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LE SYSTÈME ALLEMAND. — SHAKSPEARE COREIGÉ

lution qui s'allume et que Ton contemple de loin comme un beau et terrible spectacle ; et puis la protection du prince qui encourage l'art, mais surtout est l'ami des artistes, les rend ses égaux, les fait premiers ministres ou conseillers ; nul sacrifice à faire à la foule, un public éclairé qui admire et se laisse conduire ; le génie souverain n'ayant nul besoin de flatter prince ou sujets.

Une fois de plus se rencontre l'accord et de la grande poésie parlant une langue faite et des procédés du théâtre, d'où résulte le plus beau spectacle qui se puisse imaginer ; car ainsi présentée, la poésie dramatique émeut l'âme et les yeux, par le jeu des passions, par la musique des vers, par la couleur de la mise en scène, par la plastique des attitudes et du geste, en un mot, confond et résume autant qu'il est possible les jouissances variées que peuvent donner les diverses formes de l'art, poésie, peinture, sculpture et musique.

Il semble donc qu'avec Schiller surtout, et nous verrons jusqu'à quel point avec le théâtre romantique en France, le drame ait réuni pour la première fois toutes ses conditions d'existence et d'action complète.

Le théâtre de Schiller, c'est le système de Shakspeare un peu corrigé par Corneille. Schiller mieux que Goethe distingua ce que devait être la vraie tragédie ; il sut choisir pour modèles, parmi les pièces du poète anglais, les tragédies, et non les pièces demi-comiques, demi-féeriques qui ont inspiré à Goethe la forme de son Faust.

Comme Shakspeare, Schiller peint la destinée humaine ; il présente le tableau de la vie, sans tout ramener au contrecoup sur l'âme humaine ; comme Shakspeare, il choisit dans l'histoire, dans la légende, il idéalise quelques personnages, tout en les laissant vivants. Il conserve la quantité de réalité, de détail typique, de couleur locale et de costume qui peut s'allier à son tableau idéal et qui le fera vivre sur la scène. Il va du réel à l'art, au lieu de partir>

comme les classiques, d'un art abstrait qui ne peint que les passions et ne se sert pour ainsi dire des personnages que par nécessité.

Quant aux corrections faites à Shakspeare, elles consistent surtout à ne pas admettre le grotesque pour ainsi dire supplémentaire, concession du poète anglais au goût de son temps. Le drame de Schiller est aussi plus serré que celui de Shakspeare, il n'admet que les personnages nécessaires, et tout ce qu'ils disent est nécessaire au drame ; Shakspeare s'amuse souvent ; pour mieux nous placer dans la vie réelle, pour donner à ses personnages un air plus « nature », il nous fait oublier que nous sommes dans un drame.

La concentration de Schiller est plus forte ; les personnages y ont l'air plus occupés : c'est l'influence du théâtre français.

Schiller fait aussi un emploi plus discret du temps ; il corrige parfois les libertés un peu exagérées de Shakspeare ; il va sans dire que nulle part il ne s'astreint par parti pris à l'unité de temps des classiques. Il profite, en la restreignant un peu, de la liberté de Shakspeare sur la diversité des lieux, laissant en cela un progrès à faire aux romantiques français. Le lieu de la scène change jusqu'à cinq fois dans un acte ; le drame n'est pas encore sur ce point tout à fait adapté aux conditions matérielles du théâtre ; comme Shakspeare, Schiller se passait de décors ou à peu près ; tout au moins le décor d'un appartement pouvait servir pour indiquer un autre appartement. Ce qui fait que, sans sortir d'un palais, la scène peut se trouver dans plusieurs chambres ou salles de ce palais. Un progrès reste donc à faire et les romantiques le feront : rendre la scène fixe pendant un acte, ne point faire trop voyager le spectateur. Pour Schiller, il est bien évident que ce fut paradmiration mal entendue de Shakspeare qu'il conserva ce détail matériel de la multiplicité des scènes et méconnut le progrès réel contenu dans l'exagération classique, à savoir les cinq lieux,

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