L IMMOBILE
P. S. Je me crois obligé d'avoir l'honneur de vous confier, monsieur, que mon véritable nom n'est pas \ Immobile , et aussi la raison qui fait que je le signe de préférence à un autre. Depuis longtemps une société de royalistes , dont je fais partie , cherchait une épilhcte caractéristique que nous pussions collectivement nous appliquer à nous-mêmes , et qui , sans manquer à la modestie, exprimât pourtant les titres que nos opinions peuvent nous donner à l'estime publique. Plusieurs mots partageaient les
( 29M avis. Une feuille libérale les concilia tous en nous désignant sous le nom d'immobiles. Elle nous l'avait donné comme un sobriquet injurieux : nous l'acceptâmes comme un surnom flatteur. Chacun s'en para ; et j'obtins de mes collègues , par faveur pariiculière , la permission d'en orner les vers et la prose où j'expiimerais nos sentimens communs.
LIBERTÉ , ÏG ALITÉ, FRA TERNnÉ , OU LA MORT , Histoire véritable.
Le duc d'Enghien venait d'être assassiné dans les fossés de Vincennes , et d'être jeté dans un trou où l'on avait l)risé sa tète avec une pierre; depuis quelques jours, le vainqueur de la Hollande avait exhalé son àme inliépide sous le lacet des Mameloucks; la tète de douze officiers vendéens avait roulé sur la place de Grève ; les cours du Temple et de Sainte- Pélagie fumaient encore du sang du capitaine Wrigth et de quatre matelots français fusillés , comme on le disait alors , en vertu d'un jugement administratif, c'est-à-dire selon le bon plaisir d'un mouchard galonné, investi du droit de vie et de mort. Il ne restait plus dans les cachots que douze ou quinze cents prisonniers obscurs , détenus sans aucune formalité préalable , ou même à la suite d'une déclaration unanime d'absolution. La France jouissait dans un calme profond des bienfaits de la liberté et de légalité , assurés par la Constitution de fan 8 , et maintenus par fépée glorieuse d'un souverain dont personne ne contestait les droits. Buonaparte s'élevait sans effort à f Empire sur les cadadavres d'un million d'hommes moissonnés par la
( 294 ) révolution; et les libéraux, soumis ou réduits à l'opposition silencieuse de la pensée , baisaient, avec un transport qui paraissait sincère , les chaînes que la tyrannie leur imposait: il est vrai qu'elles étaient d'or.
On m'avait oublié trois ans dans un de ces affreux iombeaux , si peuplés alors , qu'il était réellement difficile aux nombreux agens de la proscription de ne pas laisser échapper le nom de quelques-uns des proscrits. Quand j'en fus tiré pour subir un premier interrogatoire, cette velléité de justice me fit penser que le monde avait changé de maître , ou que le Miaître, fatigué de voir exercer toujours sur les mêmes personnes une persécution insipide, avait témoigné l'envie de changer de victimes. Il fallait peut-être tuer quelqu'un pour faire de la place aux vivans.
La salle où nous fûmes introduits, car je me trouvai réuni à quelques-uns de mes compagnons d'infortune, offrait un singulier mélange de décorations disparates. Elle portait sur ses frises l'inscription accoutumée, libei-lé , égalité , fraternité y ou la mort '^ mais un buste qui m'était inconnu , avait remplacé la figure insignifiante de la république, et ce buste avait une couronne.
On nous fit arrêter sur le seuil de l'appartement, de peur que notre souffle n'en ternît les glaces et les dorures , ou que la poussière de nos vôtemens n'en souillât les magnifiques tapis. Un homme de notre escorte me coupa un tendon de la main en ni'alignant avec le tranchant de son sabre. Devant Jious, on préparait des écrous , et on faisait chauflfer des fers pour les tortures. J'attendais en frémissant
( 295 ) les bourreaux, quand on annonça monseigneur.
Je connaissais cet homme. Sa figure basse et téroce, Tinfamie de ses mœurs, l'indignité de son caractère ne s'accordaient que trop bien avec ma première supposition; mais son habit chargé de broderies , ses mains élincelantes de bijoux , ce titre de MONSEIGNEUR , qui venait d'étonner mon oreille , et surtout le choix de ce lieu, qui ne paraissait pas destiné à une exécution , me désabusèrent de l'idée d'une mort prochaine. Je pensai que depuis que je n'avais vu ce misérable , il s'était passé des choses bien étranges , et qu'il pouvait avoir avancé en grade dans la hiérarchie des assassins. Il jeta sur nous un regard qui ne fit que nous effleurer, tant il avait peur de salir sa pensée de la vue de la misère ; ensuite, il fit un mouvement de dégoût, respira des 3els , et se laissa tomber dans un fauteuil de velours à crépines d'or, d'où il devait procéder de loin à notre interrogatoire.
Le premier de nous qui fut appelé , était un jeune homme d'une figure aimable etfière, dont quelques années de captivité et de détresse n'avaient pas encore altéré la noble expression. «Monseigneur, dit-il en souriant, j'ai reçu en province une éducation libérale. J'ai nourri mon cœur, dans l'étude de l'antiquité, des leçons du génie, des exemples de la vertu, des espérances de la gloire , et , par-dessus tout, de l'amour de /a //^e/'^e. Impatient de participer aux efforts d'une génération énergique appelée à la conquérir sous les auspices de quelques hommes courageux qui vous citaient avec orgueil dans leurs rangs , je suis venu. On m'a arrêté aux barrières de Paris, on m'a jeté dans une prison, on m'a interdit toute com-
( 29fi ) niunication avec le reste des hommes; on s"esl cru acquitté de tout devoir envers moi avec un peu de pain que je n'ai pas humecté d'eau pendant cinq jours, à défaut d'argent pour acheter un vase qui pût la contenir. Je ne me connais point d'autre crime. »
(c Cela est bien suffisant , reprit monseigneur en parcourant de l'œil le dossier du prisonnier. Il y a six ans que vous êtes arrêté ; vous en aviez seize. Vous êtes arrivé sans certificat de civisme , sans carte de sûreté, sans passe - port , sans aucune des garanties que les bonnes lois exigent des citoyens dans les pays libres, et au prix desquelles nous leur avons donné l'indépendance. Il est évident qu'un homme de seize ans qui a oublié son passe-port, n'est pas en règle avec la société. D'ailleurs , depuis ce temps-là, vous avez manqué , involontairement, j'en conviens , au premier devoir d'un Français. Vous étiez conscrit; et la loi ne prévoit nulle part qu'unFrançais puisse se dispenser de la conscription, sous prétexte d'ignorance , parce qu'il a passé cinq ou six ans au secret. Les administrations locales ont agi sur la réquisition des officiers de recrutement; les conseils de guerre vous ont condamné par contumace , et le fisc a prélevé ses droits légitimes. Votre père et votre mère ont été expropriés pour l'amende; mais nous avons de bons hôpitaux pour les infortunés , et de bons administrateurs qui s'occupent beaucoup de leur soulagement ; vous verrez cela dans la gazette. Il vous reste donc seulement trois ans de travaux publics à accomplir avant de vous rendre sous vos drapeaux, parce qu'il est vrai de dire, et je sais pourquoi, qu'on n a pas prouvé ju-
rîdiquement votre désertion à rextél'ieur. Comme l'empereur vient deremporter deux victoires qui ont considérablement diminué lé nombre 'de ses soldats, vous pourrez bien être aj^pelé cette année même à l'honneur de mourir pour lui. Quant à la liberté dont vous parliez } vous m'ert direz votre avi^; si vous revenez avec des épaulettes ; et il est fort indifférent à l'empereur que vous ayez uri 'avis , àî vous ne revenez pas, » ■ " •'" ' '''-
Le second des prisonniers appelé pat' 'l'brd^é'dé l'interrogatoire , était un petit homme d'une figuré singulièrement bizarre. ' Ses deux yeux "n'étaient jamais dirigés sur le même point , il était idïiche ; ses deux jambes n'étaient pas de la mêm-e longueur', a était Z'o/^/z.t; ses deux- épaules différaient de forme et de volume, il était bossu. ^ ■ • . .^-ii
« Monseigneur; dit-il en se relevant fiëfèrii'eirt sut sa jambe droite , et en la regardant avec une sotte d'orgueil, parce qu'elle avait deux ou trois pouces d'avantage sur l'autre, mon affaire a beaucoup' de rapport' avec celle du brave homme qui vient 'de parler, et qui est depuis si long- temps en-'pris'oii par amour pour la liberté. Moi , c'est ràmoter' "de l'égalité qui' me transporte; et il faut que voi^s' sachiez que la province où je vivais est si ridiculement arriérée sur les idées libérales, que je n'ai' jamais pit parvenir ày être l'égal de quelqu'un. J'ai dit^ côtamé mon camarade : Allons à Paris , qui est la ville clé l'égalité; et je suis -venu. On m'a fouillé à là "ba*!:rière , on m'a dépouillé au comité , on m'a houspillé au dépôt. J'ai vu depuis ce temps-là des guichetiers, des concierges, des espions ; j'ai vu aujourd'hui des huissiers, des laquais , des grands seigneurs; je nai
ï. 9^ LivEAisoN. ao
{ 298 ) pas trouvé d'égaux; et à mesure que j'avance, il me semble que je deviens difficile. »
(( Difficile , voilà le mot , reprit monseigneur. Nous aussi , nous sommes devenus difficiles , vsi difficiles, que des égaux nous sont maintenant plus à charge que ne l'étaient autrefois des supérieurs. C'est la leçon de l'expérience et de la raison. L égalité positive est une chimère ; et tu en juges par toimême , toi dont les plus disgraciés ne voulaient point pour égal , et qui ne voudrais pas , dans l'état où te voilà, être l'égal de lout le monde. Les peuples ont besoin de maîtres; ils en ont un si grand besoin , qu'ils nous ont pris pour cela. Si les grands n'étaient p-as bons à quelque chose, le serions-nous devenus? Tu penserais comme nous , si tu étais parvenu au même but , et tu n'as pas à te plaindre. La carrière était ouverte , on ne repoussait personne ; les emplois, les décorations, les grandeurs , Tempire se gagnaient à la course ; il ne iallait que partir à temps. J'ai vu des boiteux, qui avaient pris les devants, raser la borne en clochant, avant les plus rudes piétons. L'exemple était encourageant ; mais. tu as méconnu les véritables avantages, les véritables motifs d'une révolution; tu as suivi la lettre de nos principes , sans en étudier l'esprit; tu es entré à Paris avec la fierté d'un Spartiate , sans penser que ces fiers républicains t'auraient jeté dans l Enrôlas une heure après ta naissance , et que tout considéré , tu es encore plus sûr de trouver des égau:^ dans un pays despotique où on ne noyé pas les bossus. Tu t'es mépris de date en tutoyant un laquais dans fantichanbre d'un ministre que ce laquais avait tutoyé quek]ues mois auparavant , et d'est ce qui rendra
( 299 ) ton affaire mauvaise au conseil , où nous sentons le , besoin de fixer les démarcations sociales , depuis que nous en sommes sortis. A un autre.
<( Quant à moi , dit le troisième prisonnier en re* gardant avec une fermeté somtrre notre interrogateur un peu déconcerté , qui paraissait de plus en plus inquiet et fatigué de sa vue, je vous dirai mon histoire en peu de mois. Je suis le second fils d'urk pauvre cultivateur autrefois aisé , qui avait consacré à l'éducation de mon frère aîné la meilleure partie de sa petite fortune : la révolution a détruit le reste. La vieillesse de mes malheureux parens , tourmentée d'infirmités , ne se soutenait plus qu'au prix de mes efforts trop souvent insuffisans ; ma santé altérée par le travail , ma vie usée par le chagrin , commençaient à mal servir mon zèle et mon dévoûment, quand un discours où vous exprimiez , monseigneur, avec une touchante éloquence , les charmes de la tendresse filiale et de la fraternité ^ vint ranîmer tout mon courage. Il était impossible qu'un homme qui peignait si bien leis plus doux sbntimens de la nature , y fût tout à fait insensible. J'ai fait comme ces in fort unes : je suis venu ; je me suis présenté aux portes de votre hôtel ; je me 'sui's n'ômmé ; votre portier m'a repoussé. Vos gens , attirés par le bruit de mes instances , m'ont accablé de coups ; les soldats qui vous gardent, appelés par mes gémissemens, m'ont traîné dans les prisons , et j'y attends , depuis plusieurs mois, le moment qui doit me rendre à ma misérable famille (si, hélas! elle existe encore!), parce que j'ai eu l'imprudente témérité de me faire reconnaître pour votre frère*
A ce mol, monseigneur se leva furieux, nôup
( 3oo ) menaça d'un regard horrible , et sortit en attestant l'empereur, la liberté , la fraternité et la vengeance. Comme nous réfléchissions, sans nous parler, sur le sort qui nous attendait , un homme que nous n'avions point remarqué , parcs, qu'on Tavait étendu dans un coin , à la suite des tortures, et qu'il y était caché sous quelques haillons sanglans , se souleva péniblement; et tournant sur nous une lace décharnée : t( Eh bien ! mes amis , nous dit-il , v»us savez jnaintenant à quoi vous en tenir sur la liberté des libéraux , l'égalité des nweleurs , et la fraternité des frères et amis! Ne les accusez pas cependant d'avoir manqué à toutes leurs promesses : ils vous gardent
au moins la mort. r^o i^ .
DE L SONNEUR MILITAIRE. i
Dans les discussions qui ont eu lieu au sujet de notre organisation militaire , j'ai entendu avec surprise faire cette question : L'armée sera-t-elle nationale ou royale ? Distinction étrange , qui donoerait à entendre que, dans le royaume de France, l'armée française pourrait être privée d'un seul de ces deux caractères !
Ceux qui agitent celte question singulière , savent bien ce qu'ils font. L'armée doit être le palladium de la royauté ; et pour saper la puissance roj^ajq , il est utile d'inspirer à farmée des doutes sur l'indissolubilité du lien qui réunit la nation à son Roi. On jette ainsi les semences du scepticisme , dans l'espoir de recueillir un jour les fruits de l'insubordination.
C'est ainsi qu'à l'époque à;.iamais dé^ilgral^lç.de
( 3oi )
nos derniers désastres , on répandait le mensonge dans les camps des bravas, peu propres à raisonner. Victimes de la plus perfide des séducliohs, et modèles de courage , les enfans de la France se firent massacrer pour la cause d'un chef qui n'était plus lui-même que l'instrument d'une faction.
■"L'Europe armée , fraiichissant leurs cadavres , vint percevoir dans l'héritage de leurs pères les frais de la haute justice des nations. Châtiment terrible d'une violation de la foi jurée ! Ceux qui le provoquèrent ne sont point encore corrigés , parce que la plupart d'entr'eux , criminels impérissables , échappèrent presque seuls à sa rigueur.
A l'aide de quelcjues mots magiques, oti s'empara aisément de l'esprit de l'armée. Parlez-lûî de gloire , de patrie , d'ennemis , elle se lèvera toute entière , et se précipitera dans le premier cheriiiii que vous, lui montrerez. Incapable, dans son enthousiasme, de réfléchir sur la vraie signification de ces mots/ elle suivra de même ï'intrigant qui en abuse pour l'égarer.
" 'Parlez d'honneur à des guerriers français, voilà le seul langage qu'ils puissent entendre. Pour eux, la gloire nationale, le culte de la patrie, et tous les sentimens généreux sont réilfermés dans cette expression. Il n'est aucun d'entr'eux qui ne se Cdilsidèré' comme un foyer vivant de ce feu sacré.' Lorsqu'ils se sont écartés des devoirs que l'honneur impose, il faut donc croire qu'ils les ont méconnus 5 tâchons de les définir.
L'honneur militaire ne consiste point dans la bravoure personnelle , ni dans le lustre qu'elle acquiert sur les champs de bataille 3 il est vrai que la bra-
voure est inséparable de l'honneur; mais elle ne suffit pas pour le constituer. Car tel n'est courageux c]ue par un instinct de ierocité acquis dans l'habitude des combats; c'est la bravoure du gladiateur. Un autre risque sa vie dans l'espoir du butin; c'est la bravoure des hordes de la Tartarie , et des Arabes du désert. Che^ un autre, enfin, la bravoure n'est que l'effet d'un calcul; il a survécu à dix bataille^, çt il se croit tondç à espérer qu'il échappera également à la onzième, dans laquelle il, compte qi,ie. la rriprt de quelqu'un de. ses cojiipagnons d'armes, lui frayera la roule à un nouvel avancement; c'est la témérité du joueur cupide , qui risque son existence et compte sur sa fortune.
L'honneur est un sentiment sublinie qui fait supporter au soldat les fatigues, les périls; qui soutient son çouragre au milipu des combats , et lui i^ispire le. mépris de la mort; sacrifices d'autant plifs; nobles, que, leur, motif est, dé.sintçr^ssé; çai' l'h.9nixe^qr. ne,i:éclame que de l'^stinae; c'est le seul pr^ qui soit digne de lui.
Ij était juste d'f^ccorder aux dçvoirs les plus pénibles, le plus haut degré de considération; aussi Vé^tat mili,taire est-il le plus honorable de toq^,; mai^ pour jouir d,ç cette distinction , il faut que. l'homme qui.ex^fçe, cet état, prouve évidemment la, pureté du motif qui l'anime. Les grands exploits peuvent exciter l'admiration; la force peut inspirer la, crainte; mai? l'honneur seul a droit à festime. Or, ce sentiment , renfermé dans le cœur des guerriers, ne se manifeste au dehors qpe par 4f^ux signp^ ça^ riiçtéristiques et indispensable;s,; l'(;)béis^auc^ €t, 1^,
leljlé, ,
Toute armée est essentiellemnnl passive. Elle no peut avoir de volonté , ni agir d'après sa propre impulsion; le mot servir n exclut-il pas celui de ra/sonner f et l'uniforme dont elle est revêtue ne lui rappelle-t-il pas à chaque instant que la soumissioa esl son premier devoir?
La fidélité de l'armée consiste à déicndre jusqu'à la mort le dépôt confié à sa loi. Ce dépôt, c'est la tranquillité de la patrie, la conservation de l'autorité légitime , de l'ordre établi par les lois. Les enseignes qu'elle reçoit, les signes de ralliement qu'elle porte, sont les symboles visibles de sa soumission et de sa fidélité/l'out homme investi de la force, qui en use pour un autre objet que celui pour lequel il la reçue, est un traitre ; et toute armée qui prend part au r^enversement du gouvernement , se déshonore. . C'est ainsi que l'honneur militaire est, par sa nature, le plus fort empêchement aux révolutions; et si on me dit que dans celles qui se sont succédées autour de nous, l'armée a exercé, non sans éclat, une grande intluence, je demanderai quel jugement elle doit attendre de l'impartiale postérité! U combien une fidélité sans tache ajoute de prix aux actions brillantes du courage I Otez l'honneur aux grands hommes de l'histoire, que leur reslera-t-il ? une grande célébrité. Est-ce donc là ce que voua appelez de la gloire? Voulez-vous, h tout prix, fatiguer la Renommée , et vous contentez-vous d'ini déshonneur illustre?
Jusques à quand abusera-t-on avec impunité de tont ce qu'il y a de plus nobles expre^sious dans le langage des hommes ! J ai vu proclamer la liberté aous l'intlueace ùe^. baïcuàueltes qui protégeaient io
transfuge de Vile d'Elbe. J'ai entendu vanter la gloire nationale, dans Tinstant où nous excitions l'horreur des autres nations. J'ai vu exalter l'honneur militaire au milieu de la plus éclatante des trahisons , et dans le moment même où des soldats se vantaient publiquement de faire et de défaire les rois.
Aujourd'hui encore on voudrait se servir des mêmes moyens! On met en question si l'esprit de l'armée doit être patriotique ou royaliste. L'armée n'est-elle pas un instrument aveugle dans la main de son chef, et ce chef n'est-il pas aussi celui de la patrie? Sous quelles couleurs les soldats sont-ils réunis? quel est leur cri de ralliement? A qui peuvent-ils obéir? à la patrie, être métaphysique , ou au Roi de France, chef visible de toutes les forces de l'Etat? Pour donner ses ordres à l'armée, la patrie a-t-relle ^onc une autre bouche que celle du Monarque ?
Qu'on cesse une fois d'égarer l'esprit de la jeunesse française par des interprétations perfides et par des sophismes révolutionnaires. Il n'y a pas deux espèces d'honneur, quoi qu'en disent ceux qui voudraient tout concilier. L'honneur est inséparable de la'vrai^ gloire. Il ne suffit pas, pour acquérir celleci^, de perpétuer des traits de bravoure dans des gravures lithographiées.» La bravoure est immortelle ; elle subsislade tout tfemps. L'honneur, au contraire, une fois perdu, ne peut se recouvrer.
La détection qui causa nos derniers malheurs fut si rapide, que fimmense majorité de l'armée'fut entraînée sans réflexion dans le tourbillon. La plupart de. ces hommes égarés croyaient servir la pa-
( 3o5 ) trie , tant ils s'abusaient sur là nature de l'honneur. Un des premiers qui figurèrent dans cette triste sc^ne , brave militaire, et mon, ami depuis longtemps , vint me voir à l^époque où il né leur restait plus d'autre ressource que celle de combattre. J'osai lui dire aveè francTiise mon opinion sur l'honneur. Dans le cours de la discussion , son Irôiit s'obscurcit, ses traits s'altérèrent; je me ix'jouissais de l'a-' Voir convaincu , lorsqu'il me dit d'un air sinistre, en me serrant la main : « La faute est faite ; il n'est plus temps de la déplorer; je vole au champ de bataille '.l'ennemi est là. — Croyez vous , lui dis-je, que les succès justifient? Je ne vais pas attendre la victoire, me répondit-il avec une expression terrible; mes yeux sont dessillés; je vais chercher la mort. » L'infortuné la trouv^a'dans les rangs de la Gard^. Malheureux ceux qui périrent avec lui dans le désespoir d'une mauvaise cause; plus malheureux ceux qui, pensant comme lui, survivent encore.
O vous sur qui repose l'avenir de la France, guerriers destinés à lui conserver le rang qu'elle occupe parmi les nations , gardez-vous de prêter l'oreille aux suggestions de ces hommes qui ont déjà si cruellement trompé vos frères , de ces hommes pour lesquels votre fidélité sera uii reproche, et votre union un sujet de désespoir. Parce qu'ils se «ont imprimé une tâche indélébile, ils voudraient l'étendre sur toute la nation. Laissez-leur faire l'apologie du déshonneur dans des écrits incendiaires, et blasphémer les vertus antiques jusque dans la tribune des modernes législateurs. Pour vous , votre route est tracée; vous connaissez le point où l'honneur se rallie. Vous avez un chef immortel ; car en
( 3o6 ) France le Roi ne meurt point 5 daprës nos loix fon-« damentales, le trône des lis n'est jamais vacant. Votre honneur est attaché à sa conservation 5 son-, gez-y bien : toute usurpation, tout interrègne s'élèveraient contre vous devant les races futures, et vous accuseraient de lâcheté ou de trahison.
Si quelques-uns de ces hommes dont l'intérêt est de séparer l'illustration de^ conquêtes de celle de l'honneur, opposent devant vous, à l'éclat de Tancienne France, dix ans de succès qu'ont éclipsés deux ans de revers, répondez-leur qu'il est plus glorieux de défendre une monarchie de quatorze siècles , que de combattre pour un Gouvernement nouveau et incertain; que la gloire des nations reçoit son principal lustre de la main du temps ; que nous révérons les monumens des peuples qui ont vécu long-temps sur la terre sans éprouver de révolutions ; et que nous considérons les règnes des Tamerlan et des Attila comme ces ouragans passagers qui ne laissent après eux que des traces de destruction.
Dites-leur qu'il est plus glorieux de défendre l^ dynastie toute française des enfans de saint Louis , que d'asservir ses frères au joug d'un étranger, que de protéger les rapines de quelques parvenus.
Et s'ils osent vous parler d'amour de la patrie; dites-leur qu'ils sont indignes de prononcer ce nom; dites-leur que la patrie était une vierge dont ils ont déchiré la ceinture; qu'elle n'a été dans leurs mains qu'une victime destinée à assouvir leur brutalité;^ qu'ils l'ont dépouillée, déshonorée, avilie; qqe le viol est une preuy-e de trénésie,.et non pas d'amour..
,\Coille:î-vous qnÇu Içs réduire ai^ silence? faites^r».
leur entendre ces mots sacrés , qui doivent être à jamais pour vous le gage de l'union, l'expression de l'honneur , le signal du danger^ Técho de la victoire; criez en leur présence , comme à la vue de l'ennemi : VrvE LE Roi !
Achille de J***.
Caractères de Louis XIV et de Henri IV défigurés,
. On s'étonne quelquefois, en lisant l histoire, de l'obscurité qui règnç sur le caractère des personnages les plus célèbres , çt l'on ne sait comment concilier l^ jugemens divers des, historiens sur des hommes ou des. (5v,ènemens déjà loiixdp nous. Alexandre et César ont rempli l'univers du bruit de leur nom , et cependant ils sont encore aujourd'hui le sujet de beaucoup d'opinions diverses. Tel historien ne nous parle que de la magnanimité du premier , et tel autre de* sa barbarie ; la clémence du second, admirée des uns, ne paraît aux autres qu'un froid calcul de la politique ; et l'on ne sait encore si les larmes de César, à la vue de la tête de Pompée, partaient de la généreuse pitié d'un vainqueur ou de la profonde dissimulation d'un rival.
Faut-il être surpris dé ces jugemens divers sur des hommes d'une époque si reculée, lorsque nous en portons de si étranges nous-mêmes, sur des hommes dont le siècle touche presque au nôtre, et qui devraient nous être le mieux connus. Le prince le plus poli et le plas alïable de son temps , celui qui a eu la gloire de donner son nom à son siècle et en %:V^^U le norn de Gra,nd\, Louis XIV, passe aujourd'hui , danaj'espvit de beaucoup de. gens., pour un
orgueilleux despote , parce qu'il savait son méèîer dé Hoi^ et dans le même temps on entreprend de nous faire un roi tout débonnaire de ce Hei^i , qui, pour conquérir et gouverner son royaume , sut être plus d'une fois rigoureux, souvent inflexible et toujours ferme.
Bien des gens , il est vrai , ont leurs raisons pour défigurer ainsi le caractère de deux princes qui ont assez passablement entendu l'art de régner, et qui pourraient servir de modèles , mêilie dans le siècle de lumières. Et ce n'est pas aussi ces gens-là qu'il faudrait essayer de détromper ; ils savent trop bien à quoi s'en tenir là-dessus. En préconisant exclusivement la clémence de Henri IV, et en déclamantsans relâche contre le despotisme de Louis XIV, ils ont un double but, et ils ne seraient pas du tout fâchés que l'on imitât toujours l'un à contre temps, et surtout que l'on n'imitât jamais l'autre ; cela est tout simple , et ces gens-là sont conséquens.
Mais beaucoup aussi sont dans l'erreur de la meilleure foi du monde 5 et combien d'innocens bourgeois de Paris , dans la simplicité de leur cœur, croient fermement au despotisme de Louis XIV, sur la foi du masque defei\ ou ne connaissent la bonté de Henri IV que par la Partie de chasse, ou le Boi et la ligue. Cette erreur serait de peu de conséquence sans doute, et les fausses idées sans danger, si elles se logeaient seulement dans la tête des honnêtes habitans du Marais ou de la rue Saint-Denis; mais elles deviennent très -graves lorsqu'elles pénètrent dans les têtes qui influent surla destinée des peuples. En 8(j , des fausses idées ont suffi pour renverser un trône fondé sur l'expérience de quatorze siècles,
(309) parce que la folie suffit pour renverser l'ouvrage de la sagesse^ et en i8.i4> ce sont encore de fausses idées qui l'ont empêché de se relever. Si l'histoire des grands princes sert h l'instrAJclion de leurs successeurs , il importe qu'elle ne leur arrive pas défigurée , et c'est cependant à quoi- la. perfidie et Tadulation travaillent d'un merveilleux accord aujourd'hui.
On afi'ecte souvent de parler du généreux pardon que Henri IV accorda à la ligue, en insinuant que c'était à sa bonté qu'il avait dû surtout l'établissement de son autorité. Nos fougueux ligueurs de 1793 et de 181 5 ont fait de grands efforts pour accréditer cette opinion, et ce ne sera pas leur faute s'ils n'y ont pas réussi. Non , Henri IV ne pardonna point à la ligue. Il pardonna sans doute à beaucoup, de ligueurs , mais durant tout son règne , il poursuivit sans relâche les restes de la ligue , et il employa pour éteindre cette faction , bien moins redoutable que la faction révolutionairc , une rigueur dont seraient bien surpris les bqnnes gens qui nous parlent à tort et à travers , à tem,ps et à contre temps , et jusques à la satiété, de la clémence de Henri IV; gens qui semblent n'avoir puisé leurs notions sur ce grand Prince, qu'au Vaudeville ou à l'Opéra-Comique. Et sans retracer ici son inflexibilité envers son ancien compagnon d'armes et son ami , celui qu il montrait vorlontiers à ses amis ei à ses ennemis; sans rappeler qu'une fois les instans précieux delà miséricorde royale passés , et lorsque Henri eut prononcé ces fatales paroles : Adieu, baron de BirQn,, celui-ci i^'humilia en vain, et adressa , inutilement à' son iaexorable maître l,a plus touchante suppliqiie. Sans
rappeler toutes ces choses, qu'on lise seulement \e plus grave et un des plus anciens historiens de Henri IV, Hardouin de Péréfixe, et Ton y trouvera le détail de tous les actes de rigueur qui ont eu lieu pendant son règne, et qui, cert(»s, nous donneront de sa manière de gouverner une idée un peu difif'érenle de celle qui semble avoir prévalu aujourd'hui dans les esprits.
On y verra, par exemple , que « le dtic de Bouil- « Ion ayant envoyé quelques émissaires dans la « Guyenne et le Limousin pour cabaler parmi la « noblesse et surprendre quelques villes calholi- « ques, le Roi jugeant qu'il fallait couper la racine « du mal avant qu'il s'étendît, résolut d'y aliter '/>>or/e/' « ie remède lui-même, et partit de Fontainebleau ad «mois de septembi'e i6o4, ayant envoyé deVant « Jean-Jacques de Mesmes , seigneur déRoissy, qui « alla àLimoges pour faireje procès aux coupables. « Cinq ou six malheureux ayant été pris , furent M décapités à Limoges, leurs corps réduits en cen- « dres , qui furent jetées au vent. Trois ou quatre « autres subirent le même supplice en Périgord.'*^-'
«Mérargues, gentilhomme provençal de fort « bonne famille, ayant fonné le com{)lol tié livrer « Marseille, fut arrêté, et eut ia tête tranchée par « arrêt (lu parlement de Paris du 19 décembre de la « même année. Son corps fut écartelé, les quartiers « attachés à des poteaux devant les portes de Paris, « et la tête portée à Marseille, pour y être plantée « au bout d'une pique, sur iine tour d'une des prin- « cipales portes.
« Le baron de Fontaneilles , gentilhomme d'une « très-bonjie maison, pour avoir trempé dans la
(3n) « conspiration deBiron, fut rompu sur la roue , en (( place de Grève ; et la seule grâce que le Roi lui « fit, en considération de sa famille, qui était illustre, « fut que , dans l'arrêt , il ne serait point appelé de « son nom propre; mais, ajoute Hardouin, l'his- <( toire n'a pu le taire.
" -if Deux frères , Génois d'extraction, pour avoir « voulu livrer Narbonne et Leûcate , forent pris , M menés à Toulouse , oii le parlement les envoya « Tun et l'autre au gibet. » ' :..:-
Mais veut-on encore de la sévérité 'Jtîstë et salutaire de Henri IV contre les séditieux un témoignage d'un tout autre poids que celui de son histoire, le voici : c'est un passage d'une lettre écrite^à Gabrielle d'Estrées, le i4 mai, datée de Chelles , devant Paris, pendant qu'il en faisait le siège (i). « Je suis, « écrit-il, devant Paris , où Dieu l'n'assisiera 5 la pre- '« nant , je pourrai commencer à sentir les effets de
tt la couronne J'ai pris hier les ponts de Cha-
« renton et de Saint-Maur à coups dé canon , et « pendu tout ce qui était dedans. »
Voilà, il faut l'avouer, qui donne àx\. bon Henri -une idée un peu différente de celle qu'on voudrait nous inculquer aujourd'hui , et il y a lieu de s'étonner que la police n'ait pas déjà supprimé lie livre de Péréfixe, et les lettres elles-mêmes de ce grand Roi. O quel scandale aux yeux d'un admirateur libéral de Henri IV! Un Prince qui se transporte en personne sur les lieux , pour faire juger et exécuter les coupables , et se fait précéder du
(t) On peut lire en entier cette lettre à la bibliothèque de •J'Arsenal , dans le Recueil des lettres originales de ce prince.
grand-prevot, et sans doute. aussi de Texécuteur des hautes-œuvres ! Quoi! sous le bon Henri on a pendu , brûlé, roué les gens, et de fort bons gentilshommes encore ! Le tout , non pour s'être emparé à main armée de sa capitale et lavoir chassé lui-même de ses états , mais seulement pour des desseins formés contre quelques villes ou bicoques de son royaume, et cela, encore , sans s'enquérir le moins du monde s'ils étaient ou n'étaient pas Français , comme on Ta vu récemment dans une trop célèbre et trop scandaleuse procédure ; égards que l'on n'eut point pour ces deux frères génois.
Mais, encore une fois, c'est Hardouin de Péréfixe, évêque de Rodez, depuis archevêque dp Paris, grave historien , et qui avait été préôepleur de Louis XIV, qui rapporte ces détails et bien d'autres encore. Voilà ce qu'on lit dans la vie de ce grand Prince , mais c'est ce qu on chercherait en vain dans un ouvrage intitulé : Henri IV peint par lui-même j que l'on a répandu avec affectation, et dans lequel Henri IV se reconnaîtrait sans doute tort peu , s'il revenait au monde.
Cependant, rnalgré ces nombreux actes de sévé^ rite, que notre siècle philanlrope doit hardiment taxer de barbarie, quoiqu'il ait produit lui-même des septembriseurs et des régicides, tous les histoh riens contemporains , comme ceux qui ont écrit après , nous ont laissé de Henri IV l'idée d'un; des meilleurs princes et des plus démens qui aient jjap mais régné; et si l'admiration des Français lui- a donné le nom de Grand, leur amour lui a valu celui du bon Henri, Comment donc concilier avec une rigueur qui n^y^: semblerait, \ejS.pès*»ive aujourd'hvïii,
(3,3) 1^8 éloges que sa bonté lui a mérités , et comment résoudre ce problème? C'est que Henri IV savait que justice et bonté peuvent fort bien aller de compagnie, et sont même ime seule chose dans un roi* Il savait surtout ne pas confondre la clémence et l'impunité, méprise fâcheuse et fort commune aujourd'hui; il savait que /es princes ne portent pas le glawe en vain; et l'ambassadeur d'un grand roi rendait hommage , en fléchissant le genou, à la plus glorieuse épée de la chrétienté,
A la vérité, il ignorait l'orthographe , et sa meilleure littérature était de bonnes ordonnances ; mais , ventre-saint-gris, il savait ce que les rois ont oublié, depuis que la philosophie s'est chargée de leur éducation.
Henrï de Bonald.
Sur le manifeste ministériel publié dans le Moniteuf du i8/èV/7er.
Qu'il doit être content et glorieux , ce quasi-minislie qui, depuis long-temps, allait colportant cette devise : (^Jtlliance auec les Jacobins le plus tard posx( sible , ai^ec les royalistes , jamais. » Ce qui n'était, jusqu'à présent, qu'une fanfaronnade, qu'un désaveu des ministres pouvait faire tomber dans les nonvaleurs des contributions indirectes perçues au profit du domaine révolutionnaire^, devient aujourd'hui la base de la proclamation officielle du ministère. M. de B***a eu fhonneur d'ouvrir la roule dans laquelle il voit ses patrons se précipil^er.^i^ec les royalistes, JAMAIS, nous en étions bien sûrs; ui^ec les jacobins, LE PLUS TARD POSSIBLE; HOUS HC pcnsioUS pa$
l. "j^ LIVRAISON. Il
que le plus tard possible fût si prochain. Puisqu'enfiii il est arrivé, puisque Talliance est conclue, le ministère ne devait-il pas donner à ses nouveaux amis une preuve de confiance, en chargeant l'un d'entr'eux, le plus adroit, le plus exercé dans Tari de brocher les cannagnotes y de rédiger le manifeste contre les royalistes? Celui-là aurait su y mettre autant de perfidie et plus d'adresse. Il n'aurait pas eu la gaucherie d'affecter le mépris qu'inspirent les ridicules efforts de la faiblesse impuissante , pour des hommes qu'on ne cesse de représenter comme très-dangereux , et dont les prétentions doivent exciter Tépouvante.
Il faut que ces hommes sans cesse vaincus ^ soient bien habiles et bien prompts à réparer leurs défaites . puisqu ils font encore trembler ceux qui ont été sans cesse vainquews , et les victoiies que ceux-ci ont remportées , ne sont point de ces avantages douteux que les adversaires contestent 5 de ces batailles pour lesquelles on chante le Te Deum dans les deux camps. INon, ce sont des triomphes complets, immortels. Lisez sur la colonne triomphale élevée par les héros de la révolution , \l\juUlet ^ 5 et 6 octobre ^ 'x\ juin , 10 août, 1 et 6 septembre, 21 janvier, 2.3 octobre, i'3 vendémiaire , i ^ Ji^uctidor , çiimWc autres époques un peu moins mémorables, gravées en plus pelits caractères ; et dites s'il est perjnis aux royalistes de nier une de ces défaites ; jetez les yeux sur le sable de la place Louis XV, sur 1rs dalles du palais dos Tuileries , sur le pavé des prisons et même sur les réverbères de quelques places de cette capitale ; tout conserve le souvenir et peutêtre encore quelques traces du triomphe de leurs vainqueurs.
Que pourraient opposer les royalistes à de tels iTionumens . . .? Quelques exploits, trop merveilleni pour être vrais, des compagnons de Condé. Le duc d'Engliien ne les a-t-il pas bien payés? Les sots! ils sauvaient, ils soignaient les prisonniers répu- Ijlicains, pendant qu'on fusillait leurs Frères d'armer ramassés sur le champ de bataille : que ces gens-là ont toujours été bêtes!
Parleront-ils de cinq ou six ans de résistance dans la Vendée, contre des forces plus que décuples.. . ? La belle avance ! Carrier ne les a-t-il pas bien battus dans plus d'une affaire navale? Interrogez les bords de la Loire. Les royalistes n'oseront sans doute citer le siège de Lyon : les noms de Cou thon et de Collot-d'Herbois suffiraient pour leur imposer silence ; et toutes les maisons ne sont pas encore rebâties. -Ils pourront tout au plus faire sonner le 3 mai et le 8 juillet, époques où la Providence , tant soit peu secondée par les baïonnettes de l'Europe , a pu leur donner l'espoir de se refaire de toutes leurs déconfitures.
Ils ont pu croire un instant , il est vrai , que de défaite en défaite la royauté était parvenue à rentrer aux Tuileries , et qu'enfin des jours meilleurs allaient luire pour les royalistes j mais on n'a pas tardé à leur prouver qu'ils n'avaient pas encore assez expié tout le mal qu'ils ont fait à la France 5 et , en effet , quels sont les auteurs des premiers massacres de la révolution? Les royalistes. Qui a brûlé les châteaux et lanterné les propriétaires? Les nobles et leurs complices, qui poussaient le machiavélisme jusqu'à payer d'oisifs et complaisans patriotes pour se faire incendier et pendre. Qui a souillé de carnage h palais de nos rois? Encore les royalistes.
En6îi , quand messieurs de la lévolution ont vu qu'ils allaient êlre obligés, au moins par égard, i\c metlie quelques cartons à lliisloire des hauts tails dont ils s'étaient vantés jusqu'alors , ils en ont cédé l'honneur aux royalistes ; et à présent il est convenu que ce sont les royalistes qu'il iaul accuser de tous les crimes et de tous les malheurs dont la France a été viclime ; ce sont eux qui ont conduit Louis Wl , Marie-Anloinetle et madame Elisabeth à l'écharauei; ce sont eux qui ont élevé et soutenu sur le trône la révolution , qui s'était laite homme sous la forme d'un Corse ; ce sont eux qui ont rappelé Buonaparte Ô£ liie d'Elbe 5 la royauté et la patrie n'ont pas reçu une blessure qui ne soit un forfait iÏQS royalistes.
Tout le mal qu'ils n'ont pas fait directement n'en est pas moins leur ouvrage, et surtout celui qu'ils ont éprouvé. On voulait , pour leur bien , leur faire quelques petites opérations innocentes; des docteurs beniiiS sont venus avec des cordes , des poignards , des loirhcs et autres instrumens à l'usage de la nouvelle chirurgie; et au. lieu de se prêter docilement à des soins bienveillans et salutaires , ceux qui devaient êlre opérés ont eu fimprudence de résister. Si dans la lutte on leur a coupé bras , jambes et têtes , c'est leur faute. Que ne se laissaient-ils faire doucement : tout se fût passé à merveille (i).
(1) Un voleur assassin sur les grandes routes fut traduit dernièrement à une Cour d'assises. Le président , résumant les ctiarces , lui dit : « Vous avez assassiné tel Jour le postillon qui
conduisait la malle. Non , monsieur , répondit l'accusé v c'est
lui qui s'est tué lui-même. Conuncnt ! lui-môme { Le coup île
leu était par derrière. — Oh c'est égal ! il s'est tué lui-même ; J9 lui ai crié trois fois tl'arrôter , et au lieu de m'^couter , il a mis %%$ chevaux au j^alop -, vous Toy«a bien qn» ce n'est pas ma iaute ;
Aujourd'hui encore voyez ces royalistes. nF'cut-ojt « verser quelque baume dans les blesswts qui sont
« leur ou^rag^e : lis protestent .et s'indignent »
Oh! oui, les voilà bien ! Ces paroles du manifeste les peignent parfaitement ; et on les a ménagés en ne disant pas que peut-être, avant peu, l'on aura (encore quelque grand forfait à leur reprocher. S'il arrivait malheur à la monarchie , on a déjà prévu à qui il faudrait s'en prendre. Tout est arrangé : ce sera un article de plus sur leur compte.
De quoi osent-ils se plaindre ? De ce que l'on veut une royauté sans royalistes? n'a-t-on pas raison, s'il est prouvé que ce sont les royalistes qui ont perdu la royauté. De ce qu'on fait dépendre le sort de la monarchie , d'hommes , de choses et d'actes antitnonarchiques? eh ! n'est-ce pas en agissant ainsi qu'on s'est procuré f occasion de la sauver en i8i5? Aurait-on pu la sauver encore une fois, si on ne l'eût exposée de nouveau ? Le saui^etage coûte un peu cher 5 mais qu'importe ? Que ceux qui n'y entendent rien laissent donc faire ceux qui s'y entendent.
Se croiraient-ils parhasard persécutés, parce qu'on les chasse de tous les emplois civils ou militaires , sitôt qu'on connaît ou qu'on supçonne leur opinion? Comme il n'y en a pas pouf tout.le monde, il faut que chacun en tâte à son tour. Si on les y avait laissés plus long-temps , ils auraient fini par s'y ao»coutumer. Ilest vrai que , pour pouvoir les renvoyer.,
il n'avait qu'à faire ce que je lui «lisais. » On a eu l'injustice et la cruauté de condamner un brave lioumie qui raisonnait si bien; mais M. B. C. est là ])our le défendre en dernier ressort, et 4© bouclier àç Minerve le protégera contre le glaive de Tliémis.
on a quelquefois violé les ordonnances ; mais n'a-f-on pas violé la loi pour rappeler les régicides? Voilà ce qui s'appelle tenir la balance égale , n'en déplaise h ces incorrigibles ennemis del'égalilé. Il faudra pourtant bien qu'ils s'y lassent.
Nota. Nous avions promis un examen raisonné et une réfutation complète et suivie de cette boutade hostile du ministère. Tel est l'efïel de surprise et d'indignation qu'elle a produit , qu'aussitôt on nous a envoyé dix réponses plus fortes , plus concluantes, plus victorieuses les unes que les autres. Nous n'avons eu que l'embarras du choix;, mais il suffit de relire cette diatribe jacobino -ministérielle, pour reconnaître que l'absurdité l'emporte tellement sur la perfidie, et la sottise sur la méchanceté, que ce serait abuser des armes du raisonnement que de les employer contre elle. Nous avons donc préféré la réponse qu'on vient de lire , et dans laquelle la raison et le sentiment se déguisent sous une ironie vive et amère.
NOUVELLES DIVERSES
On lit l'article suivant dans le New-Times , journal anglais qui se dit aussi bien instruit des afl'aires secrètes de la France , que ceux dont les corresponààhs pii^és occupent des postes ministériels.
Paris, 14 it^vrier 1819.
Les partisans des doctrines révolutionnaires travaillent depuis long-temps à détruire deux des meilleurs soutiens de la monarchie légitime, savoir : la Garde royale et les Gardes suisses. Ils veulent 5.Q
débarrasser de tout ollicier qui aime son Roi : témoins la conduite du ministre de la guerre à l'égard des officiers supérieurs du troisième régiment de la Garde, et la tentative encore plus sérieuse qu'il a, dit-on, faite depuis peu , relativement au corps entier des Gardes suisses. Ce ministre ayant obtenu du Roi une audience particulière , fut à peine introduit devant Sa Majesté, qu'il commença , contre ces militaires , une attaque des plus violentes, et il conclut par établir la nécessité absolue de les congédier du service. Le Roi, qui l'avait écouté jusqu'à la fin sans linterrompre , lui enjoignit, pour toute léponse, de ne plus exprimer, ni même laisser entrevoir, à ce sujet, aucune idée semblable, sous peine d'eucourir sa disgrâce.
M. de Saint-Cyr sortit étouffant de colère , et ne tut pas plutôt hors du palais, qu'il dit à quelquesuns de ses amis qui l'attendaient pour connaître le succès de son entreprise , que le Hoi l'aidait traité comme un chien.
On ajoute que le ministre de l'intérieur, qui croit qu'il existe un complot tendant à miner son inlluonce dans le cabinet, avait prévenu le Roi du motif de l'audience demandée par le ministre de la guerre, et disposé Sa Majesté à l'accueillir détavorablement.
CORRESPOiVDANCE.
Nous n'avons accompagné d'aucune réflexion le récit qu'on nous avait transmis , et contre lequel réclame l'auteur de la lettre suivante; c'est également sans réflexion que nous imprimons sa lettre.
( 3-.0 ) j4 réditeiw du Drapeau blanc.
On vient de me faire Hre , monsieur, un arlicle inséré clans la 5^ livraison du Drapeau blanc, où les faits qui me sont relatifs , sont tellement dénaturés, que je ne puis m'empêcher de les rétablir, malgré mon extrême répugnante à occuper le public de moi, surtout pour des détails d'intérieur de famille, qui n'eussent pas dû trouver place danvS un journal. Quoi qu'il en soit, voici ma réponse, î II n'a jamais existé en aucun temps de liaisons d'intimité entre le général Bernadotte et moi. Je ne connois de lui que sa belle et honorable réputation jnilitaire, à laquelle, comme Français, je ne puis être étranger.
J'étais en Egypte lorsqu'il fut ministre de la guerre : depuis mon retour je n'ai pas eu l'occasion de le rencontrer une seule fois.
Je n'ai eu aucune correspondance avec lui, ni comme prince royal, ni comme roi de Suède, ni même avec aucune personne qui lui fût attachée, îïoil par les liens de f amitié, soit par ceux <lu devoir. Nos positions respectives excluaient d'ailleurs toute relation.
C'est sans m'en avoir parle, que ma fille j^'est adressée à ce prince , pour le prier d'être le parrain d'un de ses enfans ( qtti est une JilLe ). En lui accordant cette faveur, il chargea sow ambassadeur h Paris de le représenter. Je n'assistai même pas à la cérémonie baptismale , qui fut simple et sans aucun éclat.
J'ai été également étranger à la rédaction et à l insertion de l'article très -laconique qui parut à
ce sujet dans un journal : j'en fus même contrarié, parce qu'il convient à ma situation de vivre dans l'obscurité et dans une profonde retraite, dont je «ais apprécier les avantages. M'en faire sortir, n'est pas me servir suivant mes goûts.
Voilà, monsieur, la vérité exacte. Tout le reste, en ce qui me concerne, est de pure invention, et particulièrement fexclamation plus que ridicule, pour ne pas dire insensée, que l'on me prête. Ja-^ mais phrase semblable à celle que Ton cite n'est sortie de ma bouche 5 j'ai fhabitude de réfléchir avant de parler, surtout sur des matières délicates. Ce n'est point à celui qui , malgré la circonspection de sa conduite , se trouva atteint par le système des catégories , qu'il conviendrait d'en indiquer de nouvelles, au moment où la paix et la tranquillité sont devenues le premier besoin et Tunique désir de tous les hommes raisonnables , quelles qu'aient été leurs opinions antérieures.
J'espère, monsieur, que vous voudrez bien, en insérant ma lettre dans une des prochaines livraisons du Drapeau , rectifier ainsi ce qu'a d'inexact le récit qu'on y a fait. C'est une justice que je réclame , et que vous vous devez h, vous-même de ne pas me refuser.
J'ai l'honneur de vous saluer,
Tallien, 34 février 1819.
Proposition de M. le marquis Barthélémy ^ à la Chambre des Pairs,
La Chambre des pairs parait disposée à soutenir dignement le beau rôle que cette session lui prépare^
( 3.,. ) C'est en ces termes que , dans la première livraison du Drapeau blanc , nous exprimions les espérances que la grande et saine majorité de la nation tait reposer sur cette auguste assemblée, qui, placée à perpétuité près du trône, semble plus spécialement chargée du soin de le défendre. La Chambre des pairs est le rempart que la sagesse du royal législateur a opposé à l'ambition inquiète et turbulente et à l'esprit envahisseur de la démocratie. La Chambre des pairs vient de justifier, par une démarche éclatante , mais sage et à la fois respectueuse , la confiance dont l'environnent tous les amis de la monarchie légitime.
Un pair, qui doit à sa conduite toujours ferme et modérée pendant le cours des orages révolutionnaires , les distinctions et la haute dignité dont le Roi l'a revêtu , et qu'on ne peut soupçonner d'aucun attachement intéressé à ce que nos libéraux appellent des préjugés gothiques , M. le marquis Barthélémy, a rempli un des devoirs que ses fonctions lui imposent , et exercé un des droits qu'elles lui accordent. Il a demandé que la Chambre prît une résolutioîi en i^ertu de laquelle le Roi serait humblement supplié de présenter un projet de loi tendant à faire éproui'er à l'organisation des collèges électoraux , les modijica^ tions dont la nécessité peut paraître indispensable^
M. Barthélémy s'est renfermé rigoureusement dans le cercle constitutionnel 5 et la Chambre ne s'en est point écartée , en déclarant, à une très-forte majorité, qu'elle s occupeiait de la proposition. En vain le ministre de l'intérieur et quelques-uns de ses fidèles adhérens ont-ils voulu fécarter par Tordre du jour 3 le résultat du scrutin leur a prouvé
( 3^3 ) que depuis que le ministère avait contracté avec les éternels ennemis de la légitimité une alliance que cette circonstance nouvelle va sans doute resserrer, il ne doit plus compter, dans la Chambre des pairs, sur une majorité que la Chambre des députés ne tardera peut-être pas non plus à lui refuser.
Réduit à ces dangereux amis, le ministère a imploré leur secours, et soudain le tocsin révolutionnaire a sonné. Le patriote genevois , dans son impatiente ardeur, n'a pas voulu attendre le gros beffroi de la cathédrale du carrefour Bussy : il a fait retentir un petit carillon bien aigre, bien faux, auquel a répondu la cloche agitée périodiquement parle valet de chambre écrivain de Savary (i). Ces bons amis de la Charte, qui le chérissent presqu'autant que l'Acte additionnel , ont essayé de répandre l'alarme au sujet d'une démarche toute constitutionnelle , faite dans les formes prescrites par la Charte. A les en croire , le feu va éclater aux quatre coins de la France : ce sont donc leurs torches qui rallumeront. Nous savons depuis long - temps que leur flambeau lumineux n'est qu'un brandon incendiaire. Déjà l'on colporte à signer, à la Bourse, dans les boutiques , dans les bureaux , des adresses contre la proposition de M. Barthélémy ; déjà des courriers ont été expédiés dans les départemens , pour surprendre ou extorquer des adresses dans le môme sens. On a recours à toutes les manœuvres de la révolution. Rien n'est plus naturel: qui veut la iBn , veut les moyens [i).
(i) La brochure de M. Benjamin-Constant a été aussitôt yictorieusement réfutée par un écrit intitulé Réponse d'un royaliste etc., qu'on trouve chez r.E Normakt et J. G. Dentu.
(2) Dans la séance de vendredi, la Chambre des pairs, après
(3.4) Tous ces efforts impies seront vains : la France , calme ei soumise , attendra avec respect la décision de son Monarque sur l'humble prière de ses premiers sujets. Mais s'il pouvait rester encore dans quelques bons esprits le plus léger doute sur les vices et les dangers de la loi sur les élections , il suffirait, pour les dissiper, de ce cri d"alarme que poussent à la fois les ennemis déclarés des Bourbons, qui voient en elle le palladium auquel sont allachées toutes leurs espérances.
Niaiseries de la Miner\'e,
L'ingénieux pseudon3^me auquel nous avons dû la piquante brochure intitulée le Nouieau riche eé le Bourgeois de Paris , vient de s'imposer la tâche fatigante de relever les niaiseries de la Minerve. Il en a déjà publié douze , pour échantillon de cent mille. Ce M. Mathœus égaie ce travail insipide, dans lequel personne n'aurait voulu le suivre. La plupart des chapitres de son contrôle sont des modèles de bonne plaisanterie. Nous' citerons , noa comme le meilleur, mais comme le plus court, celui qui a pour titre :
Jl-galifé des nez.
<( Il y a des gens qui , du mot libéral , font libéralité , comme de chrétien on fait chrétienté. Quant à moi, j'en fais libéralisme, comme de Mahomet on fait mahométisme.
une discussion approfondie , a décidé que la iJioposition de M. Barthélémy serait prise en consMération. Ce nouvel échec e.isuyé par les ministres et consorts, va r^iioiiblor sans dôutè Ipur aciivité, et nous devons uou? attendre qu'ils iraYaillerOMl \ ie réparer pfr/c7 y et vej-'.s.
«Le libéralisme, dis-je, est en général la religion des o-^ns qui fréquentent les galères; et l'on me ra- ^ont^ait l'autre jour, dans un café, l'histoire d'un de ♦6.^J honnêtes échappés d'un bagne, depuis Tordonn.-l»ice du 5 septembre, qui prit la poche de son voisin pour la sienne. On lui demanda la raison de celle méprise ; il répondit que tous les nez étant égaux , tout le monde devait se servir du mêm» mouchoir.
« Nous eûmes à se sujet, dans notre réunion, une discussion fort animée sur les nez en général. Un grand flandrin de libéral s'appuya sur les principes, et prétendit que la difiTérence des nez était presque imperceptible; et que d'ailleurs, s'ils n'étaient pas parfaitement égaux enlr'eux, l'enseignement mutuel remettrait sous peu tout à son niveau, comme cela devait avoir été dans les temps primitifs du cahos. Il ajouta d'un air d'assurance, que les nex marchaient, avec le siècle , vers le perfectionnement de l'ordre social , c'est à dire vers l'égalité de fait.
« Tout le monde ne fut pas de cet avis. On convint cependaiit , poui' lui faire plaisir, que f intelligence des nez pouvait avoir suivi le siècle ; mais on lui soutint que le type des nez Français était en arrière de celui des nez grecs. — Notre flandrin prit niai la chose; il prétendit que ses adversaires ne se plaisaient qu'à ravaler l'honneur de la France et à la sacrifier aux étrangers. Cette réllexion fit reculer plusieurs interlocuteurs ; mais la querelle s'animait d'autre part, lorsque trois discoureurs se présentèrent au libéral avec trois nez qui paraissaient dissemblables à la première vue. L'un semblait grêle et pointu, le second épaté ; le troisième présentait l'aspect noble et trompeur d'un aquiliu reconimandable. Le
Paris libéral fit fêle à cette triple apparition : il prctendit et soutint que l'espèce de diliérence q\i^ l'on supposait apercevoir entre ces nez , provenait i^n»quement d'une illusion féodale produite par d N^ï^' ciens préjugés; mais que le nez français était le d^'f retroussé; que rien ne l'en ferait sortir, et que son orgueil national ( il était Suisse ) ne lui permettait de voir dans l'objet de la discussion que trois nez retroussés et parfaitement nationaux.
« A ces mots , fenfant de /a Minetve sortit triomphant, en nous laissant complètement convaincus des avantages inappréciables d'une excessive impudence.»