‹ Le drame maçonniqueChapitre 24 sur 78 · MAÇONNIQUES · texte numérisé non relu

MAÇONNIQUES

Ce n'est pas assez pour la Franc-Maçonnerie des groupements qu'elle crée. Il en existe qu'elle n'a pas créés. Elle s'applique à pénétrer dans ceux-là pour tourner peu à peu leurs forces à son profit. Ne saitelle pas que dix hommes groupés autour d'une idée sont plus forts que mille dont les idées se contredisent. En conséquence, elle ne veut pas que ses adversaires aient à leur service des groupements homogènes. Pour cela, elle essaye de forcer les portes des groupes qu'ils ont organisés, pour y répandre ses doctrines, mais toujours « en ne laissant pas voir sa main. »

Le compte rendu du Congrès maçonnique d'Amiens nous en fournit la preuve, car on lit encore dans son compte rendu :

« Faire concourir à notre Œuvre, partout où ce sera possible des journaux dirigés par des frères, mais ne découvrant jamais les loges et ne divulguant jamais nos travaux... Créer des sociétés de libre-pensée, de secours, souchées sur les loges, subventionner les groupes profanes existant... et faire pénétrer les frères maço?is dans les sociétés déjà constituées^ mais avec la

plus grande prudence. Faire la propagande par la bienfaisance en participant aux bonnes œuvres et aux encouragements, TOUS CES MOYENS SONT NOTRES. »

L'orateur du couvent de 1891 constatait que les francs-maçons avaient répondu au « mot d'ordre qui leur était donné et que beaucoup d'entre eux appartenaient à des sociétés groupées sous le drapeau de la Libre-Pensée. »

Au Congrès des IjOges du Nord-Ouest, le F.-. Bourget engageait ses frères à pénétrer dans le plus grand nombre de sociétés possibles « particulièrement dans les patronages laïques, scolaires et de bienfaisance, associations de prévoyance, de secours, de tir et de gymnastique ; encourager toutes les sociétés de librepensée, pressentir les instituteurs qui dans leur rôle d'éducateurs du peuple peuvent nous rendre de grands services. »

« Les Loges, écrivait Piccolo Tigre dans la lettre que nous avons citée, ne sont qu'un lieu de dépôt, une espèce de baras, un centre par lequel il faut passer avant d'arriver à nous (sociétés secrètes supérieures). En lui apprenant à porter arme avec son verre, on s'empare de la volonté, dé l'intelligence et de la liberté de l'homme. On en dispose, on le tourne, on l'étudié. On devine ses penchants, ses affections et ses tendances ; quand il est mûr pour nous, on le dirige vers la société secrète dont la Franc- Maçonnerie . ne peut plus être que l'antichambre assez mal éclairée.

Ce que sont, de l'aveu du juif Piccolo-Tigre, les sociétés secrètes supérieures de la Franc-Maçonnerie

invisible par rapport à la Franc-Maçonnerie que nous connaissons, celle-ci l'est à son tour par rapport aux milliers de sociétés qu'elle crée sur toute la surface du territoire, ou de celles dans lesquelles elle pénètre « sans laisser voir sa main », et qui ne sont que « son antichambre assez mal éclairée ».

' Par l'intermédiaire de ces sociétés, elle agit sur le monde profane. Elle y répand ses idées, toujours en les couvrant du voile de l'hypocrisie et en ne versant de ces idées que les doses qu'elle sent assimilables...

C'est donc un immense filet, dont les mailles sont représentées par des milliers de sociétés, qui est jeté sur la France. Ces sociétés ont été pour la plupart constituées par la Maçonnerie, et elles ne le savent pas. Elles sont dirigées par les représentants de cette association et elles l'ignorent. C'est de ses idées qu'elles sont nourries, c'est par sa propagande hypocrite, tendant on ne sait à quel but obstinément caché, que l'intelligence de leurs membres est oblitérée ; et ceux-ci ne s'en doutent pas ! Ne s'en doutant pas, ils ne peuvent même pas songer à écarter d'eux le poison. Ils absorbent la doctrine de mensonge comme un enseignement de vérité. Ils la répandent comme telle autour d'eux. C'est au nom de la « science », inconnue des francs-maçons ignorants, qu'ils ont été catéchisés ; c'est au nom de la « Science », tout aussi inconnue d'eux, qu'ils catéchisent les autres.

Comment, dans de telles conditions, le Pouvoir occulte n'arriverait-il pas à détruire de fond en comble la façon de penser d'une nation ! Comment n'aveuglerait-elle pas cette nation assez complète-

ment pour l'amener à se dét-ruire elle-même! Par quel miracle celle-ci s'apercevrait-elle que les formules mensongères pour lesquelles elle se passionne n'ont été inventées que pour la désorganiser, pour la désarmer, pour la réduire à l'état de proie, tout en lui cachant le but secrètement poursuivi par un Pouvoir occulte dont elle ignore jusqu'à l'existence !

l'envahissement total. — l'heure de l'action.

Et voici que ce travail de propagande, déjà servi par de tels moyens, se trouve, à une certaine heure, secondé, appuyé de telle sorte, que son action va se trouver encore décuplée.

En effet, les francs-maçons, « ces théoriciens, ces philosophes si doux, si pacifiques, si conciliants », ainsi que disait wn membre du Conseil de l'Ordre répondant en mars 1899 aux interrogations d'un envoyé du journal Le Temps, les innocents et inoffensifs francs-maçons avaient déclaré dans leurs statuts qu'ils ne s'occupaient pas de politique. Le membre du Conseil de l'Ordre en question répétait cette affirmation, lui aussi.

« Nous proscrivons toute discussion politique, disait-il. Nous nous tenons à l'écart de toute agitation. Jamais nous ne nous mêlons à la politique militante. Jamais nous ne présentons un candidat à quelque élection que ce soit... »

Ils n'ont jamais « présenté un candidat à quelque élection que ce soit ! » Ils ne l'ont jamais fait loyalement, en se montrant au grand jour, et en disant :

nous sommes francs-maçons. Cela, c'est vrai. Mais ils ont présenté des candidats en se masquant. et en se cachant, chaque fois qu'ils l'ont pu. Et la preuve, c'est que dès 1893, six ans avant la déclaration du Membre du Conseil de l'Ordre au journal Le Temps, un autre membre du Conseil de l'Ordre, le F.-. Amiable, pouvait dire dans son discours au convent :

« Nos candidats Vont emporté presque partout, et notre contingent dans la représentation nationale, déjà considérable, se trouve sensiblement accru. Je salue donc au nom de l'Assemblée Générale du Grand- Orient, les francs-maçons qui sont aujourd'hui les élus du suffrage universel. »

Ils n'ont pas de candidats ; et leurs candidats l'emportent presque partout ! C'est ainsi qu'éclate à tout instant leur phénoménale hypocrisie.

Comment d'ailleurs leurs candidats ne l'emporteraient-ils pas, alors qu'ils représentent précisément l'opinion à la fabrication de laquelle le Pouvoir occulte a travaillé par tous les moyens, y compris les plus malhonnêtes, pendant tout le temps qu'il a jugé nécessaire? Ils ont l'appui d'une association formidablement organisée. Derrière la Maçonnerie marchent pour eux des milliers de sociétés qui ont été créées et qui sont inspirées par elle. Sur les flancs, d'autres sociétés, plus intellectuelles, obéissent sans s'en douter, elles aussi, aux suggestions du Pouvoir occulte. Il serait vraiment extraordinaire qu'avec de pareils avantages, les candidats de la Franc-Maçonnerie ne fussent pas élus. D'autant plus que, même lorsqu'ils ne sont pas élus par les vivants, ils le sont par les

morts, grâce à certaines fraudes électorales dont ne saurait se faire scrupule une association qui a le mensonge et la ruse pour base et pour moyen.

Il était donc inévitable que la Franc-Maçonnerie parvint assez rapidement à introduire un certain nombre de ses membres au Parlement. Une fois cela fait, elle devait fatalement voler de victoires en victoires jusqu'à ce que la nation tout entière fût instruite de ses agissements.

La marche de la Franc-Maçonnerie pour la conquête de la puissance politique a donc été dirigée par le Pouvoir occulte avec un esprit de suite et une logique qui devaient renverser tous les obstacles. Ce résultat était d'autant plus certain que, tant qu'elle n'est pas complètement démasquée, la Maçonnerie jouit de la situation singulièrement avantageuse où est un combattant qui a l'usage de ses yeux vis-à-vis d'un adversaire aveugle. Rien de plus facile que de prévoir, en pareil cas, auquel des deux doit rester la victoire.

Résumons-la, cette marche, en un regard d'ensemble.

Tout d'abord prélèvement par sélection d'un certain nombre de citoyens. Leur isolement dans les loges, où on les attire par de fausses déclarations et par l'attraction du secret, où on les gonfle de l'idée qu'ils sont des êtres supérieurs par cela seul qu'ils ont consenti à se rassembler dans le giron de la Veuve.

En second lieu, établissement progressif d'une discipline morale, par l'élimination des éléments reconnus réfractaires, et en même temps par les sélections

successives opérées parmi ceux qui sont reconnus les plus aptes.

Ensuite, manœuvre lente et calculée, pour arriver à créer peu à peu, grâce aux éliminations et êiux sélections, grâce surtout aux prédications, un état d'esprit contraire à la fois aux principes sur lesquels on prétendait primitivement s'appuyer et aux déclarations par lesquelles on avait attiré les premiers adhérents. Emploi incessant de la seringue à suggestions qu'est la Franc-Maçonnerie dans la main du Pouvoir occulte, pour jeter dans l'esprit des adeptes l'idée que les francs-maçons ont une double mission à remplir : éclairer le monde en éteignant les étoiles dont le christianisme avait peuplé les cieux et le libérer en détruisant les pouvoirs politiques existants, pour leur substituer d'autres formes de gouvernement ; celles qu'on dit être les plus progressives et les plus libérales ; celles qui, en réalité, sont les plus propres à assurer la domination du Pouvoir occulte par l'intermédiaire de la Franc-Maçonnerie.

Une fois établi dans les loges l'état d'esprit désiré, création de sous-maçonneries, de groupes, d'associations, de comités, dans lesquels la Maçonnerie, tout en prenant ses précautions pour ne pas être aperçue, fait sournoisement passer son esprit, son inspiration, sa direction. En même temps, action de la Maçonnerie et des sous-maçonneries exercée par les journaux, par les brochures, par les revues, par les conférences et par mille autres moyens, sur le reste du monde profane qui doit être entraîné d'autant plus facilement qu'il constitue la partie la plus aveugle, la plus

indifférente de la nation, la plus paresseuse aussi, puisqu'elle n'a même pas éprouvé le désir de se grouper, puisqu'elle est restée à l'état d'émiettement.

Enfin, lorsqu'est suffisamment établie l'opinion fabriquée dans la Maçonnerie, débitée dans les sousmaçonneries et transportée ensuite dans les milieux profanes, conquête du monde politique par l'élection, grâce à l'opinion qu'on a trompée dans cette vue, et qu'on fait semblant de servir.

Alors seulement va sonner l'heure de l'action.

Car tout ce que nous avons étudié jusqu'ici n'en était que la préparation.

L'habileté profonde du Pouvoir occulte consiste donc surtout en ce qu'il sait ne pas se hâter. Il a mesuré la difficulté des gigantesques destructions qu'il doit accomplir pour réaliser son plan secret. En confiéquence il a divisé sa besogne en deux grandes parties : la préparation et l'exécution.

La préparation consiste en deux choses :

Tromper le monde chrétien pour que celui-ci se laisse faire ;

Et choisir dans ce monde chrétien des collaborateurs qui, traîtres à leurs origines, à leur passé, à leurs aïeux, n'ont pas scrupule à collaborer à la destruction de leur patrie.

Lorsque les francs-maçons ont rempH pendant de longues périodes d'années leur besogne de propagandistes, d'apôtres et de sous-apôtres ; lorsque les groupes dont ils ont entouré la Franc-Maçonnerie se sont faits les échos infatigables de leur propagande ; lorsque cette Franc-Maçonnerie est parvenue, grâce à

raction d'ensemble ainsi organisée, à s'emparer du pouvoir politique ; lorsque discoureurs, journalistes, poètes, chansonniers, auteurs dramatiques, comédiens, auteurs de libelles pornographiques ont agité de mille manières les idées soi-disant progressives devant le peuple, comme les banderilleros agitent la capa devant le taureau, alors le toréador politique qui marche pour le compte du Pouvoir occulte peut enfin paraître. Son heure, c'est-à-dire l'heure de l'action, l'heure du chambardement, est venue. Qu'au lieu de la capa des banderilleros, c'est-à-dire des simples théories subversives, il agite le lambeau d'étoffe rouge, le haillon de guerre civile, le programme de destruction avec son cortège inséparable de persécutions, de proscriptions, de pillages, de vols, d'assassinats, et l'opinion, excitée, affolée, aveuglée, foncera furieusement pour prendre sa part de l'œuvre impie. Elle est au point, dans l'état où peut la souhaiter le torero chamarré des emblèmes maçonniques. Qu'il s'appelle Mirabeau, Danton, Robespierre, ou, plus près de nous, Waldeck-Rousseau, Combes, Clemenceau, qu'il soit ou qu'il ne soit pas franc-maçon luimême, dès lors qu'il a été choisi comme « délégué », il n'a qu'à parler pour l'entraîner, cette opinion que le Pouvoir occulte a fabriquée par avance tout exprès pour lui. Elle lui appartient, et en même temps il a le pouvoir ! Les députés, les sénateurs, les ministres, les préfets, les hauts magistrats et les officiers, tous ceux dont on a fait des francs-maçons ou des maçonisants marchent pour lui comme un seul homme. Au-dessus d'eux le Président de la République, qu'on

;i soin de fortement appointer, donne les signatures par lesquelles le crime est revêtu de légalité... Tout est donc à souhait.

C'est alors qu'une énergique tension est imprimée par le Pouvoir occulte à tous les rouages de l'immense organisme qu'il a si laborieusement créé. Sous son action un resserrement se produit de toutes les énergies, de toutes les forces dont il dispose, autour de l'idée dominante qui a servi de base à l'opinion fabriquée. Et c'est la période de Révolution qui s'ouvre. C'est la marche soudaine de toutes les maçonneries et sous-maçonneries, de toutes les bandes que le Pouvoir occulte a' eu soin d'organiser lorsqu'il a senti l'heure venir, marche d'autant plus victorieuse que la force de résistance de tous les organismes de défense nationale a été préalablement affaiblie. C'est la ruée furieuse de tous les fanatismes créés, de tous les appétits déchaînés, sur tous les points du territoire, dans tous les milieux, à tous les degrés de l'échelle sociale, jusqu'à ce que tout cède à l'effort gigantesque, tout se vende ou s'abandonne, séduit ou épouvanté, et qu'enfin le Pouvoir occulte, au milieu du désordre universel, tourne toutes les forces nationales dont on l'a laissé s'emparer à la destruction de la nation dont l'existence fait obstacle à ses plans mondiaux.

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