‹ Le drapeau blancChapitre 19 sur 61 · LITTÉRATURE-POLITIQUE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE-POLITIQUE

Correspondance politique et admiinstratwe , par J. Fiévée {^cjuinzième partie) (i).

Tout article qui pourrait trouver place dans une des feuilles soumises à la censure, ne convient guère au Drapeau blanc; tout livre dont les journaux di-

(i) Paris , chez Lenormant , rue de Seine , no 8 , et chez J. O^ Deutu, Palais Royal, galeries de bois, nos 265 et 266. Piix^: a li. '5o G. pour Paris, et 3 fr. pour les départemens.

( t34 ) rigés par la police ont la permission de rendre compte, ne doit pas s'attendre à se voir annoncé et encore moins analysé dans notre feuille. Mais nous nous empresserons toujours de suppléera l'aciiundes journaux quotidiens, arrêtée par la main de plomb de la censure . toutes les fois qu'il est question de faire connaître un bon livre. Ceci s'explique fa-r cilenient : lorsqu'un écrivain distingué contrarie de petits taîens et de grandes prétentions, il est tout naturel que ceux qui ne prévoient jamais les conséquences d'ug acte contraire aux bienséances sociales , mettent sa personne sur le banc, et ses écrits à l'index de la police. C'est ce qui ne pouvait manquer d'arriver à M. Fiévée, parlant raison à des gens qui n'ont pas le bon esprit de l'entendre ; qui, au lieu de se donner le loisir d'examiner si les avis qu'on leur adresse sont bons, s'imaginent rendre meilleure une position , en traitant comme ennemi celui qui a l'extrèine complaisance de leur en montrer le vice; enfans présomptueux , toujours prêts à bouder contre le précepteur, au lieu d étudier la leçon qu'il a pris la peine de leur faire , pour en profiler si elle est bonne.

Le tiers de cette quinzième partie est consacré au développement raisonné de la conspiratian contre les royalistes , dite conspiration des royalistes. 1/auteur cite comme point de comparaison avec cette tentative alroce, qui eût pu avoir, pour le trône et pour ses défenseurs des résultats plus funestes , si fliabileté des imitateurs n'avait pas été trop au dessous <le leur mauvaise foi , la conspiration contre les catholiques, dite des catholiques, imaginée et exécutée avec plus de talent , et par conséquent avec plus

de succès, par Shaftesbury , ministre de Charles II. «Ceux qui prétendent, dit M. Fiévée, qu'un u ministre ne peut jamais conspirer contre un Roi « de qui il tient son pouvoir, puisqu'il se nuirait à « lui-même , avancent légèrement une chose sou- {( vent démentie par l'histoire. Quand on a de l'am- (( bition, on peut la pousser jusqu'à vouloir tenir « sous sa dépendance les princes dont on a reçu (( une autorité qui ne devait être employée qu'à les « servir; quand on joint beaucoup de légèreté à « beaucoup d'ambition, on peut se placer dans des « circonstances telles que la trahison soit une der- « nière ressource. » Ici l'auteur cite à l'appui de ce qu'il avance , des exemples puisés dans l'histoire de nos jours, et donne en même temps l'historique de la conspiration de Shaftesbury , dont les moyens , comparés avec ceux mis en œuvre pour la conspiration contre les royalistes, partagent les sentimens du lecteur entre l'horreur et le mépris. En effet, on ne peut rien voir de plus pitoyable que la conduite imprévoyante des éternels copistes de l'Angleterre. « Il est probable, ajoute M. Fiévée, que le paro- « diste de Shaftesbury , prit pour des conspirateurs « tous ceux qui niaient les talens du ministère ; et « qu'imbu de l'idée qu'on ne pouvait refuser de fléchir « le genou devant lui , sans méditer sa perle , comme « Aman , il voulut d'un seul coup proscrire toute la i( nation royaliste , qu'il voyait toute entière dans i' quelques hommes de courage. C'était avoir la vue '(( bien faible. Il tenta donc de faire un amalgame c( de choses contradictoires ; mais l'opération ne (i réussit pas. La note secrète s'échappa sans efforts; t< premier échec à la conspiration. O Shaftesbury !

« homme sans honneur, sans pitié, mais non sans r talent et sans courage , tu serais mort de honte si \( ta sublime et infernale invention n'avait pas toute jours été grandissant jusqu'au jour de la chute des

V victimes désignées. On ne pourra disconvenir , « dit Tauteur en un autre endroit (sans doute pour <i tranquilliser sur l'avenir quelques royalistes ti- « mides),que les inventeurs de la conspiration conte tre les royalistes ne soient Q\es sots ; et cela est t( rassurant contre les conspirations qu'ils pourraient « avoir envie de forger encore. Laissons la morale

V avec ceux qui se feraient gloire de n'en point t( avoir; qui, s'ils triomphaient, se vanteraient, «.comme Shaftesbury, des absurdités quils nous « auraient fait m^'aler^ prouvons-leur qu'ils n'ont t( pas le talent nécessaire pour faire le mal 5 c'est «( l'unique moyen de les rendre modestes.

(( Le général Canuel (c'est toujours M. Fiévée <( qui parle ) et les autres Français auxquels on a <c fait jouer, sans les consulter, les principaux pert( sonnagcs dans la parodie de la conspiration de « Shaftesbury, renvoyés d'accusation, ont dû de- <( mander à connaître leurs dénonciateurs. M. Hel- « lart , procureur-général , a répondu que cela ne t( se pouvait pas j qu'il faudrait que les accusés eus- « sent été acquittés par une Cour d'assises, ensuite (( de la déclaration du juri ; et qu'un révélateur n'est u pas un dénonciateur. (^)u'importe le mot? A Rjme, t( on disait un délateur ; et Tiajan punit tous les déx « lateurs , sans s'inquiéter du r.oin qu'on leur don- « nerait dans le code pénal de Buonaparte. Si ce <( code avait parlé des révélateurs , on aurait refuse' le M général Canuel, enlui répondantqu'il avait été dé^

« noîicé , et que les dénonciateurs ne sont pas dési- « gnés dans la loi. Sommes-nous au dix-neuvième (( siècle? Et qui donc s'est emparé des lumières qui, (( dit-on, distinguent notre temps de tous les autres « temps?

(( Des Français ont été arrêtés , mis au secret ; ils (( ont souffert les extrêmes lenteurs d'une instruction (( criminelle, et ont attendu long-temps le prononcé ({ de la chambre d'accusation. Les faits qu'on leur <( imputait ont été rendus publics; la société en a <( été troublée , personne ne pouvant ignorer main- « tenant que ce qui est arrivé aux uns peut arriver « aux autres... Les victimes ne demandent pas juste tice contre la société : elles lui offrent les maux « soufferts ; mais elles demandent à connaître leurs (( dénonciateurs , pour en faire justice dans fintérêt « môme de la société. Est-ce avec des discussions « grammaticales qu'on peut éluder ce qu'il y a d'é- (( ternellement juste dans cette demande?»

Nous ne suivrons pas M. Fiévée dans le reste de ce chapitre , qu'il faudrait citer en entier pour en donner une idée convenable. De tous les écrivaius qui honorent l'époque actuelle , M. Fiévée est peutêtre celui dont les ouvrages prêtent le moins à l'analyse ; ils sont trop substantiels.

On trouve^ dans cette même quinzième partie , la suite des lettres sur la situation intérieure de la Chambre des députés et du ministère , dont nous ne sauk)ns trop recommander la méditation aux Français qui aiment leur pays. Quand nous disons la méditation , ce n'est pas sans motif; il faut lire et méditer tout M. Fiévée pour le bien comprendre; mais aussi, faite de cette manière , la lecture de sq$ ouvrages de-

( i38 ) venant aussi utile qu'elle est essentiellement agréable, satisfait à la fois et le cœur et l'esprit.

Sarran.

MÉLANGES

La chambre des notaires de Paris va, dit-on, préçenler une pétition à qui de droit , pour demander des explications sur un passage d'un article inséré dans Je Moniteur du aSijanvier, et par lequel il paraîtrait que Ton voudrait rendre leurs offices inutiles. On prétend que les avocats, procureurs , greffiers, huissiers-audienciers et autres , griffonnent de leur côté des protestations contre ledit passage , dont Teffet légal ne tendrait à rien moins* qu'à les ruiner. « La « dotation territoriale delà couronne, dit le Moni- « ieur (qui plus bas nous apprend que cette dotation <( est inaliénable) , est la propriété de la Maison de <( France, au même titre que la propriété de chaque « Français est la sienne. » Ce qui veut dire que la dotation territoriale de la couronne et la propriété de chaque Français sont également inaliénables , qu'on ne peut pas plus vendre l'une que l'autre. Il y a là vraiment de quoi s'alarmer, et pour les propriétaires qui ont le désir et le besoin de vendre , et pour les capitalistes qui veulent se donner le petit plaisir de devenir propriétaires , et pour la gent habillée de noir, qui vit de l'action et du mouvement résultant de la vente de la propriété , et pour les agens du fisc, et pour le député riche , mais point impri visatctu' , qui désire faire son compère dans la chand)re d'un avocat sans fortune, mais bavard, et ||)our... Cependant, que ces messieurs se rassurent j

ceci peut être sans conséquence : le Journal officiel , ou officieux , comme on voudra , n'est pas obligé de connaître la législation française mieux que le conseild'état , qui ne s'est pas rappelé qu'il existait une loi du 8 novembre i8i4; et Ton sent bien que, depuis qu'il est obligé de charger ses longues colonnes de tout ce qui passe par la tête de nos grands hommes d'état , le Moniteur n'est pas tenu d'être universel,

— Nos voisins inventent, soit, mais nous perfectionnons : c'est bien quelque chose. Jusqu'à ce jour, un mari trompé n'avait recueilli chez nous que de mauvaises plaisanteries , tandis qu'à Londres une coni^crsation criminelle est, comme on le sait, une affaire d'intérêt ou même de banque. M. Revel vient de pousser plus loin le génie de la spéculation; c'était peu de nous avoir initiés déjà par une brochure dans le secret de ses tribulations domestiques ; il annonce aujourd'hui ses Mémoires par voie de souscription , pour la bagatelle de 8 fr. L'on y verra comment Murât et Buonaparte ont ravi à M. Revel le cœur de sa femme : il racontera l'histoire du jeune Léon, fils de M°*^ Revel, sans être le sien; enfin, souscrivez seulement, et pour votre argent, il vous donnera tous les détails qu'un autre, à sa place, aurait eu la sottise de cacher.

L'ouvrage sera orné de trois gravures ; l'une d'elles offrira sans doute le portrait de M. Revel ; il devra être aisé de le reconnaître.

— Nous avons eu , il y a deux ans , aux risques rils de M. Rioust, Tapologie de Camot; sans

rils ni risques, l'on nous offre aujourd'hui celle de Fouché j dans les Mémoires de la vie privée de cet homme fameux, et non pas célèbre, comrne le dit

à tort son panégyriste. M. Rioiist s'était laissé emporter par son impatience de célébrer les pères conscrits de la révolution , et l'on se rappelle qu'il eut la douleur de monter en voiture , et de fuir au moment même ori , dans tous les journaux, il démentait la nouvelle de son évasion. Cette plaisanterie, au surplus, n'était point neuve; et le roi Joseph, qui n'était pas im roi de cœur, l'avait faite déjà aux Parisiens en i8i4- Quoi qu'il en soit, ces précautions ne paraissent plus de saison; et l'éditeur des Mémoires du duc d'Olrante les présente au public avec une rare confiance ; bOn principal but est de prouver au Gouvernement royal qu'il n'a rien de mieux à faire que d'employer les hommes de la révolution , sans examen Nous avons long-temps

cherché fà-propos de ce conseil , sans pouvoir le deviner : peut-être nos lecteurs seronl-ils plus heureux.

L'on trouve dans ces Mémoires un peu de royalisme, un peu plus de buonapartisme , mais, en revanche, beaucoup de jacobinisme ; cette proportion dans les couleurs, fait bien augurer des talens du peintre et de la fidélité du portrait , à tous ceux qui se rappellent combien l'original haïssait la triste uniformité du drapeau blanc : il n'a pas dépendu de lui d'y mettre bon ordre le n juillet i8i5.

Voici un fragment de cet ouvrage :

(( Nous garderons le silence sur l'opinion de t( M. Fouché dans le procès de Louis XVI, nuis- « que Louis XVUl a cru devoir le couvrir c^ i « voile , en le nommant son ministre de la police, a '

— Décidément la petite pétaudière du collège de Louis- le-Grand veut oflrir la parodie complète des

scènes qui se jouent sur le grand théâtre politique. Il y a trois jours , un honorable membre de la junte insurrectionnelle, fit en plein réfectoire la motion de demander le rappel des bannis pour cause de la dernière rév^olte. Un second orateur dit qu'il fallait Vexiger; un troisième, qu'il était plus convenable de Varraclier. La proposition ainsi amendée vigoureusement, fut adoptée à une majorité d'autant moins contestable, qu'on ne fit point de contre- épreuve. Les maitres voulurent se permettre quelques observations, qui furent rejetées avec le mépris que méritent des idées gothiques de soumission et de discipline. Cette jeunesse pensante , réfléchissante , agissante, se disposait à prendre des mesures propres à repeupler le collège , ou plutôt à le dépeupler tout à fait; mais enfin la raison , appuyée d'un piquet de gendarmerie qui tint garnison pendant vingt-quatre heures à Louis -le-Grand , a fait sentir à nos petits indépendans la nécessité d'ajourner au moins l'exécution de leur projet libéral.

— L'histoire ne manquera pas de remarquer que, par un hasard bien étrange , ou une combinaison bien atroce, c'est précisément le vingt-un janvier que la plupart des régicides rappelés ont fait leur rentrée dans Paris. C'est la veille que M. Hue et M. l'abbé Legris-Duval sont allés ensemble célébrer, dans un monde plus heureux , l'anniversaire du jour où le fils de saint Louis est monté au ciel.

— Si M. le duc de Riclielieu a commis des fau- ^graves et nombreuses dans le cours de son mi-

[istère , n'en est-il pas bien cruellement puni par la discussion dont il est l'objet dans la Chambre des députés ? Ceux qui semblaient croire que M. de

Richelieu réunit encore un revenu considérable , né doivent plus conserver aucun doute sur sa ruine complète. S'il en était autrement, pourrait-il acheter cinquante mille livres de rentes à pareil prix ? On assure que plusieurs orateurs du côté droit ont supprimé, par compassion, les discours qu'ils avaient préparés. Cette discussion nous a du moins appris deux choses fort intéressantes ; c'est que M. V. d'A...

est \ honorable ami de M. B. P. de Saint- Au ,

qui s honore d'être l'ami et l'allié de M. Dec... Pendant que Vhonorable membre était en train de ^lionoreràe si belles choses , que ne s honorait-il de sa proclamation aux habitans de la Haute-Garonne, il l'époque de l'invasion du Corse V

— La Minei^ve va , dit-on , cesser de paraître ; elle a obtenu ce qu'elle voulait 5 elle est achetée , vendue, payée. On assure que M. E. , infatigable ami des lumières et de la liberté , dont il apprit le culte à l'école de Fouché et de Savary, va publier une feuille intitulée le Flamboyant, et que M. B. C. , pour savoir quelle route tenir, prendra en main la Boussole. Est-ce que ces deux minerviens n'auraient pas été compris dans le marché, ou bien font -ils trouvé si bon , que déjà ils pensent à s'en ménager

un autre ?

— Les journaux ont cité l'ingénieuse distinction qu'une dame connue par les grâces de son esprit , fit en jouant au jeu des différences , entre les mots Robespierre et brigand, qui semblent d'abord ^'^s synonymes les plus exacts. Un brigand, dit-ellè; demande la bourse ou la vie , Robespierre demandait la bourse et la vie. Cette même dame vient de faire , au même jeu , une rencontre au moins aussi

heureuse. La question était celle-ci : Quelle est la différence entre Tancien et le nouveau ministère ? La différence , répondit-elle , qu'il y a entre un fiacre à l'heure et un fiacre a la course.

— A BON ENTENDEUR, SALUT. Nous prévenons qui de ditjit, que nous avons des notions particulières sur des tentatives faites pour se procurer le.ç moyens de s'introduire dans le domicile de certaines personnes. Enivrer des portiers, saisir des clefs d'appartement , prendre leur empreinte ; telles sont les nobles manœuvres que la haine déçue , que la rage la plus envenimée n'ont pas rougi d'employer; car il faut bien se garder de croire qu'en clierchant à pénétrer au logis en l'absence des maîtres , on eût rintention d'y rien soustraire ; on avait bien plutôt la généreuse envie d'y mettre quelque chose, sauf à venir le rechercher en temps opportun. Si ces tentatives se renouvelaient, nous nous expliquerions d'une manière plus précise 5 peut-être même pouVrions-nous faire parler les gens qu'on avait chargés de cette mission , et qui , réduits par état à faire taire bien des scrupules , ont frémi cependant à l'idée de se rendre les instrumens et les complices d'un crime si lâche.

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