Le drapeau blanc
Lorsque de toiiies parts s'élèvent des tréteaux où les charlatans révolutionnaires débitent leurs drogues funestes, pourra-t-on trouver inutile ou superflu le soin d'ouvrir une nouvelle tribune à la raison , à la bonne foi, au courage, qui veulent, en signalant le danger, indiquer a la fois le mal et le remède?
Chaque jour voit paraître d'infâmes libelles , oii tout ce qu'il y a de sacré parmi les hommes , est outragé avec une audace qui ressemble au délire, et une impunité qui a l'air de l'encouragement. On dirait que ces empoisonneurs publics sont munis d'une patente , et qu'ils n'exercent qu'ai^ec licence des supérieurs : on a pu voir s'ils ont su exploiter ce privilège.
Pendant long-temps ces professeurs de révolution, ces prédicateurs d'athéisme et de révolte, ont parlé seuls et sans contradicteurs. Si quelque défenseur de la religion et de la morale publique se hasardait à élever la voix , cette voix isolée était perdue, étouffée au milieu des vociférations. Les hommes honnêtes et timides, qui ont assez de raison pour discerner le bien , assez de vertu pour le désirer, mais trop peu de force pour combattre lo ïnal , espéraient toujours que l'autorité , qu'ils sup«
posaient plus particulièrement intéressée k empêcher le progrès de doctrines ennemies de tout devoir légitime , sentirait enfin la nécessité d'opposer un frein à ce dévergondage révolutionnaire, dont sa ruine devait être l'inévitable résultat. L'autorité, je ne dirai pas complice, mais imprévoyante, quoique sans cesse avertie par les craintes des bons et les espérances peu déguisées des médians , l'autorité, frappée d'un esprit de vertige et d'aveuglement , demeura dans une oisive indifférence. La contagion s'étendit.
Quelques jugemens rendus par les tribunaux , loin de réprimer l'audace des ennemis de l'autel et du trône , ne servirent qu'à faire éclater davantage leur impudente opiniâtreté. Pendant qu'on leur demandait compte d'un délit , ils en commettaient un autre ; sous le prétexte de justifier la brochure séditieuse , ils en publiaient une plus séditieuse encore; souvent même les discours des avocats étaient plus téméraircv'î , plus dangereux que les écrits des cliens. La punition sembla encourager et multiplier les coupables; la police correctionnelle vit à chaque audience de nouveaux candidats briguer fhonneur d'une condamnation dérisoire qui leur donnait, aux yeux du parti, l'altitude intéressante de la persécution; et dans celle lutte scandaleuse de libelles et de plaidoyers séditieux et de jugemens inutiles, les factieux ne perdirent rien de leur audace ni de leurs espérances. Les tribunaux gagnèrent-ils quelque chose en considération?
Nos juges, qui ne sont pourtant pas des Hercules, voient se réaliser la fabuleuse allégorie de l'hydre aux têtes renaissantes; et l'on peut prédire que ,
(5) malgré tout le zèle qui les anime, leur main se fatiguera plutôt de signer des jugemens , que celle des écrivains factieux de tracer des libelles.
Si les dépositaires de l'autorité royale eussent bien entendu leurs intérêts, bien connu leurs droits , bien rempli leur devoir , cette arène ne se fût point ouverte; les juges eussent été exempts de ces corvées quotidiennes, et les coupables eux-mêmes préservés malgré eux. Il n'y aurait point eu de condamnation , parce qu'il n'y aurait point eu de délit. Le parti révolutionnaire, qui tremble dès qu'il n'a pas l'espoir de faire trembler, se tût condamné au silence sous un gouvernement ferme, conséquent, qui eût prouvé , par des actes d'une vigoureuse administration , rintention bien prononcée de se faire aimer des honnêtes gens , craindre des malveillans, et respecter de tous.
Si quelqu'incendiaire avait osé secouer encore le brandon de la révolte , il eût été promptement et sévèrement puni, et son châtiment eût averti ceux qui auraient pu être tentés d'imiter sa criminelle extravagance. Les punitions ne sont utiles que quand elles sont rares ; l'exemple trop répété perd de sa force ; les peines prodiguées n'effrayent plus. Multipliez les bourreaux, ils n'inspireront plus tant d'horreur.
Qui voudrait d'ailleurs se livrer à des projets dont le péril serait certain, la peine inévitable et le succès impossible?
Mais la marche incertaine et vacillante d'an ministère qui n'a montré quelques velléités de vigueur que contre les vrais amis de la monarchie légitime , excita^ encouragea ses ennemis. Trahir ic sccicl àe
sa faiblesse , c'était leur indiquer l'usage de Irurs forces. Dès qu'ils s'aperçurent qu'ils pouvaient encore devenir redoutables , ils le furent. On les ménagea, on traita avec eux; ils s'armèrent des premières concessions qu'on leur avait faites , pour en exiger de nouvelles ; et le ministère, qui était réduit à vivre au jour le jour, achetait aux dépens de la monarchie, la prolongation de sa caduque existence.
Néanmoins, pendant la session des Chambres, les doctrines pernicieuses trouvaient encore , parmi les députés, de courageux adversaires, et les principes conservateurs de la monarchie, d'éloquens défenseurs. Mais quand la tribune devenait muette , il semblait que la bonne cause , celle de l'immense majorité de la nation , n'eût plus d'avocats. Le poison seul circulait alors sans aucun antidote. Enfin, quelques hommes recommandables , moins encore par leur nom que par leur talent, et sur-tout par leur dévoûmenl éprouvé à la monarchie légitime , résolurent de rompre un silence qui pouvait laisser croire aux gens faciles à tromper, parce qu'ils aideiil à se tromper eux-mêmes, que les royalistes, faibles et <iécouragés , se reganlaient comme vaincus.
he Cojiseivaieur parut; et dès qu il fut annoncé, il n'eut que f embarras du choix parmi les nombreux et excellons articles qui lui furent adressés par des royalistes de tous les rangs , de toutes les conditions. tJn numéro par jxjur n'épuiserait pas les tributs qu'on lui apporte. Cependant, l'intervalle et la dimension des livraisons obligent d'ajourner l'imprevssion de certains articles , aux(|uels ce retard peut faire perdre une partie de leur utilité et du mérite d«
(7) • rà-propos. Est-ce assez d'ailleurs d'un porte-voi» pour se faire entendre de tous les royalistes de France? Nos ennemis , qui ne parlent qu'à quelques groupes de leurs partisans dispersés sur la» surface du royaume , ont tellement multiplié leura moyens de correspondance , qu'elle est devenue journalière. Nous ne citerons pas les nombreuse» succursales de la métropole du carrefour Bussy, consacrée sous le nom de la déesse de la Sagesse, qui réprouve de pareils desservans.
Le Coîiserifateur a fait beaucoup de bien, et je le louerais davantage, si je n'avais eu l'honneur d'y coopérer. J'ai pensé qu'une autre feuille pouvait paraître à côté de lui , sans excéder ni les désirs des royalistes ni les besoins de notre cause ; et nous présentons aux vrais Français le Drapeau blanc , certains d'être bien accueillis par eux eA nous annonçant sous de pareils auspices.
Nous avons choisi le titre de Drapeau blanc, comme le plus significatif de tous ceux que nous pouvions prendre. Il exprime avec une si heureuse^ concision , avec une énergie si pittoresque fobjet que nous nous proposons , que le titre seul aurait pu servir de prospectus à la feuille. Quand on voit les choses et les hommes prendre une direction toute opposée à celle qu'indiquent les vrais intérêts de la monarchie légitime 5 quand on voit'se relever audacieusement certaines têtes qui jamais ne sti iont parées que des couleurs de l insurrection , ou du bonnet sanglant de l'anarchie , il faut bien arborer le Drapeau blanc. Ce signe révéré de nos pèresi doit nous être bien cher et bien précieux, puisque e'-e^t sans doute à son apparition spontanée qu'à une
époque critique, et encore récente, nous avons dû le retour des Bourbons.
Nous aurons , il faut bien le prévoir, plus d'une occasion de déplaire au ministère. Nous ne les chercherons pas ; et nous nous estimerions bien heureux de pouvoir marcher sur la ligne qu'il aurait tracée: ce serait la preuve quMl se rendrait enfin à cette vérité si simple qu'elle ne peut être méconnue que volontairement : Ce n'est ni avec les principes ni avec les hommes qui ont renversé le trône qu^on parviendra jamais à le rétablir et à le consolider. Le plus beau jour pour les royalistes, sera celui où ils pourront servir de tous leurs efforts , et appuyer de toute leur confiance, ceux qui sont chargés de la haute administration des affaires.
Si, par la natuie des choses, par la forme même de notre Constitution , il est inévitable , il est peutêtre utile qu'il s'élève une opposition , on peut du moins affirmer que ce-sera toujours la faute du ministère quand *il se trouvera pressé entre deux oppositions. La naissance de notre Gouvernement représentatif a été marquée par ce phénomène politique , qui semble pourtant ne devoir être qu'un signe de caducité.
Nous n'osons donc attendre aujourd'hui , de l'autorité , ni bienveillance , ni faveur, ni protection; nous ne savons même s'il est permis d'espérer cpie la vérité , la raison , l'honneui' e'. la fidélité obtiendront la même tolérance que le mensonge , l'erreur, la lélonie et la sédition. (^)uoi qu'il puisse arriver, nous ferons t^oiier le Drapeau blanc jusqu'à la dernière extrémité.
' Xa icuillo' décorée de ce titre formera, tous fes
(9) trois mois, un volume de 5 à 600 pages, du mêmcv format et du même caractère que le présent Prospectus. Elle sera donnée au public par livraisons qui paraîtront à des époques indéterminées , mais combinées de manière à ce que les numéros se croisent avec ceux du Conseivateur.
Voici quelle sera ordinairement la division des matériaux qui composeront chaque numéro :
Politique intérieure , Littérature , Politique EXTÉRIEURE , Correspondance-, Nouvelles , Mélanges.
Nous nous attacherons à répandre de la variété dans chaque livraison. Si la discussion des hautes matières politiques demande une certaine gravité , des méianges piquans , des épigrammes , des vers , des chansons feront diversion à cette lecture sérieuse. Nous savons trop combien l'arme de la plaisanterie et du ridicule est puissante en France , pour négliger ce moyen de succès.
Déjà nous nous sommes assuré , pour cette utile entreprise, l'assistance de plusieurs hommes de lettres aussi estimables par leurs excellens principes que par leur talent. Nous n'en sollicitons pas avec moins d'empressement, nous ne recevrons pas avec moins de reconnaissance, tous les secours qui nous seront adressés par ceux qui voudront concourir au succès du Drapeau blanc. Les personnes qui signeront leurs articles, les verront insérés sans aucun changement; celles qui dé.sircront garder l'anonyme, nous permettront d'y faire les modifications que le soin de notre responsabilité nous paraîtra devoir exiger.
( to) Si , comme nous l'espérons , le Drapeau hland est bien reçu des bons Français, auxquels nous le pré.sentons , une forte partie des bénéfices de chaque trimestre sera consacrée à offrir quelque soulagement à ces victimes de Thonneur, qui, dans l'âge des infirmités, expient par la misère et l'abandon , le crime de dévoûment et de fidélité. Ceux - là n'ont point de champ d'asile : lorsqu'ils baignaient d^ pTfeurs la terre d'exil où des lois de sang les repoussaient, on n'a point tait de souscription pour ces réfugiés involontaires \ le plus léger secours qu'ils ont reçu , a peut-être coulé la vie au bon parent, à l'ami généreux qui n'a point étouffé la voix de la pitié.