XIV PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
fâcheuse, de rôle plus équivoque que le sien. Des trois arts qu'il emploie : pantomime, musique et poésie, aucun n'est vraiment respecté chez lui, aucun n'y prend une allure libre et franche. Car la personne humaine y est sans cesse ravalée dans son mouvement naturel comme dans son expression plastique ; le drame y est généralement rabaissé au rôle d'un texte à broderies musicales, et quant à la musique, qui se dit la reine de céans, lors même qu'elle s'élève parfois à une certaine hauteur, ce n'est que pour retomber dans les conventions banales et dans les trivialités du ballet. N'hésitons pas à le dire, si le droit sens du beau s'est oblitéré, si le goût s'est affadi et corrompu, si l'aspiration idéale, si puissante encore au début du siècle, a presque disparu dans notre génération, nous le devons en partie au règne incontesté de ce grand amuseur, de ce roi du jour qui se nomme l'Opéra.
A ce roi du jour adopté par la mode, acclamé par les masses, plutôt subi qu'accepté par l'élite du public, on a voulu opposer dans ce livre le Drame musical, comme on oppose le vrai au faux,