XVI PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
de la musique symphonique moderne. Là, du moins, l'âme respire librement, l'esprit s'élève, les horizons illimités de la vie se succèdent, et l'opéra, qui nous écrase aujourd'hui de son éclat factice, dénaturant le passé, troublant le présent et obscurcissant l'avenir, pâlit comme si la voûte de son enceinte s'écroulait et si le plein jour du ciel tombait sur sa fausse lumière. Il m'a semblé que de ce parallélisme entre le développement de la poésie et celui de la musique, quelques traits de lumière pouvaient jaillir de l'une sur l'autre. Cette partie de mon travail m'a d'autant plus attaché qu'un rapprochement entre ces deux mondes, aujourd'hui séparés, me paraît un des problèmes imposés à l'avenir, et que sa solution ne sera point indifférente à l'éducation de l'homme moderne, morcelé et mutilé par le travail de notre civilisation.
Dans cet ordre d'idées, je devais arriver naturellement à l'artiste contemporain qui a porté dans le drame musical la réforme la plus complète et la plus hardie qu'on ait tentée depuis celle de Gluck, et qui l'a fait en remontant à la fois aux sources de la grande poésie et de la grande musique. Je