L'AMOUR
I. L'amour classique et l'amour romantique. L'amour roimntique est un retour à l'amour chevaleresque, né des mœurs germaniques et du christianisme. C'est plus exactement le spiritualisme dans l'amour. — II. Jean-Jacques. Naissance de l'amour romantique. L'amour dan3 Lamartine. Jocelyn. — III. L'amour romantique au théâtre : l'amour passion purifiante : Marion. La courtisane amoureuse chez La Fontaine, Lamartine et Jean- Jacques. Réhabilitation de la courtisane. — IV, L'amour jaloux : Hernani, Ruy Gomez, Marie Tudor, Christine. — V. L'amour ingénu : Blanche, Catarina, Marie de Neubourg, Ruy Blas. — VI. L'amour libertin : don Carlos, François L*r. — VII. L'amour etle devoir conjugal : Catarina, Marie de Neubourg. — Conclusion : Différence entre l'amour classique et l'amour romantique.
L'amour dépeint dans le drame romantique est bien différent de la passion qui parle dans les tragédies classiques. Habitués que nous sommes aux passions de notre époque et de notre littérature, il nous faut faire un effort pour mesurer la transformation.
Elle peut s'indiquer d'un mot. De même que le romantisme en poésie est un retour aux mœurs et aux sujets chevaleresques, qui se combinent avec l'inspiration moderne
et spiritualiste, de même l'amour romantique c'est un retour à l'amour chevaleresque, modifié par le spiritualisme du XIXe siècle.
L'amour chevaleresque n'est pas véritablement l'amour chrétien ; la doctrine chrétienne n'enseignait que le mépris de la chair et glorifiait la virginité. L'amour chevaleresque, c'est l'amour germanique ; et ce qui le distingue de l'amour antique, c'est le respect plus grand de la femme, et le prix singulier attaché à sa défaite; Saint- Marc-Girardin définit très bien [Littér. dram. xxxv) le caractère particulier des Walkyries, leur chasteté farouche qui n'épouse que leur vainqueur. « Une fois vaincues par la passion, ce n'étaient plus que de simples femmes. » On saisit déjà, là, une tendance à spiritualiser l'amour. Au moyen âge la tendance sera la même. La ""femme désirée fait la vertu du chevalier et le but de la vie ; la femme vaincue, le drame de l'amour est fini. Et fatalement, le moyen âge en arrive à des idées dégagées sur le mariage.
Le prix attaché d'abord à la virginité par le christianisme, la vénération pour la Vierge mère de Dieu, sont des éléments chrétiens qui peuvent entrer aussi dans l'amour chevaleresque ; mais n'oublions pas que c'est aussi bien l'esprit germanique qui s'empare de Marie et lui donne l'importance qu'elle a au moyen âge. Car c'est plutôt dans le sens du platonisme que le christianisme modifia l'amour germanique ; la vieille poésie germanique donne pour but au chevalier de poursuivre et de vaincre la Walkyrie ; la récompense attachée à sa défaite fait le prix de la vie ; dans la chevalerie modifiée par le christianisme, le chevalier se contente de l'amour de sa dame, et ne veut pas la défaite ; il se contente même de son propre amour et des vertus que l'amour lui donne. « La chevalerie , dit Saint Marc-Girardin, faisait une tentative qui n'a jamais réussi quoique souvent essayée, la tentative de se servir des passions humaines et particulièrement de l'amour pour conduire