‹ Le drame musical: Richard Wagner, son œuvre et son idéeChapitre 17 sur 17 · ET L^AVENIR DE L^RT · texte numérisé non relu

ET L^AVENIR DE L^RT

pourrait redevenir? N^est-ce point un idéal qui mérite d'être poursuivi? Si Fart sortit autrefois d'une religion naturaliste, ne pourrait-il aujourd'hui, en prenant conscience de lui-même, s'élever à la hauteur d'une religion? Chimère, nous dit-on. Peut-être. Mais il est une vérité supérieure à celle que les hasards de la réalité nous imposent, c'est celle que l'âme et l'esprit conçoivent dans leur plus haute activité. Ceux qui l'ont entrevue peuvent espérer pour les temps à venir une renaissance de l'art sous le génie de la musique.

LivrCj thyrse et lyre : telle est la devise que j'ai placée en tête de ces pages. En elle m'ap-r paraissait le symbole de la réconciliation entre les trois Muses sœtirs et primitives : Poésie, Danse et Musique, nées ensemble à l'aurore ambrosienne de l'Hellénié et aujourd'hui séparées. Celte union nouvelle, si jamais elle s'accomplissait, serait elle-même le signe certain, l'image rayonnante d'une régénération intime de l'homme rtiorcelé par le cours des siècles et qui cherche à s6 ressaisir dans l'harmonie de son corps, de son âme et de sa pensée. Qu'il nous soit donc permis d'apercevoir sous ce même signe l'avenir de l'art et son rôle supérieur dans le développement humain. — Le Livre n'est-il pas devenu le but principal, le signe distinctif de notre temps? N'est-ce pas lui qui maintenant représente et absorbe tout ? Les sciences ne oed^sent d'inscrire leurs découvertes sur ses

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feuillets innombrables et d'y dérouler les annales du monde. Nous passons à le déchiffrer le meilleur de notre vie ; en vain ses lignes se resserrent, ses pages s'augmentent, deux mots en surgissent toujours : fatalité, mystère. Mais quoi : le livre est-il tout et doit-il tout engloutir, art, poésie, joie, espérance? Non, il ne saurait nous suffire, car il ne représente qu'un des modes de l'esprit. — Il y a deux autres puissances non moins essentielles, non moins impérissables. C'est d'abord la force créatrice de vie et de régénération qui se manifeste par la beauté ; force d'où jaillit toute puissance plastique, dans la nature comme dans l'homme, et qui nous découvre le sens des choses par leur forme.

C'est ensuite ce sentiment profond, sûr et irréfragable de l'âme qui nous révèle au-dessus de notre raison même une harmonie divine du monde, qui nous touche par les accords mystérieux de la musique et nous enlève aux sphères éternelles sur les ailes de la mélodie. Ces deux puissances, le génie grec les symbolisa dans le thyrse et dans la lyre. Plus que jamais nous avons besoin de leur charme souverain pour dompter les forces rebelles ou ennemies. Que le thyrse évoque et vivifie, que la lyre ennoblisse et transfigure ! — et de la lettre morte du livre sortira l'homme vivant et beau.

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