouvernement se substitue avec la plus grande facilité à celui qui est détruit, et cela en raison des lois de la nature, qui exigent qu'un peuple soit gouverné ou qu'il meure. En effet, c'est précisément à partir de l'heure où la nation française s'est imaginée être libre qu'elle s'est mise à penser, à voter et à agir, non comme elle ferait si elle obéissait à sa propre nature, mais comme l'intérêt et les vues maçonniques veulent qu'elle pense, qu'elle vote et qu'elle agisse. Elle est littéralement hypnotisée. Voici un siècle et demi qu'il en est ainsi, sans que notre nation s'en doute, sans qu'elle ait aperçu la main qui lui versait le poison.
Or, j'ai précisément subi une intoxication analogue lorsque j'étais dans la Franc-Maçonnerie. On m'avait tout d'abord inoculé certaines pensées par lesquelles mon intelligence avait été séduite et comme chloroformée. L'opération s'était accomplie sans que j'eusse rien senti. Ma bonne foi était toujours demeurée absolument intacte, et, d'autre part, je m'imaginais toujours raisonner librement. En fait, je mâchais et remâchais un certain nombre d'idées générales qu'on avait transfusées en moi, et qui, justes et vraies en apparence et théoriquement, devenaient, dans l'application qui en était faite, fausses et destructrices. A mesure que s'effectuait cette inoculation, je per-
dais de plus en plus possession de moi-même. Ce n'était plus moi qui raisonnais. C'était quelque chose d'étranger qui raisonnait, ou plutôt qui déraisonnait en moi, comme l'absinthe fait déraisonner le cerveau de celui qui s'en est enivré. J'étais un halluciné, un hypnotisé, tout comme la nation. Et je n'ai qu'à me souvenir, pour avoir la certitude que tous les autres francs-maçons étaient des hypnotisés comme moi. C'est si vrai, que si j'ai pu échapper aux suggestions qui avaient été jetées dans mon esprit, c'est en grande partie parce que j'eus la chance de me rendre compte, alors qu'il en était encore temps, du travail qui était opéré sur moi et autour de moi. Un jour, il arriva qu'ayant une série d'articles à écrire pour la Recrue de V Hypnotisme, je fus amené à réfléchir sur les suggestions qui sont répandues dans les milieux sociaux, comme d'autres le sont dans l'esprit de certains sujets sur lesquels travaillent les hypnotiseurs. Je fus alors frappé de ce qui se faisait dans les loges et de ce que j'y faisais moi-même; et je m'aperçus que nous étions des hallucinés qui, une fois suggestionnés par certains d'entre nous, en suggestionnaient d'autres ensuite. On nous parlait de raison et nous en parlions à notre tour ; mais, en réalité, il ne s'agissait que de suggestions jetées dans nos esprits.
Une réflexion s'imposa alors à ma pensée.
Si l'hallucination des Français, me dis-je, a permis l'établissement de l'invisible domination maçonnique, pourquoi l'hallucination des francs-maçons ne permettrait-elle pas l'établissement d'une autre invisible domination sur la Franc-Maçonnerie elle-même?
Cette question une fois posée, je fus amené à examiner le mécanisme de l'opération pratiquée par la Franc-Maçonnerie sur la nation. Je constatai qu'un fait a précédé l'hallucination dont je viens de parler, et que ce fait a été la pénétration du monde profane par cette société secrète maçonnique dont les chefs se concertaient sans qu'on pût se douter de leur entente. C'est parce que la dite entente secrète préalable a existé, c'est parce que la société en question fut acceptée par le monde profane, c'est parce qu'elle s'est trouvée libre d'organiser au sein de celui-ci une propagande dont tout le monde ignorait le but, c'est à cause de cela, et à cause de cela seulement, que purent être jetées sur la France les suggestions et la domination maçonniques.
Donc, un agent de pénétration, la liberté d'action pour cet agent, le secret de son action et le secret de son but, voilà les conditions grâce auxquelles a pu être créée en France l'hallucination politique, religieuse, morale et sociale qui a eu pour conséquence l'établissement de la domination maçonnique. C'est parce que ces conditions se sont trouvées réalisées dans notre société française que la Révolution -a pu y être poussée jusqu'à ce point culminant, la Terreur. Et, grave sujet de méditation ! c'est parce que ces conditions n'existaient pas en Russie, par suite de l'interdiction de la Franc-Maçonnerie dans ce pays, que la Révolution n'y triomphe pas.