LE PLAN DE DESTRUCTION DE LA FRANCE
Après ce que nous venons de constater, une dernière question se pose : Quel est le sens de l'action exercée par le Pouvoir occulte dans notre histoire?
Cette action fut violemment antitraditionnaliste pendant la Révolution. Elle est violemment antitraditionaliste maintenant. Est-ce dans la même direction qu'elle s'est exercée pendant tout le cours du dix-neuvième siècle?
Sans aucun doute, car il suffît d'examiner notre histoire à la lueur de cette idée pour s'expliquer tant de commotions, tant de soubresauts qui ne se peuvent comprendre sans cela.
Depuis cent vingt ans, en effet, notre peuple n'a cessé de se livrer à des actes qui sont juste le contraire de ce qu'on devait attendre de lui.
Nous étions, malgré notre caractère frondeur, la race fidèle par excellence à sa foi politique et à sa foi religieuse ; nous l'avons prouvé au cours des siècles
et en particulier au moment de l'invasion protestante qui, victorieuse en Allemagne et en Angleterre, fut contrainte de reculer chez nous. Or, voici que, par un changement de caractère d'autant plus incompréhensible qu'il se manifeste sous prétexte de fraternité, de tolérance et de vertu, en moins d'un siècle nous renversons, les uns sur les autres, au milieu des fureurs des guerres civiles, monarchies, empires, républiques. Et, comme si nous voulions mettre le comble au reniement de ce que nous fûmes, nous ne nous tenons en repos que depuis que nous est imposée la domination, non seulement la plus infâme et la plus abjecte, mais encore la plus contraire à notre tempérament national. Qu'est-ce que cela veut dire? Le caractère d'un homme ne change pas comme cela! Encore moins celui d'une race! Alors?...
Admettez la permanence de l'action antitraditionaliste du Pouvoir occulte, et tout s'explique de la façon la plus simple, la plus claire, la plus logique.
Nous devons partir de cette idée que le Pouvoir occulte nous est ennemi. Sans cela, il ne se cacherait pas de nous. S'il ne veut pas nous détruire, tout au moins rêve-t-il de nous asservir. Mais comment?
Nous nous imaginons qu'une nation ne peut être vaincue que par la force des armes. C'est une erreur. A côté des blessures qui font couler le sang des veines, il y en a d'autres, plus affaiblissantes, celles qui font couler le sang de l'âme. Où est l'âme d'un peuple? — Dans ses traditions. C'est dans ses traditions que sont les vraies sources de sa vie. Une nation est comme une forêt. De même que les arbres qui composent
celle-ci vont chercher, par leurs racines, l'humus accumulé dans le sol par les générations de feuilles qui sont tombées à chaque saison d'automne, de même un peuple vit de l'humus moral qui a été formé par les vertus, les héroïsmes, les aspirations, les souffrances et les espérances des générations qui, abattues les unes après les autres, ont tour à tour jonché les siècles. De ces vertus, de ces héroïsmes, de ces aspirations, de ces souffrances et de ces espérances a été constitué un idéal, qui est l'idéal national. Chaque peuple a le sien. Il le trouve dans sa tradition. Là est la sève élaborée par les générations disparues, la nourriture préparée par elles pour les générations à venir : de telle sorte que chacune de celles-ci n'existe que par celles-là. C'est donc en fouillant par ses souvenirs dans les traditions séculaires, sous les générations mortes, que la génération vivante d'un peuple peut trouver la source par laquelle doit être alimentée sa vie. Sans doute cette génération vivante a besoin de respirer aussi les souffles d'idées qui passent dans son ciel, de même que les frondaisons des arbres ont besoin de respirer les principes de l'air dont la caresse les agite. Mais elle ne peut se passer de ses traditions. Celles-ci lui sont indispensables, et indispensables à ce point que, pour tuer l'âme d'un peuple et ce peuple lui-même, il n'y a qu'à empêcher toute communication entre les générations mortes et celle qui vit, c'est-à-dire à effacer de son souvenir ses traditions, à lui en donner le mépris et la haine, de même que, pour tuer un arbre, il n'y a qu'à couper les racines qui lui transmettent la sève.
Or, quiconque examinera les faits de notre histoire contemporaine pourra se convaincre qu'un immense et incessant effort a été poursuivi depuis cent soixante ans pour tuer l'âme française par le procédé qae nous venons d'indiquer, c'est-à-dire en la détachant de ses traditions, en les lui faisant oublier, en lui en inspirant la haine et le mépris.
Cette âme française avait pour éléments constitutifs, pour sources de nourriture et de vie deux grandes convictions, deux conceptions qui lui servaient de support, deux traditions, l'une politique, l'autre religieuse. C'est contre ces sources de \ie qu'un effort ininterrompu a été poursuivi depuis que le Pouvoir occulte est parvenu à implanter définitivement chez nous la Franc-Maçonnerie. Depuis cent soixante ans, une hache impitoyable, maniée par un invisible bûcheron, s'est acharnée contre les racines du vieil arbre français. Bien mieux ! Grâce au mensonge caché sous les mots de progrès, vérité, raison, égalité et fraternité révolutionnaires, les générations qui se sont succédées depuis qu'a commencé cette attaque furieuse se sont réjouies des coups ainsi portés, — telles des feuilles qui se féliciteraient follement de voir couper les racines auxquelles elles doivent la vie.
Le bûcheron inconnu qui frappe ainsi sans relâche sur les traditions de notre race, c'est le Pouvoir occulte ; la hache dont il se sert, c'est la Franc-Maçonnerie.
l'effort ininterrompu contre les traditions françaises.
Cela commence avec Voltaire et l'école encyclopédique, dont la propagande fut organisée maçonniquement, ainsi qu'il résulte de la correspondance du philosophe de Ferney. Propagande antitraditionaliste : c'est là son caractère essentiel. Des ferments destructeurs sont jetés par elle dans la société du dixhuitième siècle. Le Pouvoir occulte s'efforce d'ébranler le culte des traditions dans tous les esprits, afin que, le jour où les institutions traditionnelles seront attaquées, l'opinion demeure indifférente. Lorsqu'il sent que l'heure de l'action est venue, il se livre à un double effort : il excite la plus mauvaise partie du peuple à l'attaque des institutions et il désorganise l'armée pour l'empêcher de les défendre. On sait la propagande qui fut faite à la veille de la Révolution, en particulier dans les Gardes françaises, comme en est faite actuellement une autre dans nos régiments. On accoutumait officiers et soldats à tourner en dérision ce dont ils avaient la garde, en même temps qu'on entraînait à l'assaut les apaches de l'époque. C'est ainsi que fut assuré le succès del'effort révolutionnaire.
L'action fut, comme l'avait été la préparation, tournée tout entière, ainsi que nous l'avons montré, contre les deux grandes traditions (politique et religieuse) de notre race. Donc, jusque-là, aucun doute : c'est bien la guerre au double traditionalisme français qui est entreprise. Nous allons voir qu'il en a été ainsi, sans discontinuité, jusqu'à nos jours.
Au milieu des convulsions révolutionnaires, la robustesse du tempérament français se manifesta par ce prodigieux élan de nationalisme qui fit de nous les vainqueurs de l'Europe. Un homme surgit alors, dont les facultés militaires s'adaptaient précisément aux nécessités auxquelles avait à faire face ce nationalisme de la race, que la propagande révolutionnaire avait mis à deux doigts de sa perte.
L'homme entraîna la nation. La nation porta l'homme. L'un et l'autre, dans leur formidable élan, échappèrent momentanément au Pouvoir occulte.
A l'heure où Bonaparte apparaissait, les deux traditions nationales étaient à terre. Le Pouvoir occulte, qui sentait gronder sourdement l'instinct de conservation de la race contre les destructions accomplies par lui, prit alors le parti, nous l'avons vu, de se ranger du côté du héros issu de la Révolution. Et c'était encore le côté opposé à celui où étaient nos traditions.
L'homme de guerre était en même emps un homme d'Etat. Il se rendait compte des nécessités par lesquelles est dominée l'existence d'une nation. Il restaura la tradition religieuse, tout en essayant d'en domestiquer les représentants. A cause de la tentative de domestication, le Pouvoir occulte le laissa faire. Mais voici que le général révolutionnaire devenu empereur veut fonder une dynastie. Alors un nouveau traditionalisme politique va se trouver appuyé sur le traditionalisme religieux? Le Pouvoir occulte ne saurait tolérer cela ; et c'est à partir de ce moment qu'il travaille au renversement de Napoléon.
L'entreprise ne pouvait aller toute seule. Pour renverser le Titan militaire, le Pouvoir occulte a besoin de la coalition de toute l'Europe. D'autre part, il est obligé de céder au besoin de repos de la France, besoin qui s'accorde d'ailleurs avec certaines nécessités générales européennes. Il ne peut s'opposer à la restauration du trône, à l'abri duquel vont renaître à la fois l'ancien traditionalisme politique et l'ancien traditionalisme religieux. Il n'a donc rien gagné à la chute de Napoléon, au contraire. Tout le travail accompli est à refaire, puisque les deux traditions de l'âme française revivent. L'arbre national va réenfoncer ses racines dans le sol. Il est sauvé ! Il le serait, si le terrible bûcheron ne se remettait à la besogne et ne recommençait à attaquer silencieusement les traditions françaises, dans le mystère de ses sociétés secrètes. Il divise la besogne. Il s'en prend tout d'abord au traditionalisme politique, sentant bien qu'il ne pourra rien contre l'autre, tant que celuilà subsistera. Il s'acharne contre lui pendant trente ans, avec l'hypocrisie que nous avons vue. Dans 'intervalle, il risque l'effort de 1830. Mais il sent qu'il ne peut renverser si tôt la tradition monarchique à laquelle la France était retournée sincèrement. Il se borne à détruire l'ordre dynastique en substituant la branche cadette de la famille royale à la branche aînée. L'arbre n'est pas encore jeté à terre. Mais il est ébranlé. Le reste se fera plus tard. En attendant, des germes de division se trouvent ainsi répandus parmi ceux qui, dans l'avenir, demeureront fidèles à l'institution monarchique traditionnelle. Grâce à
cela, il sera plus facile de les vaincre. En 1848, le Pouvoir occulte peut enfin abattre de nouveau cette institution qui représente la tradition politique française.
A sa place, il parvient à rétablir une République. Il se trouve alors face à face avec le tradit onalisme religieux qui s'inquiète. Comme il est débarrassé de l'autre, il va pouvoir tourner tout son effort contre ce dernier.
Il a d'ailleurs déjà commencé à l'attaquer, non seulement en France, mais partout où la religion catholique est pratiquée, et en particulier là où est le siège pontifical, en Italie. La Haute- Vente a été constituée.
Le Pouvoir occulte commence par s'assurer contre tout retour possible du traditionalisme politique français. Pour cela, il détruit la République de 1848, et il met à sa place un Empire. Bon calcul; car celui auquel était donné le pouvoir aura tout intérêt à le défendre contre ceux qui venaient d'en être chassés.
Donc le Pouvoir occulte peut être sûr qu'il s'y emploiera.
Tranquille sur ce point, il se propose comme plan général l'abaissement progressif des états catholiques au profit des états protestants. C'est pour cela que la domination de l'Allemagne est arrachée à l'Autriche catholique et assurée à la Prusse protestante. En même temps, un effort est tenté directement contre le Pouvoir temporel du chef de l'Eglise. L'idée de l'unité italienne est dressée pour battre en brèche la Papauté; et c'est au profit d'une monarchie maçonnique, de même que le second em-
pire a été créé en France au profit d'un carbonaro contre les représentants du traditionalisme politique.
C'est alors que Napoléon III est sommé d'apporter sa contribution à l'effort exercé en Italie contre le traditionalisme catholique. L'empereur veut bien travailler à la constitution de l'unité italienne, mais il hésite à livrer la Papauté. C'est une révolte en faveur du traditionalisme religieux. Et à quel moment? A celui où, par suite de la naissance du Prince impérial, un nouveau traditionalisme politique peut être créé en France. Dès ce moment, la condamnation du second Empire est prononcée comme le fut, dans les mêmes conditions, celle du premier. Toute une série d'assauts, conduits avec autant de patience que de perfidie, avaient d'ailleurs été donnés, à l'intérieur, au traditionalisme religieux. Une opinion anticatholique avait été de nouveau constituée, sur laquelle le Pouvoir occulte pouvait désormais s'appuyer. L'état d'esprit ainsi créé permettait d'espérer qu'une troisième République ne serait plus imprégnée de catholicisme, comme le fut la seconde. Le Pouvoir occulte entreprit la préparation de cette troisième République et sa substitution à l'Empire.
C'est tandis qu'il y travaillait que survinrent les coups de foudre de 1870-71 . Ainsi que nous l'avons dit, le génie politique de Bismarck hâtait l'heure dans le domaine des événements de la politique extérieure, comme faisait l'ironie de Rochefort dans le domaine de la politique intérieure. Il résulta de la marche trop rapide des événements que la France, une fois de plus inquiétée, faillit encore échapper à la Maçonnerie et au
Pouvoir occulte par le retour au traditionalisme politique et religieux que marquèrent si puissamment les élections de 1871. On sait comment son espérance fut trahie, et son effort annihilé par suite des divisions qui éclatèrent entre légitimistes, orléanistes et bonapartistes. C'est grâce à ces divisions que la malheureuse France fut ressaisie par le Pouvoir occulte et la Franc-Maçonnerie. Le traditionalisme politique fut abattu en 1873 et 1877 ; et nous voyons se dérouler depuis ce moment les péripéties de la lutte entreprise et conduite depuis lors en toute sécurité contre le traditionalisme religieux.
Donc, depuis cent cinquante ans, c'est toujours la même marche inflexiblement poursuivie vers le même but; ce sont toujours les mêmes coups de hache de l'inlassable et invisible bûcheron, en vue de la destruction en France de cette double racine de l'arbre français : le traditionahsme politique et le traditionalisme religieux, que le Pouvoir occulte n'attaque pas jusqu'ici dans les états protestants nos rivaux : l'Angleterre et l'Allemagne. Et ce sont toujours aussi la même méthode, la même hypocrisie, toujours les mêmes perfides mensonges pour cacher au pays la vérité sur le plan suivi, pour ne la lui montrer.... qu'après.
Ce plan était nié autrefois. Il ne l'est plus. L'un des deux traditionalismes est mort, et l'autre est mourant, croit-on. Donc il est inutile de se donner la peine de mentir désormais en face de ce dernier. Et c'est pourquoi éclatait en 1902 le chant de triomphe de l'aide-bûcheron, F.*. Delpech :
« Le triomphe du Galiléen a duré vingt siècles. « Il se meurt à son tour. La voix mystérieuse qui, « jadis, sur les monts de l'Epire, annonçait la mort de « Pan, annonce aujourd'hui la fm du Dieu trompeur « qui avait promis une ère de justice et de paix à « ceux qui croiraient en lui. L'illusion a duré bien « longtemps. Il disparait à son tour le Dieu menteur ; « il s'en va rejoindre dans la poussière des temps les (( autres divinités de l'Inde et de l'Egypte, de la Grèce « et de Rome, qui virent tant de créatures abusées « se prosterner au pied de leurs autels. Francs-Ma- « çons, il nous plaît de constater que nous ne sommes
« pas étrangers à cette ruine des faux prophètes
« Au point de vue politique, les francs-maçons ont « varié... ;mais, en tout temps, la Franc-Maçonnerie « a été ferme sur ce principe : Guerre à toutes les (( superstitions, guerre à tous les fanatismes. »
Qu'on remarque bien l'expression employée par le F.*. Delpech : la religion du Galiléen. On n'avait tout d'abord parlé que de guerre au cléricalisme. Ce fut ensuite l'aveu de la guerre au catholicisme. En 1902, grâce à la chaleur communicative du banquet maçonnique à la fm duquel parlait le F.*. Delpech, c'est de « la religion du Galiléen » qu'il s'agit. On nous annonce, imprudemment peut-être, que ce n'est pas seulement au catholicisme qu'on en a, mais au christianisme tout entier. Le Pouvoir occulte ne se serait-il donc appuyé sur le protestantisme, n'aurailil favorisé jusqu'ici les nations protestantes, que pour les besoins de sa cause? Se réserve-t-il de procéder à leur destruction après avoir assuré la première
partie de sa besogne : la ruine du catholicisme et des rations catholiques?
Nous examinerons cette question en son temps. Nous pouvons tout au moins constater dès maintenant que le chant de victoire du F.*. Delpech contenait encore un mensonge (sans doute pour n'en pas perdre l'habitude) à côté de l'aveu. « La Franc-Maçonnerie, dit le F.-. Delpech, a toujours été ferme sur ce principe : guerre à toutes les superstitions, à tous les fanatismes. » C'est faux. Il existe une « superstition )), un « fanatisme » que la Franc-Maçonnerie n'a jamais combattus : c'est la « superstition « et le « fanatisme » juifs. Pour Israël, contre le « Galiléen» ! Telle est la formule qui résume le mieux l'œuvre maçonnique.
Aucun doute n'est donc possible désormais. La guerre que le Pouvoir occulte n'a cessé de faire en France par l'intermédiaire de la Maçonnerie, ce n'est pas la guerre à la « superstition » ni au -( fanatisme » — ni au gouvernement personnel, puisqu'il a usé de ce dernier lorsqu'il a cru y avoir intérêt : — c'est la guerre au double traditionalisme, la guerre à la double racine de notre nation. C'est pour arri\er à l'extinction de ce double traditionalisme, pour cela seulement, qu'ont été organisées toutes les révolutions qui ont été faites depuis cent ans en France, mais non par la France. C'est par là que s'exphquent ces chutes successives des gouvernements : monarchies sur empires, empires sur républiques, républiques sur monarchies Catastrophes à la multiplicité desquelles il est impossible de rien comprendre
si une histoire invisible ne se déroule pas sous notre histoire, mais qui s'expliquent si l'on admet le plan de destruction de la France par l'anéantissement de sa double tradition.
Avec cette idée directrice, ainsi que nous le disions, toutes les incohérences apparentes de notre histoire contemporaine cessent d'être des incohérences. Elles se succèdent au contraire avec une logique qui les relie toutes, de la première à la dernière, si contradictoires que soient les apparences. Après qu'il eut constaté l'impossibilité d'arrav^her d'un seul coup, en 1793, la double racine du traditionalisme français, le Pouvoir occulte s'est appliqué, pendant tout un siècle à lui imprimer des secousses successives jusqu'à ce que s'en suive la chute définitive. Nous subissons actuellement celle qu'il s'imagine devoir être la secousse suprême, et qui le serait en effet si nous ne nous rendions enfin compte de la réalité qui nous a été si perfidement dissimulée et si nous ne nous mettions à nous en instruire tous, les un« les autres.
L EFFORT ANTINATIONAL CONSÉCUTIF A l'eFFORT ANTITRADITIONALISTE.
L'heure est venue de faire certaines remarques que nous avons réservées jusqu'ici, et qui vont encore appuyer cette manière de voir.
Il est à observer que, dans les circonstances où le Pouvoir occulte a été le maître en France par la Franc- Maçonnerie, il n'a pas fait seulement cause commune avec ceux des destructeurs qui, sous prétexte de rai-
son, de progrès et de civilisation, s'en prenaient exclusivement au traditionalisme religieux et au traditionalisme politique. Il a aussi lié partie a\ec ceux qui, obéissant à d'autres suggestions, attaquaient l'ordre social tout entier.
Nécessité de se faire des alliés, dira-t-on? Mais noa. Ce ne saurait être cela, puisqu'on l'a va continuer alors qu'il était victorieux, alors qu'il était toutpuissant. D'ailleurs, parmi les catholiques contre lesquels la Franc-Maçonnerie n'a cessé de marcher depuis un siècle et demi, même lorsqu'elle n'en avait pas l'air, et sur lesquels elle piétine actuellement, parmi ces catholiques, disons-nous, un grand nombre ont été, sans savoir d'où cela leur venait, tellement déprimés par sa propagande perfidement corruptrice, réduits à un tel état d'amollissement de conscience et d'âme que, pour peu que leur bourreau desserrât le lien qu'il leur a passé autour du cou, ils le déclareraient bienfaisant. Avec le caractère qu'a le bon peuple français, si facile à conduire, il suffirait à la Maçonnerie, maintenant qu'elle est au pouvoir et malgré tous les mensonges, toutes les spoliations, tous les crimes qu'elle a commis, de gérer les affaires publiques comme elles doivent l'être, pour rallier derrière elle l'immense majorité des indolents, des inconscients, des fatigués. Voici donc longtemps qu'elle n'avait plus besoin d'aller chercher des alliés parmi les destructeurs et les anarchistes. Aucun intérêt ne l'y poussait. Bien au contraire. Puisqu'elle est la heata possidens^ il y a vingt ans que devrait s'en prendre à elle la cohorte des forcenés. C'est contre eux
qu'elle aurait dû marcher. Pourquoi a-t-elle persisté à faire cause commune avec les ennemis de cet ordre social dont elle a maintenant la garde et les profits? Et comment se fait-il que ceux-ci lui soient restés fidèlement attachés?
Ce n'est pas tout. Un fait nouveau s'est produit de nos jours qui demande aussi son explication et qui, à lui seul, suffirait pour nécessiter la révision du procès intenté par le Pouvoir occulte et par la Maçonnerie aux traditions françaises, au nom des soi-disant grands principes.
En effet, en 1793, la France tout entière était nationaliste et patriote. La Franc-Maçonnerie usa et abusa de ce nationalisme et de ce patriotisme. C'est en l'invoquant qu'elle perpétra ses destructions et ses assassinats. Elle a ainsi pu donner l'idée qu'elle était elle-même nationaliste et patriote, et elle s'y est appliquée autant qu'elle l'a pu. Mais un pas en avant a été fait aujourd'hui, et c'est dans une voie étrange, dans un sens inattendu de la part de gens qui, depuis cent ans, se réclament de l'élan nationaliste de 1792.
Un extraordinaire spectacle nous est en effet actuellement donné. Le traditionalisme politique est à terre. Donc plus besoin d'alliances pour le détruire. Il en est de même du traditionalisme religieux qui ne compte plus dans l'esprit des gouvernants. On a trouvé le moyen de tromper l'esprit de résistance catholique, qu'on a craint de voir se réveiller un instant au moment des inventaires. Cet esprit de résistance sommeille de nouveau. Et voici ce qui nous prouve avec évidence que la destruction de ces deux traditio-
nalismes n'était pas le but final, qu'elle n'était qu'un moyen : on procède maintenant à la démolition de toutes les idées d'ordre, de respect, de discipline sociale. On va même plus loin. Car l'idée de Patrie est, à son tour, directement attaquée : non seulement l'idée, mais la chose. Et cette attaque est poussée avec un acharnement imprévu et de tous les côtés, par tous les procédés à la fois.
Des prédicants s'adressent au peuple pour essayer de lui persuader que l'idée de Patrie est une vieillerie, bonne à être remisée au grenier national. Simultanément, des gouvernants, des ministres spécialement préposés à la garde de la marine et de l'armée laissent détruire l'une et l'autre. Ils ruinent les arsenaux. Ils semblent prendre plaisir à voir se disloquer du haut en bas toute l'organisation défensive du pays. Certains y aident autant qu'ils le peuvent, les uns en introduisant la délation dans l'armée, les autres en laissant la propagande antipatriotique et anarchique pénétrer dans les casernes, en dissimulant cette pénétration, en la niant au besoin, ou encore en ne prenant contre elle que juste ce qu'il faut de mesures pour tromper le pays. Entre les théoriciens de l'antipatriotisme et les ministres dont nous parlons, existe-t-il un contact? Oui. Où ce contact est-il établi? Dans la Franc-Maçonnerie. Thalamas et Hervé sont francs-maçons, comme le sont la plupart des ministres désorganisateurs. C'est dans les loges que ces ministres trouvent leur point d'appui, et c'est aussi dans les loges que les propagandistes trouvent leurs moyens de propagande. Et pour qu'il ne nous reste pas d'illusions sur les dangers résultant
pour la France de la domination maçonnique, il est arrivé ceci : qu'à l'heure où, grâce aux ministres exécuteurs des vues maçonniques, l'œuvre de désorganisation militaire et maritime était à peu près accomplie, où, par conséquent, notre écrasement en cas de conflit était probable, à cette heure-là même, un autre ministre, celui des Affaires étrangères, homme de la Franc-Maçonnerie, lui aussi, nous acculait presque à la guerre avec l'Allemagne.
Il ne s'agit plus de catholicisme ici; il ne s'agit plus de monarchie, ce me semble ; il s'agit d'autre chose.
Il faut insister sur ce fait capital. Nous n'accusons pas les ministres André, Berteaux, Pelletan et Delcassé, pour ne prendre que ceux-là, d'avoir travaillé consciemment, en toute connaissance de cause, à la destruction de la France. Non. Nous raisonnons comme il convient. Nous considérons qu'André et Pelletan, l'un fanatique à cerveau étroit, l'autre bohème ardent, méconnaissant les lois et les nécessités sociales, ont simplement obéi aux penchants de leur nature, tandis que Berteaux et Delcassé sont tout bonnement dominés par leur orgueil ou leur ambition. Pas de pensée de trahison chez eux ; simplement des défauts ou des penchants dont le Pouvoir occulte sait jouer en vue du but qu'il poursuit.
C'est ce dernier qui choisit tous nos ministres depuis vingt-cinq ans. Nous en avons pour preuve que, dans le dernier quart de siècle, nous n'avons eu que des ministères dans lesquels s'est toujours trouvée une majorité maçonnique. Ce n'est évidemment pas par hasard. Le Pouvoir occulte, qui peut imposer des
majorités maçonniques dans les ministères, peut tout aussi bien imposer qui il lui plaît. C'est donc lui qui, à l'heure qu'il lui a convenu de choisir, nous a donné Pelletan, André, Berteaux et Delcassé.
Il a mis Pelletan à la Marine. Quel autre pouvait mieux que celui-ci désorganiser nos flottes et nos arsenaux sans éveiller la pensée d'une œuvre de trahison préméditée? Quoi que fit un tel ministre, ne devait-on pas penser que c'était le bohème vaniteux et inconscient qui agissait comme sa nature voulait qu'il agit? Pelletan était donc une magnififlque couverture pour le Pouvoir occulte.
Il en est de même d'André. Là encore, quel choix judicieux en vue de l'œuvre à accomplir ! Quelle est cette œuvre? La remise de la direction de l'armée à la Maçonnerie. Le plan est indiqué tout au long dans une brochure maçonnique dont les principaux extraits ont été publiés dans le journal antimaçonnique La Bastille, en janvier 1906. Ce plan comportait trois parties : le choix des ofliciers arraché aux commissions militaires de classement et réservé au ministère de la guerre ; la substitution de ministres civils aux généraux ; et la collaboration, imposée à ces ministres civils, d'hommes désignés par les loges, pour confectionner les tableaux d'avancement.
Tout cela, comme on le voit, est machiné, prémédité, savamment préparé et organisé.
L'exécution n'est pas moins habile.
C'est à Gallifîet qu'on demande d'enlever le choix des ofliciers aux commissions de classement et de l'attribuer au ministre, c'est-à-dire à lui-même! Etant
donné son caractère, on savait qu'il ne pouvait hésiter. D'autre part, on pouvait présumer que, la mesure étant prise par lui, elle ne provoquerait pas trop d'émotion.
Une fois la réforme accomplie, il fallait que la délation maçonnique fût introduite dans l'armée. Sans cela, à quoi pouvait servir cette réforme? Si c'était sur les états de service que le ministre se basait pour donner l'avancement, jamais l'armée n'appartiendrait à la Maçonnerie, par la raison bien simple que ceux qui seraient proposés seraient ceux qui auraient le plus d'esprit militaire, et que l'esprit militaire est incompatible avec l'esprit maçonnique. Le Pouvoir occulte avait une tout autre idée. Il voulait que parvinssent seuls aux sommets de la hiérarchie ceux-là qui étaient le plus dépourvus de cet esprit militaire qu'il fallait tuer, pour le remplacer par l'esprit maçonnique.
Le général de Gallifîet n'était évidemment pas l'homme d'une telle besogne. Et c'est pourquoi, une fois qu'il eut donné ce qu'on attendait de lui, on fit en sorte qu'il s'en allât. Pour organiser la délation maçonnique dans l'armée, personne n'était plus indiqué qu'André. C'était, à ce point de vue, un sujet admirable. Il avait l'esprit maçonnique dans toute sa pureté; et, avec cela, il n'était pas franc-maçon ou du moins les adversaires ne possédaient aucune preuve certaine de son affiliation. La Maçonnerie ne pouvait donc être compromise par lui, semblait-il. Si la machination était jamais découverte, c'est sur le ministre seul que retomberaient toutes les responsabi-
lités. Mais on ne prévoit pas tout !... On ne dit pas brutalement à André, croyons-le bien, ce dont il s'agissait. On lui suggéra simplement qu'il y avait urgence à décléricaliser l'armée, et que, pour arriver à ce résultat, il était nécessaire que lui, ministre de la guerre, ayant désormais toute liberté, toute autorité pour le choix des officiers, il fût mis en possession de renseignements puisés à bonne source sur ces derniers. C'était prendre André par son côté îaible. Décléricaliser ! Ce devait être pour lui une mission sainte ! Pour l'accomplir, il entrait au ministère avec enthousiasme, convaincu qu'on l'y laisserait toujours, déclarant en conséquence qu'il n'en sortirait que (' les pieds devant ». Et c'est avec enthousiasme également qu'il dut organiser le système des fiches. Qui veut la fin, en effet, doit vouloir les moyens.
Or, la fin, celle qu'on lui proposait, c'est-à-dire la décléricalisation, il la voulait. Donc, il devait vouloir aussi le système des fiches. C'était sa mission de l'organiser. Cela d'ailleurs n'était nullement pour répugner à sa nature haineuse et rancunière, irritée par ce qu'il considérait comme les déboires immérités de sa carrière, par les injustices dont il prétendait avoir été victime et qu'il attribuait précisément aux renseignements fournis par ceux qui, jaloux de lui, ne pensaient pas comme lui. Il allait leur rendre la pareille, et cela, pour ce qu'on lui disait être le salut de la République. Œuvre pie, en même temps que douce à ses rancunes ! Le choix d'André, c'était donc le choix de l'homme qui convenait merveilleusement à la situation, qui s'y adaptait excellemment, comme
le choix de Waldeck- Rousseau pour faire voter la loi contre les congrégations, comme celui de Combes pour appliquer cette loi, comme celui de Clemenceau pour ce qui reste à faire.
Ce n'est pas le hasard qui fait de ces coups-là !
Lorsque André eut accompli la besogne qui lui était demandée, lorsqu'il s'y fut usé, fripé, déshonoré, Berteaux lui fut donné pour successeur. Et cet avènement réalisait enfin le désir du Pouvoir occulte d'avoir à la tête de l'armée, au lieu d'un général, un civil franc-maçon. Grâce à la manœuvre de suppression des commissions de classement, manœuvre qui, \u l'heure où elle fut opérée, prouve l'esprit de prévision de la puissance occulte qui dirige tout, c'est ce civil franc-maçon qui a enfin dans la main, lui inexpérimenté, et par conséquent incapable, le choix des officiers. Ce civil franc-maçon est s^mbitieux. Il n'est pas arrivé ministre de la guerre par son mérite, car il est très ordinaire ; ni par sa compétence, car il a passé sa \ie à opérer des compensations à la Bourse et à dresser des comptes de liquidation. Cela ne prédispose guère à la direction des armées. Pourtant, son arrivée au Ministère de la guerre était prévue, annoncée depuis longtemps par lui-même et par d'autres francs-maçons. Il était donc désigné. C'est la Maçonnerie qui l'a hissé là. Lui-même ne saurait s'en cacher. Ce n'est que par elle qu'il peut monter plus haut... Donc elle le tient. Et si elle le tient, c'est elle et non pas lui qui, en réalité, dispose du choix des officiers ; autrement dit, c'est le Pouvoir occulte qui est enfin, comme il le voulait, maître de notre armée.
Arrivons maintenant à Delcassé. En voici encore un, à propos duquel on peut se demander, en se plaçant au point de vue de l'intérêt national, par quoi il était désigné pour arriver aux affaires étrangères et surtout pour y demeurer si longtemps. Mais en revanche, au point de vue du Pouvoir occulte, il était, lui aussi, l'homme spécialement indiqué.
Le Pouvoir occulte est particulièrement anglophile. Tout au moins, il l'a été jusqu'ici. Nous pouvons le déduire de ce fait : que la Maçonnerie, faite à son image et pour servir ses vues, l'est à un point extrême. Elle l'a souvent prouvé, surtout depuis vingt ans.
Au moment de la guerre sud-africaine, par exemple, alors que la conscience de l'Europe tout entière était pour les Boërs, elle seule tenait pour les Anglais ; elle le disait ; elle l'imprimait. Elle qui se prétend partout et toujours le champion de la liberté des peuples, elle qui se déclare républicaine, elle prenait parti pour la monarchie anglaise contre les républiques sœurs et protestantes de l'Afrique du Sud, pour le peuple envahisseur contre le peuple envahi. De même, dans la guerre qui mit aux prises le peuple russe, notre allié, avec le peuple japonais, allié des x\nglais, la Maçonnerie française, malgré les traités qui liaient la France, n'a pas cessé un instant de manifester d'une façon violente, sa sympathie pour la nation alliée de l'Angleterre, et sa haine pour la nation alliée de la France. Enfin une preuve, concluante encore, est celle qui nous est fournie à propos du différend anglo-allemand. Voici trente ans que la Maçonnerie s'est appli-
quée à endormir l'esprit de revanche en France au sujet de la question d'Alsace-Lorraine. Tant qu'il ne s'est agi que de la cause française, elle n'a cessé de crier : pas de guerre avec l'Allemagne! La paix à tout prix! Plus tard, elle a fait prêcher par ses adeptes le pacifisme, puis l'humanitarisme, et enfin, par certains d'entre eux, l'antipatriotisme. Survient l'incident du Maroc, qui n'était qu'un trompe-l'œil. Ce n'est plus de la cause française qu'il s'agit ici, c'est de la cause anglaise. Et, dès lors, la Maçonnerie française se montre prête à obliger la France à tirer l'épée!
Or, Delcassé, lui aussi, est anglophile convaincu. On nous l'a précisément donné comme ministre au moment où l'Angleterre marchait contre le Transvaal, au moment où, par conséquent, elle avait besoin qu'il y eût, au ministère des Affaires étrangères de France, un homme des sentiments duquel elle pût être sûre, et qui, sous aucun prétexte, ne consentirait à lui créer d'embarras. On sait Delcassé entêté et, par dessus le marché, rageur. Rien de plus facile par conséquent que de lui faire brusquer les choses, lorsqu'on jugera le moment venu.
Les quatre ministres dont nous venons de parler n'ont jamais eu l'intention de trahir la France ; c'est entendu. Ils auraient eu horreur d'un pareil acte ; c'est évident. Ils n'ont jamais obéi qu'aux impulsions de leur nature ; c'est indiscutable.
Mais alors, chose vraiment curieuse, chose extraordinaire ! Il arrive que, par le jeu des impulsions de ces quatre hommes, se trouve créée la situation que voici : notre marine est désorganisée; notre armée, où l'in-
discipline et la délation ont été introduites, est affaiblie comme la marine ; l'une et l'autre sont dans les mains de la Franc-Maçonnerie, et l'une et l'autre ont à leur tête des francs-maçons qui ne sont pas de la carrière, des incapables par conséquent ; eu égard à leur situation, des incompétents. Et, à cette heure-là précisément, la situation politique s'embrouille par le fait du franc-maçon ministre des Affaires étrangères, et la guerre est à deux doigts d'être déclarée, de même que la guerre franco-allemande de 1870 avait éclaté après que l'opposition d'alors, maçonnique elle aussi, s'était opposée à la nouvelle organisation militaire proposée par le maréchal Niel, et que la France avait été mise, de ce chef, en état d'infériorité.
Le hasard peut-il produire, après les avoir préparées pendant de longues années, de si étranges conjonctures? Non. Si ce n'est le hasard, c'est donc la Franc-Maçonnerie, puisque c'est elle à qui nous sommes redevables des quatre ministres dont nous parlons. Et si c'est la Franc-Maçonnerie, cette institution ne s'occupe donc pas seulement de détruire nos traditions politiques et religieuses? Il apparaît nettement que le Pouvoir occulte la pousse à autre cTbose.
Ne perdons pas de vue que, tandis que ces quatre ministres, ces quatre francs-maçons hypnotisés, marchaient du même pas, comme si leurs efforts eussent été coordonnés par une volonté supérieure, pour nous conduire à une situation aussi effroyablement critique, une autre action s'exerçait à ce moment-là
même dans le pays, et correspondait parfaitement au mouvement opéré dans les trois ministères de la Guerre, de la Marine et des Affaires étrangères. C'est la propagande antimilitariste dont nous parlions tout à l'heure.
Un beau jour, un homme, inconnu jusque-là, écrit que le drapeau est une loque bonne à être enterrée sous un tas de fumier. Qui donc lui donne une subite notoriété? Qui permet que cette notoriété profite à la doctrine qu'il prêche? — La Franc-Maçonnerie. Qui fait les frais des premières publications que ce nouveau prédicant, Hervé, ne peut pas faire? — Une loge de France, ainsi qu'en fait l'aveu spontané son Vénérable devant un jury. D'autre part encore, qui embrigade pour l'œuvre antipatriotique ceux des instituteurs qui veulent bien s'y prêter? Qui organise les groupements dans lesquels les doctrines antimilitaristes leur sont présentées, non seulement comme vérités nécessaires à répandre, mais aussi et surtout comme les plus propres à assurer leur avancement? — La Franc-Maçonnerie! Toujours la Franc-Maçonnerie ! C'est elle qui crée les Amicales d'instituteurs, elle qui fait entendre dans ses loges les orateurs de l'humanitarisme et de l'antipatriotisme, ainsi qu'en font foi les ordres du jour des « tenues )) publiés par le Bulletin Hebdomadaire des Travaux de la Maçonnerie.
Donc, nous y voici. A tous les degrés de l'échelle sociale, un effort gigantesque est tenté partout à la fois contre la France. Il est poursuivi simultanément dans l'armée et la marine par les ministres désorgani-
sateurs, et, sous forme de propagande parmi les masses populaires, par les conférences, par les livres, par les brochures, par les journaux, par les chansons et aussi par l'enseignement donné aux enfants qui seront les hommes de demain.
Il est prouvé par M. Maurice Talmeyr qu'un complot est organisé en vue de la démoralisation de la France. Tout un système de réglementation, comprenant une nouvelle police des mœurs, qu'on pourrait appeler la police destructive des mœurs, a été basé sur un rapport présenté au Conseil municipal de Paris par un conseiller franc-maçon. D'après cette nouvelle réglementation, la police ne doit pas connaître la morale ; elle doit être neutre ; neutre, c'est-à-dire indifférente à ce que l'on avait jusqu'alors considéré comme immoral. En même temps, toutes les facilités, toutes les occasions de corruption sont offertes par la même réglementation aux mères de famille. La famille, on va jusqu'à déclarer qu'on veut la supprimer. Le rapport officiel dont nous parlons vante les sociétés antiques dans lesquelles la prostitution était honorée... A l'école, on s'en prend à l'enfance. « La pudeur doit être arrachée de l'âme des enfants. » Dans la rue, des libelles infâmes sont distribués à Paris et en province, et c'est aux tout jeunes gens et aux toutes jeunes filles que les distributeurs s'adressent. Bref, on veut détruire dans notre société tous les sentiments qu'y avait cultivés le christianisme pour élever l'humanité ; on prend toutes les mesures pour que la nation française devienne un troupeau de bêtes inconscientes du bien et du mal, qui regarderont passer avec indif-
férence les Soleilland que pensionneront les présidents de République de l'avenir. Le but est avoué !
Et cet efîort, c'est toujours la Maçonnerie qui l'organise. Elle fournit les théoriciens, les propagandistes, — et aussi les exécutants, c'est-à-dire les ministres, les administrateurs, les directeurs d'école. Elle crée les groupes grâce auxquels les volontés sont coordonnées. Elle prête ses temples, pour qu'on y fasse des conférences sur (( la libre maternité )). Elle publie au besoin ces conférences. Elle y va de son argent, ou plutôt de l'argent que lui fournit on ne sait qui... Que nous faut-il de plus? Une chose est manifeste maintenant : c'est que l'antitraditionalisme politique et religieux n'est pas le seul but auquel tende la Maçonnerie. Un autre enseignement se superpose à l'enseignement antitraditionaliste qu'elle nous a donné depuis cent cinquante ans. Il en est la clef de voûte; et, cet enseignement, c'est celui qui tend directement à la destruction de la France.
C'est pour en arriver là qu'on a passé par les chemins que nous savons et qu'on nous disait être ceux de la vérité, de la lumière et de la justice. Et la marche suivie était logique ! Des catholiques, des monarchistes auraient-ils jamais consenti à faire la besogne antipatriote des André, des Berteaux, des Delcassé, des Hervé, des Jaurès et des Thalamas? Evidemment non. Par conséquent, un Pouvoir occulte tendant à la destruction de la France et doué d'esprit de prévoyance, devait commencer par détruire le traditionalisme religieux et politique dans l'esprit des Français dont il voulait faire des antifrançais,
inconscients d'abord, conscients ensuite. Pour arriver à ceci, il fallait nécessairement passer par cela. L'antitraditionalisme politique était une étape. X'antitraditionalisme religieux en était une autre. Et toutes les deux étaient indispensables pour marcher vers le but final. C'est ainsi que s'explique l'eiïort poursuivi depuis un siècle et demi contre le traditionalisme français, — effort qui, sans cet aboutissement, serait en dehors de toute raison : On ne tuait nos traditions que pour assassiner la France.
Encore une fois, c'était logique. Car lorsqu'on veut qu'un peuple vive, on ne détruit pas les sources de sa vie. On n'attaque pas haineusement ses souvenirs. Même dans les cas où il devient nécessaire de choisir entre les différents chemins que peut ouvrir l'avenir, on le fait avec le respect qu'on se doit à soi-même et qu'on doit encore plus aux aïeux par lesquels on existe ; on médite pieusement les modifications dont sont susceptibles ces traditions grâce auxquelles ils ont édifié ce qu'ils nous ont transmis. On fait en sorte, non pas de tuer le passé, ni de le déshonorer, mais de le relier aux conditions nouvelles qui peuvent résulter du changement d'âge des nations.
Si, au contraire, on veut qu'un peuple meure, rien de plus logique que de le frapper aux endroits où sont les sources même de sa vie.
Mais alors, quel jour lugubre est jeté sur notre histoire par l'idée directrice que nous venons d'exposer et grâce à laquelle s'expliquent si naturellement tant de secousses qui, sans elle, demeurent inexplicables ! Les choses ne se précisent-elles pas d'une effrayante
façon dans ce rassembleement des éléments de la sombre tragédie dont nous sommes à la fois les acteurs et les victimes ! N'est-elle pas singulièrement impressionnante cette marche de la Maçonnerie, installée au milieu d'un peuple dont elle commence par fermer les yeux et par enivrer la raison ; puis qui supprime l'un après l'autre tous les organes de notre vie nationale, en s'attaquant d'abord à ceux dont le Pouvoir occulte sent la disparition plus urgente pour lui : la Monarchie, tradition nationale politique, force qui maintenait la cohésion dans le corps social, qui coordonnait les efforts en vue de la défense ; puis le catholicisme, force morale qui donnait aux âmes le ressort à défaut duquel la meilleure organisation reste inutile, comme serait une machine, même la plus perfectionnée, dans laquelle il n'y aurait point de vapeur. Ces destructions préalables accomplies, l'âme du pays étant endormie, sinon détruite, et ses membres ou disjoints ou paralysés, réduits à l'impuissance défensive, le Pouvoir occulte s'en prend successivement aux idées, désormais sans support, de propriété, de famille, de moralité, qui, à défaut des institutions traditionnelles et des principes fondamentaux préalablement anéantis, distingueraient encore l'homme de la bête. Il veut que soit effacée cette dernière distinction, et il s'y acharne en proclamant qu'il travaille pour la lumière, la justice, la civihsation, le progrès ! Il attaque enfm l'idée nationale elle-même, de la façon dont il a attaqué toutes les autres, c'està-dire en répandant subrepticement, par fraude et mensonge, dans ses loges, et de là dans le monde pro-
fane, les idées qu'il sent nécessaires pour fanatiser les uns, pour engourdir les autres, de telle sorte que ceux qui voudraient conserver la France deviennent, en dépit de leur désir impuissant, les collaborateurs inconscients, ou tout au moins les instruments passifs de ceux qui, sous prétexte de tout perfectionner, s'emploient à tout détruire.
Et, à l'heure qu'il est, un spectacle nous est donné, qui met sous nos yeux la synthèse de la méthode employée par le perfide Pouvoir occulte depuis que la Franc-Maçonnerie existe :
Regardez en effet ceux des francs-maçons que nous connaissons comme tels. Tandis que, parmi eux, les uns s'acharnent à anéantir ou tout au moins à affaiblir, selon les possibilités, le sentiment patriotique dans les âmes, les autres, sous l'action des narcotiques par lesquels on les a endormis, rêvent tout haut de ce qui fut si cher aux aïeux dont le sang coule dans leurs veines, et clament au sein de nos assemblées politiques, dans leur inconscient délire : Patrie! Patrie ! Patrie !... comme, de 1815 à 1848, tandis que certains francs-maçons démolissaient la royauté, d'autres criaient : Vive le Roi ! Vive le Roi ! Vive le Roi !
Ce n'est donc plus nous qui écrivons notre histoire depuis cent cinquante ans ; c'est une main invisible, la main du Pouvoir occulte ; et cette histoire, c'est celle de notre perdition par suite de notre renoncement à toutes nos traditions. C'est par là que le Pouvoir occulte a résolu de nous tuer, en faisant de nous les artisans de notre ruine.
Nous marchons à l'abîme sans savoir qu'il nous y conduit. Nous y allons stupidement, comme un troupeau qui se presse pour sortir de l'étable. Nos âmes, privées de l'ancien idéal, sont abaissées vers la matière, comme les têtes des bestiaux sont abaissées vers le sol. Nous entonnons des chants de triomphe, tandis que notre guide masqué nous mène à l'anéantissement; et, dans le vertige des idées soi-disant progressives dont le poison nous tue, nous nous proclamons le premier peuple du monde, au moment même où nous levons le pied au-dessus de la fosse dans le vide béant de laquelle va tomber avec nous, hélas ! tout ce qui fut la France.
Quelques-uns se rendent compte ; mais ils se considèrent comme impuissants. Ils se persuadent que notre race est irrémédiablement perdue, parce qu'elle est vieille, pensent-ils, et arrivée au terme naturel de sa vie. Ils ne se rendent pas compte qu'elle est simplement empoisonnée, aux prises avec un assassin, le Pouvoir occulte, à l'étreinte duquel on pourrait l'arracher..., si l'on savait.
Savoir! Savoir! Tout est donc là pour notre malheureux pays. Savoir où est le Pouvoir occulte et où le saisir ! Savoir comment il verse le poison, afm de l'en empêcher.
Est-ce possible?
— Oui.
Mais cela nécessite une autre démonstration.