TAN N HA USER
En printemps 1842, Richard Wagner apprit que Rienzi venait d'être accepté au théâtre de Dresde. Il s'y rendit sur-le-champ ;ropéra fut joué avec un succès éclatant, et le lendemain le compositeur fut nommé maître de chapelle à ce même théâtre. D'un jour à l'autre il avait trouvé la renommée, des amis, une position brillante et assez d'indépendance pour travailler librement. Il en profita pour se jeter résolument dans la voie inconnue, pleine d'attrait, où il venait de s'engager par sa dernière création et où nous allons le suivre.
Cii L'ŒUVRE DE RICHARD WAGNER.
En achevant le Vaisseau fantôme sous l'empire d'une sorte d'hallucination, Richard Wagner s'était affirmé pour la première fois avec énergie. Il avait rompu comme par un talisman les liens de notre civilisation qui nous enserrent dans un réseau de conventions et qui gênent surtout l'homme dans la plus libre de ses manifestations, dans Tart. A la solitude qui l'enveloppait et l'isolait au milieu même du monde avait succédé un sentiment délicieux de communion avec l'âme songeuse du peuple. Par cette sympathie lointaine et mystérieuse, mais intime et profonde, il s'était trouvé tout d'un coup poète, créateur, homme libre dans une humanité affranchie. Aucun signe extérieur ne le prouvait, mais il ne se sentait pas moins l'initié d'une grande communauté invisible. « C'est alors, dit-il, que je trouvai ma délivrance comme artiste ; c'est alors qu'après une longue lutte entre l'espérance qui me venait du dedans et le désespoir qui me venait du dehors, je gagnai la foi la plus certaine en l'avenir de l'art. »
D'où lui venait cette foi nouvelle? D'un profond regard jeté dans la légende populaire et dans la
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poésie mytliiqiie de tous les âges. Cette révélation est si décisive pour le développement de l'artiste, elle a si bien le caractère d'une découverte par l'importance qu'il lui a donnée dans ses œuvres, et elle jette une lumière si vive sur le passé comme sur l'avenir de la grande poésie humaine, que nous devons y insister.
Je ne sais plus quelle légende du Nord parle d'un vieux chanteur qui vivait dans une cité populeuse, à la cour joyeuse d'un roi. II voulut enseigner son art à son fils, mais l'enfant farouche était rebelle à ses leçons. Ni le son de la harpe, ni la voix de son père, ni le chant des oiseaux n'éveillaient en lui le mélodieux désir. Seul, perdu dans ses pensées, il errait aux déserts et semblait écouter un chant intérieur. Dans une de ses courses aventureuses, il parvint jusqu'à la mer; du haut d'un écueil il aperçut l'immensité des flots et surprit le sauvage concert des brisans sur la plage. Ces voix le subjuguèrent, l'attirèrent si fort qu'il alla habiter une caverne au Ijord de la mer. De bons pêcheurs, qui lui apportaient sa nourriture, disaient que le jour et la nuit les déesses et