‹ Le drapeau blancChapitre 4 sur 61 · HOKNI SOIT QUI MAL Y PENSE · texte numérisé non relu

HOKNI SOIT QUI MAL Y PENSE

Q¥ATKA1N.

Au temps où nous vivons , les mœurs et le langage

Tout change Mars lui-même a manq^ué de courage j

Apollon a quitté le céleste séjour,

Et Minerve bacchante habite un carrefour.

— On prétend que M. Decrès reprenant au vingt mars le ministère de la marine , trouva toutes ca-

chetêes des lettres qui annonçaient à son prédécesseur les mouvemens , les préparatifs de Buonapartë à l'île d'Elbe, et. enfin son embarquement; cette lecture l'amusa beaucoup. Nous serions curieux de savoir si M. Decazes s'est autant diverli en lisant les dernières lettres adressées à M. Laine , et qui ne l'ont plus trouvé au ministère. Le bruit de la retraite de M. Decazes et de sa nomination h une ambassade lointaine, s'était déjà tellement répandu et si bien accrédité jusque dans les départemens, que plusieurs préfets s'empressèrent de féliciter M. Laine du triomphe qu il venait d'obtenir , du service qu'il avait rendu à la France et au Roi, en éloignant un

homme qui... , un homme que... , un homme dont

Messieurs les préfets sont gens'sans doute qui connaissent et observent les formes delà civilité, et qui savent dire poliment les choses les moins polies ; mais n'est-il pas permis de supposer que parmi eux, quelques-uns connaissent cette maxime de politique à laquelle sa forme burlesque ne f^iit rien perdre de sa profondeur : « Il faut tenir le pot-de-chambre d'un « ministre, tant qu'il est en place, et le lui verser « sur la tête quand il n'y est plus (i). » M. Decazes peut mieux que personnes dire ce qui en est; enfin il a lu ces lettres jusqu'à la dernière. On ne sait pas encore quelle réponse il y fera; mais le médecin de Son Excellence atteste que cette lecture lui a tenu lieu de la purgalion qu'il lui avait ordonnée après la grande crise cjuelle venait d'éprouver.

— D'impertinens railleurs, dont la gaîté ne respecte rien , pas même les actes ministériels , ne se

(i ) Ce mot acerbe est du duc d'Ayen.

sont-ils pas permis de parodier l'arrêté d'un ministre, et de faire courir la plaisanterie suivante : Article i". A dater de ce Jour , les bureaux de la police prendront le titre de' bureaux de l'intérieur;

Article 2. A grade égal, les employés de la police supprimée j auront le pas sur ceux du ministère conservé ;

Article 3. Si, par suite de la nouvelle organisation combinée , quelques mouchards se trouvaient sans emploi , ils rentreront de droit à Bicètre, nous réservant de les employer avec avantage, lorsqu'il s'agira de découvrir et de dénoncer quelque conspiration royalisle.

— S'il ne faut qu'un seul trait pour détruire une réputation, une seule action suffit pour rétablir une renommée.

Mademoiselle Mars vient de donner le plus glorieux démenti aux médisans , qui prétendaient qu© la générosité était la seule .qualité qui manquât à l'ensemble de ses perfections. Qu'ils se taisent, les méchans qui rappellent encore, en riant, les billets de corridor et la dépopulation de l'orchestre de l'Opéra ; qu'il aille se pendre , le rimeur malicieux qui, à cette occasion , brocha le madrigal suivant :

Est-il vrai ? Mars n'a rien donné , Rien; même aux garçons de la salle î On doit en paraître étonné y Car on la dit fort libérale.

Mademoiselle Mars , nous le proclamons avec la Minerve , est aussi généreuse qu'elle est jolie ^ qu'elle est bonne. Elle a souscrit pour cent francs en faveur des colons du champ d'asile. Pour cent

fratics , le fait est sûr : à telles enseignes, que ce fut le jour où elle toucha le trimestre de la pension ijuVlle avait sur la cassette de Buonaparte, et que le Roi lui a conservée. Cest par une allusion toute sentimentale , qu'elle a afïecté de prélever sur cet argent , l'ofi'rande présentée par ses mains à la vertu malheureuse. Les méchans incorrigibles ne manqueront pas de dire , qu'inspirée par un souvenir reconnaissant, elle a voulu remplir l'intention ou fondateur. Qu'on ne harcèle pas mademoiselle Mars; elle est femme, dans un accès de libéralité, à envoyer tout l'argent du Roi au champ d'asile.

— A propos de veîiu et de souscription , on remarque avec édification que la liste des souscripteurs femelles pour ia Colonie , est ornée des noms de beaucoup de prêtresses de Vénus populaire; cette déesse est cousine germaine de la Minen^e des carrtfours.

— Nous empruntons , à charge de revanche , l'épigramme suivante à la Dominicale , l'euille semipériodique.

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