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LE VIEUX DE LA CHAUMIÈRE

CHANSOÎT.

Air : Le magistrat irréprochable»

Votez cette pauvre chaumière !

Hélas ! hélas ! mes chers enfans , C'est au seigneur de cette terre Ce qui reste sur ses vieux ans.

]^ans sa misère si profonde , Il a, mes enfans , croyez moi , Droit au respect de tout le monde , Puisqu'il perdit tout pour son Roi.

Quand une funeste chimère Troublait le Français égaré , Au sentier de l'honneur sévère , Constammezit il est demeuré.

i?oiii- uneiamille chérie Il s'exposa sans nul elfroi *, Heureux, aux dépens de sa yie^ S'il eût sauvé celle du Roi 1

Après une notion trop noire, Sur notr(> sol ciisanjjlanté, Il pouvait rester, et la gloire Eût payé l'infidélité.

Mais noble fils de nobles pères, Il préféra , oardant sa toi, Lanp,uir aux terres étrangères, A se battre contre son Roi.

Ce n'est pas du champ de bataille Qu'alors il se soit retiré :

Non sans doute -, et par la mitraille Vingt fois son corps fut déchiré.

Ah 1 si pour redoubler les peines Qu'un grand âge amène avec soi, Le sang est tari dans ses veines , ' C'est qu'il l'a versé pour son Roi.

Aujourd'hui que de sa patrie Il a revu les bords heureux , Il se fixe, l'âme attendrie , \9 ^rès du château vie ses aïeux ; Mais la douleur la plus amère Du noble vieillard est, je croi j Que le nouveau propriétaire Ait voté la mort de son Roi,

Jadis de sa richesse immense Il enrichit tous ces cantons.

Maintenant la reconnaissance Veut que nous lui rendions ses dons.

Pour lui nous travaillons sans cesse ) Et fiers d'un aussi doux emploi, Nous acquittons avec ivresse Notre dette et cçlle du Roi.

O mes cntans ! rçpdez hommage A ce fidèle serviteur; De ses cheveux blanchis par l'âge , Aimez, respectez la coiileur.

Que chacun de vous les contemple , Et de l'honneur suivant la loi, Mes fils, un jour ;i sou exemple, Vieillissez en servant le Roi.

1*. S. Nous apprenons à l'instant la destitution de M. Tnssin, colonel de la gendaruierie <le Paris. On ne iloit pas èlre surpris de cette récompense accordée à un excellent othcier qui avait ïégénéié ce corps, dont le nom et l'uniforme etlrayèrcnt si longtemps tous les citoyens honnêtes. Il faut, au contraire, ji'étoriueï qu'il ne l'ait pas rejue plutôi.

Réponse d'un royaliste à M. Benjamin Constant ^ sur son écrit intitulé : De la proposition de changer la loi des élections (i). .

Si, au temps où nous vivons , un grand scandale peut encore être une grande nouvelle , en voici un à signaler. M. Benjamin Constant , sans attendre la fin du carnaval , a jeté son dernier masque , et , du même coup , a arraché celui de ses obscurs amis et de ses hauts alliés. Il vient de publier le cri d'alarme de la révolution , au sujet de la proposition faite dans la Chambre des pairs , par M. le marquis Barr thélemy , de modifier la loi des élections, cette loi chérie, mère des révolutions, et fille..... M. Benjamin Constant, en la défendant, nous dispensé d'achever.

;: , Nous remarquerons seulement, eii passant, ce qu'une telle défense et un tel défenseur offrent de singulier , en rappelant que les premiers effets de cette loi ayant été de menacer les ministres de la nomination de M. Benjamin Constant à la Chambre de iSi*; > ce fut pour s'en délivrer que ces ministres 45pouvantés firent insérer alors, dans les journaux censurés, ce risible appel aiix ultra, aux modérés , ^ux royalistes avant la Charte, aux royalistes après

(i) Nous avons annoncé dans la dernière livraison , la réponse victorieuse d'un royaliste à M. Benjamin Constant. Nous avions le droit d'en vouloir à l'auteur de cet utile écrit, de ne pas noua en avoir donné les prenaices , puisqu'il est un des coopérateurs du Drapeau hlanc , sous le nom de l'Immobile. Nous avons fait céder notre rancune à l'intérêt de la cause légitime ; et nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en contribuant à la publicité de cette réfutation d'un pamphlet réyolutionnaire, ÇNotedu rédact.) 1. 8^ LIVRAISON. 22

la Charte , en un mot , au ban et à Tarrière-ban de la monarchie; et qu'ils durent , en effet , h un reste de pitié, Téloignement de ce candidat, élonné d'apprendre de leur foiblesse le secret de sa force. Et c'est ce même homme qui , sans rancune à ce qu'il paraît, mais profitant de la découverte, s'en vient arrogamment aujourd'hui , prêter , en attendant qu'il le lui vende, son redoutable appui au ministère! Et ce ministère ne tremble pas d'accept-^r Talliance de celui avec lequel il tremblait d'avoir seulement des rapports ! Et ce ministère , qui devrait connaître l'influence de l'opinion publique sur les actes du gouvernement représentatif, ne tremble pas de consommer le discrédit de sa loi, en la livrant aux louanges de M. Benjamin Constant ! En vérité , il est des choses qui peuvent encore élonner.

Quoi qu'il en soit , la simple proposition de M. le marquis Barthélémy a glacé de terreur des hommes que leur conscience rend toujours faciles à effrayer; et dès qu'ils ont eu peur , ils ont menacé : c'est leur marche connue.

Ils ont choisi M. Benjamin Constant pour Tinterprète de leurs craintes et de leurs bravades; nous disons qu'ils l'ont choisi , parce que , malgré sa haute importance , on ne peut penser que de lui-même , et sans mission , le candidat libéral qui ne représente pas même encore un département , se soit avisé d'insulter de ses réprimandes les membres de la Chambre haute, d'outrager de son approbation ceux de la seconde , enfin d'endoctriner la France entière d'un ton si magistral, si impératif, si hautain. M. Benjamin Constant, qui doit se connaître en ridicules, aurait eu assez d'esprit pour pressentir celui qu'il se

donnerait si, ne parlant qu'en son nom ( quelque force que ce. nom ait constamment ajouté aux inconstantes opinions qu'il a appuyées) , il eût osé se pavaner de la prétendue modération des députés ( dont il ne fait pas partie ) à exercer leurs droits , pour en venir à morigéner la Chambre des pairs, qui aussi a des droits , et qui prouve cependant qu'elle n'use pas de tous, puisqu'elle n'a pas encore mandé à sa barre le libelliste qui , en Angleterre , réfléchirait déjà dans la tour de Londres sur le respect qu'on doit au premier corps d'un grand royaume. Mais surtout il n'eût pas o&é, traitant en maître les ministres du Roi , leur dire d'un ton d'autorité qui ferait soupçonner d'étranges antécédens : « Cette « proposition qui uous alarme nest^elle pas V effet de « votre faiblesse 7 ne r auez-^uous pas encouragée par « deux mois de tatonnemens et d'inaction ? la pensée M de détruire la loi des élections est une déclaration « DE GUERRE j mais si cette déclaration de guerre a il pu être faite , c'est que uous îi'auiez pas , comme « vous LE DEVIEZ , licencié l'armée dont les chefs i^ous « attaquent y cette armée d'agens de i8i5 prêts à se^ « çonder au premier signe ceux qui leur donnèrent « du pouvoir, et qui les maintiennent dans leur espoir a SÉDITIEUX. Si t^ous trouiez la confiance nationale ,

u MÉRITEZ- LA PAR VOS ACTIONS.' ))

Il faudrait dépasser les bornes que nous nous sommes imposées pour répondre à cette inconcevable sortie. Qu'on remarque seulement qui l'a faite, à qui on l'adresse , les secrets qu'elle trahit , ce qu'elle dénonce, ceux qu'elle accuse, les ordres qu'elle intime , ce qu'elle provoque contre la portion militaire de cette armée de 1 8x5 , c'est-à-dire contre tous

les officiers et soldats de la Garde royale et de la [igne(i) j enfin, qu'on réfléchisse sérieusement k la source , aux moyens et au but 5 et tout homme qui pense trouvera, dans ces dix lignes, la table des matières des révolutions k venir.

Et c'est précisément ce qu'une pareille audace a de surprenant et de rare, même aujourd'hui, qui nous fait considérer ici M. Benjamin Constant comme l'organe d'un parti. Car il est impossible, quelqu'enivrantes que soient les vapeurs de l'orgueil , même dans un esprit médiocre , qu'elles grossissent à ce point Tinfluence d'un homme a ses propres yeux , eût-il prêté dix fois plus de sermens , signé dix fois autant de protestations, défendu dix fois plus complaisamment le pour et le contre que ne Ta fait M. Benjamin Constant.

Mais ce qui tranche la question , c'est l'appel a\5 PEUPLE que renferme ce manifeste. Ce sont là de ces hardiesses que la peur seule ne permet pas , sans être bien appuyée , bien entourée ; car on court la chance de quelque chose de plus fâcheux qu'un ridicule. Non, ce n'est pas un citoyen isolé qui, au sujet d'une proposition faite avec une noble modération dans l'une des deux Chambres, et qui peut devenir, par l'assentiment de l'autre et la sanction royale, une loi obligatoire pour tous les Français; ce n'est pas un ciioyeti isolé qui cherche , pour en prévenir le résultat, à entraver le mouvement libre des trois branches du pouvoir , et qui , pour arra-

(1) Nous passons sous silence la portion civile àc cette armée j «le laquelle sans doute M. Benjamin Constant n'a pas voulu parler ; car il nous semble que , dans cette partie , il ne lui reste rien à désires en fait de Licenciement,

{ 333 ) cher au peuple un appui mendié, excile ses passions, lui conseille le murmure, implore sa résistance , et lui dit enfin : « Français , commercans ,

« cultivateurs , hahitans des départemens uous

« serez en garde , i^ous entourerez le trône de supplia « cations respectueuses j vous entourerez vos man- « dataires de pétitions modérées , mais énergiques. « Grâce au ciel, i^otre instinct admirable ne saurait « se laisser rompre. Kous ne serez pas séduits par « des phrases populaires. » Ou, en d'autres termes , dont Tejnploi n'est peut-être pas très-éloigné : « Fran- « çais, afin de vous opposer respectueusement à l'ac- « tion des Chambres , vous parlerez plus haut que tt le Gouvernement; s'il ne vous obéit pas, i^ous i^ous ^i Jerez le Gout^ernement , en montrant cette énergie « d'instinct qui vous a déjà réussi; en vous levant « en masse pour qu'on ne puisse vous rompre. » Nous le répétons : jamais un homme qui connaît les lois sur les provocations séditieuses, ne se compromettra à ce point sans garantie, a moins que, depuis qu'on fait des années de dix-huit mois , son esprit, troublé du changement , ne lui fasse croire qu'au 20 février 1 8 1 9 , il est encore au 20 mars 1 8 1 5 . Et qu'on remarque bien que nous disons le 20 , et non pas le 19 mars.

Ce manifeste a paru escorté des mystifications obligées. Afin d'exciter la nation à empêcher qu'on n'apporte à la loi des modifications qui empêcheraient M. Benjamin Constant d'être élu député (car voilà d'oii part le grand courroux), M. Benjamin Constant avertit prophétiquement la nation que la loi nouvelle , que pourtant il ne connaît ni ne peut connaître, veut rétablir « la domination de Volygar- « chic, les prii^iléges , sous les formes de l'égalité

« (alliance que la nation comprendra difficilement) , « les seigneurs et les serfs , les grands propriétaires (( et des hommes sans propriété (deux classes qui « nVxistent nulle part, comme chacun sait); ra- (f mener le régime c/e i8i5 , » ce régime de terreur, « do/it la France a subi les iniquités , essuyé les in- « solences ; déshériter de sa participation au pouvoir V la CASTE des patentables , c'est-à-dire cette classe « éclairée , indépendante , patriote , gui ne baisse « pas les yeux dei^'ant des titres vieillis , ne tend pas « la main pour recci^oir un or dont elle n'a pas « BESOIN ( le beau mérite alors! ) , parce qu'elle est « riche de son industrie, et n'implore pas défaveurs^ « parce qu'elle connaît et chérit ses droits. » Il est dommage que la dîme ne figure pas aussi dans celte énumération. Mais on ne peut penser à tout.

M. Benjamin Constant n'a fait aussi que semer , en passant , la menace des insurrections et de la baisse des fonds. Quelques-uns de ses frères et amis sont moins réservés que lui , et trahissent naïvement le secret des agioteurs pour autrui ei des fédérés à gages , qui n'attendent , disent-ils, que le signal pourcommencerleur parade. Qu'ils y prennent garde, pourtant; les pièces politiques ne réussissent pas toujours , et quelquefois l'on ne se borne pas à sifiler les acteurs.

Au reste, ces moyens sont bien usés. Des déclamations qui, depuis vingt - cinq ans . tombent en. laînbeaux de tous les pamphlets révolutionnaires, sont bien mal aisées à rajeunir aujourd'luii. Le public en est dégoûté : elles nont pu souUuir même la Alincrçcy et dans ce moment on sait que fa Boussole en meurt.

binous croyions toutefois avoir le droit ou plutôt

le besoin d'apostropher aussi la nation , et de la prémunir conire les poisons anodins de M. Benjamin Constant , c'est chez M. Benjamin Constant luimême que nous en trouverions l'antidote. Et nous dirons aux vrais Français, aux sujets du Roi, qui respectent son autorité , obéissent aux lois , et laissent à ceux à qui le droit en est confié le soin d'en proposer la révision quand elles sont défectueuses , et d'en maintenir l'exécution quand elles sont bonnes 5 nous leur dirions , en changeant seulement trois mots à une phrase déjà citée de M. Benjamin Constant : « Français ! vous serez en garde : u grâce au ciel , t^otre fidélité admirable (car c'est (( notre instinct à nous ) Jie saurait se laisser « CORROMPRE , et i^ous ne serez pas séduits par des. « phrases populacières. »

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