‹ Le drame romantiqueChapitre 79 sur 120 · DON CARLOS · texte numérisé non relu

DON CARLOS

Et quand j'aurai le monde ?

HERNANI

Alors j'aurai la tombe.

Cela est beau comme du Corneille, autrement. Il y a en plus l'ampleur d'images de la poésie romantique ; le xvne siècle français n'a pas de ces mots-là. Il faut, pour cela, Shakspeare, Schiller et quelquefois Hugo.

Il y a aussi quelque chose de cornélien et de romain dans la scène du complot découvert ; Hernani, qui passe pour un bandit, va être relâché, l'empereur ne punissant que ce qui peut être duc ou comte. Et pourtant il réclame. Il veut être pfis et mené à la mort comme les autres. Pourquoi? parce qu'il est désespéré ; mais aussi parce que sa fierté se révolte,

parce que, son rival don Ruy et ses complices étant arrêtés, il ne veut pas être libre ; et puis il est duc ; mourir étant ici une préséance, il la réclame ; il jette à la fois le cri du désespoir et celui de la fierté féodale :

Puisqu'il faut être grand pour mourir, je me lève. Dieu, qui donne le sceptre et qui te le donna, M'a fait duc de Segorbe et duc de Cardona .

Hugo, qui aime trop les détails d'étiquette, tire ici un très bel effet du droit qu'ont les grands d'Espagne de se couvrir devant le roi.

Oui, nos têtes, ô roi, Ont le droit de tomber couvertes devant toi.

Et quellejactance épique dans ce cri de rage :

Je suis Jean d'Aragon, roi, bourreaux et valets, Et si vos écbafauds sont petits, changez-les t

Hernani, d'ailleurs, n'est fort devant la mort que quand il est malheureux en amour ; heureux au Ve acte, il est faible, c'est très humain, mais ce n'est plus l'héroïsme cornélien.

Le vicomte de Saverny représente le gentilhomme français, léger, viveur, un peu vain de sa noblesse, mauvaise tête, mais bon cœur. 11 est, dans la pièce, continuellement opposé à Didier, et le gentilhomme n'y est pas trop sacrifié par l'auteur révolutionnaire à l'homme du peuple. Une fois pourtant, et c'est une maladresse du poète, il manque pour un gentilhomme de savoir-vivre, en tenant aussi fort à savoir le nom de l'amant que Marion préfère. Même avec une femme légère c'est être un peu léger, ou lourd. Il est encore un peu bien léger lorsque, pour savoir le nom de son sauveur inconnu, il poursuit celui-ci jusque chez sa maîtresse en enjambant un balcon. Mais l'exposition a besoin qu'il agisse ainsi. Autre inconséquence : Saverny

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