‹ Le drame romantiqueChapitre 103 sur 120 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

(Suite).

I. Le caractéristique dans les caractères et l'expression. — II. La vraisemblance historique. Les caractères historiques : don Carlos, Louis XIII. François Ier. — III. Le costume et le décor. — IV. La Versification. La période classique et la période romantique. L'alexandrin du drame et le caractéristique.

Conclusion de cette étude.

Nous avons examiné dans le théâtre romantique les défauts qu'avait amenés dans la mise en œuvre des passions l'idée d'un poète surtout lyrique de donner autant de place, plus de place même au drame de la vie qu'au drame de la conscience, en sorte que le besoin de frapper autrement que par le développement des passions causa l'abus du lyrisme, des coups de théâtre et du mélodrame.

Il nous reste à étudier maintenant les détails de la mise en œuvre qui dépendent de l'introduction, dans ce drame, du caractéristique. Nous laisserons de côté le grotesque

qui est une exagération du caractéristique et que nous avons déjà étudié. Il nous reste à étudier comment le drame romantique caractérise ses héros, c'est-à-dire crée des caractères et non seulement des passions, c'est-à-dire donne aux personnages une existence moins abstraite que celle des héros classiques, comment il observe la vraisemblance historique, comment il comprend le costume, comment il comprend le décor. Enfin l'expression caractéristique sera encore ce qui rendra la versification romantique différente delà versification classique.

Le drame romantique caractérise ses héros d'abord en leur donnant un tempérament et une sensibilité physique. Ils nous révèlent, en même temps que le trouble de leur âme, le trouble de leurs sens et de leurs nerfs, et nous intéressent ainsi davantage à leurs passions et à leurs douleurs. Nous avons plus haut consacré un chapitre à l'expression physiologique des passions. Enfin le caractéristique est dans le style même. La vie extérieure, la nature, que le poète veut voir à côté de la vie intérieure des consciences, existent aussi pour ses héros ; dans leur langage, considéré comme la peinture de leurs passions, la nature, les objets extérieurs se reflètent (1).

Oh ! ce serait un crime Que d'arracher la fleur en tombant dans l'abîme. Va ! j'en ai respiré le parfum ! C'est assez I Renoue à d'autres jours tes jours par moi froissés... Je rentre dans ma nuit. \Id. HT, 4.)

Et que c'est douce chose De se parler d'amour la nuit quand tout repose! (Id.)

Quand passe un jeune pâtre....

Tandis que nous allons, lui chantant, moi rêvant,

(1) En ce sens le caractéristique, oppose à l'abstraction dans l'expression des passions, confine au lyrisme. C'est presque tout un, en un sens, de dire que les héros romantiques expriment leurs passions dans un langage caractéristique et qu'ils les expriment dans un langage lyrique.

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