OBJECTIONS SANS VALEUR
IL FAUT CONCLURE A l'eXISTENCE
d'un POUVOIR OCCULTE.
— Mais la Franc-Maçonnerie a varié, nous dit-on. Elle varie tous les jours. Elle n'est pas la même partout. Donc vous ne pouvez conclure à une cause, à une création, à un but unique.
C'est vrai : la Maçonnerie a varié. Elle a même pris les figures les plus dissemblables. Mais n'avons-nous pas déjà surpris la raison de ces variations? N'avonsnous pas vu que la Franc-Maçonnerie est une société secrète qui cache son but à tout le monde, même à ses initiés. Il faut donc qu'elle trompe ; et, pour tromper, il lui faut bien mentir, c'est-à-dire revêtir de faux manques, et des masques variés. Cela n'empêche. pas, ainsi que nous l'avons remarqué, que, sous ces masques, l'organisation présente partout les mêmes étrangetés. Et c'est là un phénomène inexplicable, si l'on ne suppose pas une création conçue selon un plan d'ensemble et tendant à un but dont la réalisation est obstinément poursuivie par une volonté inflexible.
La même réflexion s'applique tout naturellement à l'imbécillité apparente de certains actes maçonniques. Le faux-monnayeur dont nous avons raconté l'histoire ne se contentait pas, lui non plus, de mentir. Il s'enveloppait de ridicule pour induire en erreur les amis dont il faisait ses collaborateurs inconscients.
— Comptez-vous pour rien, objecte-t-on aussi, la force de l'idée? Ne pensez-vous pas qu'à elle seule elle suffise à maintenir debout une institution comme U Franc-Maçonnerie ?
A cela nous répondons que l'idée, à elle seule, n'enfante pas d'institutions. Une fois celles-ci fondées, elle peut leur servir d'âme ; mais il faut que quelqu'un les conçoive, les organise et les entretienne. Ainsi en est-il de l'idée qui sert de base au catholicisme. Sur cette idée, l'Eglise a été édifiée, hiérarchisée, disciplinée et maintenue debout par des volontés agissantes. Et nous croirions que l'immense organisme maçonnique peut exister et se maintenir par la seule force d'une idée, avec l'organisation puérile que nous avons montrée, avec les chefs grotesques dont on nous parle, par la vertu des pratiques stupides qu'on conserve avec un soin jaloux ! 11 faudrait être fou pour l'admettre.
Nous devons nous accrocher désespérément, en dépit de la difficulté des recherches, à cette vérité d'ordre logique : que c'est folie de considérer les loges et les fédérations comme procédant d'elles-mêmes, comme naissant toutes, ici et là, au hasard, sans but, sans plan d'ensemble, c'est-à-dire sans une grande et mystérieuse cause créatrice et directrice qui tient
tous les fils dans sa main et qui sait la raison de toutes les variations, de toutes les contradictions, de toutes les imbécillités apparentes.
Se trouver placé en présence d'un fait aussi immense que celui d'une Franc-Maçonnerie universelle existant depuis deux siècles, et accepter de ce fait des explications ridicules, ou admettre qu'il n'a pas d'explication, rester devant lui sans s'interroger, sans chercher, sans vouloir à toute force découvrir la clef du mystère, ce serait montrer la même infirmité d'esprit que celle manifestée par un troupeau de bœufs au passage d'un train. Les pauvres ruminants ignorent ce qu'est le monstre qui leur apparaît dans sa course vertigineuse. Ils ne s'interrogent pas à son sujet. Ils le regardent passer, stupidement, indifférents ou affolés par la terreur. A peine a-t-il disparu qu'ils se remettent à brouter, sans plus y penser. Mais c'est, ne l'oublions pas, à cause de cette infirmité de leur intelligence qui les empêche de se demander la raison et les relations des choses, c'est à cause de cela qu'un jour vient où un de ces monstres métalliques, obéissant à une volonté pour eux invisible, les emporte à la boucherie...
Les générations qui nous ont précédés ont manifesté cette stupide inconscience en face du prodigieux phénomène maçonnique. Elles ont vu passer l'association gigantesque dont la marche ou les déraillements ont produit des cataclysmes comme ceux de 1793 et de 1871, et elles ne se sont pas demandé dans quel but cette association a été imaginée, où elle va, et surtout à quelle volonté elle obéit ! Elles l'ont regar-
dée hébétées. Parfois, elles se sont effarées. On a vu alors l'immense troupeau humain fuir éperdu. Ou bien, il s'est laissé stupidement conduire à l'étal de cette boucherie de « la Veuve » qui s'appelle la guillotine. Après quoi les survivants se sont remis à brouter les puérilités coutumières. Ferons-nous de même?... Peut-être enfin serait-il temps de nous souvenir que nous sommes, non des bœufs, mais des hommes, et de nous persuader que des effets tels que ceux que nous voyons se dérouler devant nous ont nécessairement leur cause et que la seule façon de ne pas se laisser écraser par celle-ci, c'est de la chercher et de la découvrir.
Oui, la Franc-Maçonnerie a sa cause. Oui, elle obéit à une direction. Sans cela, elle n'aurait pu naître, ni se maintenir. Elle ne serait ni séculaire, ni universelle.
Non seulement la Franc-Maçonnerie a sa cause ; mais, ainsi que le veulent les lois de la nature, cette cause doit être proportionnée aux immenses effets que nous sommes à même de constater. Il ne saurait non plus y avoir aucun doute là-dessus. ' Le fait maçonnique est un effet de dimensions colossales ; donc il faut à cet effet' une cause d'une puissance considérable.
Le fait maçonnique s'étend sur le monde entier ; donc il faut que sa cause ait partout des moyens d'action.
Le fait maçonnique persiste à travers les siècles comme il s'étend à travers les espaces ; donc il faut que sa cause soit telle, qu'elle puisse se perpétuer,
— lui —
agir et diriger toute la machine maçonnique à travers la succession des générations et malgré la diversité des régimes politiques.
Cette cause, qui doit disposer d'une puissance considérable, qui doit posséder partout des moyens d'action, qui doit avoir la possibilité de se perpétuer à travers les générations, et qui ne peut pas ne pas exister, c'est précisément parce qu'on ne la voit pas que nous l'appelons : le pouvoir occulte.
Puisque la Franc-Maçonnerie s'est emparée du gouvernement de la France, ce pouvoir occulte est maître de notre existence nationale. Le gouvernement républicain qui nous a été donné et qui semble attribuer la souveraineté à la nation n'est donc en réalité que le masque de la plus odieuse des tyrannies, puisque celui ou ceux qui nous la font subir ne veulent pas que nous les connaissions.
La démonstration de l'existence d'un pouvoir occulte caché derrière la Franc-Maçonnerie rend encore plus indispensable pour nous la connaissance de cette association. Puisqu'elle n'est qu'un instrument, le mystère maçonnique est plus profond encore que nous n'avions supposé. Nous devons penser qu'il est aussi plus redoutable. Ce n'est pas pour rien, en effet, qu'on accumule ainsi le mensonge des fausses apparences. Plus que jamais, nous devons donc chorchor.