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LA SÉLECTION AUTOMATIQUE PAR ÉLIMINATION VOLONTAIRE

Nous avons expliqué comment et pourquoi la Franc-Maçonnerie à ses débuts voyait s'asseoir sur

les colonnes de ses temples des hommes paisibles incapables d'admettre l'idée de la préparation d'un attentat quelconque contre la religion nationale ou contre le gouvernement traditionnel. Mais elle pouvait aussi en attirer d'autres, ainsi que nous l'avons expliqué : les inquiets, les mécontents, les ambitieux, et tous ceux que fatiguait la discipline catholique ou qu'irritaient les contraintes imposées par l'organisation politique et sociale. Toute la tactique du Pouvoir occulte ou, plus exactement, celle qu'il suggérait aux intermédiaires par lesquels il était obligé d'agir, devait consister à utiliser la bonne réputation des adeptes de la première catégorie et à décourager le moins possible ceux de la seconde. Car si la présence des uns constituait une protection nécessaire, c'était en revanche parmi les autres qu'il y avait chance de recruter les vrais ouvriers du « grand œuvre ».

Cette composition initiale des loges imposée par les nécessités auxquells avait à faire face le Pouvoir occulte appelait une correction. Puisqu'elle introduisait dans les ateliers des hommes qui, en raison de leur caractère et de leur tempérament, devaient toujours rester rétifs à tout enseignement subversif, il était de toute nécessité que le Pouvoir occulte pût se débarrasser de ceux-là lorsqu'il le voudrait. Il y pourvut par le système des sélections successives.

Parmi celles-ci il en est une dont le caractère est très particulier, parce qu'elle s'exerce d'une façon constante, et pour ainsi dire automatiquement, en raison de la facilité avec laquelle peuvent s'éloigner de la Maçonnerie les francs-maçons qui ont cessé de

s'y plaire. Le Pouvoir occulte a pris soin en effet de n'opposer aucun obstacle à la sortie de ceux-là. Quiconque ne trouve pas dans la Franc-Maçonnerie ce qu'il s'imaginait y rencontrer n'a même pas à faire le geste de la démission. Il peut se borner à ne plus paraître en loge et à ne pas payer ses cotisations. On le raye, après rappel resté sans réponse, et tout est dit. C'est ainsi que les choses se passent très fréquemment.

Comme, au contraire, certaines précautions sont prises pour défendre l'entrée des loges, on peut dire que l'orifice d'échappement est plus large que celui d'introduction et qu'ainsi, le rejet des rebuts s'effectue de la façon la plus naturelle. ' ' "^^

En fait, une première sélection est opérée au moment même où un profane est attiré dans une loge. Elle résulte de ce que ce profane est préalablement observé par au moins un franc-maçon qui lui fait les premières ouvertures parce qu'il le connaît.

Cette sélection est forcément imparfaite puisqu'elle est laissée aux soins de chaque adepte. Celui-ci opère avec ce qu'il a de zèle, d'intelligence et de perspicacité. Or, il s'en faut que tous les enfants de la Veuve soient intelligents et perspicaces. De plus, ils ignorent les vrais plans du Pouvoir occulte. Ils ne savent que ce qui leur a été révélé, c'est-à-dire rien ou à peu près. Et encore, ce rien varie-t-il, non seulement avec les grades, mais aussi avec les pays et les époques. Le franc-maçon recruteur se borne en somme à attirer dans la Franc-Maçonnerie ceux de ses amis dont il considère l'état d'esprit comme correspondant au

sien propre. Une triple enquête est faite par d'autres membres de Tatelier sur le profane ainsi proposé. Des interrogations sont adressées à celui-ci. Enfin on lui fait subir les ridicules épreuves physiques qui ont l'utilité que nous avons signalée.

Un recrutement opéré dans de pareilles conditions est forcément aussi médiocre que l'était celui des premières loges, eu égard au but que la Franc-Maçonnerie doit réaliser. Mais la correction résultant de l'élimination volontaire intervient immédiatement, et c'est pour produire son effet au gré du Pouvoir occulte.

Au gré du Pouvoir occulte, disons-nous, car celui-ci est toujours libre d'activer plus ou moins le jeu de ce mécanisme d'élimination. Il n'a pour cela qu'à accentuer dans tel ou tel sens l'enseignement qu'il distribue. Ceux auxquels cette modification déplaît, quittent la Franc-Maçonnerie. C'est ainsi que, sans qu'on s'en doute, la facilité avec laquelle un francmaçon cesse de l'être contribue, à elle seule, et dans une large mesure, à la sélection telle que la veut le Pouvoir occulte, et cela sans que celui-ci ait besoin de se montrer jamais.

Deux particularités intéressantes à signaler permettront au lecteur de s'en rendre compte.

Les profanes ont eu connaissance de certaines défections retentissantes qui ont eu lieu depuis plus de vingtans au sein des loges, et qui toutes ont eu pour cause la révolte d'un sentiment d'honnêteté ou de patriotisme chez ceux qui faisaient claquer ainsi les portes. L'ancien préfet de police, M. Andrieux, fut parmi les

premiers de ces révoltés. On comprend que si le monde profane a connu quelques-uns d'entre eux, il a ignoré un grand nombre de dissidents de moindre notoriété, qui ont, eux aussi, quitté la Franc-Maçonnerie par dégoût de ce qui s'y passait. Par qui ont-ils été remplacés? Par des gens moins scrupuleux. Et à quel moment ces renouvellements ont-ils eu lieu dans le personnel? Précisément à l'heure où le Pouvoir occulte songeait à certaines destructions non plus d'ordre religieux, mais d'ordre national, dont il n'avait pas encore été question. Pour la réalisation de ces destructions, il fallait d'autres ouvriers que ceux qui avaient été suggestionnés jusqu'alors et qui ne l'avaient été qu'au seul point de vue antireligieux. Le Pouvoir occulte n'a eu qu'à démasquer quelques-unes de ses nouvelles vues, et ceux qui n'étaient pas bons pour les servir se sont éliminés d'eux-mêmes, laissant la place à ceux qui, au contraire, y étaient aptes, et qu'à cause de cela il introduisait dans la Franc-Maçonnerie. La sélection s'est ainsi faite automatiquement, par l'élimination volontaire, et elle s'est faite selon ce qu'exigeait le besoin immédiat. Le Pouvoir occulte sentirait-il après cela, la nécessité d'un recul momentané? En ce cas, une pesée en sens inverse sur le volant de direction suffirait. On verrait les Francs-Maçons trop avancés lâcher à leur tour la Maçonnerie, parce qu'ils la trouveraient trop réactionnaire. A leur place rentreraient ceux dont aurait momentanément besoin le Pouvoir occulte : les modérantistes qu'il saurait attirer ou faire rentrer au bercail. La sélection se ferait encore automatiquement, par Té-

limination volontaire, et elle se ferait toujours selon le besoin immédiat du Pouvoir occulte.

Une autre particularité dont nous avons déjà dit un mot en parlant des listes de francs-maçons qui ont été publiées, montre à quel point est considérable l'élimination volontaire dans la Franc-Maçonnerie.

Nous avons eu à signaler ce fait : qu'à certaines époques le nombje des francs-maçons français reste sensiblement le même durant de très longues périodes. Par exemple il en a été ainsi pendant les six années que j'ai passées dans la Franc-Maçonnerie. Durant cet espace de temps, la fédération du Grand Orient de France a compté environ seize mille membres. Et cependant il y avait sept ou huit fois plus d'initiations que ce qui eût été nécessaire pour remplir les vides causés par la mort. Un nombre considérable de francs-maçons quittaient donc la Franc-Maçonnerie. Quels étaient ceux qui restaient ? Ceux qui se plaisaient dans le milieu maçonnique tel qu'il était alors, ils témoignaient par cela même qu'ils se trouvaient dans un état d'esprit en rapport avec les besoins momentanés du Pouvoir occulte. Ceux qui s'en allaient étaient, au contraire, évidemment dans un état d'esprit autre. Ils s'éliminaient d'eux-mêmes.

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