CHANSONNETTE
Am : Boira qui voudra, la rirette.
Comme aujourd'hui tout diffère
De c' que l'on voyait d' mon temps!
La France a changé de sphère ,
De mœurs , de goûts , d'habitans ;
Et nuir part je ne vois plus faire
C que r on lisait , quand j'avais vingt ans.
C n'est plus c'te gaîté ,
C'te légèr'té,
C je n' sais quoi
Qu' malgré moi
Je regrette.
Qui donc m'apprendra,
La rirette , S / c
Quand ça reviendra,
La rira ?
Aujourd'hui la politique BoulVerse tous les esprits...
Du salon à la boutique , Et du village à Paris , On juge, on réforme, on critique; Chacun veut être roi d' son pays...
L' Français d'autrefois , Soumis aux lois , S' bornait à Régir sa Maisonnette...
Qui donc m'apprendra ,
La rirette, Quanti ça reviendra , La rira ?
Aujourd'hui nos jeunes têtes , Du collège d pein' sortant, Ont déjà des airs d' conquêtes, Et fc'eu vout par-tout chantant
Les victimes qu' leur mérite a faites , A son d' trompe et tambour battant.
Aut' fois l'amoureux
Le plus heureux
F'sait sa cour
Sans tambour
Ni trompette...
Qui donc m'apprendra,
La rirette , Quand ça reviendra ,
La rira?
Aujourd'hui que d' d'moiselles Au teint d' rose y au doux minois , Dévoilent , pour êtr' plus belles Et pour doubler leurs exploits , Des trésors que l'hymen chez elles Eût dû voir pour la premier' fois...
Aut' fois ça s' cachait
Et ça s' cherchait
Sous 1' linon
Clair ou non
D' la coll'rette...
Qui donc m'apprendra ,
La rirette, Quand ça reviendra ,
La rira 1
Aujourd'hui, c'est l'étiquette Qui préside chez^Comus...
Sans faim , on prend la fourchette y Sans soif, on chante Bacchus; Et pour couronner la goguette, Un' aut' table attend vos écus.
Aut' fois , ventregiié !
L' souper plus gai
F'sait , dit- on,
D' chaq' salon
Un' guinguette...
Qui donc m'apprendra ,
La rirette , Quand ça reviendra,
La rira ?
Aujourd'hui la comédie, Pâle et triste en ses portraits ,
Pnr trop d' boB ton engourdie , Du drame a pris tous les traits?
Et sur la scène abâtardie y Plus d'Avares , phis de Tui'careta.
Thalle autrefois , F'sait rir' les rois , L'artisan , L' paysan « La grisette...
Qui donc m'apprendra,
La rirette ,' Quand ça reviendra, La rira I
Aujourd'hui, dès qu'on s'éveille.
Que lit-on dans chaq' journal ?
Qu'un homme s'est pendu la veille.
Qu'un aut' s'est j'tté dans l' canal ; Et l'on finit, pour fair' merveille.
Par r procès d' la maison Bancal, Aut' fois tours malins,
Contes badins ,
"Variaient ,
Egayaient *
La gazette...
Qui donc m'apprendra y
La rirette , Quand ça reviendra ,
La rira ?
Aujourd'hui du temps qui m' glace, J' subis i'arrct inhumain...
J' vois d'un' bell', sans qu'on m'agftce^ L' pied mignon, la blanche main, Et si j'en poursuis un' qui passe , Essoufflé , je reste en chemin.
Aut' fois , vrai lutin ,
Soir et matin ,
J'attaquais ,
Je croqunis,
Chaq' poulette...
Qui donc m'apprendra ,
La rireltc , Quand ça reviendra,
La rira?
t DÉSAVOlEKSi
(49) YIVE LE ROI QUAND MÊMEl
i'EST le cri de tous les royalistes qui ne mettent poiiit de bornes à leur amour et à leur dévoûmentj cjui chérissent et respectent le représentant de lamonarchie légitime, sans faire de sa personiie et de sa vie l'objet exclusif et la dernière limite de leur affection et de leur fidélité. Ils éfendent ces sentimens à toute la famille du Monarque, à tous les princes appelés par la Providence à continuer, à perpétuer rimmorlelle royauté de France.
Certaines personnes , dont le royalisme est sans doute moins ardent et moins vaste , ont vu , ou plutôt on feint de voir dans vwe la Boi quand même ! quelque chose qui sentait firrévérence et même la faction. Ecoutez les scrupules de ces gens-là, et vous finirez par trouver vi^^e le Hoî , tout court , tant soit peu séditieux. Ils vous engageront prudemment à attendre , pour proférer ce cri , que la loi du 9 novembre soit rapportée (i). C'est moins pour dissi-
(1) On raconte une anecdote assez curieuse) qui ti'ouve nati^ j-eUement ici sa place. tTn brave cultivateur vendéen, arrive un samedi soir à Paris, s'empressa de se ])rocurer le plaisir qui entraitpour beaucoup dans les motifs de son voyage. Dès lematin du dimanche, il s'était posté sur la terrasse du château, au bas de la galerie vitrée. Dès que Sa Majesté , en sortant de la messe j parut au balcon , notre garx^ le cœur gros de joie et humide de larmes , se mit à crier vfVe le Roi! tt'une voix qui se serait fait entendre des Tuileries au carretbur Bussy. Il s'en donnait à cœur joie. Ce cri-là lui avait toujours iait du bien 5 mais la présence du Roi centuplait son plaisir, dilatait ses poumons , fortifiait son gosier. Plus bas! lui dit un quidam d'une mine équivoque.— Et pourquoi"? A-t-on trop de toutes ses forces pour pousser ce cri-la? Qui êtes- vous, d'ailliMirs, pour y trouver à redire ; si mes cris vous"gênent , allez-vous-en. — Alors TincoiinM I. 2*" LIVRAISON. 4
per les froides alarmes de ces ultra modérés, que pour préserver ceux qui, par irréfle:xion, pourraient les parta^^er trop légèrement, que nous allohs commenter le vwe le Roi quand même l Quand, on écrit, la première loi est d'être clair , et nous ne voulons pas qu'il reste la moindre obscurité, même dans l'épigraphe du Drapeau blanc.
Cette devise royaliste , proclamée par un loyal chevalier, à la tribune de la Chambre introuvable ^ a une origine glorieuse , et Ton peut dire même sacrée. Lorsque les braves Vendéens , fidèles au drapeau blanc , combattaient les enseignes révolutionnaires , la religion soutenait leur courage; ils allaient aux pieds des autels prier Dieu de sanctifier leurs armes , et faisaient bénir par le prêtre de pieuses amulettes , dont la double devise était^ d'un côté. Dieu et le lioi , et, de Tautre, m'e le Ho i quand même! Ils les portaient toujours sous leurs vêtemens ; et c'est sur le cœur d'un Vendéen mort pour son Dieu et son Roi , que les républicains lurent pour la première fois : Vive le Roi quand même ! Voilà son origine , voici son explication : Vive le Roi ! . . . quand même la cause de la révolte et de l'usurpation devrait triompher longtemps ; quand même noire dévoûmont ne devrait nous conduire qu'à la mort sur le champ de bataille ou sw\:Vèc\vàU\\yà-^ifuatid même nos bourreaux, s'em-
a la complaisance d'exhiber une de ces cartes que ceux qui en sont porteuïsne montrent que dans les occasions i)ressantes. -■ — Oh! oh! dit le paysan stupéfait , est-ce que la police royale défend de crier vive le Roi? — Non pas précisément, répond le porte-carte f mais il ne faut pas crier si haut : ce n'est pas la mflrche du Gouvernement.
( 5i ) parant de nos dépouilles et consacrant le vol par l'assassinat, réduiraient nos enfans à n'av,oir d'aulre héritage que la misère , la douleur , notre nom , notre exemple et notre cri. Vivje le Roi, quand même , rétabli sur le trône de ses pères , il laisserait nos services sans récompense , nos sacrifices sans indemnité. Loin de l'accuser d'injustice et d'ingratitude , nous le plaindrions de nos propres infortunes qu'il ne pourrait soulager 5 nous imaginerions, s'il le fallait, des suppositions, pour nouspersuac(er qu'il ne peut suivre le vœu de son cœur, que la nécessité lui impose la loi de sacrifier ceux dont il est sûr à ceux dont il doute. Tout nous semblerait possible, vraisemblable, réel, avant de croire notre Roi injuste ou ingrat.
Vive le Roi ! quand même nos ennemis et les siens parviendraientàluifairecraindrenotreamourcomme exagéré, notre zèle comme dangereux; quand même d'infâmes et atroces calomniateurs plongeraient finnocence, Thonneur, la fidélité dans des cachots que rhumanité trouverait trop affreux pour le crime ; quand même les gens du Roi poursuivraient les serviteurs du Roi avec plus d'acharnem.ent encore qu'ils n'en auraient mis à poursuivre les traîtres ; quand même.. . quand même, . . quand même. . .
Commence-^t-on a comprendre la définition?.... Des exemples vont la rendre plus frappante.
Ils étaient royalistes quand même, ces gardes fidèles qui, le 6 octobre , se laissèrent tuer sans se défendre, par ordre du Roi; c'était un royaliste quand même , ce Sainte-AJarie qui paya d'une blessure (i) chaque seconde dont il retarda l'irruption des assas-
(i) Il en i^eçut dix-neuf, dont treize snr la tête.
sins dans la chambre de la Reiue , desllnée à p^rir par un forfait encore plus odieux.
Ils éia'içni roja/isf es quand même, ces Gardes-du- Corps qui , annoblissant la livrée qui les déguisait, servirent à la Famille royale de domestiques , de postillons dans le malheureux voyage deVarennes; pendant la marche funèbre du retour , liés, garotlés sur le siège du carosse qui renfermait les augustes victimes, exposés aux injures, aux outrages de la populace , la douce sérénité du courage et de la vertu régnait sur leur physionomie, qui ne prenait une teinte de tristesse que quand leurs regards se détournaient vers l'intérieur de la voiture.
Ils Tétaient, ils le sont encore , ils le seront toujours, ces braves Vendéens qui , abandonnant le soc pour le glaive, résistèrent à la force sous laquelle pliait presque toute l'Europe. Lorsqu'au retour du combat le guerrier-cultivateur allait retrouver sa famille et sa charmière, et qu'il voyait son toit enflammé , son champ ravagé, il essuyait une larme, étouffait un soupir , armait d'un mousquet le moins faible de ses fils , et retournait au danger en criant : f^içe le Roi quand même !
Et vous , victimes de l'honneur et de la foi jurée; vous qui avez partagé finforlune, fexil , la proscription de vos princes 5 qui avez sacrifié, pour les «uivre et les servir, des biens que leur retour et le triomphe de leur cause ne vous rendent pas; vous , qui n'ayant plus où reposer votre têfe, vous consolez d'avoir perdu le foyer de vos p^res , en voyant que le Roi a recouvré le trône de ses ayeux, n'est- il pas bien noble et bien touchant dans votre bouche ce cri : P^ive U Roi quand mémel
Oh ! si la faction qui depuis deux ans marche la tête levée , avait hasardé l'essai de ses forces quand de braves serviteurs du Roi supportaient dans le^^ cachots les coups de la plus lâche et de la plus abo-* minable calomnie , quelle faveur eussent -ils demandée au ciel? D'échapper un instant à leurs fers, pour aller se faire tuer sur les marches du trône. Voilà les royalistes quand même !
Ceux qui se font gloire de mériter ce nom , aiment et servent le Roi et sa cause sans réserve , sans intérêt , sans condition ; ils les serviraient même sansr espoir de succès. Us ne refusent au Roi qu'un droit et qu'un pouvoir : le droit de disposer dé leur honneur , le pouvoir d'éteindre leur amour , d'affaiblir leur dévoûment.
Les spéculateurs politiques, dont l'esprit froidement exact ne comprend rien de ce qui sort des règles du calcul, souriront de pitié, et appelleront fanatisme cet enthousiasme de l'honneur , cet abnégation de tout motif étranger au devoir. Innocent et sublime fanatisme , qui prend sa source dans les sentimens les plus généreux , dans les affections les plus douces , dans les vertus les plus courageuses , qui ne peut produire que de belles actions et d'utiles f xemples !
Le Cïïvwe le Hoi quand même ! ne peut surprendre et choquer que ceux qui n'ont jamaisdit:/^zVe/ei?o/, sans y ajouter pourvu que.
J'ai expliqué le vive le roi quand même ! ]& pourrai bien essayer, dans un prochain article, d'interpréter le VIVE LE ROI , POURVU QUE !
A. MaRTAIN VILLE,
IMalgré l'importance et Tà-propos de l'aiiicle suivant, qui nous a été adressé par un Officier supéli-eur de la Garde royale, nous avons cru devoir le diviser en deux parties. Nous en userons de même pour tous les articles qui nous parviendront , quand ils excéderont trop la dimension que nous avons adoptée. Nous voulons exciter, soutenir Kaltention <les lecteurs, sans les fatiguer jamais.
i)e la Garde royale , de l'ordonnance du 2 acûtiSi 8 , du classement ordonne par le ministre de la guerre dans les régi mens de la Crarde.