CELUI QUI EST RESPOIS'SABLE
Si nous avons insisté si longuement sur l'effort de suggestion auquel se livre le Pouvoir occulte, c'est
qu'à cet effort est due la si complète, la si étonnante fortune politique de la Maçonnerie. On ne saurait assez le dire et le redire si l'on veut que les défenseurs de la France contre le Pouvoir occulte cessent d'être constamment vaincus.
On n'a jamais suffisamment attiré l'attention des patriotes et des catholiques sur ce côté de la question. Et pourtant, n'est-ce pas la première des règles de la tactique, que pour opposer à un adversaire victorieux une résistance efficace, il faut connaître son mode d'attaque? On a été d'autant plus facilement battu par le Pouvoir occulte et par la Franc-Maçonnerie qu'on ignorait les méthodes et l'organisation de cette association.
Parmi nos amis, les uns connaissent des francsmaçons qui sont de braves gens. Ils sont tout naturellement portés à voir la Maçonnerie sous la figure de ceux-ci ; et lorsqu'ils entendent les accusations dont cette association est l'objet, ils la considèrent comme calomniée. Nous avons dit que telle était la manière dont Brunetière envisageait la question maçonnique. L'éminent et regretté directeur de la Revue des Deux-Mondes ne fût certainement pas resté dans son erreur si, au lieu de connaître seulement ses braves gens de francs-maçons, il eût également connu l'organisme grâce auquel le Pouvoir occulte peut faire de ces sortes de « braves gens », les artisans inconscients des œuvres les plus mauvaises.
D'autres sont conduits à des appréciations non moins fausses, parce qu'ils ont appris que la Franc- Maçonnerie des pays protestants est bien loin d'en-
courir les mêmes reproches que la Maçonnerie française, ou encore parce qu'ils ont entendu dire que la Franc-Maçonnerie française d'il y a quarante, soixante, cent ans et plus ne ressemblait nullement à celle d'aujourd'hui. Et d'un air entendu, ils nous reprochent d'être des fanatiques ou tout au moins de trop généraliser. Ils se montreraient plus circonspects si, ayant étudié à fond l'organisme et les méthodes maçonniques comme nous l'avons fait nousmême, ils s'étaient rendu compte que cet organisme et ces méthodes ont été créés par quelqu'un, qu'ils ne sauraient être mis en action si ce n'est sous la direction d'un autre quelqu'un, et que ce quelqu'un-ci successeur et continuateur de ce quelqu'un-là, peut avoir intérêt à donner ces figures, ces attitudes, ces conceptions différentes aux maçonneries des différents pays et des différentes époques !
Grâce à une telle étude, on en arrive aussi à comprendre comment les braves gens qui ont impressionné Brunetière et tant d'autres ont pu se fourvoyer à toutes les époques dans la Franc-Maçonnerie. On se rend compte que ces pauvres francs-maçons, si orgueilleusement pleins de ce qu'ils appellent leur lumière, si lamentablement dénués pourtant au point de vue intellectuel, après avoir reçu des initiations qui ne les initient à rien, les uns naïfs comparses, les autres vulgaires et trop souvent méprisables ambitieux, sont tous des hypnotisés ; mais des hypnotisés qui, sous l'empire de leur hallucination, peuvent être conduits, sous prétexte de fraternité, jusqu'aux niassacres les plus lâches et sous couleur de progrès,
jusqu'à ranéantissement des nations et à l'asservissement de l'humanité.
Quant à celui à qui revient la pleine, la totale responsabilité du mal commis, des erreurs répandues, des mensonges entassés et des destructions accomplies ou à accomplir, on se rend compte que c'est le Pouvoir occulte, puisque c'est lui qui agit depuis deux cents ans en faisant descendre ses suggestions de degrés en degrés grâce à l'organisation que nous avons décrite dans le Pouvoir occulte contre In France.
Ce Pouvoir occulte est constitué, par un groupe avons-nous dit, mais par un groupe dont les membres, nous le A'errons, sont indissolublement liés les uns aux autres par une même foi, un même patriotisme, une même ambition qui n'est pas personnelle à chacun d'eux, qui est collective et de nature patriotique et religieuse à la fois. C'est là l'élément moral qui assure leur prédominance dans l'immense organisme dont ils ont la direction.
Lorsqu'ils ont élaboré et choisi les idées qui, sous une apparence séduisante, contiennent les poisons dont l'effet naturel sera la dissociation des nations au sein desquelles ils seront versés, les membres de ce groupe se rencontrent dans d'autres groupes composés d'hommes élus et formés par eux. Nous avons vu comment cette formation est donnée depuis qu'existe l'im.mense réseau des associations qui sont réunies sous ce vocable : La Franc- Maçonnerie^ et nous verrons plus tard comment il a été procédé, dans les époques antérieures à leur création et à leur complète organisation.
Les membres de ces groupes immédiatement voisins du Pouvoir occulte ignorent l'existence de celuici et, par suite, ils se croient les vrais chefs ; mais en réalité, ils sont, qu'ils le veuillent ou non, sous l'ascendant de ceux d'entre eux qui, fai'^ant partie du groupe suprême, ont sur les autres l'avantage immense d'une entente préalable ainsi que d'un idéal religieux et patriotique commun. Ces derniers sont seuls à le posséder, cet idéal, puisque si les autres ont été choisis par eux pour monter si haut, ce n'est qu'après avoir été complètement déformés, débarrassés de l'ancien idéal religieux, et patriotique de leur race, après avoir été « libérés des antiques préjugés », <c affranchis », selon l'expression du F.-. Lafferre. Dans de telles conditions, de pareils hommes sont merveilleusement aptes à recevoir les suggestions destructrices. Ils sont aussi merveilleusement aptes à les propager, car ils ont été dressés dans la Maçonnerie à cet apostolat spécial dont parlait le même F.-. Lafferre. De plus, ils se considèrent comme en passe de devenir les maîtres du monde. En effet, ils connaissent les rouages de l'organisme universel qu'ils ont au-dessous d'eux — force immense, grâce à laquelle ils peuvent contrecarrer les vues de tous les gouvernements — et ils ignorent d'autre part l'existence de l'idéal religieux et patriotique étranger au service duquel ils sont attelés sans qu'ils s'en doutent. Ils s'attachent aux idées qui leur sont suggérées et s'appliquent d'autant plus à leur propagation qu'elles leur paraissent convenir absolument à l'établissement de leur puissance. Et. en réalité, elles sont
éminemment propres à dissoudre la force de ces gouvernements nationaux qu'ils prétendent assujettir et qu'ils assujettissent en effet, mais pas à leur profit comme ils se l'imaginent, à celui du Pouvoir occulte. Ce qui se passe du premier au second degré au haut de l'échelle se renouvelle du second au troisième, puis à tous les autres, avec une facilité grandissante à mesure qu'on descend plus bas. La condition indispensable à la transmission des poisons, c'est que les suggestions soient habilement versées, avec toutes les précautions nécessaires de la part du Pouvoir occulte, avec la méthode et le calcul qu'exige la variété des milieux, des circonstances, des obstacles à renverser, des appuis à se ménager, bref avec l'immense perfidie que réclame l'accomplissement d'une pareille œuvre.
Tout cela pout-il être effectué sans à coups? Encore une fois, non. Et nous pouvons déjà mesurer l'erreur de ceux qui considèrent le Pouvoir occulte comme pouvant régler toutes les affaires maçonniques à son heure et à son gré. A fortiori^ s'il s'agit des affaires nationales et mondiales.
Les débuts de ce Pouvoir occulte furent prodigieusement difficiles. Ils nécessitèrent sans aucun doute des recommencements qui durèrent peut-être des siècles. Même maintenant, après tant d'années pendant lesquelles il a pu faire évoluer les franc-maçonneries des différents pays sans que le public y prit garde, le Pouvoir occulte doit faire face à d'incessantes difficultés qui gênent la réalisation de ses plans. Il se heurtera demain à des difficultés plus gran-
des encore. Et c'est notre raison de ne pas désespérer...
Mais cela, c'est ce qui nous reste à prouver en cherchant quel est ce Pouvoir occulte qui est capable d'agir comme nous avons montré, après avoir imaginé l'organisme que nous avons décrit.