ET L'AVEMH DE L'ART
elle s'accomplissait, serait elle-même le signe certain, l'image rayonnante d'mie régénération intime de l'homme morcelé par le cours des siècles et qui cherche à se ressaisir dans l'harmonie de son corps, de son âme et de sa pensée. Qu'il nous soit donc permis d'apercevoir sous ce même signe l'avenir de l'art et son rôle supérieur dans le développement humain. — Le livre n'est-il pas devenu le but prmcipal, le signe distinctif de notre temps? N'estce pas lui qui maintenant représente et absorbe tout? Les sciences ne cessent d'inscrh^e leurs découvertes sur ses feuillets innombrables et d'y dérouler les annales du monde. Nous passons à le déchilï'rer le meilleur de notre vie; en vain ses lignes se resserrent, ses pages s'augmentent, deux mots en surgissent toujours : fatalité, mystère. Mais quoi! le livre est-il tout et doit-il tout engloutir, art, poésie, joie, espérance? Non, il ne saurait nous suffire, car il ne représente qu'un des modes de l'esprit. — Il y a deux autres puissances non moins essentielles, non moins impérissables. C'est d'abord la force créatrice de vie et de régénération qui se
manifeste par la beauté; force d'où jaillit toute puissance plastique, dans la nature comme dans l'homme, et qui nous découvre le sens des choses par leur forme. C'est ensuite ce sentiment profond, siu" et irréfragable de l'àme qui nous révèle au dessus de notre raison même une harmonie divine du monde, qui nous touche par les accords mystérieux de la nmsique et nous enlève aux sphères éternelles sur les ailes de la mélodie. Ces deux puissances, le génie grec les symbolisa dans le t/iyrse et dans la li/i-t.'. Pkis que jamais nous avons besoin de leur charme souverain pour dompter les forces rebelles ou ennemies. Que le thyrse évoque et vivifie, que la lyre ennoblisse et transfigure ! — et de la letti-e morte du livre sortira l'homme vivant et beau.